‹ Les discoursChapitre 12 sur 21 · II · texte numérisé non relu

II

ruine entière à envisager. Jetez donc dans la société ce germe de vie qui lui manque, et vous verrez à quel degré de prospérité et de splendeur vous pourrez dans peu vous élever.

Combien, messieurs, avec tout le* zèle qui nous anime dans nos travaux, nous sommes tardifs néanmoins en certaines choses ! Combien nous laissons péricliter quelquefois la chose publique, faute de prendre une résolution prévoyante, et de savoir devancer les événements ! C'est par les finances que Tancienne machine a péri ; c'était assez dire que la nouvelle ne pouvait se construire et se soutenir sans les réparer incessamment. C'est par ce même défaut de moyens que nous avons éprouvé durant nos travaux. tant d'inquiétudes, de perplexités ; et nous n'avons adopté encore à cet égard aucun plan, aiicune marche sûre ! Nous nous sommes sauvés, il y a quelques mois, d'une crise terrible; quatre cents millions d'assignats ont comblé le précipice qu'il fallait franchir, et nous ont fait respirer jusqu'à ce jour. Voyons donc, considérons comment cel éclair de bienêtre s'est évanoui ; et s'il faut conclure de l'état des choses que nous rie devons plus user de cette ressource, que l'expérience nous en a fait sentir les dangers ; ou plutôt, s'il ne faut pas conclure que c'est encore là le port du salut.

Votre décret, messieurs, au sujet de la création des assignats-monnaie pour la somme de quatre cents millions, futl'ouvragede lanécessité, parce que nous attendons toujours, pour nous exécuter, l'instant où nous sommes forcés par les circonstances ; ce décret eût pu être l'ouvrage de la prudence ; et, porté plus tôt, il eût prévenu de grandes angoisses. Mais enfin, dès qu'il fut^ mis en exécution, on vit un amendement sensible dans les affaires, l'intérêt de l'argent «liminuer, les effets reprendre faveur, le change avec l'étranger se rapprocher du cours ordinaire, les contributions patriotiques devenir plus nombreuses; heureux effets, qui incontestablement se seraient soutenus, développés, si les assi-

ASSEMBLÉE NATIONALE iîS

gnats eussent eu une destination plus éleridiiè, si leùi* émission eût été jplus considérable, si les mesurés prisée d'avance eussent permis plus de promptitude dans celle émission, et si enfin ils eussent été aivisés en soitinieâ assez faibles pour entrer dans les affaires de k partie laborieuse du peuple !

Mais qu'arrive-t-il? C^èsl que ce jpapier iiiiméràii'è se précipite bientôt dans les provinces dont là capitale est débitlrice. )Près de la moitié était déjà censée en circulation par les billets de caisse que les assignats ont remplacés. A mesure que rémission s'en fait du ti*ésoï* public, un écoulement rapide les porte loiii dé nous, et nous laisse à peu près, pour la quantité du ûùitléraii^è, dans le même état qu'auparavant. îl n'est dofac pas surprenant qu'après quelque temps les mêmes besoins sfe fassent sentir, et que l^aris n'éprouve pas àujoùfd'htii, dans les aflfaires, l'aisance qui aurait eu lieu si tôtis îéS assignats eussent été resserrés dàiis la circulaliôh ôiùnicipale.

Est-ce donc sérieusement qu'on semblé craindre liîië espèce de submersion de ces assignats, si on lès accroît en quantité suffisante pour lô paiement dé cette partie de la dette que j'ai indiquée? Je dis que la société è^t dissoute, ou que nos assignats valent des écûs, et doivent être regardés comme des écus.

