II
Ho iJÉuUè^ iiE MiAAëiîÀu
Ce n'est pas de réprimer le juste ressentiment qui oppresse mon cœur depuis une année, et que Ton force enfin à s'exhaler. Dans Cette afrâirë le mépris est à côté de la haine; il l'émousse, il Tamortit; et quelle âme asses abjecte potir que l'occasion de p&rdoùiier île lui semble pas une jouissance!
Ce n'est pas même la difficulté de parler des tempêtes d'une juste révbliltiOil, sanâ rappeler que, si le tt'Ôtlë a des tottâ à exchsët*, là: cléfaiënce natidiiale i eti des bôinplots à mettre en oubli ; c&r, puisque au feéin de l'Assëtilblée le toi est rèntl adbpter nôtre oragëUsè HvblUtldti; cette tolotlté magnanime, en faisant dist^arkitte à jamais les ap^iarenccs déplorables que c|és Cdttsëillërs peKers atâieut ddnnées juéqu'àldrs au premier citoyeii de l'einpite^ n'a-t-ëlie pas ëgâletiieht effaëë les àppÉttences plds fausses qUë les ennemis du biëU pUbliC tbulÂiënt trouver dans les mouvements jiopulaires; et que la procédure du Châtelet semble avoir eu pôur premier dbjet defttviver?
Non, la véritable difficulté du sujet est tout btitière dans l'histoire même de la pi-bcédut-ë ; elle est profoudémeht odieuse, cette histoire. Les fftstës du tiriMe dffî-etit peu d'ëiemples d'une scélératesse tout à )ë; fois si éhontée et si malhabile: Le temos le Saura; mais ce secret hideux pie peut être révélé àUjOiird'htti saus pt*ëduiré de grands troubles. Ceux t|tii ont stiscité la pf obé- 1 dure du Châtelet ont ffiiit cette horrible coulbitiaisou, que, | si le succès leur échappait^ lis ttouvëraiëut datis le i patriotisme même de celui qu'ils vdUlClietit ihlmdler lëj garant de leur impunité ; ils oilt senti que l'espHt publiu de l'offensé tburuërait â sa ruibe; ou sauverait l'dfi^tij seur... Il est bien dur de laisser airisi âd* machihâtëtitil une partie du salaire sur lequel ils oUt ëOmpté ! itlais U patrie fcommande ce sacrifice; et ceHësl elle à dl*bi enfcore à de plus grauds.
Je ne vods parlerai doue que des fkits (|Uî riië sOti pdrëment personnels j je les isolerai de tout ce i|ul lëi environne; je renonce à les éclaircir autrement <|U'ët
ASBSltBLÊB NATIONALE 181
etiî-lhêiiies et \iAi ëut-fflêtties } je rendnce^ àdjotird'hui dtt moids^ à etaniitlëi* les eoiitràdictiôns dé Isl procédure et sèi Tdriatiteâ, des épisbdës et ses obscurités, seë éUpérflUitëé et «es tëticencesj les craihtës qu'elle a doiitiéës Mt amis de la liberté^ et les espérances qu'elle s prbdigliéeS ft Ses ennemis ; son but secret et sa marché apparente, seô sucées d'un moment et ses succès dans Tateflir; les frayetird qu'ori a voulu inspirer au trône,^ pëut-êtfë la Méconnaissance que Ton a roulii en obtenir^ Je n'examinerai pas la conduite, les discours^le sileilce, les mouvements, le repos d'aucun acteur de fcetté grande et tragique scène; je me contënterali de discuter les trois principales imputations qui me sont fàiteâ^ et d0 doiiner lé mdt d'une énigme dont votre coniité a crti dévbir garder le secret^ mais ^u'il est de mon honneur de divtilgiieK
Si j'étais forcé de saisir l'ensemble de la procédure^ lorsqu'il me suffit d'eti déchirer quelques lambeaux ; s'il me fallait oi*ganiser un grand travail pour une facile défense^ j'établirais d'abord que, s'agissant bontre mcfl d'une accusation de complicité, et cette prétendue complicité n'étant point relative aux excès individuels qu'on a pu comihettre^ niais à la cause dé ces excès, on doit prouver contre moi cju'il existé un premier thoteur dans cette affdiré ; que le moteur est celui contre lequel la, pi-ocëdure e^t principalement dirigée^ et ^ue je suis son complice. Mais comme on n'a point employé contre moi cette marché dans l'accusation, je ne suis pas don plUs obligé de la suivre pour me défendre. Il mô sUfûra d'examinet* les témoins tels qu'ils sent; les Charges telles qu'dn rfie les oppose; et j'aurai tout dit, lorsque i'aûrai discuté trois faits principaux, puisque la triple malignité des accusateurs, des témoins et des juges^ n'a jpu ni en fournir ni eh recueillir davantage.
Oh m'accuse d'avoir parcouru les rangs du régiment ie Flandre le sabré à la main, c'est-à-dire qu'on m'accuse i'un grahd ridicule. Les témoins auraient pu le rendre l'&utant plus piqfaant, qUe^ hé parihi led patriciens^ et
cependant député par ceux qu'on appelait alors le Tiers- Etat^îe m'étais toujours fait un devoir religieux de porter le costume qui me rappelait l'honneur d'un tel choix. Or certainement l'allure d'un député en habit noir^ en chapeau rond, en cravate et en maateau, se promenant à cinq heures du soir, un sabre nu à la main^ dans un régiment, méritait de trouver une place parmi les caricatures d'uue telle procédure. J'observe néanmoins qu'on peut bien être ridicule sans cesser d'être innocent. J'observe que l'action de porter un sabre à la main ne serait ni un crime de lèse-majesté, ni un crime de lèsenation. Ainsi, tout pesé, tout examiné, la déposition de M. Valfond n'a rien de vraiment fàcheiix que pour M. Gamaches, qui se trouve légalement et véhémentement soupçonné d'être fort laid, puis(ju'il me ressemble.
Mais voici une preuve plus positive que M. Valfond a ati moins la vue basse. J'ai dans cette Assemblée un ami intime, et que, malgré cette amitié connue, personne n'osera taxer de déloyauté ni de mensonge, M. Lamarck. J'ai passé l'après-midi tout entière du 5 octobre chez lui, en tête-à-tête avec lui, les yeux fixés sur des cartes géographiques, à reconnaître des positions alors très intéressantes pour les provinces belgiques. Ce travail, qui absorbait toute son attention, et qui attirait toute la mienne, nous occupa jusqu'au moment où M. Lamarck me conduisit à l'Assemblée Nationale, d'où il me ramena chez moi.
Mais dans cette soirée il est uq fait remarquable sur lequel j'atteste M. Lamarck; c'est qu'ayant à peine employé trois minutes à dire quelques mots sur les circonstances du moment, sur le siège de Versailles, qui devait être fait par les amazones si redoutables dont parle le Châtelet; et considérant la funeste probabilité que des conseillers pervers contraindraient le roi à se rendre à Metz, je lui dis : La dynasUe est perdue si Monsieur ne reste pas^ et ne prend pas les rênes du gouvernement. Nous convînmes des moyens d'avoir sur-le-champ une audience du prince, si le départ du roi s'exécutait.
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ASSEMBLEE NATIONALE i3â.
C'est ainsi que je commençais mon rôle de complice, et que je me préparais à faire M. d'Orléans lieutenantgénéral du royaume. Vous trouverez peut-être ces faits plus probants et plus certains que mon costume de Charles XII.
On me reproche d'avoir tenu à M. Meunier ce propos : « Eh ! qui vous dit que nous ne voulons pas un roi ? Mais qu'importe que ce soit Louis XVI ou Louis XVII? »
Ici j'observerai que le rapporteur dont on vous a dénoncé la partialité pour les accusés est cependant loin, je ne dis pas de rii'être favorable, mais d'être exact, mais d'être juste. C'est uniquement parce que M. Meunier ne confirme pas ce propos par la déposition, que M. le rapporteur ne s'y arrête pas; « J'ai frémi, dit-il, j'ai frémi en lisant, et je me suis dit : Si ce propos a été tenu, il y a un complot, il y a un coupable ; heureusement M. Meunier n'en parle pas. »
Eh bien! messieurs, avec toute la mesure que ma commande mon estime pour M. Chabroud et pour son rapport, je soutiens qu'il a mal raisonné. Ce propos, que je déclare ne pas me rappeler, est tel que tout citoyen pourrait s'en honorer; et non seulement il est justifiable à l'époque où on le place, mais il est bon en soi, mais il est louable ; et si M. le rapporteur l'eût analysé avec sa sagacité ordinaire, il n'aurait pas eu besoin, pour faire disparaître le prétendu délit, de se convaincre qu'il était imaginaire. Supposez un royaliste tempéré, et repoussant toute idée que le monarque pût courir un danger chez une nation qui professe en quelque sorte le culte du gouvernement monarchique : trouveriez-vo\is étrange que l'ami du trône et de la liberté, voyant l'horizon se rembrunir, jugeant mieux que l'enthousiaste la tendance de l'opinion, l'accélération des circonstances, les dangers d'une insurrection, et voulant arracher son concitoyen trop conciliant à une périlleuse sécurité, lui dit : Eh! qui vous nie que le Français soit monarchiste, qui vous conteste que la France n'ait besoin d'un roi, et ne veuille un roi? Mais Louis XVII sera roi comme
hom ïVl; et si Ton pg-ryie^j; ^ p^r^u^d^r à la mtiç>n que Louis XVJ e§t facteur Qt çomplipe dqs e|:cès qm ont lassé sa patience, elle iayoquera un Louis xy^L Le BélateuF de la liberté aurait pronpupé ce§ p^rpjes îivec d'autant plus d'énergie qu'il eût mieux connu gop iateriQeqt^ttf et les Fel|iti«n§ qui pQurraient rend^p son discours plus efficace ; verripz-vpus pn lui m conspirateur, un mauvais citoyen, ou mèn^P un uip.uvais raisoi^ppiir? Bette supposition serait bien simple ; elle serait adaptée ftux personnages et a»? circonstances. Tirpz-en du moins pette conséquence, qu'un discours ne prpuye japa*i§ rien par lui-même ; qu'il tire tout son caractère, toute ^^ fOBce 4e Tayant-propos, de l'iayant-scène, de la nature du moment, de Tespèpp dps intprlocuteups, en un mot, d^une foule de nuances fugitives qu'il fq.ut déterminer ayant que de rapprécier, d'en conclure*
Puisque j'en suis à Jtf . ÏÇpunier, j'e^pUqupr^i un ^utre foit que, dans le compte qu'il pn ^, rendu luirmème, il a ponté it son désavantage.
|l présidi^it II rAsspmWéP Nationale le S optobre? oij l'on discutait raccppt^tipn pure pu simple, ou mpdiflée, de la Déclaration des droits» J'allai vers lui, dit-on; je l'engageai à. supposer une indisposition, et à leyer 1§, séance sous ce frivole prétexte... J'ignorais sans dpute «lors que rindispositipn 4'hu président ^.ppelle §pn prédécesseur; j'igUPrais qu'il n'est au pouypir d'aucun JiomfUP d'arrêter ^ son gré le cours d'une dp yps plus gérifiuses délibérations... Voicj le fait d^-ns spn e^i^ctitudp et sa simplicité.
