LE MINISTÈRE ET LES PARTIS
nui jusqu à présent à Stettin de ne pas appartenir à la province de Brandebourg; et pourtant cette ville est le vrai port de Berlin. À peine pourrait-on dire que Hambourg en ait souffert. Dès que les territoires situés en dehors d’un pays ne sont pas fermés par une ligne de douanes et qu'ils ressortissent à une même administration et à une même juridiction, il ne me parait pas que des désavantages appréciables puissent se produire de leur délimitation. Si la population s'était prononcée avec plus d'unanimité et de persistance qu’elle ne la fait pour les propositions discutécs par M. le préopinant et sur lesquelles M. de Vincke a parlé aussi lui, je crois que cette partie de mon programmic aurait été suffisamment soutenue pour me permettre de la réaliser. On voit ainsi qu'il n'y a pas lieu de dire que cette question ne nous ait point occupés ou que nous n'ayons pas eu la hardiesse de la suivre; ce qui nous a retenus, c’est simplement, d'une part l'impossibilité pratique, de l’autre, l’éloionement témoigné par les populations elles-mêmes.
Passant à un autre sujet — c’est-à-dire à la situation du ministère vis-à-vis des partis, et notamment vis-à-vis du parti conservateur, — . le Ministre-Président ajouta:
Puisque j'ai la parole, je me permettrai encore une observation s'adressant surtout à cette fraction qui s’est donné la mission d'appuyer le gouvernement de sa Majesté. Hier M. le député de Minden — ce n’est qu'à la lecture du compte-rendu sténographié que J'ai remarqué ce passage de son discours qui avait échappé ici à mon attention, — attachait une grande importance aux dispositions de l’opimion dans les Cercles électoraux des provinces orientales, dispositions que la loi en discussion affecterait, dit-il, essentiellement. Je ne puis partager son avis ni ses prévisions, ét je trouve dans le passé une preuve à lui opposer. La solution intervenue à propos de la Hesse électorale, ainsi que la promesse faite en septembre par le gouvernement aux états provinciaux de Hanovre, étaient connues partout avant les élections. Eh bien! je n'ai pas appris que dans
aucun Cercle un candidat ait été interpellé pour qu'il se
prononcât sur cette demande, peu équitable, dit-on, par rapport aux anciennes provinces, ni qu'aucun d'eux ait jugé bon d'inscrire dans son programme le rejet de cette demande. Aucun d'eux non plus dans un Cercle où le gouvernement a la confiance des électeurs, n’a dit: «Je soutiendrai en toute occasion le gouvernement, mais je ne peux être avec lui sur ce point parce qu'il y a là une injustice à l'égard des anciennes provinces.» Personne n’a eu l’idée, quoique la chose füt parfaitement connue du publie, au moins dans les Cercles qui ont nommé les députés, d’en faire un article de programme en vue des élections. Bien plus les candidats du parti dont je parle ont simplement promis dans leurs professions de foi d'appuyer le gouvernemeut de sa Majesté, particulièrement dans les questions auxquelles celui-ci attacherait de l'importance.
Ce n’est point à dire par là que ces députés doivent se ranger aveuglément à l'avis du gouvernement dans les grandes questions de principes, et lui sacrifier leurs opinions particulières; mais cet engagement de leur part signifie au moins qu'ils sont tenus de soutenir le gouvernement dans les mesures politiques importantes déjà prises avant les élections, comme celle qui est en discussion, et que nous avons le droit de compter sur l'approbation sans réserve du parti conservateur, de ce parti dont la base est la confiance dans le ministère actuel. Il n’est pas possible, Messieurs, de gouverner constitutionnellement si le ministère ne peut compter avec toute certitude sur l'appui d'un grand parti, même dans certains détails qui peuvent ne pas plaire à ce parti, — si, en somme, ce parti ne se dit pas: «Nous marchons en général avec le gouvernement; «al commet bien de temps en temps quelques erreurs, mais celles sont infiniment moins nombreuses que les bonnes «mesures; aussi lui passons-nous les détails.» Faute davoir dans le pays un parti qui suive ainsi sa direction, le ministère ne peut'oouverner constitutionnellement, car il doit ‘alors manœuvrer et procéder dans un sens peu conforme à la Constitution; il lui faut essayer de se faire une majorité