Or est-il quelqu'un qui puisse nous dire quelles bornes on doit mettre au numéraire pour qu'il n'excède pas, dans un royaume comme la France, les besoins de l'industrie manouvrière, de l'industrie agricole, de l'iiidustrie commerciale? Est-il quelqu'un qui ait pu faiire ce calcul, même dans l'ancien régime, ou tout était gêné, étranglé par les privilèges, les prohibitions, les vexations de toute espèce? à plus forte raison dans ce nouveau système de liberté, où le commerce, les arts, l'agriculture, doivent prendre un nouvel essoir, et demanderont saûs doute, pour s'alimenter, de hoùveaux moyens dont l'imagination ne peut fixer l'étendue! Estce donc dans la disette effrayante où nous nous troU-

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vons, est-ce à l'entrée de la carrière où nous allons nous élancer, que nous pouvons redouter d'être embarrassés de numéraire? Ne sait-on pas d'ailleurs, quelle que soit l'émission des assignats, que l'extinction s'en fera successivement par l'acquisition des biens nationaux?

Nous sommes citoyens de la France; ne graduons donc pas toutes choses sur l'échelle infidèle de Paris. Jusqu'à présent les affaires n'y ont été menées que par saccades. Quand le mouvement irrégulier des espèces les accumulait fortuitement sur cette place, on disait que le numéraire était abondant : mais bientôt après, le reflux ayant emporté et le superflu et le nécessaire, on disait que le numéraire était rare; et peut-être, dans ces deux cas, n'était-il pas entré ni sorti un écu de plus du royaume.

Nous avons donc beau être à Paris, ce n'est pas sur les mouvements d'argent qui se font sentir à Paris ; ce n'est pas sur les opinions conçues à Paris, quant au numéraire, que nous devons régler les nôtres ; ce n'est pas sur les errements de la bourse de Paris, que nous devons combiner nos opérations. Et je récuse, dans le sujet qui nous occupe, le jugement de ces banquiers, ces agents de change, ces agioteurs de profession, qui, accoutumés jusqu'ici à influer sur les finances, et à s'enri'^.hir des folies du gouvernement, voudraient nous engager aujourd'hui à jouer son rôle, afin de continuer à jouer le leur.

Je pense donc, du moins quant à moi, et j'ai mille raisons de penser, que nous aurons à l'avenir plus besoin de numéraire que jamais; et que la plus haute quantité que nous en ayons jamais eue pourrait être plus que doublée, sans que nous éprouvassions ce surplus que l'on semble craindre.

Dans ces moments surtout, ne faut-il pas réparer mille échecs portés à la fortune publique et aux fortunes particulières? Ne faut-il pas adoucir, par un remède général, les maux particuliers qui sont une suite inévitable du bien public qu© vous avez fait?

On doit louer sans doute le zèle et le courage de cette Assemblée, qui travaille sans relâche à porter partout l'économie, à supprimer Joutes les dépenses du fisc q li ne sont pas justes et nécessaires. Mais il n'en est pas moins vrai que, ces prodigalités journalières du gouvernement étant retranchées, il en résultera momentanément, dans les villes où se rassemblaient ses favoris, moins de consommation, moins de travail, moins d'aisance. Une nation qui paie à elle-même ne souffre pas de la multitude de ses paiements, et même de la légèreté de ses dépenses, comme souffrirait une nation tributaire envers les nations étrangères. Il résulte du moins chez celle-là, de la force de ses recettes et de ses dépenses, un grand mouvement d'argent et d'affaires,dont le bienêtre du peuple, il est vrai, n'est pas l'objet/ mais dont le peuple tire toujours quelque parti pour sa subsistance.

Maiptenant que les choses sont ramenées à la vraie source de la prospérité publique, si nous voulons parvenir à cette prospérité sans une intermittence cruelle et des secousses dangereuses, il nous faut absolument, et c'est un devoir que nous impose l'ouvrage neuf et de longue haleine que nous élevons, il nous faut .promptement pourvoir à ce nouveau déficit d'argent, de circulation, que nous avons peut-être en partie occasionné par des retranchements et des réformes nécessaires.

Dans les grandes villes surtout, où le peuple malaisé abonde, il faut un moyen actif qui mette en mouvement tant d'autres moyens, et qui nous fasse passer au nouvel ordre de choses, à ses leùts et heureux effets, en soutenant du moins notre existence, en prolongeant en faveur de la nouvelle constitution la bienveillance publique, qui ne tient pas longtemps contre la misère. Et pesez, messieurs, je vous prie, cette considération : car, si nous faisons pousser au peuple, dans son désespoir, un seul regret sur l'ancien état des choses que nous ayons pu lui épargner, tout est perdu; nous n'avons qu'à quitter le gouvernail, et livrer le vaisseau à la merci <les vents et de la tempête.