Pans la matinée du 5 pptobre, je fus ayerti que la fer-r ment^tipn de Paris redoublait. Je n'avais pas tipspin d^en connaître Ips détails pour y Cfoirp : un augurp quf ne trpmpe ja^^ais, la nature des cljpses, v^e l'indiquait. Je m'approphai d© jÀ. Mpunjer, je lui dis : « ^jounipr,
p^ris mafcbe sur nous. — jp n'en sais ripu- — Grpye?^-
jnoij oune me prpyez pas, peu m'ifPPPrte; ypais Paris, vous dis-JP) Warpbe sur nPUS. Trpuvez-ypus mal : monter; an cl^^teau, donnez-}eur cet ftvjs : dH^Sj siypus vQUr
ASSEMBLEE HATIÛKAtE! i3^
le», qup vous le tenes de mpi, j'y conseps ; mais fatitp? cegs^F .cette controyeîrse scandg-leuse ; 1q temps presse, il »'y ^ p^s u» moment *. perdre.
% Paris marche sur npus? répandit Mounien : eh bien! tant mieux, npus en serons plus tôt république- > Si Ton se rappelle les préventions et la bile noirp qui agi|aient Mounier; si l'on se rappelle qu-il voyait en njoi le boutefeu de Pp-ris, on trouvei;a que ee mot, qui a plus de caractère que le pauvre fugitif n'en a montré depuis, lui fait honneur. Je ne 1-ai revu que dan^ 1- Assemblée MaU^r nale, qu'i} a désertée ainsi que le royaume, peu de jours après. Je ne lui ai jamais reparlé, et je né sais oà il a pris que je Ipi ai écrit un billet, le 6 à trois he^rps dj} matin, pour lever la séance; il ne m'en reste pas l'idée la plus légère. Rien, au reste, n'est plus oiseux ni plus indilfiSrent.
J'en vien^ h la ti^oisième inculpation dont je spis l'objet, et c'est ici que j'ai promis le mot de l'énigme : j'ai ponseillé, dit-on, à M. d'Orléans de ne point partir pour l'Angleterre. Eh bieni qu'en veut-pn conclure? Je tiens À l'honneur de lui avoir, non pas donné (car je ne luj ai pas parlé), mais fait donper ce conseil. J'apprends, par la notorié^ publique, qu'après une conversation entre JH. d'QrJéans et M. de ta Fayette, très impérieuse d'un© part, et très résignée de l'autre, le premier vient d'açT eepter la mission, ou plutôt de recevoir la Ipi, de partir pour l'Angletefre. Au mèmQ instant, les suites d'unp telle démarche se présentent à mon esprjt. Inquiéter les amis de la liberté, répandl^e des nuages sur les causes de la Révolution, fournir un i;iouyeau prétexte aux mécontents, isqler de plu^ en plus le roi, semer ap dedans e| au dehors di^ royaume de nouveaux germes de déliance^ yoili les effets que ce départ précipité, que cette coifdamnation sans accusation devait produire. Elle laissait surr tout sans rfval l'homme i qui le hasard des événpp^ents yenait de donner une nouvelle dictature : l'hoïfime qui, dans ce moment, disposait, au §ein dp la liberté, d'une police plus actiyeqi^e celle de l'ancien régime; l'homme
qui, par cette police, venait de recueillir un corps d'accusation sans accuser; l'homme qui, en iniposant à M. d'Orléans la loi de partir, au lieu de le faire juger et condamner, s'il était coupable, éludait ouvertement par cela seul l'inviolabilité des membres de l'Assemblée. Mon parti fut pris dans l'instant ; je dis à M. Biron, avec qui je n'ai jamais eu de relations politiques, mais qui a toujours eu toute mon estime, et dont j'ai reçu plusieurs fois des services d'amitié : « M. d'Orléans va quitter sans jugement le poste que ses commettants lui ont confié; s'il obéit, je dénonce son départ, et je m'y oppose; s'il reste, s'il fait connaître la main invisible qui veut l'éloigner, je dénonce l'autorité qui prend la place de celle des lois ; qu'il choisisse entre cette alternative. » M. Biron me répondit par des sentiments chevaleresques, et je m'y étais attendu. M. d'Orléans, instruit de ma résolution, promet de suivre mes conseils ; mais, dès le lendemain, je reçois dans l'Assemblée un billet de M. Biron, et non de M. d'Orléans, comme le suppose la procédure; ce billet portait le ci^èpe de sa douleur, et m'annonçait le départ du prince. Mais lorsque l'amitié se bornait à souffrir, il était permis à l'homme public de s'indigner. Une secousse d'humeur, ou plutôt de colère civique, me ut tenir sur-le-champ un propos que M. le rapporteur, pour avoir le droit de taxer d'indiscret, aurait dû faire connaître. Qu'on le trouve, si l'on veut, insolent, mais qu'on avoue du moins, puisqu'il ne suppose même aucune relation, qu'il exclut toute idée de complicité. Je le. tins sur celui dont la conduite jusqu'alors m'avait paru exempte de reproches, mais dont le départ était à mes yeux plus qu'une faute. Voilà ce fait éclairci ; et M. de La Fayette peut en certifier tous les détails, qui lui sont tous parfaitement connus. Qu'à présent celui qui osera, je ne dirai pas m'en faire un crime, mais me refuser son approbation ; celui qui osera soutenir que le conseil que je donnais n'était pas conforme à mes devoirs, utile à la chose publique et fait pour m'honorer; que celui-là se lève et m'accuse. Mon opinion, sans doute,
lui est indifférente ; mais je déclare que je ne puis me défendre pour lui du plus profond mépris.
Ainsi disparaissent ces inculpations atroces, ces calomnies effrénées qui plaçaient au nombre des conspirateurs les plus dangereux, au nombre des criminels les plus exécrables, un homme qui a la conscience d'avoir toujours voulu être utile à son pays, et de ne lui avoir pas été toujours inutile. Ainsi s'évanouit ce secret si tard découvert, qu'un tribunal, au moment de terminer sa carrière, est venu vous dévoiler avec tant de certitude et de complaisance. Qu'importe à présent que je discute ou je dédaigne cette foule de ouï-dire contradictoires, de fables absurdes, de rapprochements insidieux que renferme encore la procédure? Qu'importe, par exemple, que j'explique cette série de confidences que M. Virieux suppose avoir reçues de moL et qu'il révèle avec tant de loyauté? Il est étrange, ce W Virieux ; mais fut-il donc jamais un zélateur si fervent de la révolution actuelle ; s'est-il, en aucun temps, montré l'ami si sincère de la constitution, qu'un homme dont on a tout dit, excepté qu'il soit une bète, l'ait pris ainsi pour son confident?
Je ne parle point ici pour amuser la malignité publique, pour attirer des haines, pour faire naître de nouvelles divisions. Personne ne sait mieux que moi que le salut de tout et de tous est dans l'harmonie sociale et dans l'anéantissement de tout esprit de parti ; mais je ne puis m'empècher d'ajouter que c'est un triste moyen d'obtenir cette réunion des esprits, qui seule manque à l'achèvement de notre ouvrage, que de susciter d'infâmes procédures, de changer l'art judiciaire en arme offensive, et de justifier ce genre de combat par des principes qui feraient horreur à des esclaves. .le vous demande la permission de me résumer.
La procédure ne me désigne que comme complice ; il n'y a donc aucune accusation contre moi, s'il n'y a point de charge de complicité.
La procédure ne me désigne comme complice d'aucun excès individuel, mais seulement d'un prétendu moteur
principal de cet excès. Il n'y a. donc point d'accusation contre moi, si Toi^ ne prouve pas d'abord qu'il y a eu un premier moteur ; si l'on ne démontre pas que lés prétendues charges de complicité qui n^e regardent étaient un rôle secondaire lié au rôle principal; si Ton n'établit pas que ma conduite a été l'un des principes de l'action, di| mouvement, de Te^plo^ioii dont on recherche les causes.
Enfin la procédure ne me désigne pas seulement^ comme le complice d-un moteur général, mais comme le çomplicie d'un tel. Il n'y a donc point d'accusation contre moi, si l'on ne prouve pas tout à la fois, et que ce moteur est le principal coupable, et que les chargei? dont je 3uis Tobjet lui sont relafiives, annoncent un plan commun dépendant fies m^mes causes et capable de piroduire les menées effets.
Qr, rie» de tout ce qu'il gérait indispensable de prouver n'est prouvé.
