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LE COMTE DE BEUST ET L’AUTRICHE

Après quelques observations faites encore par le comte Bethusy- Huc, qui engagea les députés, ses collègues, à ne pas provoquer une puissance étrangère dans la personne de son ministre dirigeant, — le comte de Bismarck prit la parole :

Un mot de M. le préopinant m'engage à déclarer encore ici expressément, — bien que je sois convaincu, Messieurs, que vous le reconnaîtriez vous-mêmes, sans ma déclaration, — à déclarer qu'il est pour moi impossible d'entrer, füt-ce même comme défenseur, dans une discussion sur la personne d'un collègue étranger; cette défense, en effet, me contraindrait toujours à rester dans de certaines limites, pour ne pas produire de fauise impression, en tant qu'une appréciation de la politique autrichienne suivie par M. le comte de Beust dût y être mêlée; ce qu'il ne n'appartient pas de faire, sans doute, à cette place et en ce moment.

Il est une chose seulement que je peux constater : c’est que jusqu'à ce jour des symptômes d'une aversion personnelle de mon collègue d'Autriche contre moi ne sont pas venus à ma connaissance. J'ai vécu antérieurement avec lui en bonnes relations personnelles et je n’ai pas appris que ces relations se fussent modifiées. D'autant plus serait-ce donc un devoir pour moi de combattre une critique de son activité politique, si je ne regardais ce sujet comme exclu de la discussion actuelle, pour la part du moins que je peux y prendre. Je ne me serais pas même cru autorisé à dire ces quelques mots, si peut-être n'eùton pu conclure de la manière dont le préopinant a touché la question, que plus que tout autre je pouvais être appelé à prendre la défense d’un absent; je crois, au contraire, qu'à cette place où je suis, j'ai moins qualité que qui que ce soit pour le faire.

Puisque j'ai la parole, je me permets une courte remarque sur les recommandations que M. le député Virchow nous à faites de suivre l'exemple de l’Autriche.

Je crois que M. le député n’a pas eu l'intention de donner ces recommandations d’une manière si générale que nous dussions par exemple, en ce moment, demander une

armée de 800,000 hommes et son budget fixe pour dix années. Je ne pense pas non plus que M. l'orateur ait voulu nous recommander d'imiter les institutions administratives de l'Autriche, lesquelles font contre-poids aux libertés communales qu’on doit accorder. Ces mêmes égards, que jai observés tout à l'heure, me commandent de m'en tenir à ces indications, et il ne m'appartient pas de critiquer autrement les institutions intérieures de l'Autriche, institutions qui forment l’antidote des institutions libérales. Je fais observer seulement qu'il en est du libéralisme des gouvernements comme des dames: la plus jeune est toujours celle qui plaît le plus.

L’Autriche, grâce à une bien longue retenue, se trouve en situation de faire époque aujourd’hui avec ce même libéralisme, qui, chez nous, est réalisé pour l'essentiel depuis vingt ans et appartient, depuis un demi-siècle déjà, dans plusieurs de ses parties, à un point de vue laissé derrière nous.

De la participation du duché de Lauenbourg à la dette prussienne. — Dans cette même séance du 9 janvier (suite de la discussion du budget) le député Twesten proposa la motion suivante :

, Faire contribuer le duché de Lauenbourg, pour la somme an- » nuelle de 65,250 thalers, au service des intérêts et de l'amortissement » de la dette d'Etat légalement contractée le 23 mars 1868 “ (1).

Le comte de Bismarck se prononça comme il suit au sujet de cette motion:

Je vous prie de m'excuser, Messieurs, si j'interviens d'une manière peut-être un peu incohérente dans le débat que je n’ai pu suivre jusqu'ici. La question dont il s’agit est celle-ci: le duché de Lauenbourg est-il tenu de se charser du payement, ou de la dette qu'on veut lui imposer? il doit et s’il est capable de payer, sa dette pourrait figu-

1 Le duché de Lauenbourg, à ce moment, n’était encore joint à la Prusse que par les liens de l'Union-personnelle,

rer au budget comme une somme liquide, comme une recette qui est à la disposition effectivement du ministre des finances; mais s'il y a seulement à cet égard des doutes qui demandent pour être levés un certain temps, un temps excédant peut-être l’année budgétaire, il me paraît fort contestable que cette somme puisse être attribuée à M. le ministre des finances comme recette liquide. Je prévois que la majorité de la Chambre, s'appuyant sur le traité de paix de Vienne (1864), admet que le duché de Lauenbourg est tenu à s'acquitter ou à se charger de ce paiement; mais je suis certain que dans le duché de Lauenbourg et dans la Diète de ce pays, — qui en somme à le droit de voter les impôts, si restreinte que puisse être pour elle cette faculté, et qui devrait voter les impôts nécessaires pour couvrir la dette dont il s'agit, — l'opinion sur ce point est contraire à la vôtre, et que cette opinion lauenbourgeoïise s’est exprimée, il y a plus d’un an déjà, par des protestations. A tenir compte simplement d'une telle différence d'opinion entre deux Corps ayant, l’un et l’autre, le droit de voter les impôts, vous ne sauriez, d'après vos propres principes, passer outre, sans autre forme de procès, en adoptant la motion qui vous est faite; car le fait seul que la Prusse est grande et le Lauenbourg petit, ne peut vous aveugler sur la question de droit qui se présente ici. Je ne veux pas discuter en détail cette question de droit; il faudrait pour cela retracer longuement l'historique de la situation financière du Lauenbourg au sein de la monarchie danoise, et examiner en thèse internationale jusqu'à quel point un conquérant a Vobligation et le droit de faire participer un État non endetté aux dettes d’autres pays conquis par lui. Cette discus- Sion, je crois, trouvera tout aussi bien sa place dans d’autres débats; je me bornerai ici à constater que la Prusse croit pouvoir exiger ce paiement du Lauenbourg, et que le Lauenbourg ne reconnait pas cette dette. Que les deux pays se trouvent avoir actuellement un ministère commun, cette communauté n’est pas plus décisive (pour le cas présent) que la situation analogue, — si l’une des provinces de Prusse

élève quelque réclamation vis-à-vis d’une autre, — ne décide seule la question ct n'autorise le ministère à la résoudre par voie administrative. Vouloir que M. le ministre des finances poursuive une demande contestable, à mes yeux cela n’est pas juste; vouloir que le gouvernement exerce la violence envers un petit pays, qui se trouve, il est vrai, dans nos mains et ne peut se défendre, à mon sens cela n’est pas admissible; le duché de Lauenbourg ne nous a donné aucun motif légitime d'employer la force envers lui, il n’a pas mérité de la Prusse un tel traitement, et plus il est impuissant à se défendre contre la force, plus nous devons, je pense, être circonspects et scrupuleux dans l'examen de ses droits. Le Lauenbourg possède cet avantage d’avoir le mème souverain que la Prusse; je vois là le premier degré d’une incorporation complète, et celle-e1 ne me semble plus qu'une simple question de temps. Le duché a, dès l’origine (après la paix de Vienne), assumé une dette considérable eu égard au chiffre de sa population, car la somme donnée à l'Autriche pour la désintéresser de sa part de souveraineté sur Lauenbourg(t), est devenue dette lauenbourgeoise, et les intérêts en sont payés par la caisse du pays. Outre cette charge, le Lauenbourg a dù sacrifier des recettes importantes, sans obtenir pour cette perte une indemnité, à laquelle certainement, dans d’autres conditions, il aurait pu prétendre. Par exemple: l’administration du duché, en faveur de la circulation commerciale entre Berlin et Hambourg, a renoncé à des droits de transit très impor tants, sans réclamer de compensation, tandis que le ministre lauenbourgeois, dans la situation où il se trouvait, auraït très bien pu faire valoir qu’une indemnité était due pour la cession de ces droits, au moment où le duché entra dans le Zollverein.

Je vous prie donc, Messieurs, de ne pas demander au gouvernement prussien des mesures violentes contre ce pays tout au moins, dans ma position, ne saurais-je y prêter la

1 p. 80 et suivantes. Séance du 21 décembre 1867,

main. Sil y a dans le cas présent une différente interprétation du droit entre les deux États, si ce pays, le seul des trois duchés (de l’Elbe) qui soit venu librement à nous, et qui dans un temps où l'avenir n'était encore rien moins qu'assuré, à publiquement manifesté son désir et sa volonté de s unir à nous, si ....; mais la phrase se complète de soi; je ne sais pourquoi je l’achèverais. J’aime mieux, au lieu de vous fatiguer par des déductions, en vepir à un moyen pratique que j'ai proposé, comme ministre de Lauenbourg, au ministre des finances prussien: ce moyen, cest un tribunal d'arbitres. En effet, Messieurs, si l'on nest pas d'accord sur la question, l’article 76 de la Constitution de l'Allemagne du Nord offre, comme pour tout

litige entre deux États confédérés, — or la Prusse et le Lauenbourg sont deux Etats confédérés, que l’un soit aussi grand, et l’autre aussi petit qu'on voudra, — offre, dis-je,

ce moyen pour trancher le différend qui s'élève sur la question de droit. On peut, si l’on adopte cette voie, ou recourir aux syndics de la Couronne de Prusse, ou à une commission formée de plusieurs d’entre eux, ou encore à une faculté de droit d'Université, ou enfin à un tribunal quelconque d’arbitres. Si nous pouvons, Lauenbourg et Prusse, nous entendre entre nous sur un tribunal d’arbitres qui devra décider la question de droit par une sentence définitive, c'est bien; si nous ne le pouvons pas, je prétends que l’article 76 offre protection même au plus petit État confédéré contre l'emploi de la force à son égard. En somme, le moyen dont je parle, me paraît plus équitable Vis-à-vis d’un adversaire incapable de se défendre, qu'un appel à la force qui est sans aucun doute dans nos mains.