1(8 CEyYI\ES DE MIRABEAU

IHI^is j'aUeste ici la conviction profonde q\ie j'aj de cette vérité : c'est qu'avec Vardeqr, la persévérance, le courage inébr^^nlable qi^e nous ^vons montrés jusqu'ici, et qui ne nous abî^ndonneront pas ; avec le patriotisme générç^l, qui n'^st pas do^it^^x, si nous sî^vons donner une ^ecoi|sse ?tv»x ajfaifes, les arracher |^ cette mortelle léthar^e doq| el}es [)§ demandent qu'^ sortir au moyen d'uqe épf^issiqi^ pronipte et abondantie du numéraire Qptif ei^ nqtr^ pouyoir", nous ferons, pour la chose pubjique, c^ g^i se présente de mieux à faire ; nous agirons çomqie ces naécjeeins habiles qui, en ayant égard 4 toutes (es indications de la maladie, pourvoient néanmoins ^vi ^^A} \^ plus instant; qui, s'ils ne guérissent ps^s encore, prolongent la vie et donnent enfin à la nature le teipps de guérir.

Aipsiy flpus écarterons ces plans subtils qqî ne respectent point assez le^ principes sévères 4^ isi justice, gqi reposent sur des opinions bizarre^ et particulières, enfin qui ont tont en vqe, e^^çepté ce qu'il y a^ de plus ns^turel, de pins pressé et de plug facile.

Si je parlç^i^, ^ des hqniroes niQips éclairés que vous sur l^s ^(Taif es, Jf^ fel^ve^ais ici une impu|;?^tion, dirai-je une chicane faite ^uj^ assignats pouf les att^-QW^r dans leurs effets. Je you^ montrerais çoniment il n'est pasf vrai qn'ils ^.ient cpntribué à la rareté du numéraire. Tsint qn© la- caisse d'esconipte a fait honneur à ses epgag^n^pnts, en payg-nt ses billets à yne, ces billets ont été plqs reciiçrpjjés n^ème qne l'argent. Mais, dè§ qqe nous f §.vons vue obtenir du gouvernement des titres d'infidélité, §ons je-^noni d'^.r^'èts (}e sufséance, la confiance s'e^t ébr?tnlé^!| Tarçen^ s'esj; resserré, et les billets qiit porcin lenr crédit, L'§,rg[ent était déjè^ tellement r^re, ayp^nt qnp les assign^t§ fussent décrétés, qne le§ billets de caisse perdaient jusqu'4 cinq pt six pour cent* Ce n'étaient dqnç pas ^.lors le^ ç^gsignats qni chass^-ient Tf^rgent. An ponfr^ir^, ils l'ont rappelé à leu^ appariijpQ pjir nn ippuyement «le çqnflance.

La rareté de l'argent tient donc ^ dg^ circonstances

JVSSEi\fBl.EE NAJIQNALE 1^9

étrangères qui frapperaient tout autre expédient que les assignais, et auxquelles les assignats sont de toutes les mesures celle qui est 1q plus capable de résister. Les sourdes manœuvres, les troubles publics, les terreurs paniques, les délais du trésor dans ses paiements, et ranéantissement des affaires qui en est la suite, voilà la première cause de la disparition de Tor, de la rareté du numéraire. Détruira-t-on cette cause en s'arrêtant dans le versement des assignats? N'est-il pas clair, au contraire, qu'en attendant l'entier retour delaconiiance, les assignats sont le seul moyen qui puisse y suppléer, la rappeler même, et nous donner à tous égards une sorte de sécurité ? J