Je ne veu:s pas examiner si les événements âuc lesquels 00 a ipformé sont des malheurs ou des crimes; si ces crimps sont l'effet d'un complot, ou de l'imprudence, ou du hasard; et si la supposition d'up principal moteur ne les repdrait pas cent fois plus inexplicables. Il me suffit de vous rappeler que parmi les faits qui sont à ma charge, les uns, antérieurs ou postérieurs de plusieurs mois aux événements, ne peuvent leur être liés que pai? Iq. logique des tyrans ou de leurs suppôts; et que les au-» très, qui ont concouru avec l'éppque mêm.e dé la procédure, m sont évidemment ni cause, ni effet, n'ont eu, n'ont pu avoir aucune influence, sont exclusifs du rôle d'agent, de moteur pu de complice; et qu'à- moins d^ supposer qw j'étais du nombre des coupables par la seule volonté, que je n'étais chargé d'aucune action au dehors, d'aucune impulsion, d'aucun mouvement, ma. prétendue complicité pst une chimère.
ïl fue suffit pucore de vous faire observer que les charges que l'on m'oppose, bieu loin |je me dQpner des rpl^tiops §.yep Ip principal moteur désigné, me donner^i^pt d^s rappprt^ entièrement opposés; que, daus 1^
iSSBMRt'âE: NATIONALE m
ç^^^Qnçi^iiQU du repa» fmt^rnelj que JQ «'eus pas seul la pré|;ep(iupiiiapruiieocpd'app9l^r upe orgie, je ne fus que r^i4:^iliaire jde deu^ de mea collègues qui avaient pris la parole ayant moi ; que si j-avais parcouru les rangs du jr^gimept fj^ Flandre, je n'aurais fait, d- après la procé- 4ur^ eile-mèpae, qiie suivre Texemple d^une foule de f^embre^ 4e cette Assemblée; que si le propos, qu'im-- PqtU qw cç mt f,QuU 4 f^/i? était yrai, outre que je ne guppp^g-i^ pas un changement de dynastie, mes idées, constatées par un membre de cette Assemblée, daps le pa$ possible d'un régent, ne se port§.ient que sur le frère du rpi-
ûnelle est doncpette grande part que Ton suppose que j'ai prise aux événements dont la procé4ure est Tobjet? Qjx ^oi^t les preuves de la complicité que l'on me reppqpbe? Quel est \e crime dont on puisse dire de moi : \l en est Tauteur ou la cause?
Mm j'oublie que je viens d'emprunter le langage fi'Uii apcusé, IftFsque je ue devrais prendre que celui d'un acpusateur.
Quelle est cette procédure dont Tinformation n'a pu être q,pbeyée, dont tous les ressorts n'ont pu êtpe combir nés que dans une année entière, qui, prise en apparence sup nn crime de lèse-majesté, se trouve entre les mains 4'un trlbuR^l incompétent, qui n'est souverain que ppur Jes crimes de lèse-nation? Quelle est cette procédure qui, men^-çant yingt personnes différentes dans PespapÉi d'une p-nnée, tantôt abandonnée, et tantôt reprise, selon l'intérêt et les vues, les praintes ou les espérances de ses m^cbinateurp, n'a été, pendant si longtemps, qu-une ^f me de l'intrigue, qu'un glaive su&pendu sur la tête de ceu? que rpn voulait perdre ou effrayer, ou désunir ou rs!.ppropher ; qui euflu n'a VU le jour, ?Lprès avoir p«|.rcpuru les mers, qu'^u moment 04 l'un des accuses n'a pas crij à la dictature qui le retenait en exil, ou l'a dédaignée?
Quelle est cej;te procéjdur.e prise sur des djéli);^ iu4!'^'î" duels dont on n'informe p^s, et dont ou vp^t cependant recbejrçhiBy les pa^s^s léjqiçn^es ^^M rép^iadre a-upune
lumière sur leurs causes proch^aines? Quelle est cette procédure dont tous les . événements s'expliquent sans complot, et qui n*a cependant pour base qu'un complot; dont le premier but a été de cacher des fautes réelles et do les remplacer par des crimes imaginaires; que Tamour-propre seul a d'abord dirigée, que la haine a depuis acérée, dont l'esprit de parti s'est ensuite emparé, dont le pouvoir ministériel s'est ensuite saisi, et qui, recevant ainsi tour à tour plusieurs sortes d'influences, a fini par prendre la forme d'une protestation insidieuse, et contre vos décrets, et contre la liberté de l'acceptation du roi, et contre son voyagea Paris, et contre la sagesse de vos délibérations, et contre l'amour de la nation pour le monarque?
Quelle est cette procédure que les ennemis les plus acharnés de la Révolution n'auraient pas mieux dirigée s'ils en avaient été les seuls auteurs, comme ils en ont été presque les seuls instruments; qui tendait à attiser le plus redoutable esprit de parti, et dans le sein de cette Assemblée, en opposant les témoins aux juges; et dans tout le royaume, en calomniant les intentions de la capitale auprès des provinces ; et dans chaque ville, en faisant détester une liberté qui avait pu compromettre les jours du monarque; et dans toute l'Europe, en y peignant la situation d'un roi libre sous les fausses couleurs d'un roi captif, persécuté ; en y peignant cette auguste Assemblée comme une assemblée de factieux?
Oui, le secret de cette infernale procédure est enfin découvert; il est là tout entier; il est dans l'intérêt de ceux dont le témoignage et les calomnies en ont formé le tissu ; il est dans les ressources qu'elle a fournies aux ennemis de la Révolution; il est... il est dans le cœur des juges, tel qu'il sera bientôt buriné dans l'histoire par la plus juste et la plus implacable vengeance.
Applaudissements, qui redoublent lorsque Mirabeau descend de la tribune et revient à sa place.
L'Assemblée décrète qu'il n'y a pas lieu à accusation.
Au nom du comité des finances, Barère de Vieuzac fait un rapport sur les frais de démolition de la Bastille. La ville de Paris demandait à ce qu'ils fussent supportés par la nation. Madier de Montjau proposait de consulter d'abord les provinces. Le président l'avait rappelé à l'ordre.
Mirabeau. — Bien que je croie, contre les réclamants, que M. le président a le droit et le devoir de les rappeler à l'ordre, pour leurs réclamations inconstitutionnelles, je ferai cependant une observation : si je n'avais une idée parfaite de l'immuable principe que nous avons adopté, et qui nous constitue tous représentants de la nation, et non de tel ou tel département ; je serais trop jaloux de demander, au nom de la province qui m'a envoyé, l'honneur de contrit)ueràla démolition du monument du despotisme, et de partager le fruit d'une œuvre si nationale... J'ai dit.
Discours le 8 octobre sur la manière de fabriquer et de subdiviser les assignats.
Le 19 octobre» de Menou^ au nom du comité diplomatique, colonial, militaire et de la marine, avait présenté son rapport sur l'insubordination de l'escadre à Brest, et sur les troubles qui s'en étaient suivis. La discussion avait duré jusqu'au 21 octobre, et Menou avait proposé dans la séance de ce jour à l'Assemblée de décréter c que le pavillon blanc, qui jusqu'à présent a été le pavillon de France, sera changé en un pavillon aux couleurs nationales ; mais qu'au moment où tous
les équipages seront rentrés dans la plus parfaite obéissance. » Millet-Mureau demande que cette partie du décret de Menou soit renvoyée au côtiaitë, Lai Gsili^ébnnière veut que l'on conserve Tancien pavillon de la monarchie, de Foucault dit qu'aucun i^ilitaire ne proposerait de profaner la gloire, et l'honneur du pavillon français et ajoute: c Laissez à des enfants ce nouveau hochet des trois cquleurs; »
Mirabeau. — Aux premiers mots préférés dans cet étrange débat, j'ai ressenti lés bouillons du patriotisme jusqu'au plus violent emportement.
Tiblehis tiiurmùi>eâ â di*oitë, appldudisséînents â gâiiclié.
llitHAfeKAU; ~ Meësieiirs, dcfhilei-hioi tjùëltjueà ilifclnieritâ d'attëritidil 5 je voùè Jûrë qu'étant tjttë j'aie ééSàÔ de parier vôilfe ilé èëtez pas têrités de rîre... Mais bieiltôt j'ai i-éprihié fcëiS justes moùtëmëtits {joiir Me llvi^ët à iihé dbservatiôii vi-airiiëilt ëdrieuâë, et qui mérite totile l'àttëtltidii de l'Afeâemblée. ié veux parler du gérité de prëâbmiîtibii qiii a pu përittëttt*e d'Osël* présenter ici la question qui nous agite, et sur l'admission de laquelle il n'était pas même permis de délibérer. Tout le monde sait quelles crises terribles ont occasionnées de bdiipables itlsultëô aux couleurs nationales ; tout le monde sait quelles ont été en diverses occasions les funestes suites du mépris que quelques individus ont osé lui montrer ; tout I0 thbhde sait avec quelle félicitation mutuelle la nation entière s'est complimentée, quand le monarque a ordonné aux troupes déporter, et a. porté lui-même ces couleurs glorieuses, ce signe de ralliement de tous les amis, de tous les enfants de la liberté ; de tous les défenseurs de la constitution; tout le monde sait qu'il y a peu de mois^ il y a peu de semaines, le téméraire qui eût osé montrer quelque dédain pour cette eiiseigiie du t)aLtriotisme eût payé ce crime de sa tête;
La droite accroît ses murmures; tandis que la gauche redouble d'applaudissements et àë bratos*
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MtkABÈAtT. — Et lô^ât(tlë vtlë èomilëô téuriis, lié êe Aï^" sittiulslnt |)as leê riotlvèSLui arrêtes «jtie pèiit exiger la tttëgtltë ijù'ils tôtls proposent; ne ôë diâsimiilâilj; pas que le chsingèttleîit de pavillon, soit dans sa forttlé, éoit dà.û& lés ttlësiii'es âëcdildairëâ t[llt sël'ônt indispensable^ pour assortir lëè couleurs nouvelles aux diters slgdatlx (|u*eiigënt lëë evôlmiollâ riavalèë ; mëprisatit, il est trai, là fatilë bbjectidii dé M dépehâe, (dti a objecté la dëpeiise), coWttie si la nation, gi longtemps Victitee dëè profilsiorië du dëspôtisitlë, pouvait rëgi-etter le prix des lîVrëGs de la liberté ! cbillttie s'il fallait penser à là déperiée déS tiOùfeàtl]t pavillonâ satiâ en rapprocher ce que ëeUë coil^otilmàtion iloùvellé versera de richesses dàtls lé ctiiiimerce deè toiles, et jusqiie dahs leé mains deè èultivàtëurg du chanvre, ôt d'une tfaultitude d'ouvriëfs! Idrstjile ioS comités réunis, thèd biëil instt'uits qilë dé tels dëtails sottt de simples mestlres d'adttlitlîètràtibti qui fl'appàrlietlneht pas à cette Asâetnbléë, et né doivent pââ coiiêilhler §dh tëfaips ; lOi-sqde vos COnlitéé rédbià^ frappés de ëëtte remarquable et touchante intocàtiori des couleùr§ hàtiorialeê^ présentées p|ar dëS màlelots^ dodt on fait avec tant de plaisir retëdtir les désoMrës, en en taisant les véritables causes, pour peii Ijti'elles puissëht sembler excusables ;lbrsqde vos comitëi^ réunis ont eu cette belle et profonde idée de dontier aiit matelots, comtfae un, signe d'adoptidn de la patrie, fcomme un appel a lefar détOiibment^ cottimë une récompense de leur retour à la discipliiie, le pâtilloil national, et vbùs proposent ett conséquence une tfaesure qui, àd fbnd; n'avait pas besoin d'être dëmahdéb ni décrétée; pùié^ilë le directeur du pouvoir exécutif, le chef suprême dés forces de la nation, avait déjà drdonné que les trbiê couleurs fussent le si^ne natibnàl.
