‹ Les discoursChapitre 13 sur 21 · SÉANCES DU 7 ET PU 10 SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

SÉANCES DU 7 ET PU 10 SEPTEMBRE

Le 7, Mirabeau, propose le décret suivant : l'Assemblée nationale décrète qu'à compter de la prochaine nomination d'électeurs dans chaque canton, leurs fonctions seront incompatibles, pendant deux années, avec toute autre fonction. Son projet fut renvoyé au Comité de Constitution. Le 10, il parla sur l'émission des assignats.

SÉANCE nu 11 SEPTEMBRE

Trouard de Riolles avait été arrêté le 8 juillet à Bourgoinen-Dauphiné. On l'avait trouvé porteur de papiers suspects où il semblait être un agent de la contre-révolution. Parmi ceux-ci il y avait une lettre, disait-il, émanant de Mirabeau, quoique n'étant pas de son écriture, et une note de Riolles lui-même sur Mirabeau commençant ainsi : c Mirabeau Tainé

est un scélérat prêt à se vendre à tous les partis. » L^a^aire avait été renvoyée au comité dés i'eclierches et Rousselet lisait son rapport.

Mirabeau. — Monsieur le rapporteur, hé me flattez pas ! Vous avez eu la bonté de me communiquer les pièces et je crois avoir lu : Mirabeau Tainé est iin infâme scélérat. Il est bon de montrer sous ses véritables couleurs, le portrait que mon fidèle agent voulait bien tracer de moi.

Après la lecture du rapport, Mirabeau prenait la parole.

Mirabeau. — Je ne monte point à cette tribune pour éclairer les confabulations qu'on vient de vous présenter; je viens seulement vous apprendre comment j'ai connu M. RioUes : je l'ai vu, comme cinq ou six cents de nous, à Versailles, à Paris, partout eten tous lieux ; je l'ai connu comme un bomme qui exploitait, plus ou moins froidement, tous les bommes qui se mêlaient des affaires publiques ; mais je n'ai jamais eu avec lui des relations particulières : c'est un homme comme il y en avait au temps où l'on s'amusait à voir des fous dans les cours ; tantôt aristocrate, tantôt démocrate, aujourd'hui enragé dans un sens, et demain dans un autre; jugez si tout cela pouvait me donner beaucoup de coiiftance en lùii II prétiend m'àvoir adressé des mémoires; je ne dirai ni oui ni non; je reçois à peu près cent lettres par jottr; il m'est aussi parvenu des milliers de mémoires ; j'en ai lu quelques-uns ; il y en a beaucoup que je n'ai pas lus, et que probablenlenl je hie îii^ai pas. 11 est très possible que les mémoires de M. Riolles se trouvent parmi ceuxlà : ce que je puis dire, c'est qu'il ne m'a rien envoyé à ma provocation. Depuis longtemps mes torts et ihes services, mes malheurs iet mes succès, m'ont également appelé à la cause dé la liberté : depuis Vé donjon dé Vihcennes et les différents forts du royaume, où je n'avais pas élu domicile, mais où j'ai été arrêté par différents

motifs, il serait difficile de citer un fait, un écrit, un discours de moi, qui ne montrât pas lin graîld et énergique amour de la liberté. J'ai vu cinquante-quatre lettres de cachet dans ma famille ; oui, messieurs, cinquantequatre, et j'en ai eu dix-sept pour ma part : ainsi vous voyez que j'ai été partagé en aîné de Normandie. Si cet amour de la liberté m'a procuré de grandes jouissances, il m'a donné aussi de grandeâ peines et de grands tourments. Quoi qu'il en soit, ma position est assez singulière; la semaine prochaine, à ce que le comité me fait espérer, on fera un rapport d'une affaire où je joue le rôle d'un conspirateur factieux ; aujourd'hui on m'accuse comme un conspirateur contre-révolutionnaire. Permettez que je demande la division. Conspiration pour conspiration, procédure pour procédure ; s'il le faut même, supplice pour supplice, perinettez du moins que je sois un martyr révolutionnaire.

Cette déclaration est applaudie.

Page 1