Le député Lasker essaya de démontrer que la question était uniquement une question de droit, — en rappelant que le gouvernement s'était rallié, l'année précédente, à un projet de loi aux termes duquel la Chambre, pour accepter la dette des duchés ci-devant danois, mettait la condition que le Lauenbourg prendrait sa part de cette charge, — etqu’ainsi avait été conclu un traité, sous forme de loi, entre le gouvernement et la Chambre.

Le comte de Bismarck répondit :

Lorsque M. le préopinant a commencé à traiter la question de droit, j'ai pu espérer qu'il déclarerait accepter essenticllement le point de vue que j'ai exposé tout à l'heure en proposant un moyen de solution habituellement employé pour résoudre les questions de droit. Je suis surpris de voir un juriste aussi distingué que M. l’orateur attacher une si grande importance à ce fait que l’une des deux parties (en ce litige qui nous occupe), la Prusse, n’a aucun doute sur son droit. Le même cas se représente dans tous les procès, car autrement, si l’on ne se croyait pas sûr de son droit, irait-on plaider? Je ne pouvais m’attendre à ce que M. le préopinant eût en vue de décider cette question de droit contre Lauenbourg à l’aide d’une loi prussienne comme celle qu'il a invoquée. Il serait encore plus commode de considérer simplement cette question comme résolue par la paix de Vienne. La même personne, qui est aujourd'hui ministre de Lauenbourg, à signé la paix de Vienne. Mais je n'avais nullement mission, lors de la conclusion de ce traité, de sauvegarder les droits du Lauenbourg; il pouvait paraître utile, suivant les circonstances, en supposant le cas où l'avenir serait moins favorable pour nous, — utile dis-je, que Lauenbourg fût chargé de dettes, car tout pays endetté est plus facile à acquérir et offre plus de prise. Je n'avais point charge alors, mais je l’ai aujourdhui, de défendre les droits de Lauenbourg; ma situation et mes devoirs sont ainsi changés. M. l’orateur et ses amis désirent l'incorporation de Lauenbourg et veulent exercer une pression sur ce pays. Je ne crois pas que cela soit nécessaire. L

L'incorporation arrivera d'elle-même, si on lui laisse le temps; vouloir la forcer par une pression, je doute que ce soit agir justement vis-à-vis de ce pays. M. le préopinant nous fait en même temps un certain reproche de ce qu'au moment de l'acquisition de Lauenbourg, on n'ait pas immédiatement incorporé le duché. Messieurs, rappelez-vous la situation, comme elle était alors! Nous avions le mal heur de ne pouvoir obtenir pour notre- politique l’approbas=

di

tion de cette Chambre; nous ne pouvions compter que nos propositions ici passassent sans conteste; tout acte de notre politique était violemment attaqué. Ainsi nous devions nous attendre à ce que n'importe quel mode d'acquisition (du duché), qui aurait besoin du consentement de la Chambre, obtint aussi peu ce consentement que nos demandes d'argent à cette époque. Dieu merci, ce temps là est déjà loin derrière nous, et ce n’est que pour répondre à un reproche qui invoque le passé, à un appel qui est fait à la situation du passé, que j'ai voulu mettre sous vos yeux, je ne dirai pas cette justification, mais cette explication simplement du parti que nous avons pris en ce temps là (en n'unissant le Lauenbourg à la Prusse que par le lien de l’union-personnelle); car la création arbitraire d’un nouveau petit État serait chose inexplicable en soi et incompatible avec notre politique.

Je fais observer encore une fois à M. le préopinant et à ses amis qu'ils peuvent traiter la question présente, suiyant le caractère qu'elle offre réellement, comme une question de droit. Le moyen que je propose, le moyen auquel le ministre des finances de Prusse à déjà déclaré souscrire, cest de recourir à un tribunal d’arbitres, et, dans le cas seulement où l’on ne s'entendrait pas à cet égard, de porter la cause devant la Confédération, dont c’est la tàche d'aplanir entre les États confédérés les différends qui ne sont pas de nature à être décidés par sentence judiciaire. M. l’orateur paraît admettre que la question actuelle peut recevoir cette dernière solution, mais je demande où est le tribunal compétent. Voulez-vous traduire le gouvernement de Lauenbourg devant les tribunaux lauenbourgeois? — Je ne pense pas que vous ayez envie de vous en rapporter à la décision de ces tribunaux. Attribuer cependant au ministre des finances comme source de recettes liquides un objet encore en litige pour lequel il faut songer d’abord à une décision judiciaire ou arbitrale, — c’est méconnaitre, selon moi, nos principes financiers, et vous ne pouvez supposer que M. le ministre des finances, de son côté,

se prête à une telle déviation. Puis-je escompter à l'avance et donner en paiement un droit que je pense réaliser dans l'avenir? Non, il me faut attendre jusqu’à ce que j'aic la certitude complète que la dite recette sera liquide à échéance fixe, avant de pouvoir l’admettre au budget de l'année.

Le député Twesten reprit, en la développant, la thèse déjà soutenue par son collègue, M. Lasker, — A cette nouvelle argumentation le comte de Bismareck répliqua comme il suit :

M. le député Twesten a présenté la question comme s'il s'agissait seulement ici d'une demande de gouvernement à gouvernement. L'affaire, si elle se réduisait effectivement à cette proportion, serait bientôt réglée; je n'aurais qu'à envoyer au gouvernement lauenbourgeois dont je suis le chef comme ministre de Lauenbourg, — l’ordre de payer. Mais comment ce gouvernement peut-il se procurer de l’argent? Il doit établir des impôts; car pour ce pays l’heureuse situation de pouvoir satisfaire à ses obligations sans l'aide des impôts, appartient au passé. Il s’agit donc d’une demande de pays à pays, d'une charge nouvelle d'impôts dont Lauenbourg devrait se grever, — et c’est pourquoi je rappelais précédemment que les états de ce petit pays possèdent le droit constitutionnel de voter les impôts.

Je n’accorde pas que la solution par voie judiciaire d'un tel litige (entre deux pays) soit inadmissible et doive à peine être prise au sérieux, comme M. le député Twesten semble le penser. J'ai déjà dit qu’on peut très aisément concevoir un procès des provinces de Prusse entre elles, et je suis convaincu, par exemple, que plusicurs cas de ce genre se sont présentés au commencement de ce siècle, lorsqu'il a fallu payer les contributions de guerre; à cette époque, nous voyons que plusieurs accommodements ont eu lieu (entre les provinces). Aujourd'hui encore il se passe des choses singulières: un fise prussien actionne un autre fisc, um ressort administratif en assigne un autre. Fait en apparence étrange, mais parfaitement normal jusqu'ici d’après notredroït

politique, — et je ne sais pourquoi vous rejeteriez la woien

judiciaire dans le litige actuel, précisément vis-à-vis d’un si faible adversaire.

M. le député Twesten, il est vrai, se défend, lui et ses amis, de vouloir me demander contre le duché de Lauenbourg un «acte de violence», et il proteste contre cette expression en la repoussant: mais, au même instant, il m'invite à procéder de cette manière qu'il réprouve. Rappelezvous, Messieurs, l'argumentation de M. l’orateur, il a dit: qu'un ordre seulement soit donné au gouvernement du duché, et ce sera chose faite; — c’est-à-dire que nous mettons uu impôt sur ce pays, ct s'il ne le veut pas l’acquitter de bon gré, nous lui envoyons l’exécuteur (1). Pour moi, ceci se nomme agir par la force, car les Lauenbourgeois naturellement ne laisseront pas les choses aller jusqu’au combat; mais l'uniforme de l’exécuteur, du plus loin qu'on laperçoive, suffit pour avertir que nous sommes résolus à employer la force et qu'il ne faut pas nous obliger à en venir là.

Encore une fois, je veux, Messieurs, vous demander de la patience au sujet de lincorporation (de ce duché) et de ne pas vouloir l'obtenir par une contrainte indirectement employée. Elle se fera sans cela, et, pour prouver que nous n'avons pas été inactifs de ce côté, je cite le fait qu'il y a près d’un an déjà, nous avons envoyé un commissaire spécial en la personne de M. de Ompteda, qui s’est rendu dans le Lauenbourg avec mission précisément de préparer cette incorporation en négociant les conditions d'un accord, et de jeter ainsi les bases du traité qui incorporera le duché à la Prusse. Il cst possible que ces préliminaires eussent mené plus vite au but, si je n'avais pas été tenu éloigné des affaires par la maladie pendant près de huit mois; peut-être aussi eussé-je rencontré une résistance dont je ne Serais point venu à bout dans le même espace de temps. Mais lorsque M. le député Twesten trouve insupportablement long que pendant quatre années un si petit pays dé-

1 On nomme ainsi l'agent qui exécute les saisies et ventes judiciaires.

fende son indépendance, je lui ferai remarquer qu'à ce compte 1l aurait encore une année avant d'avoir épuisé le délai, car il y a trois ans seulement d’écoulés depuis l’acquisition du Lauenbourg.