Si le difficile échange des assignats contre de l'argent tenait à leur discrédit, je le demande : pourquoi donc les assignats eux-mêmes participent-ils à la rareté du numéraire? Ils devraient abonder sur la place, être offerts partout et pour tout, si l'on était si pressé de a'en défaire. Mais en tout lieu, au contraire, et en tout point, les marchandises abondent ; et ce sont les acheteurs qui sont rares. Plaçons donc cette calompie contre les assignats au rang de celles qu'on se permet tous les jours contre la plus glorieuse des révolutions, contre les réformes les plus nécessaires, contre les plus sûrs amis de l'ordre public. Sachons voir, que bientôt cette unique et salutaire ressource de nos finances comptera à peu près les mêmes partisans et les mêmes adversaires que notre constitution; et, faute de principes fermes, ou d'un courage éclairé sur cette matière, ne faisons pas le jeu de nos ennemis, qui ne demanderaient pas mieux que de nous voir engouffrés dans les embarras, pour rire ensuite de notre prudence meurtrière.

Et certes, c'est le besoin universel d'un instrument d'échange et de travail qui se fait sentir : c'est le besoin d'assignats pour l'homme d'affaires ; c'est le besoin d'argent monnayé pour celui qui vit de monnaie et ne connaît qu'elle. Tous se plaignent ; mais la classe malaisée et si intéressante pousse des cris plus vifs, parce que

ses besoins sont plus poignants, et ses passions plus impétueuses. C'est fionc cette classe qu'il s'agit incessamment (Je secourir. Le premier versement des assignats ne lui a pas encore fait sentir ses bienfaits.

Que conclure de là? C'est que nos assignats établis pour la partie spéculante de la société ne suffisent pas, et qu'il en faut aussi pour la partie travaillante. Il faut que notre ressource pécuniaire entre dans les limites de ses besoins. Il faut qu'une série d'assignats puisse conduire de la somme de deux cents livres à la somme d'un louis, comme on descend d'un louis, par une série d'espèces, à la dernière pièce de monnaie. Alors la difficulté ne consistera plus qu'à échanger un assignat d'un louis contre des espèces, c'est-à-dire qu'elle sera presque nulle.

Nous avons suivi, dans les sommes fixées pour nos assignats, les errements de la caisse d'escompte dans la division de ses billets. Peu importait que le moindre des billets de cette caisse ne fût pas au-dessous de deux cents livres, puisque à cfiaque instant ce billet pouvait être converti en écus; mais nos assignats, étant faits eux-mêmes pour tenir lieu d'espèces, ils doivent s'en rapprocher par leur valeur. C'est la seule manière d'en faire sentir le bienfait au peuple. Des caisses patriotiques s'établiraient aisément dans les grandes villes pour opérer l'échange de ces assignats de petite somme. Je ne puis esquisser que rapidement tous ces détails; mais la théorie en est claire, et la pratique sûre et facile.

Je supplie donc cette Assemblée de faire les plus sérieuses^réflexions sur ce que je viens de lui exposer. Elle a engagé l'honneur de la nation à respecter la dette publique non seulement dans sa totalité, mais dans chacune de ses parties, et à respecter par conséquent tous les titres individuels. Chaque créancier, par sa position, peut avoir ses raisons pour préférer la forme de sa créance à toute autre forme ; c'est là-dessus qu'il peut avoir réglé ses affaires, assis sa tranquillité. Une reconstitution de la dette, qui, à mon avis, est très

embarrassante pour être faite avec justice, peut convenir très mal à la nation débitrice, et ne disconvenir pas moins à une multitude de ses créanciers. Une reconstitution n'est pas un paiement; et pourquoi ne pas payer quand on peut le faire ?

Je ne puis voir dans cette masse énorme de contrats qu'on nous propose, qu'une chute d'autant plus rapide de leur valeur et du crédit qui doit en dépendre. Au prix où est l'argent, et sans nouveaux moyens de se libérer, une infinité de ventes forcées de ces contrats, serait une nouvelle jugulation d'un grand nombre de créanciers publics. N'ont-ils donc pas assez souffert, et ne goûterons-nous plus la consolation de n'avoir du moins excité, jusqu'à présent, que des plaintes inévitables?