Bh bieii ! parce que je nb sais quel fedccês d'tiné tactique frauduleuse dans la séance d'hièlr à gobûé lës cœurs contre-révolutionnaires, en vingt-cfuatre heiit-és, en Une ttiiit, toutes les idées sont tellement subvertids^ toi|s les ^rincipeâ soht tellement déhattlrés^ on
méconnaît tellement Tesprit public, qu'on ose dire à vous-mêmes, à la face du peuple qui nous entend, qu'il est des préjugés antiques qu'il faut respecter, comme si votre gloire et la sienne n'était pas de les avoir anéantis, ces préjugés que l'on réclame! qu'il est indigne de l'Assemblée Nationale de tenir à de telles bagatelles, comme si la langue des signes n'était pas partout le mobile le plus puissant pour les hommes, le premier ressort des patriotes et des conspirateurs, pour le succès de leur fédération ou de leurs complots ! On ose, en un mot, vous tenir froidement un langage qui, bien analysé, dit précisément : Nous nous croyons assez forts pour arborer la couleur blanche, c'est-à-dire la couleur de la contre-révolution, à la place des odieuses couleurs delà liberté. Cette observation est curieuse, sans doute, mais son résultat n'est pas effrayant. Certes ils ont trop présumé. Croyez-moi, ne vous endormez pas dans une si périlleuse sécurité, car le réveil serait prompt et terrible* Calmez-vous, car cette imputation doit être l'objet d'une controverse régulière ; nous sommes contraires en faits, vous dites que je tiens le langage d'un factieux.
Monsieur le président, je demande un jugement, et je pose le fait.
Je prétends, moi, qu'il est, je ne dis pas irrespectueux, je ne dis pas inconstitutionnel, je dis profondément criminel, de mettre en question si une CQuleur destinée à nos flottes peut être différente de celle que l'Assemblée Nationale a consacrée, que la nation, que le roi ont adoptée, peut être une couleur suspecte et proscrite. Je "j^étends que leiâ véritables factieux, les véritables conspirateurs sont ceux qui parlent des préjugés qu'il faut ménager, en rappelant nos antiques erreurs et les malheurs de notre honteux esclavage. Non, messieurs, non; leur sotte présomption sera déçue : leurs sinistres présages, leurs hurlements blasphémateurs seront vains : elles vogueront sur les mers, les couleurs nationales ; elles obtiendront le respect de toutes les contrées, non comme le signe des combats et de la victoire, mais
ASSEMBLÉE NATIONALE i4S
comme celui de la sainte confraternité des amis de la liberté sur toute la terre, et comme la terreur des cons-» pirateurs et des tyrans... Je demande que la mesure générale comprise dans le décret soit adoptée ; qu'il soit fait droit sur la proposition de M. Chapelier, concernant les mesures ultérieures, et que les matelots à bord des vaisseaux, le matin et le soir, et dans toutes les occasions importantes, au lieu du cri accoutumé et trois fois répété de vive le roi! disent vivent la nation^ la loiel le roi !
La discussion est fermée» et la partie du décret de Menou concernant les couleurs nationales est adoptée avec cetamendement de Mirabeau : « décrète en outre, qu'au simple cri de Vvoe le Roit usité à bord des vaisseaux, le matin et le soir et dans toutes les occasions importantes, sera substitué celui de : Vivent la nation, la loi et le Roit » *
L'Assemblée est agitée. Menou dénonce Guilhermy qui avait assailli la tribune comme ayant traité Mirabeau c d'assassin et de scélérat » et demande qu'il soit arrêté sur-le-champ.
Mirabeau. — Je serais bien fâché de me présenter, en cette occasion, comme accusateur; mais je ne puis, je ne veux consentira être.accusé. Non seulement mon discours n'était pas incendiaire, mais je soutiens qu'il était de devoir pour moi, dans une insurrection si coupable, de relever l'honneur des couleurs nationales, et de m'opposer à l'infâme il n'y a lieu à délibérer, que l'on osait espérer de notre faiblesse. Je dis, et je tiens à honneur d'avoir dit, que l'on ménageât les préjugés sur le renversement desquels est fondée la révolution, que demander qu'on arborât la couleur blanche proscrite par la nation, à la place des couleurs adoptées par elle et par son chef, c'était proclamer la contre-révolution. Je le répète, et je tiens à honneur de le répéter ; et malheur à qui, parmi ceux qui, comme moi, ont juré de mourir pour la constitution, se sent pressé du besoin de m'en faire un crime ! il a révélé l'exécrable secret de son cœur
m QËmvm m mirabsau
déloyal t Quant à i'iajure que m'a faîte cet homme tra^ duit devant cette Assemblée et soumis à sa justice, cette injure est si vile qu'elle ne peut m'atteindro. J'ai proposé que Ton passât à Tordre du jour, au lieu de s'occih per de sa démence, et peutnètre, s'il eut conservé quelque sang-froid, m'aurait-il demandé luirmftme pour son avooat. Je ne puis dono être suspecté d'un désir de vengeanoô en prenant la parole pour requérir de votre justice un jugement. En réfléchissant k ce qui vient de se passer, j'ai compris qu'il ne convenait pas à un représentant de la nation de se laisser aller au premier mouvement d'une fausse générosité, et que sacrifier la portion du respect qui lui est due, comme membre de cette Assemblée, ce serait déserter son poste et son devoir. Ainsi, non seulement je ne propose plus, comme je l'avais fait, de passer à l'ordre du jour, mais je demande qu'on juge M. Guilhermy ou moi : s'il est innocent, je suis coupable, prononcez. Je ne puis que répéter que j'ai tenu un langage dont je m'honore, et je livre au mépris do la nation et de i'bistoire ceux qui oseront m'imputer à crime mon discours.
gur la proposition de Reynaud, député de Saint-Jean-d'Angely« l'Assemblée condamue Guijihermy aux arrêts pour trois jours.
SÉAWCB DU 28 OCTOBRÎÎ
Imbert et Ardéni, prud'hommes^ d^éputés de la communauté des patrons pêcheurs de Marseille, jgont Introduits èla barre. Entre autres dispositions patriotiques, Lombard, leur secrétaire, annonce à l'Assemblée qn« les patrons pêcheurs ont déefdé « de prendre sar leart revenus une somme annuelle de 6.000 ii?res, pour servir d'«nco«aragement à leurs pèeheurs qui «ervironi sur les vaisseauK 4» j'^tat, et pour favoriser VêccroUsemeut deg mateMs £raA^s qui qou» manquent. >
MiJLitfS^. ^ Ja àmuMMda <im M, 1© pré^id^ot aoit
À88BM9LBe NATIONALB ikl
autorisé h écpire upe lettre de remerctment aux pè^ obeurs de I» ville de Marseille : l'utile exemple qu'ils vieonent de donner ne dpit pas rester sans rJcom« pense. Le pécheur, arraché à ses heureux filets pour être employé sur les vaisseaux de TEtat laissait h regret une famille nombreuse exposée h rindig^nce^ et la sensibilité du père de. famille rendait souvent trop pénibles les devoirs du citoyen. La communauté des patrons pêcheurs vient de faire cesser ce combat entra des vertus; elle accorde un prix au patriotisme; et lorsqu'elle donne sur ses propres fonds un surcroit de salaire, qu'un père tendre pourra laisser h, ses enfants, elle crée des matelots et repeuple votre marine^ Vous voye? devant vous les chefs ou plutôt les pairs magistrats d'une classe d'hommes qu'une grande cité met au nombre de ses meilleurs citoyens* Si la bonne foi s'exilait de la terre, les prud'hommes (juges de paix) en seraient encore l'image.
Adopté,
Le Sli octobre, les officiers du Hoyal^LiégaoisetduL&usun* bussardSi s'étaient livrés, à Belfort» à des manifestations publiques contre la nation et TAssemblée Nationale. Dénoncés par les officiers municipaux de cette ville, l'affaire avait été renvoyée devant le comité des rapports réunis. Muguet-Nanthou, rapporteur, demande Tarrestation des officiers responsables des désordres et le déplacement des régiments. De Foucault propose le renvoi de l'affaire au pouvoir exécutif. Voidel dit que le ministre n'a pas fait exécuter la loi prescrivant que les soldats ayant commis des délits civils seront jugés par les tribunaux ordinaires.