De la loi électorale prussienne. — Dans la première discussion du projet de loi qui étendait les dispositions de l'Ordonnance du 30 mai 1849 à l'élection des députés dans les nouvelles provinces du royaume, — projet de loi connexe à un autre également à l’ordre du jour et concernant une fixation nouvelle des districts électoraux pour la Chambre des Députés, — le comte de Bismarck prononça le discours suivant :

Si, comme ministre, je me suis rallié au projet de loi que vous discutez, malgré le peu de goût que j'ai déclaré avoir et que jai toujours pour le système électoral des trois classes (1), la raison qui m'a déterminé — d’abord en ce qui concerne la fixation des districts, — c'est l’existence des cercles administratifs correspondants, que je regarde, dans l’état politique et légal actuel, comme le mode de division le plus favorable pour la pratique du droit électoral, pour l'exercice des droits que possèdent les corporations, et pour donner à celles-ci conscience d’elles-mèêmes. J'ai eu ensuite un autre motif de ne point mopposer au projet, motif mal fondé, d’ailleurs, comme je dois le conclure de la discussion qui a eu lieu jusqu'à présent et de la tendance des amendements: — savoir une certaine répugnance à porter atteinte aux dispositions du Statut constitutionnel, plus qu'ik n’était absolument nécessaire. J'ai eu la crainte que chaque disposition fondamentale de la Constitution ne fût au plus haut point pour vous comme un nolù me tangere, et que la tentative de discuter et de

1 Voir ler volume des Discours, p. 356 et suivantes,

réformer la loi électorale ne trouvât rien moins ici qu’un accueil favorable. C'était une erreur de ma part; j'en prendrai note pour l'avenir ct je saurai que vous tenez moins à la loi électorale actuelle que je ne le croyais; si je ne m'étais pas trompé ainsi, j'aurais préféré apporter tout de suite au Conseil des propositions qui fissent mieux concorder la loi électorale de la monarchie avec ceclle de la Confédération.

Dès l'origine, le gouvernement du Roi et les autorités fédérales ont dù s'occuper de la simplification des rouages établis depuis 1866, et souvent, avant même les cncouragements que vous nous donnez aujourd’hui, nous avons cherché comment ce but devait être poursuivi, comment il était possible d'y atteindre. — Qu'on ne puisse y arriver au moyen d'une simple identification des députés prussiens avec ceux des deux autres assemblées (Reichstag et Parlement douanier), c’est ce que j'essaierai de prouver, non pas pour combattre la tendance qui se produit dans ce sens, mais seulement pour bien vous montrer quelles sont les difficultés que les gouvernements ont à vaincre, s'ils veulent se rapprocher du but en question. Dans des conversations particulhières, j'ai entendu plusieurs personnes à qui rien ne paraissait plus simple que de déclarer tout simplement les députés prussiens au Reichstag membres de la Chambre des députés de Prusse. J’ai cru que cette idée rencontrerait une très-vive opposition de la part des champions de la - Constitution prussienne, lesquels pouvaient être disposés à voir dans tout essai de réforme une tentative faite pour affaiblir l'importance des dispositions constitutionnelles; aussi n'ai-je pas touché Ie fond de la question dans ces entretiens privés, comme je crois devoir le faire ici, notamment pour signaler les impossibilités devant lesquelles échouerait une tentative de cette sorte. La première que je dois faire Valoir, en ma qualité, ici, de représentant de la Couronne, cest celle qui provient du droit de dissolution appartenant à la Couronne de Prusse dans notre régime constitution-

nel. Ce droit, évidemment, ne pourrait pas s'exercer sur

une partie du Reichstag sans l’assentiment, sans l'entente des autorités fédérales; bien plus, il rendrait impossible l’application de la loi électorale en vertu de laquelle le Reichstag est nommé. Cette Assemblée n’est pas tenue de permettre une réélection partielle de ses membres, et elle peut exiger qu'à chaque élection participent tous les Allemands du Nord qui ont, à leur actif et à leur passif, le droit d’électeurs. De là ressortirait déjà la nécessité d’une modification importante de la Constitution fédérale, car on ne saurait admettre qu'un seul membre de la Confédération, fûtce le plus puissant, eût le droit de dissoudre à sa volonté une partie du Reichstag. Ce même droit pourrait être réclamé par chacun des autres membres de l’État fédéral, — et à quelle singulière situation nous pourrions être amenés ainsi, je laisse la fantaisie de chacun l’imaginer en poursuivant l'hypothèse jusqu'au bout.

Une telle organisation serait, en outre, inconciliable avec le système prussien des deux Chambres. La Confédération de l'Allemagne du Nord à le droit d'exiger que, dans les élections pour le Reichstag, tous les citoyens de l'État fédéral, de mème qu'ils sont égaux devant le scrutin, n'aient qu'une seule et mème représentation législative, tandis qu'avec le système des deux Chambres doivent être maintenues et coexister la nature distincte, la dissemblance des représentations du pays dans deux corps législatifs. Je fais remarquer d'ailleurs que dans la question qui nous occupe la

Chambre des Seigneurs est intéressée aussi elle, — et si, quant :

à moi, je me borne à me tenir en garde contre les attaques dont cette haute Chambre est l’objet de la part du corps parlementaire assemblé ici et possédant les mêmes droits qu’elle, veuillez cependant, Messieurs, ne pas oublier cette circonstance que je suis le seul membre de la Chambre des Seieneurs qui, dans cette enceinte, ait en ce moment le droit d'élever la voix, et que c’est par conséquent mon devoir d'intervenir ici pour mes collègues de l’autre Chambre: Mais je ne veux le faire qu'en vous priant, dans lPintérèt du développement de notre vie constitutonnelle, de traiter

avec ménagement et égards d'autres opinions exprimées en dehors de cette enceinte, dans une autre assemblée où leur expression est incontestablement constitutionnelle, — de leur accorder ces mêmes égards que vous réclamez, Messieurs, pour les vôtres.

Oui, je vous le demande (s'adressant à la Gauche): donnez l'exemple que vous désirez voir suivre. Ce n’est pas aujourd'hui la première fois; reportez-vous un peu plus en arrière; 1l est aussi difficile de rechercher qui a commencé ici (le conflit) que de savoir, par exemple, dans les disputes des journaux officieux, quel est le premier auteur de la querelle.

Je voudrais encore déconseiller, dans l'intérêt de la solidité de nos institutions constitutionnelles, dans l’intérèt du respect que nous leur devons, même quand nous ne les approuvons pas, — et 1l en est, Messieurs, que moi aussi je n’approuve pas, mais dont je me suis, autant que je sache, interdit absolument la critique, depuis que nous travaillons de concert en vue du mème but politique, depuis que l’ère des conflits est fermée, — je voudrais vous dissuader, ai-je dit, d'attaquer les fondements de notre vie constitutionnelle, de critiquer mème seulement la légalité de son origine; je regarde de tels débats au moins comme si peu utiles, que malgré la provocation qui m'est adressée et quoique je sois membre de la Chambre des Seigneurs, je renonce à suivre M. le préopinant sur ce terrain.

Je viens d'exposer en peu de mots seulement les principaux obstacles que la Constitution prussienne oppose à l'identification des députés du Landtag et du Reichstag. Qu'il me soit permis encore de revenir sur les autres objections qui naissent de la politique fédérale. On pourrait, les cercles électoraux étant identiques, choisir deux députés pour le même cercle, l’un pour le Landtag, l'autre pour le Reichstag, et 1l serait possible que ce füt souvent la même personne; mais en principe cela ne nous n’avancerait à rien. Car même ainsi, il ne pourrait y avoir identité dans la représentation. Contre l’autre hypothèse, c’est-à-dire l'élection

196 CHAMBRES PRUSSIENNES. — SESSION DE 1868-69. d

d'un seul député, pour remplir le double mandat, je dois protester dans l'intérêt des travaux de la Confédération aussi bien que des membres du Reichstag. Nous trouvons peut-être un nombre considérable de représentants qui sont à même de consacrer deux mois, — et lorsqu'il y a session du Parlement douanier, trois mois — aux affaires parlementaires, mais sl faut encore que le mème député assiste à une session du Landtag d'au moins quatre mois — et mème beaucoup plus quand nous voudrons achever tout le travail que nous avons devant nous, — 1l arrivera que neuf ou dix mois de l’année devront ètre consacrés à remplir régulièrement le mandat de député. Il est dans la nature des choses que très peu de gens soient disposés à se charger d’une pareille tâche et qu'il devienne beaucoup plus difficile de trouver un représentant; par suite, la sphère dans laquelle les électeurs sont obligés de chercher, se restreindra singulièrement. Avec une trop longue durée de la session du Landtag nous arrivons à une situation, qui, à la vérité, répondrait tout à fait au caractère bureaucratique des Allemands, mais que je regarde comme inconcihable avec un développement vivant du régime parlementaire; — nous arrivons à ce point que ce devienne une carrière d'être député comme d’être médecin ou homme de loi; la tâche parlementaire absorbera exclusivement le député, si bien que celuilà seul qui arrangera dans ce but toute sa situation personnelle et se dira: je veux maintenant n'avoir rien autre chose à faire que de m'occuper des travaux de la représentation nationale, — que celui-là seul, à la longue, pourrait accepter et remplir un mandat parlementaire; ainsi nous finirions par avoir une classe de députés, classe qui, selon moi, deviendrait beaucoup plus semblable à un élément bureaucratique qu'à une représentation vivante du peuple, en communication constante avec lui, et que je ne puis me figurer autrement que comme la représentation directe d'une grande partie des classes occupées du peuple. Voyez, par exemple, les habitants de Berlin: — les rentiers, qui, forment, il est vrai, dans d’autres pays,

en Angleterre et en France, une classe plus nombreuse que chez nous, les rentiers, ceux qu'on. nomme spécialement en Angleterre gentlemen, c’est-à-dire qui n'ont rien autre chose à faire que de voyager, à moins peut-être de se laisser élire membre du Parlement; cette classe-là heureusement n’est pas nombreuse dans notre pays, et un homme si riche ct si influent qu'il soit, mais ne faisant rien autre chose que consommer les fruits qui mürissent pour lui, cet homme-là, je le dis avec orgueil, trouverait certainement des difficultés auprès de bien des mères pour obtenir la main de leur fille; une mère prudente dirait: c'est un homme très riche, mais c’est un fainéant.

