‹ Les discoursChapitre 14 sur 21 · SÉANCES DU 18 AU 30 SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

SÉANCES DU 18 AU 30 SEPTEMBRE

Le 18, Mirabeau fait admettre, contre la droite, que les délégués liégeois parleront dans l'intérieur de la salle et non à la barre ; le 27, discours sur l'émission des assignats ; le 28, fin de la discussion sur les assignats, intervention de Mirabeau, et vote autorisant l'émission.

Dans la séance du 30 septembre, Chabroud avait donné lecture du rapport sur la procédure du Châtelet relativeriaent ailx a&aires du 6 octobre 1789, établi d'après le plan du comité qui était : 1° examiner les causes éloignées ou prochaines de l'insurrection du peuple;, et des excès qui en furent la suite ; 2«' rechercher si M. de Mirabeau et M. d'Orléans ont eu part /aux causes et aux effets; 3« résumer les preuves, poser des principes et enfin conclure.

Le rapport lu, de Bonnay avait pris la défense des gardes du corps.

Mirabeau. — Le rapport est' déjà imprimé ; il ne peut

être trop tôt distribué. 11 est temps que cette question qui couvre de blâme quelques membres de TAssemblée soit profondément discutée. Je demande qu'il me soit permis d'inviter M. de Bonnay à plaider contre les grands criminels, et je proteste de ne point prendre ma revanche sur le repas fraternel dont il vous a fait l'apologie.

J'ai à faire une observation qui peut éclairer les gens équitables ; je déclare que je me porte accusateur du Châtelet, que je le prends à partie, et que je ne l'abandonnerai qu'au tombeau.

Le Président. — Parmi les membres qui demandent la parole sur, contre et pour le rapport de M. Chabroud, il se trouve des témoins qui demandent à être entendus comme inculpés par ce rapport.

On discute si ces témoins seront entendus.

Mirabeau. — Je suis sans intérêt sur la décision de la question incidente, car je suis absurdement inculpé, mais pas accusé. Je ne puis m'empêcher de dire que la précipitation de la délibération serait dangereuse. Il est clair que si la scélératesse eût été aussi habile qu'elle a été effrontée, on nous eût ainsi ôté les plus chers amis de la liberté. Je remarque un juge — il en est peut-être davantage, — connu par son immaculée probité, lui qui, de notoriété publique, était parfaitement étranger à tous les événements ; il a été assigné afin de ne pas souiller la pureté de ses collègues, en s'asseyant au milieu d'eux pour juger cette affaire. Il est, parmi les témoins, des amis de la liberté, qui, quoiqu'ils aient répondu partout qu'ils ne savaient rien, ont été assignés. Je vous demande donc d'ajourner du moins une pareille question, ou bien de discuter sur-le-champ s'il n'est pas clair que leur dénégation ne les met pas dans l'empêchement de voter.

L'abbé Maury nlet hors de cause Mirabeau, mais demande que le duc d'Orléans aille devant les tribunaux.

ASSEMBLÉE NATIONALE i29

Le 2 octobre» Mirabeau présenta sa défense, en prenant Toffensive, dès le début de la discussion*

Mirabeau. — Ce n'est pas pour me défendre que je monte à cette tribune : objet d'inculpations ridicules, dont aucune n'est prouvée, et qui n'établiraient rien contre moi lorsque chacune d'elles le serait, je ne me regarde point comme accusé; car si je croyais qu'un seul homme de sens (j'excepte le petit nombre d'ennemis dont je tiens à honneur les outrages) pût me croire accusable, je ne me défendrais pas dyns cette Assemblée. Je voudrais être jugé et, votre juridiction se bornant à décider si je dois ou ne dois pas être soumis à un jugement, il ne me resterait qu'une demande à faire à votre justice, et qu'une grâce à solliciter de votre bienveillance : ce serait un tribunal.

Mais je ne puis pas douter de votre opinion ; et si je me présente ici, c'est pour ne pas manquer une occasion solennelle d'éclaircir des faits que mon profond mépris pour les libelles, et mon insouciance trop grande peutêtre pour les bruits calomnieux, ne m'ont jamais permis d'attaquer hors de cette Assemblée; qui, cependant, accrédités par la malveillance, pourraient faire rejaillir sur ceux qui croiront devoir m'absoudre, je ne sais quels soupçons de partialité. Ce que j'ai dédaigné quand il ne s'agissait que de moi, je dois le scruter de près quand on m'attaque au sein de l'Assemblée Nationale, et comme en faisant partie.

Les éclaircissements que je vais donner, tout simples qu'ils vous paraîtront sans doute, puisque mes témoins sont dans cette Assemblée, et mes arguments dans la Série des combinaisons les plus communes,«offrent pourtant à mon esprit, je dois le dire, une assez grande dif-ficulté.

Page 1