Mirabeau. — Quand je suis monté à cette tribune, je ne pensais pas qu'il y eût lieu à quelque discussion, mais seulement & la vérification d'un fait, Le décret sur lequel
M. Voîdel a fondé la dénonciation du ministre de la Guerre est-il sanctionné? II ne Test pas : il n'est donc pas loi, et la question est vilée. Mais au moins ce décret, qui peutêtre devrait être loi, puisqu'il n'y a aucune apparence, aucun symptôme d'observation et suspension, rejette bien loin la futile objection que les attentats commis à Belfort doivent être jugés par un conseil de guerre. Non seulement ce sont des crimes civils, mais des crimes de lèse-nation. Je ne m'imaginais pas qu'il fallût se traîner sur une proposition aussi évidente. Il est fort pressant d'apprendre à ceux qui ont osé naguère traiter les couleurs nationales de hochets, de leur apprendre, dis-je, que les révolutions ne &ont pas des jeux d'enfants. En laissant à part la dénonciation précipitée d'un ministre dont la responsabilité nous répond de l'évasion des coupables, je demande que nous passions au décret. Tout débat serait oiseux jusqu'au scandale, et personne ne pourrait sans crime monter à cette tribune pour atténuer les attentats commis à Belfort.
Mon amendement consiste (et sans doute il me vaudra encore quelques honorables épithètes) à substituer le mot cnme au mot délit.
Mon amendement est appuyé, je le crois important; en attendant que l'avenir prouve si les ennemis de la Révolution seront aussi malheureux en prophéties qu'ils l'ont été jusqu'ici en complots, je demande qu'on appelle crime toutes les insultes faites à la constitution.
L'amendement est adopté.
Une dëputatioQ du corps électoral de l'île de Corse se pré' sente à la barre. Elle dénonce deux des députés de Tile comme ne répondant pas aux vœux de leurs commettants, Peretti et Buttafuoco.
Cette dénonciation est accueillie à droite par des cris de protestation, et Lachèze demande qtie le chefde la délégation soit arrêté. L'abbé Maury déclare que le juge suprême des
députés est l'opinion publique. Salîcetti» député de Corse, expose que ses compatriotes n'ont point voulu insulter TAssemblée, mais qu'ils dénoncent formellement deux députés mauvais patriotes.
Salxgbttx. — > Je vais vous lire une lettre écrite en Corse par Tabbé Peretti; elle est traduite de Fitalien... Un membre de la droits. — L'original?
Mirabeau. — Il est dans mes mains... J'ai été bien étonné quand j'ai entendu un prêtre venir invoquer la vengeance individuelle pour juge dans le sanctuaire des lois. Je n'attendais pour mettre fin à ce débat tumulteux jusqu'au scandale, que la pièce qui devait le terminer : j'ai fait prier le dépositaire de me la communiquer. Elle vous paraîtra peut-être plus que suffisante pour justifier le profond ressentiment que les députés de Corse ont eu le droit d'exhaler dans le sein de cette Assemblée. Voici la lettre de M. Peretti.
« La religion est en péril. Le Seigneur sera fidèle aux promesse^ qu'il a faites à son Eglise de ne l'abandonner jamais, et les efforts des impies ne pourront prévaloir contre ses volontés. Cependant je ne puis garder le silence lorsque l'Assemblée veut détruire la foi, la piété, la religion : ce que vous devez à votre conscience, c'est d'adhérer à la délibération du chapitre de Paris et à celle d'une partie de l'Assemblée Nationale. Tous les malheurs ont trouvé place dans notre malheureux pays, les erreurs des Calvin et des Luthery dominent... On veutréduire les églises ; les amis de la religion et de la politique s'y opposent : mais les archi-apôtres, les archi-rois croient que tout leur est permis. J'ai déjà fait deux mémoires pour la conservation de nos trois évêchés, deux de nos députés y sont contraires. Toutefois je vous prie de suspendre votre jugement, jusqu'à ce que je vous aie rendu un compte détaillé de ma conduite, en tant qu'elle a rapport à sa correspondance apostolique.
Le côté droit applaudit et demande l'impression de cette lettre.
m OBUVREB m HIRABeAU
MtttARftAtT. — J'étAis bien sûr quô cette humble préface exciterait leâ applaudissements qui m'interrompent. Vous avez entendu un fragment de la correspondance apostolique de Tabbé Peretti : je vais vous lire un morceau de sa profession de foi politique.
« Le 13 du courant (avril), nous avons été tëtnoins d'un spectacle bien capable d'irriter les vrais défenseurs de la religion. On devait décréter que la religion catholique était la seule dominante. Le parti de la majorité fit distribuer des invitations au peuple de s'attrouper et de venir à l*Assemblée pour nous effrayer, ou pour crier ou nous assassiner eu cas de résistance. Les rues étaient Remplies d'un peuple égaré qui nous menaçait. On entendit même dans TAssemblée, qu'il fallait pendre tous les aristocrates, pour que tout allât bien, on exposait au public des figures qui représentaient les aristocrates une corde au cou. On avait dressé des potences partout; on rencontrait des bourreaux à chaque pas.
Le parti favorable à la religion fut vaincu, on ne lui permettait pas même de parier ; à chaque parole il était interrompu par les hurlements du peuple et par le bruit que faisait le parti dominant. Le décret fatal fut prononcé & une grande majorité. Le commandant de la garde nationale et M. Bailly lui donnèrent leurs voix. L'évêque d'Autun, un prêtre et un moine du côté gauche, n'ont point donné de voix. Aussitôt que le décret fut prononcé, la salle retentit d'applaudissements... Êuflu, on fait tout pour détruire la religion, etc.... 5>
DU FoûGAULt. —Oui, j'en fais la déclaration expresBO, et Je demande l'impression de cette lettre*
D'Artibly et de Toulouse-Lautrec se précipitent vers la tri» tune en menaçant Mirabeau. Tous les députés de la droite quittent leurs places en apostrophant Mirabeau, et dans le tumulte, on perçoit : « Ce Mirabeau est un grand gueux. >
Mirabeau. — Je ne conçois pas d*où vient ce désordre, à la suite de la lecture que j'ai faite de la lettre de l'abbé Peretti...
»«ËM8LÉâ NATIONALE m
ViRîBûx. — Vous nous insulter l
Mirabeau. — J'ai dit ane fois daina cette ttibune, notre force fait notre faiblesse. Il me serait en effet trop facilô d'obtenir une vengeance éclatante des injures qui me sont faites, pour que je puisse la déisirer.
Les tribunes et TAssemblée applaudissent à plusieurs reprises. Plusieurs mettibres du côté droit i w Voulez-vous nous assassiner? »
Mirabeau. — Si nous avons des phalanges à notre disposition, et que vous n*ayez que des libelles à la Yôtre, il faut convenir que notre patience est grande... Il serait trop commode de se tirer d'un pas embarrassant par des cris et du tumulte* Tout le monde a pu juger les motifs du débat que Ton a suscité* Dû a provoqué la sévérité des lois contre les députés qui sont à la barre^ Est-ce ainsi qu'on a cru nous faire consacrer ce droit de pétition, qui est Vincorruptible gardien delà liberté? Sommes-^nous dans une Assem'*^ blée délibérante^ ou dans une arène de gladiateurs? Ëst-^ce qlie ceux qui nous interrompent n'insultent pas eux-mêmes à la souveraine majorité de l'As^ semblée? Quand les députés corses seraient cou^ pables^ les réclamants ne sont-ils pas eux-mêmes sou-«mis à la juridiction de l'Assemblée? Comment peuton excuser tous ces hurlements, tout ce désordre?*»» Nous ne nous y trompons pas ; nous observons depuis longtetnps les moyens qu'on emploie successivement pour faire passer l'Assemblée pour un conciliabule ou pour un champ de bataille. Ne reconnaisseï-vous pas qu'on veut nous faire perdre du temps, afin de pouvoir dire : voyez les moments qu'ils consument pour faire leur interminable ouvrage?... Gela serait bien vrai si on voulait suivre les habitudes et les rites de certains conspirateurs*
Je crois que la lettre que j'ai lue suffit à la justlfioa^
tion des députés corses; pour moi, je dois compte à leur patriotisme de s'effrayer du danger où met peut-être leur patrie Timpudence de ceux qui ont écrit de pareilles lettres.
La députatîon corse est admise à la séaacet
A propos d'un libelle dans lequel Fabbé Maury était injurié.
Mirabeau. — Si chacun faisait ici la relation de ses faits personnels, et venait, pour des choses aussi puériles, interrompre vos importantes délibérations, il serait peutêtre juste de demander que la tranquillité, la vie même des membres de cette Assemblée fussent également assurées dans la tribune et dans les rues. Si Ton voulait remuer toutes les turpitudes qu'enfante l'esprit de parti, il ne serait pas difficile d'apporter des preuves de la vio d'un député menacée au sein de cette Assemblée. Quant à moi, qui méprise presque à l'égal les injures et les dénonciations individuelles; quant à moi, qui pense qu'autant une dénonciation relative à la chose publique est un devoir sacré, autant la dénonciation d'un fait privé est indigne d'un homme qui a quelque idée juste de la dignité de ses fonctions, je vous promets sûreté, je vous la promets sur la garantie du zèle de la garde nationale, du respect des citoyens pour la loi et pour cette Assemblée dont elle émane... Il est bien étrange qu'on vienne vous occuper de huées, comme si la loi pouvait défendre les huées dans les rues! comme si celui qui en a été couvert n'en devient pas plus méprisable lorsqu'il s'en plaint! J'ajoute une observation frappante : si le parti vulgairement désigné par l'expression honorable de parti populaire, s'il est vrai qu'il y ait encore des partis dans cette Assemblée; si, dis-je, il faisait le
bilan des affiches satiriques, des libelles dont on Ta entouré, il trouverait le peson de sa balance ausslchargé qu'un autre. L'Assemblée a-t-elle dénoncé les viletés dont on est venu l'investir jusque dans ses corridors? Eh bien! que chaque membre méprise pour son honneur ce que l'Assemblée a méprisé pour le sien; et passons à Tordre du jour.
