‹ Les discours de m. le comte de BismarckChapitre 95 sur 138 · I. CHAMBRE DES SEIGNEURS · texte numérisé non relu

I. CHAMBRE DES SEIGNEURS

Un membre de la Chambre haute, M. Guérard, proposait d’abolir avec l’article 84 de la Constitution prussienne les restrictions mises à la liberté de la tribune.

Le comte de Bismarek, au début de la séance, se prononça comme il suit sur cette motion :

Je demande votre indulgence, Messieurs, si je prends la parole avant l’ordre du jour sur une question qui s’y trouve portée aujourd'hui. Des affaires pressantes, en considération desquelles je vous prie de m’excuser, m’empêchent d'assister à cette partie de la séance où probablement la question sera traitée; peut-être me sera-t-il possible de revenir vers la fin.

Il s'agit du numéro 3 de l’ordre du jour, de la motion Guérard. Je crois devoir m'expliquer devant la Chambre et lui exposer quels sont mes motifs, si, malgré le jugement que j'ai porté dans cette même enceinte et de cette

mème place (!) sur le principe d’où émane la motion, je vote aujourd’hui en faveur de celle-ci, dans le cas où il me serait possible de prendre part au scrutin.

J'obéis, en cette circonstance, à une conviction que j'ai souvent exprimée ici même, savoir que la vie constitutionnelle, prise dans son ensemble, se compose d’une suite de compromis, et que le devoir le plus important d’un gouvernement constitutionnel est, selon moi, de favoriser entre les divers grands corps de l’État les concessions réciproques (?). Un compromis ne peut jamais aboutir, si personne n’est disposé à faire, en vue de l’accord général, le sacrifice d’une partie de ses propres convictions, de ses convictions sincères, comme sont les miennes, Messieurs; et nous ne saurions parler que de ces convictions-là.

Je considère qu'il est sage et même que la position du gouvernement royal commande d'agir en conséquence, et qu'il convient d'encourager de tout son pouvoir la soumission à cette loi constitutionnelle des compromis, partout où chacun de nous peut, je ne dis pas en abandonnant sa conviction, mais en renonçant au droit de l’exprimer, préserver l'intérêt commun de graves dommages. Tel est, à mon avis, le cas actuel.

J'ai moi-même, en un autre temps, et alors que je condamnais le plus vivement le principe de la motion, toujours ajouté qu'en pratique je ne donnaïs à cette question aucune importance capitale, et que ma résistance provenait plutôt de mes idées théoriques sur le droit, lesquelles se trouvaient blessées.

Maintenant que jimpose silence à ce sentiment, et que je vous déclare mon intention de voter en faveur de la motion Guérard, contrairement aux opinions que jai autrefois exposées avec la même franchise; maintenant que je vous prie moi-même de voter dans ce sens et de faire un sacrifice semblable à l'entente générale des divers éléments du pouvoir législatif, j'ai eru devoir m'expliquer sur

1 er volume des Discours p. 130—131, ? Voir plus haut p. 198.

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