Et pourtant cette classe de gens riches et inoccupés devient tout à fait indispensable, si l’on développe le système parlementaire en ce sens que ses travaux demandent régulièrement à l’homme qui s’y consacre la plus orande partie de l’année. Dès à présent le cas ne se présente que trop souvent où les membres, en même temps, des deux Assemblées (Landtag et Reichstag) qui ont su gagner deux fois ainsi la confiance des électeurs, considèrent comme impossible de pouvoir remplir leurs deux mandats et renoncent par suite à l’un deux. Comment devra-t-on remédier à ce défaut de ce qui existe aujourd’hui ? — dispensez-moi, Messieurs, de me prononcer à cet égard d’une manière qui, avec la publicité de vos séances, me lierait comme Chancelier fédéral. Je crois que nous arriverons à mieux par la voie du développement progressif de la Confédération et que le remède ne sera pas très difficile à trouver dès que nous approcherons de l'idéal que les Anglais ont réalisé et introduit depuis longtemps dans la pratique; eest-à-dire la discussion du budget ne durant que 48 heures.

Mise sous Séquestre des biens et des valeurs appartenant au roi Georges de Hanovre (1). La commission proposait d'adopter le projet de loi en substituant au $ 4 ainsi conçu (dans l'Ordonnance royale du 28 mars 1868) :

, La levée du séquestre demeure réservée à une nouvelle Ordon- »nance royale,

les dispositions qui suivent :

,$ 1. La levée du séquestre prononcé par l'Ordonnance royale du ,2 mars 1868, peut avoir lieu par décret royal vis-à-vis de tiers acqué- ,reurs ou cessionnaires de bonne foi, mais, dans tous les autres cas, »par une loi seulement. Le $ 4 de l'Ordonnance est modifié dans ,Ce sens.

»$ 2. La présente loi doit entrer en vigueur à dater du jour de »Sa publication.“

De leur côté, les députés Virchow et Bender, appuyés par 31 de lenrs collègues, avaient fait la motion suivante :

»Considérant : 1° que la majeure partie de la somme de 13,382,000 ,thalers accordée en manière de dédommagement au roi Georges par »le traité du 29 septembre 1867, publié le 28 février 1868, — se trouve »encore sous la gestion prussienne, et qu’en conséquence il ny a nul »danger que le roi Georges puisse employer cette somme dans des »entreprises de trahison contre la patrie et contre l'Etat prussien;

,2° Qu'il n’est conforme ni à la Constitution ni aux lois de notre »pays de condamner ou de soumettre à une loi d'exception qui que ce »Soit sans l'entendre; que, d’après les déclarations du gouvernement royal, le recours judiciaire est admissible contre le roi Georges, et que la conséquence immédiate d'un tel recours serait la saisie judi- »Ciaire de tous les biens de ce prince:

»9° que, partant, le cas actuel n'est pas du ressort constitutionnel de la représentation nationale, - la Chambre des Députés déclare »laisser au gouvernement du Roi la faculté de résilier le traité conclu avec le roi Georges, s’il est prouvé qu'il y ait eu violation du traité.“

La discussion fut ouverte par le député Windthorst ancien ministre du roi Georges. L’orateur essaya d'atténuer les actes d’hostilité que son ex-souverain avait commis et commettait encore contre la Prusse, et fit appel aux sentiments chevaleresques de la nation prussienne, — Hl plaida ensuite la question de droit, en s'appuyant sur l’article 9 de la

1 Voir plus haut la même discussion dans la Chambre des Seigneurs.

Constitution qui protége la fortune privée et sur l’article 10 qui interdit la confiscation.

Le comte de Bismarek répondit par le discours suivant :

Je me réserve d’opposer, dans un autre moment de cette discussion, la réalité politique aux théories judiciaires que vous venez d'entendre. Pour l'instant, je me bornerai à compléter la matière du débat en vous faisant ici quelques communications, que je regrette de n'avoir pas données plus tôt; elles eussent empêché M. le préopinant de révoquer en doute certains faits. Nous le trouvons particulièrement sceptique à l'endroit de cette légion hanovrienne qu'il voudrait, avant d'en admettre l'existence, savoir non seulement organisée militairement, mais armée. Le préopinant est seul, j'imagine, dans cette Assemblée, à concevoir un pareil doute, et je n’aurais pas cru avoir encore à fournir des preuves sur ce sujet.

Vous vous souvenez d'avoir lu dans les journaux, — car si les journaux ne disent pas toujours la vérité, il leur arrive bien quelquefois de la dire, — que cette légion, munie de passeports autrichiens vendus, — comme l’assura le Cabinet de Vienne, — à des agents de Hietzing par un fonctionnaire subalterne, se rendit en Suisse et de là en France, toujours à l’état de corps militaire organisé. Ce fait a été le sujet de fréquentes correspondances entre le gouvernement de la Confédération du Nord et le gouvernement impérial français. Le gouvernement de l'Empereur n'a pas cru devoir refuser, dans le cas actuel, l'asile et l'hospitalité qu'il a coutume d'accorder; mais il a reconnu, d'autre part, qu'un corps militaire organisé, ayant des officiers à sa tête et se réunissant pour exécuter des manœuvres, ne pouvait être souffert sur le territoire d’un État décidé à vivre en paix avec l’État voisin objet de ces démonstrations hostiles; sans quoi il y aurait eu commencement de menace contre ce dernier État. Le gouvernement français a donc ordonné que les légionnaires fussent séparés de leurs officiers et disséminés en plus petites sections. Jusqu'à quel point a-t-il atteint son but, c’est ce que vous

verrez par la communication que je vais vous faire. Laissez-moi d'abord, en ce qui touche le nombre des légionnaires réfugiés en France, vous dire que, d'après un rapport de l'Ambassade prussienne à Paris, il s'élève à quatorze cents environ. Un autre rapport venu de Suisse nous apprend qu’un agitateur bien connu là-bas et en relations directes avec Messieurs Meyer et Frese de Stuttgard(1), avait entrepris de compléter la légion hanovrienne en France »ar des recrutements d'émigrés polonais; mais ceux-ci n'ayant montré qu'un goût médiocre pour le métier qu’on leur proposait, l’agent ne put livrer, comme dit le rapport, que 12 recrues polonaises, dont il fut pris, effectivement, livraison à Paris.

Un rapport plus détaillé encore, émanant d'un agent qui s'était fait admettre dans la société des légionnaires et qui se trouve peut-être encore au milieu d'eux, — je ne le sais pas au juste, — s'occupe de la partie de la légion cantonnée dans Amiens actuellement. Au dire des soldats, — car ils sont inscrits sur les registres avec la qualité de so/dats hanovriens, — la légion ne se composerait que de 900 ou 1000 hommes. Mais dispersés comine ils le sont, leurs données sur ce point sont moins certaines. L'unité subsiste entre eux par les officiers et sous-officiers seulement. Aïnsi, la condition dont parlait le préopinant, existe: ily a organisation militaire. Si les soldats n’ont pas d'armes, c’est au gouvernement français qu'il faut en savoir gré, non pas au bon vouloir de la légion et ses chefs; on leur défend d’avoir des fusils, mais, pour eux, ils ne demanderaient pas mieux que d'en porter.

Les légionnaires cantonnés à Amiens affirment done que d’autres détachements sont en garnison à Beauvais et à Orléans, d’autres encore provisoirement à Rouen, à Evreux, à Melun, à Epernay et même plus près de Paris. Quelques-uns, dans Epernay, Fismes et Dormans, prétendent que leurs camarades ont été transférés ailleurs. Les ca-

1 Chef du parti soi-disant du peuple; démocrates particularistes.

es

poraux

seuls paraissent savoir d’une manière positive ce

qui en est.

(Laisant.)

Ce

« L'organisation de la légion correspond exactement à celle des anciens régiments du Hanovre; les camarades du même corps et les recrues sont réunis dans la même ville; à Amiens nous trouvons, par exemple, les chasseurs, à Orléans les Gardes du Corps, il paraît que le sixième et le septième régiments sont plus fortement représentés que les autres parmi les légionnaires.

» Le détachement d'Amiens est sous les ordres de neuf caporaux. Les officiers vivent à Paris et viennent de loin en loin apporter la solde ou adresser une allocution à leurs gens; c'est en général le lieutenant Harling (non pas Hartwig) qui se charge de cette besogne. Depuis quelque temps ces discours sont assez encourageants. . ..»

rapport que je vous lis est de date assez récente

«et l’on annonce aux légionnaires qu'ils touchent au terme de leurs vœux; ce qu'ils interprètent en ce sens que la guerre éclatera au printemps.

Age des légionnaires.

« Parmi différentes pièces j'ai pu parcourir une liste de quartiers, et j'y ai vu que les hommes inscrits comme soldats hanovriens étaient âgés en moyenne de 19 à 28 ans.»

Solde.

« Les simples soldats perçoivent leur solde tous les cinq jours à raison de 2 fr. 25 c. par jour; les caporaux ont à fr. A les entendre, le paiement aurait toujours été régulier jusqu'ici; cependant ils ont souvent oublié de payer la carte dans les cabarets qu'ils fréquentent. ...»

Faisons, si vous voulez, Messieurs, un calcul approximatif, sur le pied seulement de 1000 hommes, c’est-à-dire au plus bas chiffre et déduction faite des détachements sans doute moins forts qui sont à Londres ou en Amérique: — soit, 1000 hommes à 2 fr. 25 c. par jour, plus la solde des caporaux et officiers, solde beaucoup plus considérable que dans les armées régulières; ajoutons à la somme ainsi obtenue les frais généraux, et nous arriverons à un total d'environ 500,000 thalers par an pour la légion seule. — Je pense que vous nous accorderez bien qu'il est opportun de tarir la source d’où coulent ces 300,000 thalers, ou du moins de ne plus l’alimenter avec de l'argent prussien. Mais je ne veux pas anticiper davantage sur ce que je dirai plus tard.