Rien ne nous oblige donc, messieurs, de nous aventurer dans une carrière épineuse, dont l'issue est au moins couverte de ténèbres. Je ne sais; mais il me semble qu'au lieu de les aller chercher, nous devrions travailler à éclaircir cet horizon, qui se rembrunit autour de nous. Nous devrions au moins saisir quelques rayons de lumière qui nous luisent encore, pour assurer notre marche, pour tâcher d'entrevoir, là où nous allons, quelles difficultés nous attendent, comment nous nous y prendrons pour les surmonter. Si nous n'y pensons pas, nous sommes comme des aveugles qui voudraient jou<*r le rôle d'oculistes, et nous nous acheminons inconsidérément, nous conduisons nous et la nation vers un abîme. Car, messieurs, il n'en faut pas douter, il est ouvert, cet abime; il s'agrandit devant nous.

De quelle ressource nous aviserons-nous, je vous prie, pour triompher des temps critiques qui se préparent, pour faire agréer paisiblement au peuple un nouveau système d'impôts qui le soulagera sans doute par le fait, mais qui commencerait par effrayer son imagination, si l'on n'ouvrait pas d'avance une source de moyens qui lui aidassent à supporter cette charge, et s'il n'était

m OEUVRES DE MIR^BEAi;

pas rassuré, encourage, à cett« vue ? De quelle ressource nous aviserons-nous pour franchir l'hiver qui s'avance, pour passer sans terreur ces jours nébuleux, et «es longues nuits où nous allons nous enfoncer? Alors les besoins se réveilleront plus nombreux et plus pressants que jamais; et le plus impérieux de tous, celui de s'agiter quand on craint, de se plaindre quand on souifre, éclatera partout avec violence. Que feronsnous alors, si nous n'y pourvoyons dès é|, présent? Nous verrons renaître et se multiplier toutes nos misères; elles nous investiront à la fois, et seront peut-être irrémédiables. Que ferons-nous alors, vous dis-je? N'aurons-nous pas épuisé tous les expédients dont nous avons pu nous aviser dans notre détresse pour pousser le temps? Nous avons exigé une contribution patriotique; de libres et nombreuses offrandes nous ont été présentées ; vaisselle, bijoux, tout est venu à notre secours; tout s'est englouti : la nation s'est appauvrie, et le trésor n'en est pas plus riche.

Je frémis quand je pense qu'avant deux mois nous touchons à la fin de nos assignats. Une fois consommés, qu'avons-nous ensuite pour nous soutenir? Rien. Je vois déjà le ministre des Finances venir dolemment nous présenter un nouveau certilicat de notre ruine, et nous proposer ce qui ne pourra pas même nous sauver au prix de la honte, d'éternelles suspensions, des atermoiemonts indéfinis, des retards de rentes; c'est-à-dire ce que nous avons repoussé jusqu'ici avec tant d'horreur, mais ce qui nous atteindra enfin et nous enveloppera malgré nous; ce que je n'ose même i^ommer, tant ce nom seul doit révolter cette Assemblée.

Mais, n^essieurs, ne pas prévenir cette horrible catastrophe, c'est la vouloir ; et qui de nous pourrait souffrir d'être entaché d'un si noir soupçon? Alors, messieurs, je le vois, nous reviendrons sur nos pas ; nous y reviendrons avec des regrets mêlés d'effroi. Trop );ard éclairés, nous, ressaisirons alors le parti que nous aurons abandonné ; et nous préférerons la honte qui suit toujours

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rayei^ d'uii grand tort, à celle d'enfairiB subir à la nation les terribles conséquepces. Nous demanderons instamment ces assignats que nous aurons repoussés cornue dangereux. Mais, en attendant, que de bf^spins ! que d0 désordres! que dç plaintes! que de maux ! Et si les biens ecclésiastiques sont alors affectés à des contrats, comment les engager encore ppur de povïveaux assignatsmonnaie ? D'ailleurs il est un temps où to(us les remèdes SQpt san^ efflp^pe,

Al^î préyenopspe momeqj; fatal. Quapt à moi, j'atteste la patfie que je ^p vous ^i rien dissimu}p des dangers qu'elle court, si vous négligez le seul parti q^i vous reste à prendre, le seul, oui, le seul qui soit prompt, facile, énergique, qui remplace tout, et qup rien ne remplace.