On passe à l'ordre du jour.
M. de Gdstries avait provoqué en duel Charles de Lameth. Le combat avait eu lieu. Charles de Lameth avait été blessé et le peuple avait attaqué la maison de Tagresseur d'un ami de la nation. Le bataillon de Bonne-Nouvelle était venu demander vengeance contre de Castries à l'Assemblée Nationale. La garde ayant applaudi l'orateur de la députation, Roy, s'était écrié que seuls des scélérats pouvaient applaudir* Prieur demanda qu'il fût puni et Barnave proposa son arrestation immédiate et son emprisonnement. Foucault le défendit.
Mirabeau. — Si, au milieu de cette scène odieuse, dans la triste circonstance où nous nous trouvons, dans l'occasion déplorable qui l'a fait éclore, je pouvais me livrer à l'ironie, je remercierais le préopinant.
Foucault. — M. Mirabeau m^accable toujours d*îronies. M. Mirabeau s^acharne sur moi, je demande...
MmABEAU. — ... Je remercierais l'opinant du témoignage qu*il vient de rendre à la liberté des suflTrages que Ton accuse les Parisiens d'avoir ravie à cette Assemblée.
On crie à droite : Oui... oui... les suffrages ne sont pas libres*
Mirabeau. — Certes, monter à cette tribune pour y
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professer la désobéissance^ pour y mépriser ouyertemeiit nos décrets, pour y tourner en dérision notre autorité, pour y arborer ia rébeilion, c'est, dans le langage de ces tnessieurs, faire un acte d'homme libre; et la patience de l'Assemblée, qu'il me soit permis de le dire, n'a qtie trop longtemps protégé cette étrange liberté : il* est temps qu'elle protège à leur tour ia décence, la justice et la loi...
A de Foucault :
Voilà, monsieur, puisque vous n'aimez pas l'ironie, ce que le profond mépris que je dois à votre conduite et à vos discours m'ordonne de vous adresser.
La droite s'agite ; plusieurs de seg membres quittent leur place pour Balancer sur Mirabeau. Ofi le menace du geste, on rappelle gueux, scélérat. Le président rappelle Mirabeau à Tordre.
MiRAfifiAti* — Oui, sans doute, je dois être rappelé à Tordre, si l'Assemblée veut déclarer qu'un de ses membres 'est coupable d'employer le mot mépris envers l'homme qui n*a pas craint de professer ouvertement à cette tribune son mépris pour les ordres de la inajorité, et d'y déclarer qu'il ne lui obéirait que mort.
Applaudissements universels d'un côté; murmures de l'autre .
Mirabeau. — Certes^ il est temps de raisonner et d'écouter; certes, cette soirée donnera une ample matière aux vertueux écrivains de la noble école des impartiaux, pour dire^ redire et répandre que nous consumons le temps et la confiance de nos commettants dans les vaines et hideuses contentions de notre irascibilité. Certes^ aU" jourd'hui encore, on pourra s'écrier que l'Assemblée Nationale est entièrement désorganisée; qu'elle n'a plus ni calme, ni règle, ni respect d'elle-même. Mais ne sont*ce donc pas évidemment les coupables qui sont ici les accusateurs? N'est-ce pas leurs délits qu'ils nous imputent?
mm
Messieurs, il eat temps dé le reoonnattfe, et la décla* T^iion n'en saurait être trop solennelle i votrd longue indulgence, cette indulgence née, comme je l'ai dit tant de foi», du sentiment de votre force, cette indulgence serait coupable et fatale, si elle n'avait paë un terme. La chose publique est vraiment en danger, et le succès de vos travaux entièrement impossible, si tous perde» de vue que vous êtes tenus également de respecter et de faire respecter la loi ; si vous ne faites pas un exemple dans cette Assemblée ; si, pour ordonner le royaume, vous ne commencez par vous ordonner vous-mêmes. Vous devez établir dans Tempire l'obéissance aux auto^ rites légitimes, et vous ne réprimez pas dans votre sein une poignée d'insolehts conspirateurs! Ah! c'est pour leur propre salut que j'invoqUe votre sévérité; car si la lettre de vos règlements et l'esprit de vos lois, si la voix paisible de votre président et l'indignation des specta^ teurs, si les mécontentements des bons citoyens et notre propre insurrection ne peuvent leur en imposer; s'ils se font un point d'honneur d'encourir nos censures, une religion de désobéir & la majorité, qui doit régir toute société, sans quoi l'association est dissoute, n'arrivera-'t-il pas infailliblement que le peuple ressentira enfin l'injure faite à ses représentants? Et des mouve^ meots impétueux, de. terribles mais justes vengeances, des catastrophes en tous sens redoutables, n'annonceront^ls pas que sa volonté doit toujours, a dû toujours être respectée? Les insensés! ils nous reprochent nos appels au peuple. Ëh! n'estwl donc pas heureux pour eux-mêmes que la terreur des mouvements populaires contienne encore ceux qui méconnaissent toute loi, toute raison, toute convenance?
Messieurs, on se flatterait en vain de faire longtemps respecter ce qui est méprisable; et rien n'est plus mé-prisable que le désordre. On nous accuse de favoriser l'anarchie, comme si notre honneur, notre gloire, notre sûreté n'étaient pas uniquement dans le rétablissement de l'ordre! jltais qu'est-ce que l'anarchie, si ce n'est le
mépris de la loi? et comment sera-t-elle l'objet de la vénération publique, la loi qui émane d'tin foyer de tumulte et de scandale? Gomment obéira-t-il à la loi» le peuple dont les législateurs foulent sans cesse aux pieds les premières règles de la discipline sociale?
S'adressant au côté droit.
Savez-vous ce que Ton a dit ce matin à VxjLn des principaux chefs de la force publique, qui, devant la maison de M. de Castries, parlait du respect dû à la loi? Ecoutez la réponse du peuple dans son énergique simplicité : Pourquoi les députés ne la respectent-ils pas? Dites, dites, qu'est-ce que le plus furieux d'entre vous aurait pu répliquer? Si vous rappelez tout ce qui est coupable, pesez donc aussi tout ce qui excuse. Savez-vous que ce peuple, dans son ressentiment contre l'homme qu'il regarde comme l'ennemi d'un de ses plus utiles amis, savezvous qu'au milieu de la destruction (nul n'osera dire la dilapidation) des effets de cette maison proscrite, le peuple s'est religieusement arrêté devant l'image du monarque; que le portrait du chef de la nation, de l'exécuteur suprême de la loi, a été, dans ces moments d'une fureur généreuse, l'objet de sa vénération et de ses soins persévérants? Savez-vous que ce peuple irrité a montré à madame Castries, respectable par son âge, intéressante par son malheur, la plus tendre sollicitude, les égards les plus affectueux? Savez-vous que ce peuple, en quittant cette maison, qu'il venait de détruire avec une sorte' d'ordre et de calme, a voulu que chaque individu vidât ses poches, et constatât ainsi que nulle bassesse n'avait souillé une vengeance qu'il croyait juste?
Voilà, voilà de l'honneur, du véritable honneur, que les préjugés des gladiateurs et leurs rites atroces ne produiront jamais. Voilà quel est le peuple, violent, mais exorable; excessif, mais généreux; voilà le peuple, même en insurrection, lorsqu'une constitution libre Ta rendu à sa dignité naturelle, et qu'il croit sa liberté
blessée. Ceux qui le jugent autrement le méconnaissent et le calomnient; et quand ses serviteurs, ses amis, ses frères, qui ne se sont voués à sa défense que parce qu'ils l'honorent profondément, repoussent ces blas* phèmes que Ton profère à chaque instant dans cette Assemblée contre lui, ils obéissent à leur premier devoir, ils remplissent une de leurs plus saintes fonctions.
Nous avons trop tardé. Ne souffrez pas que le temps que nous a emporté ce coupable débat passe pour la puérile explosion d'une colère oiseuse et stérile. Faites dans votre sein un exemple qui démontre que votre respect pour la loi n'est ni tiède ni simulé : qu'enfin M. Roy soit conduit en prison- Boy est condamné à trois jours de prison, et de Marinais dem de sans succès huit jours d'arrêt pour Mirabeau.
La ville d* Avignon avait demandé être soustraite à la domination du pape pour être réunie à la France. Mirabeau prit la parole au nom du comité diplomatique.
Mirabeau. — Votre comité diplomatique n'a point fait de rapport, et n'a jamais été appelé à vous en présenter; mais ce comité a pris un avis sur la question, quoique ses ^nombres soient encore partagés sur les diverses modifications qu'on a voulu y enter. Il a pensé qu'il ne s'agissait dans cette affaire ni de chercher les droits des hommes dans des chartes, ni de s'occuper de dissertations philosophiques. Chargé de veiller à vos intérêts extérieurs, il a cru que vous ne deviez vous occuper encore, dans cette question, que dé votre plus grand avantage actuel. Or il n'a pas aperçu, dans cet examen, qu'il fût de votre intérêt actuel d'entrer en possession d'Avignon. Vous avez incontestablement le droit et le devoir de protéger les établissements français dans cette
ias ÛBUVRBS DE MIRABEAU
ville; voua avez le droit et le pouvoir d'y protéger la paix publique, et vous mériterei;, par cette conduite, 1% reconnaiesance des Avignonais. Je pense que vous deveu prier le roi d'envoyer des troupes à Avignon, et laisser le reste de la question indéfiniment ajourné. On a interpellé le comité diplomatique de se déclarer, et mes col-^ lègues m*ont autorisé à vous présenter Tavis que je vous propose,,. S'il s'agissait de décider la question de droit public, de reconnaître les droits imprescriptibles de« nations, nous n'hésiterions pas à. donner notre opinion; mais nous pensons qu'il est de la prudence, de Tintérèi du moment, d'ajourner indéfinimenj la question.