Occupations des légionnaires.

« Les légionnaires ont pour occupation principale la promenade. Un petit nombre a trouvé à travailler de son état; dans ce dernier cas on leur déduit 75 cent. par jour de leur solde. Ce décompte ne les encourage pas précisément à chercher du travail, et la pernicieuse influence de ce genre de vie sur la jeunesse hanovrienne qui s’y trouve livrée n'en devient que pire. Quelques-uns prennent depuis quelque temps des lecons de français, et je crois Savoir que, par ordre supérieur, ces leçons leur sont données gratuitement.

Exercices militaires.

«Quand le temps le permet, les caporaux font faire l'exercice à la troupe, maïs sans armes. (Ces exercices ont lieu tous les deux jours de 8 à 11 heures dans un pré voisin de la ville et situé au midi de la route qui mène du faubourg St. Maurice à un village voisin.

«La place d'armes est entourée de peupliers et passablement isolée, ce qui fait que les exercices

de la légion n’excitent guère la curiosité. La troupe sy rend par un chemin vicinal et non par la route.

«On fait espérer aux légionnaires un retour prochain et victorieux dans leur patrie; il leur est formellement promis que leur traitement sera payé tant qu'ils resteront fidèles à leur Roi.

Opinion des légionnaires.

«Pris à part les «soldats hanovriens» avouent sans trop de difficulté qu'ils ne croient guère à la restauration des Gruclfes. Ils rentreraient volontiers dans leurs foyers, n’était la crainte du châtiment. Ils correspondent plus souvent qu'autrefois avec leurs parents qui les supplient sans cesse de revenir et d'abandonner une cause perdue. Mais entre eux ils simulent la foi la plus entière au triomphe de la bonne cause, car la crainte d’une dénonciation de leurs caporaux les empêche de parler franchement. Ceux qui ont exprimé le désir de rentrer dans leurs foyers ont été sur le champ remis à la police française qui les a dirigés vers la frontière la plus proche.»

Aussitôt qu'un individu est dénoncé à la police française comme ayant cessé de faire partie de la légion, les autorités qui ont la surveillance de la mendicité locale, supposent qu'il a perdu ses moyens d'existence; s’il ne peut donc justifier immédiatement d’une occupation quelconque, il est expulsé et dirigé sur la frontière. Cette disposition n’a pas été créée spécialement en faveur de la discipline parmi les légionnaires; elle n’est que la conséquence naturelle des lois françaises relativement aux gens sans travail et sans moyens d'existence. — La légion ignore qui paie les frais du transport; l'essentiel, en somme, c’est que quelqu'un en fasse le déboursé.

Pour M. le préopinant, le Comité guelfe de Vienne,

signalé par moi(), n'existe pas plus que le Danois dont javais parlé. Après recherches, ce Danois s’est trouvé être un Schleswig-Holsteinois. Vous avouerez, Messieurs, que parmi nous, au Reichstag du moins, nous avons déjà eu des Schleswig-Holsteinois fort difficiles, au premier coup d'œil, à distinguer des Danois (?); l'erreur était donc permise. Mail il ne m'est jamais venu dans l'esprit de faire de ce personnage un émissaire du gouvernement danois, pas plus que je ne saurais voir dans certains républicains de Stuttgard des agents du gouvernement royal de Wurtembereg. Quant au représentant de la Hesse, on a tenté, en dehors de cette Chambre, de l’escamoter aussi, en me donnant M. d'Eschwege, aide-de-camp de $. A. R. l'Électeur, pour un d'Eschwege hanovrien. Je ne connais point de d'Eschwege en Hanovre, et je sais de bonne source que M. d'Eschwege, celui de Hesse, a été autrefois au service particulier de $. A. R. l'Électeur. Qu'il soit de Hanovre ou de Hesse, cela ne change rien à l'affaire. La famille est peut-être établie dans les deux pays.

Je n'ai voulu, pour le moment, que vous fournir des faits; je me réserve, dans le courant de la discussion, de revenir sur la question de droit, au point de vue politique.

Après un discours du député Haack qui soutint l'amendement, — le comte de Bismarck reprit la parole:

On vient de me faire observer que depuis la fète des Noces d'argent à Hietzing il s’est écoulé un temps assez considérable; que, par suite, la relation atténuante qu'en a faite le premier orateur (M. de Windhorst), pourrait n'être pas suffisamment contredite par les souvenirs des auditeurs, et qu'il serait utile de remettre devant les yeux ce qui s'est passé alors, — d'autant que ces faits suivirent

1 Renseignements donnés à la commission et relatés dans son rapport. | ? Allusion aux députés Ahlmann et Kryger, du Schleswig- Nord, qui manifestaient en toute occasion leurs sentiments danois.

immédiatement le vote des Chambres qui approuvait l’indemnité accordée au Roi Georges (1), et coïncidèrent avec le maintien de la légion hanovrienne, sur le licenciement de laquelle on avait compté en signant le traité, — maintien qui fut pour le gouvernement la première raison déterminante, sinon la seule, de la mise sous séquestre. Je crois donc de mon devoir de rafraichir les souvenirs d’une situation oubliée — par la lecture du rapport d’un témoin oculaire des faits auxquels je fais allusion .... Mais d’abord je lirai quelques lignes du discours prononcé alors (dans la fète des Noces d'argent) par le roi George, tel que le journal la Presse de Vienue le publia. Ce sont les derniers mots du toast royal. Toute la première partie qui est plus longue, je la passe, parce qu’elle s'exprime d'une manière moins vive dans le mème sens. Voici ces mots de la fin:

«Je vous invite à boire à la restauration du royaume des Guelfes, du trône des Guelfes, et à mon retour au milieu de vous. Puisse Dieu releve: bientôt le trône de Hanovre et me ramener parmi un peuple dont l'attachement et la loyauté peuvent servir d'exemple éclatant à tous les peuples de la terre! Je bois à notre prochaine réunion dans le royaume des Guelfes! »

La première partie du toast se compose de variations sur le mème thème. — Je vous donnerai lecture maintenant du rapport, dont je vous ai parlé, écrit par un témoin oculaire, et daté de Vienne, 19 févricr 1868 :

«Des députations de toutes les villes et de toutes les classes de Hanovre ont été reçues de 10 à 5 h. par le roi Georges et la famille royale dans tout l'apparat de la Cour, à Schœnbrunn. On a écouté en détail tout le monde et répondu à tout le monde en détail. — L’espérance de se revoir, celle de la

1 Voir plus haut p. 159-160.

prompte restauration du royaume des Guelfes, des conseils de fidélité et de patience: tel était le thème principal des réponses.

«A partir de 7 h., 3000 personnes étaient réunics dans les salons; le plus grand nombre se composait de Hanovriens, mais il y avait aussi des invités, savoir quelques bourgeois de Vienne, les deux vice-bourgmestres, des rapporteurs de journaux et plusieurs officiers civils et militaires.

«Vers 8 h. ‘},, la Cour parut; elle fut reçue au chant de l'hymne hanovrien, mais, chose sur pre nante, sans aucun cri de Vive le roi! Après avoir parcouru les trois grandes salles, au milieu de leurs «fidèles Hanovriens», le roi, la reine, les princesses et le prince royal se firent présenter les personnes les plus voisines et les remercièrent d’être venues, en leur exprimant l'espérance d’un prochain revoir. Je fus présenté à mon tour. Le roi vint se placer avec sa suite au milieu de la réunion et prononça un discours que la Presse de Vienne à reproduit, sans trop d'inexactitudes, mais dans une forme réduite et affaiblie. Les paroles du roi ont été bien plus énergiques ; il a invité les Hanovriens à lui rester fidèles et à travailler avec lui à la restau- ‘ation du trône des Guelfes. Ce discours a été suivi de vivat et d’acclamations enthousiastes. Le roi et la reine donnaient surtout de chaudes poignées de main aux bourgeois ct aux paysans, en les exhortant à tenir bon, ete. Un vétéran d’Osnabrück, âgé de 78 ans, et déjà saisi par le champagne, jura tout haut de ramener le roi, qui lw prit la main et lui dit, entre autres choses : «Je t'ai reconnu tout de suite, »

Plusieurs Hanovriens, — m'a-t-on dit, — qui sont connus comme Prussiens, avaient voulu se joindre à la députation; quelques-uns s’y joignirent en effet, mais on les sur-

veillait de près. L'un d'eux fut expulsé de chez le docteur Mayer, à Hietzing, dans le logis duquel les Hanovriens s'étaient rassemblés; — et un autre, au Æursaal, où s’exerçait un contrôle rigoureux, fut jeté dehors par les mains mêmes du comte Wedell.

Plusieurs orateurs parlèrent ensuite pour ou contre l'amendement, Le docteur Schulze prétendit que toute cette affaire était une question de droit privé qui ne devait pas sortir des voies judiciaires. M. de Beesten défendit la cause du roi Georges, et le député Waldeck (progressiste) demanda que les choses fussent ramenées au point où elles étaient avant la conclusion du traité.