Je conclus donc :

1° A rembourser la totalité de la dette exigible en assignats-monnaie, sans intérêts ;

2* A mettre en vente sur-le-champ la totalité des domaines nationaux, et à ouvrir à cet effet des enchères dans tous les districts*;

3° A recevoir, en paiement des acquisitions, les assignats, à Texclusion de l'argent et de tout autre papier;

4° A brûler les assignats à mesure de leur rentrée ;

5** A charger le comité des finances de présenter un projet de décret et une instruction pour mettre ces opérations en activité le plus tôt possible.

A l'unanimité, rassemblée ordonna Timpression de ce discours.

SÉANCES DU 28, Dlî 31 AOUT ET DU 2 SEPTFMBPE

Régnier, rapporteur daps l'affaire de Mirabeau le jeune, avait conclu à ce que l'Assemtflée décrétât; qvi'jl y avait lieu à accusation : Mirabeau proposa If^ repiise d0 la décision : el}p }ui fut i^pCQfdée. Lçi pfésifle^f 4^ Con:^ité 4es rapports (iefflaqde daps la séance du 3i août, du soir, à être autorisé à faire imprimer la procédure sur les événements du 5 au

6 octobre 1789 : Mirabeau l'appuie, à condition que le rapport n'en soit pas retardé : il en est ainsi décidé. Le 2 septembre, revient Taffaire de Mirabeau le jeune, et malgré Mirabeau, le décret c d'il y a lieu à accusation » fut rendu.

L'Assemblée avait décidé l'envoi de commissaires à Nancy pour enquêter, mais entre temps il y avait eu une véritable sédition militaire. Trois régiments s'étaient révoltés, et le premier, celui des suisses de Ghâteauvieux. Un combat avait eu lieu entre ces régiments, les gardes nationales et les troupes de Bouille qui avait réprimé le mouvement de rébellion.

De Beauharnais, de La Rochefoucauld-Lîancourt, Alexandre Lameth, de Menou avaient proposé des projets de décret.

Mirabeau. — J'aurais exposé mon avis, si l'Asseoiblée n'avait pas fermé la discussion; je l'indiquerai d'un seul mot. Le décret du 31 août ayant ordonné qu'il serait envoyé des commissaires à Nancy, il me paraissait sage d'attendre avant tout les renseignements qu'ils auraient donnés.

Telle n'est pas la tendance de l'Assemblée, puisque la discussion est fermée; mais j'ai une observation à faire, et je la motiverai brièvement.

Il m'a semblé, dans les différents projets de décret qui vous ont été présentés, qu'il échappait une nuance très digne de remarque. Les troupes de ligne et le général ont rempli glorieusement leurs devoirs ; les gardes nationales sont allées plus loin que le devoir, elles ont fait un acte de vertu.

Ce témoignage honorable d'approbation m'a déjà, dispensé de motiver mon avis.

Je propose le décret suivant :

« L'Assemblée Nationale décrète que le directoire du département de la Meurthe, et la municipalité de Nancy et de Lunéville, seront remerciés de leur zèle ;

« Que les gardes nationales qui ont marché sous les ordres de M. Bouille seront remerciées du patriotisme et de la bravoure civique qu'elles ont montrés pour le rétablissement de Tordre à Nancy;

« Que M. Désilles sera remercié pour son dévouement héroïque ;

« Que la nation se charge de pourvoir au sort des femmes et des enfants des gardes nationales qui ont péri;

« Que le général et les troupes de ligne seront approuvés pour avoir glorieusement rempli leurs devoirs ;

« Que les commissaires dont Tenvoi a été décrété se rendront à Nancy pour prendre les mesures nécessaires à la conservation de la tranquillité, et Tinstruction exacte des faits qui doivent amener la punition des coupables, de quelque grade qu'ils puissent être. »

Adopté.

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