Applaudissements.
L'abbé Maury soutient les droits du pape et la discussion est fermée.
Mirabeau. — Voici la rédaction de Tavis du comité diplomatique.
<( L'Assemblée Nationale, après avoir entendu son comité diplomatique, ajourne la délibération sur la pétition du peuple avignonais, et décrète que le roi sera prié de faire passer k Avignon des troupes françaises, pour protéger, sous ses ordres, les établissements français, et pour y maintenir, de concert avec les officiers municipaux, la paix publique. »
L'abbé Maury propose en amendements que les troupes françaises envoyées 4 Avignon soient placées sous l'autorité immédiate du pape,
MiRABBAU. — J'observe, sur l'amendement de M. l'abbé Maury, que son système est de décider provisoirement U question en faveur des droits du pape, JTobserve, de plus, que la distinction entre les établissements de pouverai-* neté et les établissements purs et simples, est una diS" tlnction futile, car là où il y a des établissements quelconques, 14 il y a un intérêt à les protéger. Les troupes qua vous enverrez ne doivent être ni soua l'autarité du
AfiSBHBLÉE KATIpNALB 159
pape ni sous celle des officiers municipaux, mais souscelle du roi : elles ne doivent que se concerter avec Tautorite existante ; or la seule autorité existante actuellement à Avignon est celle des officiers municipaux ; ce sont les seuls officiers publics avec lesquels les commandants de nos troupes puissent se concerter pour la protection efficace de nos établissements : pour se concerter avec le pape, il faudrait commencer par établir son autorité, c'est-à-dire décider provisoirement la question. Quanta l'imputation qu'on a prétendu faire à TAiâsemblée Natio* nale d'envoyer des Français pour ai<aé|mer, qui? des peuplesy je ne vois pas qu'elle soit assez inquiétante pour que nous nous en occupions...
Quant à l'objection de M. du Ghàtelet, elle est réelle. Sur six membres dont est composé le comité diplomatique, cinq sont de l'avis que je vous ai présenté; M- du Cbâtelet seul n'en est pas,
D'Andhê. — le demande par amendement la suppression de ces mots : « de eoncert avec les officiers municipaux ••
Mirabeau. — Pouvez-vous, sans mettre Avignon sous l'oppression, y envoyer des forces militaires qui agissent sans le concert des magistrats quelconques du peuple?
L'Assemblée décide qu'il n'y a plu3 lieu à délibérer sur les précédents amendements, et le projet de Mirabeau est adopté avec un nouvel amendement de Glermont-Lodève, décrétant que les prisonniers d'Avignon détenus à Orange seraient mis en liberté»
SÉANCE DU 21 NOVEMPÏIE
Ordre du jour t rapport sur les successions db inteHaty sur l'inégalité des partages, tant en pays de droit écrit qu'en pays coutomier. M«riin, rapporteur des comités réunis de eonetitutioA et d'aliénation, avait lu le projet de loi présenté au nom d^ comités.
160 ŒUVRES DE MIEABË^
Mirabeau. — Le projet qui vient dç vous être présenté tend à faire disparaître les inégalités résultant delà loi; mais ne faut-il pas faire marcher d'un pas égal les inégalités résultant de la volonté, je veux dire les inégalités que les substitutions ont rivées dans la société? C'est le seul moyen de porter la hache au pied de Tarbre, dont on élague quelques branches parasites, en y laissant toujours les racines voraces. Je demande donc que le comité nous présente un travail sur les substitutions ; et comme je me suis occupé de cette matière, je demanderai la parole dans cette discussion.
De Foucault. — Et sans que cela puisse avoir un effet rétroactif,
Mirabeau. — Nulle puissance humaine ni surhumaine ne peut légitimer un effet rétroactif. J'ai demandé la parole pour faire cette profession de foi. Je demande que ma proposition soit décrétée, sauf meilleure rédaction, parce que le mot constitutionnel circonscrit bien nettement, et d'une manière incontestable, notre compétence.
Je demande que le comité nous présente un travail constitutionnel sur les inégalités résultant de la volonté dans les successions.
La proposition de Mirabeau est décrétée..
Lasnier de Vaussenay rapporte au nom du comité d'agriculture et du commerce sur la franchise de Bayonne, Saint- Jean-de-Luz et une partie de TAdour, concluant par la suppression de leur privilège et de leur franchise.
Mirabeau. — Je n'entends pas comment Ton peut sup' primer la franchise d'un port avant d'avoir décidé d'avoir abordé le principe général des franchises. Nous ne
pouvons rien statuer sur cette suppression avant d'avoir pris un parti sur la culture et sur la liberté du commerce du tabac. On nous a dit que la franchise de Bayonne faisait de ce port un foyer de contrebande. 11 me semble qu'il faut savoir, avant de donner de Timportance à cette objection, si la contrebande ne peut pas être arrêtée. Instruits par l'expérience comme nous le sommes, que trop gouverner est- le plus grand danger des gouvernements, ne serait-il pas plus sage de donner nos moments à des objets plus pressés, et que, laissant à Bayonne les choses comme elles sont, nous renvoyassions cette question à une législature moins occupée ? La question des franchises exige une grande discussion, de nombreux éclaircissements. Les postes que vous avez sur la Nive et sur l'Adour ne peuvent être détruits à présent. Je demande donc l'ajournement à la prochaine législature.
L'ajournement est prononcé.
Suite de la discussion sur le projet de décret des comités réunis des rapports, de Taliénation des domaines nationaux, des recherches et ecclésiastiques relatif aux protestations de divers évéques et chapitres du royaume, sur la constitution civile du Clergé.
Mirabeau. — Messieurs, tandis que de toutes 'parts les ennemis de la liberté publique vous accusent d'avoir juré la perte de la religion, je me lève en ce moment pour vous conjurer, au nom de la patrie, de soutenir de toute la force dont la nation vous a revêtus cette religion menacée par ses propres ministres, et qui ne chancela jamais que sous les coups dont l'orgueil et le fanatisme des prêtres l'ont trop souvent outragée !
Quelle est, en effet, cette exposition qui vient, à là
m iKUVRB^ m MIRàSlAU
fiuH^ d0 prQtert^tions et 4e déclarations turbulente», sujsciter de nouvelles interruptions à vos tra.vaux et de nouvelles inquiétudes aux bons citoyens ? Ne bp-l^neons jM^g I. le dire, messieurs ; e'egt encore ici la ruse d'une hypocrisie qui cache, sou» le masque de la piété et de l^ bonne foi, le punisgiable d^sgein de troj^per la religion publique et d'égarer le jugement du peuple, C'est V^MTtiQoe d'une cabale formée d^ns votre propre sein, qui continue 4 méditer deg mesures pour le renversement de la constitution, en affectant le ton de la paix, et qui met en mouvement tous les ressorts du trouble et de \^ sédition, lorsqu'elle se donne pour ne vouloir plftider que \^ cause de Dieu et revendiquer les droits de la puissance spirituelle.
Non, messieurs, ce qu'on veut n'est pi|s que vous apportiez des tempéraments et des modifications à ce que vous avez statué sur la constitution civile du Clergé, mais que vous cessiez d'être sages, que vous renonciez à toute justice ; qu'après avoir réglé le dehws de I4 religion, vous en attaquiez le fond ; que vous fouliez aux pieds la foi de vos pères, que vous anéantissiez un culte dont vous avez lié la destinée à, celle de l'empire, afln que votre chute dans l'impiété vous imprime un caractère odieux, et semble intéresser la piété des peuples à la dispersion des législateurs de qui la France attendait 8|i régénération.
Mais s'il était vrai que le sacerdoce français dût à la religion et à sa propre conscience d'opposer des réclamations à vos décrets, ces réclamations devraient-elles être conçues, rédigées, publiées par les évêques députés J. l'Assemblée Nationale? Si cette eçcposiiion 0%\, un devoir indispensable pour le corps des pasteurs, pourquoi nos collègues dans la représentation nationale se rendent-ils les organes d'une résistance qui, fût-elle nécessaire, aurait toujours ses inconvénients et ses dangers? Pour-v
3uoi faut-il que ce soit du fond de ce sanctuaire même e la loi qu'il s'élève des voix pour la ruine de la loi ? N'était-ce pas là une çpmmissiou déliçatQ et t^l*il>le
ASggMBUlE: NATIONAL» 163
dout la prudôpce voulait qu'on choisît leis instruments au-dabors du corp^ législatif, et dans une classe d'hommes libres des ménagements et des bienséances que la nation impose aux déposit^^ireis de sa confiance et de son autorité? Ce ténébreux phénomène ne s'ex^ pUque, messieurs, que par la détermination prise depuis longtemps de faire haïr des persécuteurs du christianisme dans les fondateurs de la liberté, et de réyeiller contre vous Tancien. et infernal génie des fureurs sa*' crées. Un tel dessein demande des agents suscités du milieu de vous» Leur caractère public donne du poids h leurs calomnies. Ou a voulu, pour imprimer au ressort contre-rrévolutionnaire une teinte constitutionnelle et nationale, que les moteurs en fussent pris parmi les spectateurs et les compagnons de vos travaux. Il résulte de Ih un signal solennel de scission qui ranime touteci les espérances, et qui, sans les vertus personnelles du prince que vous avez appelé le restaurateur de la liberté française, promettrait au despotisme abattu des forces pour briser son tombeaui et pour redresser son trône sur les cadavres des hommes échappés h ses fers.