Le comte de Bismarek résuma en quelque sorte toute la discussion dans le discours suivant :

Si je prends la parole encore une fois à une heure si avancée, ce n'est pas que je croie avoir beaucoup à ajouter aux discours de quelques-uns des orateurs précédents, ni à ce que M. le commissaire du gouvernement a dit en faveur du projet de la commission. Notamment, l’orateur qui vient de quitter la tribune a donné la preuve que lorsqu'il s’agit des intérèts vitaux de l'État prussien, le point de vue des différents partis se rapproche, et que les divergences d’opimion, celles du moins de tous les partis prussiens, s'évanouissent. M. le préopinant croit voir dans ce fait que l’Ordonnance de séquestre a paru en même temps que la publication de la loi (qui approuvait le traité d’indemnité), une marque de repentir que le gouvernement éprouve d’avoir présenté cette loi Je ne veux pas discuter sur les mots : je déclare qu’en présentant la loi, la possibilité du répentir ne m'a point paru hors de doute, mais que dans ce cas j'ai compté sur le concours patriotique du Parlement. La conclusion du traité et la mise sous séquestre sont deux anneaux, pour ainsi dire, de la même chaine, deux faits Ss’accordant avec toute la conduite que le gouvernement à tenue depuis 1866, dans le sens et dans l'intérêt de la paix; — et, encore aujourd'hui, je ne déprécie point la valeur du premier de ces actes, c’est-à-dire le traité conclu. Ses effets se sont produits de trois côtés différents: d’abord sur les anciens

sujets du roi Georges; on peut dire ct penser maintenant ce qu'on voudra, j'ai ici dans ces documents, — je ne veux pas m'arrêter à en donner lecture, — les rapports adressés à cette époque (de la conclusion du traité) par les autorités hanovriennes, qui d’un tel arrangement attendaient un effet majeur pour l'amélioration de l'opinion publique (dans la province), pour la pacification des esprits; — on y exprime à plusicurs reprises, d’une manière pressante, ce désir que le gouvernement du Roi veuille prendre linitiative en ce sens, et qu'il fasse én sorte de dédommager le roi Georges par une loi, sil n'était pas possible d'arriver à un traité; — et l’on atteste que beaucoup de gens, sans doute réconciliés avec le changement de l’état de choses, mais qui écoutent encore des sympathies personnelles et la pitié respectueuse qu'inspire toujours une grandeur déchue, ver- “aient dans cette compensation donnée à l’ex-roi un excellent moyen de cimenter les nouvelles institutions. Tel est donc le premier motif qui à guidé le gouvernement. — Le second, c'était l'espérance que la conclusion de ce traité aurait un heureux effet dans le sens de la paix, particulièrement auprès des Cours amies et parentes de la maison de Hanovre. Ce sont celles qui ont fait auprès de nous les premières démarches par l'entremise d'agents munis certainement d'instructions de Hietzing. Ce dernier point a été nié, mais Je puis le prouver par des documents officiels et des lettres originales. C’est de ce côté qu'est venue la première démarche. — Le chiffre primitif de la dotation montre quelles étaient les vues du gouvernement et des Cours étrangères. On s'est demandé ce qu'il faut à un duc de Cumberland pour siéger avec honneur parmi l’opulente noblesse anglaise, et l’on a trouvé une somme de cent à cent vingt mille livres sterling. Ce fut là notre base d’'évaluation. |

Quant au point de vue politique, notre seul but a été de procurer à la dynastie déchuc une existence qui lui ôtât toute tentation de troubler la paix d'un grand pays. Pour moi personnellement, je n'ai pas ajouté grande importance

à la supputation des revenus, à la valeur de la fortune dont on revient nous faire ici le compte, et que nous ne pouvions avoir l’idée de compenser absolument. C’est tout au plus sil cst permis de se demander quels revenus nets a eus le roi de Hanovre; or, ce que nous lui offrons les dépasse de beaucoup. J’ai déjà touché ce point l’année passée ct dit qu'à ma grande satisfaction j'avais vu le roi Georges accepter par sa signature une somme plus forte que scs anciens revenus. La situation respective des parties contractantes excluant toute idée de don gratuit, de hbéralité volontaire, nous avions devant nous un contrat d'affaire pur et simple. À ce plus qu'acceptait le roi, devait correspondre quelque équivalent.

Ceci m'amène à parler du troisième motif qui à tracé au ministère sa ligne de conduite: la position du roi Georges lui-mème. Pour les deux premiers motifs je ne me suis point trompé. Le traité a eu dans le sens de la paix l'effet qu'il devait avoir auprès des ex-sujets du roi Georges et des Cours amies; nous avons démontré notre bonne volonté, et lon nous en à tenu compte déjà et l’on continuera à nous en savoir gré aussi complétement que si le traité restait en vigueur; sous ce rapport je n’ai donc pas la moindre velléité de repentir. Quant à notre dernier calcul, les événements sont venus le démentir; mais aussi était-ce le moins certain. Nous n'étions pas si mal informés qu'il düt nous paraître impossible que le roi Georges désavouàt ses engagements, quoique par le traité 11 fut «bound in honour», suivant l'expression anglaise. Nous ne pouvions attendre de Jui qu'il consentit à une renonciation complète, à une abdication expressis verbis. Les Cours étrangères nous avaient avertis de ne point la demander, tout en nous#faisant comprendre que cette formalité n'était pas nécessaire. Elles étaient d'accord avec nous sur ce point que le roi Georges, sans renoncer à la chance lointaine, impossible selon moi, d'être restauré par les armes étrangères, après une défaite de la Confédération allemande du Nord, — ct nous

n'avons point eu en vue dans le traité que le roi Gcorges

dût, un tel cas échéant, renoncer à reprendre sa situation antérieure, si le royaume de Hanovre lui était offert par un conquérant étranger; des arrangements comme celui que nous avons conclu ne peuvent jamais avoir une semblable portée; j'en ai déjà fait l'observation, l’année dernière, — nous étions fondés, dis-je, à croire comme ces Cours amies, qu'en signant ce traité le roi Georges renonçait au métier ingrat de prétendant, au triste rôle d’un prince continuant la guerre à la tête de 1000 ou de 1400 jeunes gens égarés, qu'il à, je ne dirai pas même gagés, mais loués, et que, moyennant un salaire quotidien, il enlève à leurs travaux réguliers, en brisant leur avenir. J'avais attendu avec confiance que cela eût un terme; je me suis trompé; je l’avais espéré, souhaité dans l'intérêt de cette jeunesse hanovrienne appartenant aux classes inférieures, qui est particulièrement exposée à se laisser séduire, à accepter le prix de cette sorte de vente d'âme, et plus tard à se perdre par l'oisiveté. Il ne saurait être indifférent, je pense, pour un pays de voir de mille à quinze cents hommes jeunes et vigoureux, à la fleur de leurs ans, nourris dans une vie de fainéants et arrachés à leur patrie.

Je ne me suis pas étonné, dans un autre ordre de faits, — et ceux-là sont moins faciles à distinguer, par suite moins faciles aussi à réprimer — que le parti guelfe, dans ses rapports avec la presse, comme dans les autres sphères d'agitation, ait formé une alliance intime avec tous les partis, avec tous les éléments hostiles au nouvel ordre de choses et à sa consolidation. Qu'il se serve des sommes provenant de l'indemnité (accordée par la Prusse) ou d’autres sources, pour acheter tout ce qu'il y a de plumes vénales et d'intrigants en Allemagne, je n’en suis pas surpris: De tels marchés, d’ailleurs, se dérobent au contrôle, et la preuve positive ne peut guère en être faite. [alliance des Guelfes avec tous les ennemis de l’unité allemande: — avec ceux qui la combattent parce qu’elle est une Unité, c'està-dire du point de vue particulariste, comme avec ceux qui conspirent contre elle, parce qu’elle est une unité monar-

chique, — leur alliance aussi avec tous les adversaires de la liberté religieuse en Allemagne, — ce sont là des trames auxquelles je n’attache point d'importance ici. Je m'en tiens uniquement à un fait très nettement dessiné : l'entretien persistant de la légion en vue de faire la guerre à sa propre patrie, de concert avec les puissances étrangères, aussitôt qu'il y aura une chance assez sérieuse et assez favorable pour jeter l'épée dans la balance. Joignez à ce fait une manœuvre continuelle du parti guelfe tendant à représenter la paix comme douteuse, comme menacée d’une perturbation prochaine, imminente, et à troubler ainsi, autant qu'il le peut, la confiance dont les grandes nations ont besoin pour leur prospérité matérielle, la confiance réeiproque dont tous les peuples de l'Europe ont besoin; — manœuvres exécutées en tous lieux par des agents, par des intrigants à gages, dans lo but de détruire la croyance à la paix, d'empêcher le retour d’une situation meilleure pour le commerce et l'industrie, enfin de paralyser l'essor du déweloppement matériel ct de la prospérité publique. Toutes ces menées nous sont connucs; elles frappent les yeux, sans qu'on puisse les prouver juridiquement; — et bien qu'elles soient contées dans les journaux, elles n’en sont pas moins vraies.

Mais, encore une fois, je m'en tiens à ce qui est devant nous, c'est-à-dire au fait constant que le roi de Hanovre persiste à jouer vis-à-vis de nous le rôle de prince belligérant. Ce fait seul donne au gouvernement le droit incontestable de défense contre une telle hostilité, qu'elle soit d’ailleurs plus ou moins puissante; il ne s'agit pas de savoir si nous craignons les menées du roi Georges; la question qui importe est celle-ci: notre adversaire ne nous fournit-il pas lui-même une arme que nous puissions saisir réellement et sans avoir besoin davantage de preuve juridique, — une arme, dis-je, avec laquelle il nous soit possible de déchirer toutes ses trames et de couper toutes les ressources qui lui servent pour exercer son indigne métier de suborneur

et de corrupteur? Cette prise contre lui, cette arme, je les 14*

trouve dans le simple fait, essentiel d’ailleurs, de la légion. Je ne veux rien savoir de plus; il me suffit d’avoir cette preuve que le roi Georges, après comme avant, se Considère, de son côté, comme partie belligérante, — qu'ainsi il rompt lui-même matériellement et moralement le traité, et que, d'après le droit de la guerre, il livre aux mains de ses adversaires sa propriété qui est à la portée de ceux-ci. Que le danger pour nous soit grand ou petit, il n'importe: principiis obsta!

On a parlé ici de recours judiciaire; mais dans le cas actuel, ce genre de défense a de telles limites que peut-être serais-je mort déjà avant d'avoir pu me défendre. Nous ne pouvons sur le terrain politique, où nous n'avons pas à veiller à notre propre existence, mais au salut de toute une nation, nous ne pouvons laisser les choses arriver à ce point que nous ne commencions à nous défendre que lorsque déjà il n’est presque plus possible de le faire. -A mon sens, la défense légitime ne se borne pas au seul cas où il nous faut repousser une attaque menaçant notre vie; elle consiste aussi à maintenir cette confiance dans la paix, dont nous avons besoin pour notre prospérité. Cette confiance ne serait pas fortifiée assurément, si nous ne résistions à de pareilles entreprises. La tolérance à l'égard de ces manœuvres est incompatible, selon moi, avec la dignité d'une grande nation; en les souffrant, nous nous exposerions à faire croire que nous n'avons pas le courage de nous défendre, que nous craignons, si nous voulons agir, de tomber aux mains d’un autre adversaire. C’est une làcheté que de ne pas oser se défendre, de ne pas mème détourner la pointe de l'épée dirigée contre votre poitrine, de s’en laisser transpercer, et d’avoir la main inerte — soit peur, soit paralysie nerveuse, — pour repousser le danger qui vous menace. Le devoir du gouvernement est de veiller à ce qu'il n’en soit pas ainsi. Déjà dans le sein de la commission, j'ai indiqué en quel sens nous comptions remplir ce devoir.

Nous n'avons point à juger ici un adversaire tombé;

mais nous voulons sauvegarder l'Allemagne; nous voulons en finir avec ces coupables manœuvres qui se font un jeu du repos d’une grande nation et de la paix de l’Europe, avec ces conspirateurs qui se croient permis, en vue des mesquins intérêts dynastiques, de compromettre, par des trames avec l'étranger, la paix, la grandeur et l’honneur de leur propre patrie.

Mise sous séquestre des biens et valeurs appartenant à l’ex- Électeur de Hesse. — Le député Lent, rapporteur de la commission, fit d’abord ressortir les différences matérielles qui existaient entre la somme de dédommagement accordée à l'Electeur et celle qu'avait obtenue le roi Georges. Autre différence, celle-là toute en défaveur du premier de ces princes: l'ancien roi de Hanovre, au dire du député Windthorst, prétendait n'avoir rien su de l'entremise de Cours amies, tandis que les avertissements de la Prusse étaient bien arrivés aux oreilles de l'Électeur, puisqu'il y avait répondu. Ce prince a d’ailleurs proclamé, dans un Mémoire, qu'il était résolu, si les circonstances l'y aidaient, à troubler la paix publique; il à injurié le peuple prussien et le gouvernement de la Prusse aux dépens de la vérité et de l’histoire. — En conséquence, la Commission recommandait à l'approbation de la Chambre le projet de loi portant séquestre des biens de ce prince; elle proposait en outre que le dit séquestre, à l'instar de ce qui avait été adopté pour les biens du roi Georges, ne pût être levé que par une loi.

Les députés de Mallinckrodt et Herrlein (de Cassel) essayèrent de diminuer l'importance des actes d'agression de l’ex-Electeur contre la Prusse, et demandèrent à la Chambre de ne pas traiter ce Prince aussi rigoureusement que le roi Georges, dont la conduite était, en effet, celle d’un ennemi déclaré.

Le comte de Bismarek prit ensuite la parole et prononça le dis- Cours suivant :

J'ai déjà eu hier occasion de dire que l’on ne saurait restreindre les nécessités de la défense de l’État au cas seulement où l’État se voit contraint de repousser une attaque matérielle, Dans cette idée de légitime défense je dois faire entrer le droit et le devoir de tout gouvernement,

— devoir d'autant plus impérieux que la nation est plus orande, — de veiller au maintien de la paix, et d'empêcher tout ce qui peut faire croire qu’elle est mal assise, car la paix sans la confiance n’a point la valeur qu'elle doit avoir pour un grand peuple. Une paix que chaque jour, chaque semaine, on redoute de voir troublée, ne procure aucun des bienfaits de la paix; souvent une guerre cause au monde moins de dommage qu'une paix si indécise. Dans ces vues de politique élémentaire, je ne me laisserai déconcerter par aucune déduction juridique; le g'ouvernement saura se dégager des arguties d'avocat qu'on lui oppose pour l'empêcher d'accomplir son devoir, qui est de veiller à la paix de l'État.

La paix de l'État a été menacée. Je regrette, en disant cela, de ne pas voir ici sur son fauteuil l'honorable député (M. Virchow) qui s'occupe depuis plusieurs années de ma personne et très rarement pour en dire du bien. Il ne pouvait, hier, apercevoir la pointe de l’épée que l’on a dirigée contre notre poitrine. Je le félicite également de n'avoir pas vu, à une certaine époque, les centaines de milliers de baïonnettes qui se mouvaient dans l'air; mais je lui rappellerai aussi la mésaventure de ce chambellan du roi Duncan, qui, plongé dans l'ivresse et le sommeil, ne vit pas le poignard de Macbeth. Le devoir d’un gouvernement est d’être sans cesse en éveil.

La paix, ai-je dit, semblait menacée; elle l'était peutêtre, pourrais-je ajouter, à la suite de regrettables malentendus. La situation n’a commencé à se détendre que du jour où un changement de ministère eut lieu à Bukarest. D'autres événements ont aussi détourné ailleurs l'attention. Mais, à l’époque dont je parle, nous avons pu reconnaître dans quelle mesure la politique pacifique de la Prusse avait été calomniée auprès de certains autres gouvernements et jusqu'à quel point ces calomnies avaient su trouver créance. J'avoue que la situation me parut alors douteuse à moïmême qui, d'habitude, ne m'alarme guère aisément. Ce n'est pas davantage ma coutume de fausser la vérité

en dépit même de ce qui est notoire. Je le répète: la paix à failli être troublée, surtout par l'effet de mal-entendus qu'avaient fait naître de fausses peintures de la politique de notre gouvernement. Il est difficile de dire jusqu'à quel point la coupe était pleine et quelle est la goutte qui l'aurait fait déborder. Mais quand, grâce à de puissantes ressources pécuniaires, la coalition de divers partis intéressés à voir troubler la paix, semble gagner une certaine importance, vous m'accorderez tous que le gouvernement doit observer ces manœuvres avec vigilance, et que son devoir est d’écarter, en temps opportun, les dangers que la paix publique aurait à courir. Il ne pouvait donc échapper à l'attention du gouvernement que plus les dangers de guerre s’accentuaient, plus devenait agressive et remuante l’émigration attachée aux maisons d’Este et de Brabant (Hanovre ct Hesse) (1). Dans le camp des émigrés l'on était parfaitement instruit de certains mystères de Ca-

1 Este et Brabant sont pris ici dans le même sens que Capet à une certaine époque pour les Bourbons de France; ils indiquent les premières origines des deux familles souveraines de Hanovre et de Hesse-Cassel.

Este, — L'antique maison de Lunebourg (Hanovre) a pour premier ascendant Azzo II, margrave d'Este, mort en 1097. L'expression habituelle: ,maison des Guelfes“ ou ,dynastie des Guelfes“ n’est pas correcte. Le nom de Guelf (Welf) est un prénom très fréquent dans les maisons souabes du pays d’Althoff et des environs. Guelf IV, fils d’Azzo, reçut de l'Empereur Henri IV le fief de Bavière. De lui descendent: Henri-le-Magnifique, mort en 1139, duc de Bavière et de Saxe, et par son fils Henri-le-Lion, mort en 1195, les maisons princières de Brunswick et de Hanovre.

Au dire de la légende, un membre de la maison souabe des Guelfes serait passé, dès les premiers temps du moyen-âge, en Italie, où il aurait fondé la maison d'Este, et un membre de cette dernière aurait épousé à son tour une princesse héréditaire guelfe.

Brabant. — Les landgraves de Hesse descendent de Henri Ier, duc de Brabant, mort en 1235, dont le fils Henri II épousa, en secondes noces, Sophie, fille de Louis IV, landgrave de Thuringe. Quand la branche masculine de Thuringe s’éteignit en 1247 avec Henri Raspe, Sophie prétendit à l'héritage de Thuringe et de Hesse, et, après de longues luttes, fut mise, par traité, en possession de ce dernier pays. Henri Ier dit l'Enfant, fils de Sophie, est le premier ancêtre de la maison actuelle de Hesse.

binet dont nous-mêmes n'avons eu Connaissance ni aussi tôt, ni aussi à fond. Le langage des organes de l’Électeur devint de plus en plus hardi, depuis le jour où parut sous le titre d'Appel au peuple hessois ce factum anonyme auquel Son Altesse pouvait bien n'avoir aucune part et que l'argent hanovrien avait peut-être fait fabriquer en abusant du nom hessois, — jusqu'au moment où l’Électeur entra lui-même en lice, accusant plus ouvertement son hostilité à mesure que la guerre devenait plus problable. Il parla d’abord de «relever l’écusson de Hesse», puis de «sujets qui lui étaient restés fidèles»; plus tard enfin il allait jusqu'à se permettre, et il se permet encore, par rapport à son ancien pays, des actes directs de gouvernement. Je vous rappellerai à ce sujet les pièces émanées de la soi-disant Commission des Ordres qui siége à Prague. Parmi ces pièces il en est une, plus récente et encore inédite, qui ordonne à l'Administration des pauvres de Cassel de diriger immédiatement sur Prague, à l'adresse de la «Commission Électorale des Ordres», le fonds des pauvres qui est de 34,000 thalers.

Il y a une gradation sensible d’insolence dans le ton des actes émanés de M. Schimmelpfennig, secrétaire de l’Élceteur, qui n'aura pas de repos, semble-t-1l, avant d’avoir achevé la ruine de son maître. Aux documents que J'ai déjà communiqués à la Commission et qui sont imprimés dans le Rapport, je peux en joindre un nouveau de toute fraiche date, bien que le journal l'Avenir en ait déjà publié, me dit-on, les premiers passages. On y conclut ainsi :

«S. A. R. l'Électeur considère comme au-dessous «de sa dignité de perdre un mot de plus sur une «affaire dont le dénouement tout à fait partial est «trop aisé à prévoir; mais Elle se réserve, dès que «ce nouvel acte de violence de la Prusse aura reçu «la sanction parlementaire, de le placer dans son «véritable jour au forum de la publicité, &e.»

En finissant, l'écrivain me donne l'assurance de sa «considération très distinguée».

Le rapport de toutes ces manœuvres avec la probabilité des dangers de guerre, est indubitable; plus ces danvers augmentaient, plus aussi, je le répète, croissait l’agitation. On semble maintenant quitter la partie parce que la paix est assurée.

Quels moyens avons-nous pour écarter de la Prusse ces menaces continuelles d'intervention étrangère? Le préopinant vous a demandé où était la «légion»; il a réclamé des légions, comme un César romain. Ni l’action du roi Georges contre nous a été militaire, celle de l'Électeur a été diplomatique. Tout le reste est pour moi sans grande valeur. J'ai dit hicr, pour le roi Georges, que l'existence de la légion hanovrienne était notre motif d'appliquer à ce prince le droit de la guerre; je dis aujourd'hui que l'Électeur provoque nos représailles pour avoir poussé à détruire violemment la Confédération du Nord et à lui arracher quelques-unes de ses provinces. Je veux m'en ‘tenir à cet acte.

Quant aux autres points et pour vous montrer mon impartialité, je vais vous lire un fragment d’une lettre qui m'est parvenue hier. Elle émane d’un proche parent de S. A. R. l'Électeur, et je ne crois pas commettre une indiscrétion en la citant:

«Je ne puis aucunement admettre que la procla- «mation au peuple hessois ait été connue de l’Elec- «teur et qu'il l'ait approuvée. »

C’est donc un factum de MM. Schimmelpfennig, Preser ou autres qui veulent ruiner leur maître. Je n’attache par suite aucune importance à cette proclamation. L'auteur de la lettre continue :

«Je sais de source certaine que les membres hes- «sois et danois du comité de Hietzing n'assistent «plus aux séances, »

Nous avons vu hier que cette assertion est erronée.

«Je sais même», dit encore l’auteur de la lettre, «d’où vient ce malentendu. A Hietzing on voit sou- «vent un Hanovrien, le baron d'Eschwege, qu’on a «pris pour son homonyme, l’aide-de-camp de l'Élec- «teur. »

Hier, je n'ai pas eu le temps d'exprimer mes conjectures personnelles sur l'identité de ce M. d'Eschwege. Je n'ai aucunement songé à l’aide-de-camp de l’Électeur que je connais fort bien. C’est un homme de belle taille, d'extérieur agréable, à barbe noire. Ses opinions me sont trop connues pour que j'aie eu l'idée de le soupçonner. A cette occasion je ferai remarquer que l'Électeur continue à nommer des aidesde-camp; cest ce qui m'a fait dire que l’autre M. d'Eschwege est au service particulier de ce prince, expression que je n'aurais pas appliquée à un aide-de-camp de l'Électeur datant de l’époque où celui-ci régnait à Cassel. Pour qui se nomme d'Eschwege, il faut accepter de bonne grâce de passer pour FHessois.

Quand on parle au nom des intérêts de l’Électeur, et que l’on va chercher à Prague ses instructions, et que l’on prend le titre d’aide-de-camp de ce prince, peu importe, en définitive, que l’on soit né à Hanovre ou à Cassel. On ma assuré qu'il y a eu un M. d'Eschwege parmi les gardes-ducorps hanovriens. Mais, encore une fois, tout ceci est secondaire. Je m'en tiens au Mémoire que le secrétaire du Cabinet de l'Électeur a fait parvenir officiellement, et de l’aveu du Prince, aux souverains et gouvernements étrangers, et que j'ai été invité moi-même à placer sous les yeux de S. M. le Roi, mon très gracieux maître. Dans ce Mémoire, les puissances étrangères sont invitées, au su et au gré de l’Électeur, à détacher violemment de l’État prussien la province de Hesse.

Je vous le demande, Messieurs, est-ce là une menace tout à fait vaine et une bouderie inoffensive? Cela peut-il

se mettre en parallèle avec quelques maladresses de la petite police faisant saisir deux ou trois corbeilles de légumes ? (1)

L'Étranger, en admettant qu’il ait eu des velléités belliqueuses et se soit interrogé sur les chances d’une guerre, ne pouvait-il se sentir uotablement encouragé par l’espérance que l'on faisait luire à ses yeux du concours empressé d'une partie considérable de la population hessoise et hanovrienne, prête, lui disait-on, à courir au-devant d’une armée étrangère et à lui rendre la victoire plus aisée? L'état de déchirement où l'Allemagne se trouve encore, du moins dans les esprits, est bien assez connu à l'étranger. On y connaît aussi, en se les exagérant sans doute, les effets de ce vieil égoïsme local qui fait que pour l'habitant de Mayence, par exemple, celui de Wiesbaden était, hier encore, un intrus de lointain pays à qui l’on devait barrer l’entrée du port, — de ce même égoïsme dont le Francfortois donne des preuves en considérant l'habitant du bourg voisin, de Bockenheim, comme indigne de jouir d'aucun des droits de l’ancienne ville libre. Oui, l’on connaît à l’étranger l'existence de ce particularisme qui dit: «Donnez-moi un chemin de fer de plus, que m'importe le reste de l’Allemagne ? »

À ce propos, et pour montrer au préopinant de quelle manière se concédaient les chemins de fer dans la Hesse, Je rappellerai ici un fait que je n’eusse jamais mentionné, sil n’était consigné dans les archives officielles de Cassel. C'est un décret Électoral par lequel Son Altesse Royale déclare consentir à la construction du chemin de fer de Hanau, — après que la Société a fini par mettre deux cents ou deux cent cinquante actions à la disposition de Son Altesse Royale.

Je pourrais multiplier ces exemples; vous apprécierez les motifs pour lesquels j'y renonce. Je ne suis entré dans

1 envoyées de Cassel à l'Electeur par quelqu'un de ses fidèles,

ces détails qu'afin de tranquilliser le préopinant, dont j'apprécie du reste la ligne de conduite.

Oui, par malheur, l'étranger peut se dire que son invasion, si elle était d’abord victorieuse, ne rencontrerait pas partout la même résistance que lui opposerait toute autre nation unifiée de l’Europe. Les Coriolans ne sont pas chose trop rare en Allemagne; il ne leur à manqué, jusqu'ici, que les Volsques, sans quoi la pièce commencerait bientôt; il n'y a que le dernier acte que toutes les femmes de Hanovre et de Cassel n'auraient pas le pouvoir d'amener.

C’est chose bien déplorable qu'il en soit ainsi chez nous. Songez à l'impression que l’on éprouverait en Espagne, en Russie, en Angleterre, en France, en Hongrie, en Dancmark, si quelque habitant de ces pays déclarait que pour faire prévaloir ses passions particularistes, ses 1intérêts de parti et ses intérêts domestiques, il appellerait l’aide étrangère; s’il osait dire que toute son espérance est de voir les armées victorieuses de l'étranger fouler et ravager les plaines de sa patrie, et nous ramener à la désolation et à la servitude d'il y a cinquante ans! Que lui importent les ruines fumantes de son pays, pouvu que luimême y trouve son compte? Supposez que dans les royaumes dont je vous ai parlé et jusque dans le petit Danemark, il y eût des êtres assez éhontés pour professer de semblables théories, le mépris de leurs compatriotes les écraserait sur-le-champ. Chez nous, il n’en est pas de même. Ils respirent à l'aise; ils portent le front haut et trouvent des défenseurs jusque dans cette enceinte.

Partout où la pourriture s’est mise, foisonne une vie que l’on ne peut guère saisir avec des gants propres. Retirez donc vos reproches d'espionnage. Je ne suis pas né pour le métier d’espion; ce n’est point là ma nature. Mais nous devons poursuivre ces reptiles jusque dans leurs repaires ct voir ce qu'ils y fout. C’est par là que nous méritons vos remerciments. S'en suit-il qu'il nous faille un demi-million de fonds secrets? On trouvera d’autres em-

MISE S. SÉQUÉSTRE D. BIENS D. L’ÉLECT, DE HESSE. 221

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plois à cet argent ('), avec votre assentiment constitutionnel. La province de Hesse est obérée. Le devoir du gouvernement sera d’amortir ces dettes. Mais ne nous reprochez pas la nécessité regrettable où nous sommes d'appliquer, aussi, notre argent à un autre usage. Essayez vous-mêmes de toucher de la poix sans vous salir les mains!

1 L'argent dont il est question ici, c'est le revenu séquestré de l'ex-Electeur.

DU

REICHSTAG DE LA CONFÉDÉRATION DE L’ALLEMAGNE DU NORD

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