Pour démêler, messieurs, ce caractère faux et perfide qu'on s'est vainement efforcé de couvrir de tous les voiles d'une raison modérée et d'une religion sage et tranquille, il vous suffira de remarquer les paroles qui tern^inent cette étrange exposition : (c Nous pensons que notr0 premier devoir est d'attendre AV«c confuncb la réponse du successeur de saint Pierre, qui, placé dans le centre de l'unité catholique et de la communion, doit 4tre l'interprète et l'organe du vœu de l'Eglise universelle, m
Concevè^r-Yous, messieurs, comment des pasteurs qui sont dans l'attente d'une décision suprême et très pro*< chaîne de la part d'un tribunal dont ils veulent k tout prU reconnaître la souveraineté, tombent dans l'inconsé*quenee de prévenir ce jugement et de s'établir les précurseurs du conseil de Rome, qui doit apparemment armer la France catholique contre la France libre? N'estce pas là publier que l'on sait à l'avance» parce qu'on l'a
dictée, une réponse à laquelle on veut attacher les destins de cet empire ? N'est-ce pas laisser transpirer la connivence établie entre le Clergé français et le Clergé romain, pour combiner des manœuvres de contre-révolution, et déconcerter, par la perspective sinistre d'un schisme, la force qui nous a soutenus jusqu'ici contre tant d'orages? ou plutôt, messieurs, on vous prévient sans détour que vous êtes destinés à subir ce dernier joug, si vous ne vous hâtez de recommencer la constitution du Clergé sur les principes exposés par r Assemblée Nationale. « Nous voulons, disent-ils, employer tous les moyens de sagesse et de charité pour prévenir les troubles dont une déplorable scission peut devenir l'ouvrage. Nous ne pouvons pas transporter le schisme dans nos principes, quand nous cherchons les moyens d'en préserver la nation. » Et ce sont des représentants des Français qui tiennent à leurs commettants ce langage menaçant et séditieux ! et ce sont les ministres du Dieu de paix, les pasteurs des hommes, qui soufflent l'esprit de discorde et de révolte parmi leurs troupeaux !
Jamais l'incrédulité systématique n'ourdit de manœuvres, ni si dangereuses ni si profondément destructives de tous les principes du christianisme. Aucun impie n'en a tenté la ruine en lui incorporant les intérêts et les passions les plus incompatibles avec la durée de son règne, et en semant dans son sein tous les germes d'une inquiétude et d'une fermentation si incurable, que, pour le voir s'évanouir et se perdre dans les gouffres du temps, il n'y ait plus qu'à l'abandonner à sa propre destinée. Voilà, messieurs, ce que font les évoques députés à l'Assemblée Nationale; ils veulent charger la religion du soin de vous punir et de les venger. Ils savent à quels dangers ils l'exposent ; mais ils en ont fait le sacrifice. Ils sont résolus à lui faire courir tous les hasards de ce *choc terrible, et à la voir s'écrouler sur ses antiques et augustes fondements, pourvu qu'en tombant elle enveloppe dans ses ruines vos lois et la liberté.
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Certe&j messieurs, quand on vous reproche de rétrécir l'ancienne juridiction de TEglise, et de méconnaître la nécessité et retendue d'un pouvoir qu'elle exerçait sous les empereurs païenSy et dans les temps des persécutions^ n'esttce pas vous inviter à soumettre à une révision sévère le système d'organisation sacerdotale que vous avez adopté ; à ramener la religion à l'existence qu'elle avait sous le gouvernement des anciens Césars, et à la dépouiller de toute correspondance et de toute relation avec le régime de l'empire ? Quelle merveille que des empereurs païens pour qui la religion n'était rien, et dans un temps où l'institution chrétienne n'était ni reçue dans l'Etat, ni recohnue par l'Etat, ni entretenue sur les fonds de l'Etat, aient laissé cette institution se régir dans son indivisibilité, suivant des maximes qui ne pouvaient avoir d'effets publics, et qui ne touchaient par aucun point l'administration civile ! Le sacerdoce, entièrement détaché du régime social, et dans son état de nullité politique, pouvait, du sein des cavernes où il avait construit ses sanctuaires, dilater et rétrécir au gré de ses opinions religieuses, le cercle de ses droits spirituels et de ses dépendances hiérarchiques. Il pouvait régler, sans exciter nulle sensation, ces limites et ces démarcations diocésaines qui ne signifiaient alors que le partage des soins apostoliques, et qui n'obscurcissaient et n'embarrassaient en rien la distribution des provinces romaines.
Alors, messieurs, la religion n'était que soufferte. Alors les prêtres ne demandaient pour elle, aux maîtres du monde, que de la laisser épancher dans le sein de l'homme ses bienfaits inestimables. Alors ses pontifes bénissaient les puissances de laisser reposer le glaive qui avait immolé tant de pasteurs vénérables, et de regarder les modestes organes de l'Evangile avec bienveillance, ou même sans colère. Alors ces ouvriers austères et infatigables ne connaissaient d'autre ressource de leur frugale subsistance que les aumônes de ceux qui recevaient l'Evangile et qui employaient leur ministère.
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166 OBtJVRËS DE! IHAASKAU
CôDceVe^-'lrotld, medéieuf !s, ^ti^U eui9sê&t été les transports de ces hommes si digues de la tendre et religieuse vénération qu'ils inspirent^ si la puissàtioe romaide eût métiagé de leur temps à la religion le triomphe que lui assurent aujourd'hui les législateurs de la France? Et c'est 6e moment où vous rendex sa destinée inséparable de celle de la nation, où vous rincorpores ft Teiclstence de ce grand empire, où vous consaôreg à la perpétuité de son régné et de son culte U plus solide portion de la substance de l'Etat ; c'est ce moment où vous la faites si glorieusement intervenir dans cette sublime division du plus beau royaume de l'univers, et où^ plantant le signe auguste du christianisme sur la cime de tous les départements de là France, vous confesseas, à la face de toutes les nations et de tous les siècles, que Dieu est aussi nécessaire que la liberté au peuple français; c'est ce moment que nos évèques ont choisi pour vous dénoncer comme violateurs des droits de la religion^ pour vous prêter le caractère des anciens persécuteurs du chriS'tianisme, pour vous imputer^ par conséquent^ le crime d'avoir voulu tarir la dernière ressource de l'ordre pu^ blic, et éteindre le dernier espoir de la vertu malheu* reusé.
Et nous ne pouvons pas douter^ messteurSj que ce nô soit dans une intention aussi malveillante qu'on cherche à insinuer que Ift religion est perdue^ si C^èst le Choix du peuple qui décerne les places ecclésiastiques; car nos évèques savent, comme toute la France^ à quel odieux brigandage la plupart d'entre èux sont redevables du caractère qu'ils déploient maintenant atéc tant dé hardiesse contre Ja sagesse de Vos lois. Certes il eri est plusieurs qui auraient trop à rougir de voir se dévoiler au grand jour les obscures et indécentes in^ trigues qUî ont déterminé leur vocation à l'épiscopàt; et le Clergé, dans sa conscience^ ne peut pas se dissimuler ce que c'était que l'administration de la feuille des bénéfices. Je ne veui pas remuer ici cette source impure, qui a si longtemps infecté la France de sa ôorruption
ASâSMBLÉâ NATIONALfc m
profonde, ni retracer cette îttiquité publique et scandâletlse qui repoussait loin des dignités du sanctuaire 1& portion gaine et laborieuse de Tordre ecclésiastique,, qui taisait ruisseler dans le sein de roisireté et delignorancè tous les trésors de la religion et des pauvres^ et qui ôouronnàit do h tiare sacrée deâ fronts couverts du ftiépris public et flétris de l'empreinte de tous les vieés : mai^ je dirai que des prélats d'une création Aussi anti-*ftttdnique^ des prélats entrés dans le bercail du troupeau du Seigneur par une porte aussi profane, sont les véritables intrus que la religion réprouve, et qu'ils ne peuvent, sans blesser toute pudeur^ condamner la loi qui leur assigne pour successeurs ceux qui obtiendront l'estime toujours impartiale et pure de leurs concitoyens»
t On sait, disent-ils, à quel point la forme qu'on propose pour les élections est contraire aux règles ahciennes... Il n'y a pas d'exemple d'une forme d'éleetion sur laquelle le Clergé n'ait pas eu la principale influence ; c0tte influence est anéantie ; it y a des dépar» tements dans lesquels on ne compte pas un ecclésiastique parmi les électeurs. » Vous deviex bien frémir, 6 vous qui brûlez de tant de tèle pour la restauration de l'ancienne discipline, lorsque^ sous l'ancien régime, le clergé se mêlait si peu du choix des premiers pasteure, et qu'un ministre^ vendu aux Volontés et aux caprices de ce qu'il y eut jamais de plus pervers et de plus dissolu autour du trône, distribuait en mercenaire les honneurs et les richesses de l'Eglise de France au commandement des mêmes oppresseurs qui se jouaient des larmes du peuple, et qui trafiquaient impunément du bonheur et du malheur des hommes I Pourquoi done ne vit-on jamais sortir de ces assemblées du Clergé ni dodoléances, ni réclamations^ ni remontrances contre Un abus qui tuait si visiblement la religion danis ses plus intimes éléments, et qui corrompait si scandaleusement toutes les sources de morale ?
Non, messieurs^ on ne veut pas sincèrement l'ordre et la justice ; on ne veut que brouiller et bouieverber> On
tes OEUVRES DE MIRABEAU
n'est irrité que de la force de la digue que vous avez opposée au torrent des passions sacerdotales. On cherche à paralyser la constitution de l'Etat pour faire revivre l'ancienne constitution du Clergé ; on aspire à faire évanouir tous vos travaux dans les longueurs et la continuité des interruptions qu'on y apporte, et à voir toutes nos scènes politiques se dénouer dans les horreurs d'une guerre religieuse.
Ceux qui revendiquent la part qu'avait autrefois le Clergé à Télection des ministres de TEglise sont-ils de bonne foi ? Il n'y a qu'un mot à leur répondre : le voici. Si le Clergé actuel ne doit jamais devenir constitutionnel et citoyen, son intervention dans le choix des pasteurs serait un mal public, et le foyer du trouble résiderait à perpétuité dans le sein de l'Eglise de France. S'il prend enfin l'esprit de la révolution et de la liberté, le peuple s'honorera d'invoquer sa sagesse et d'écouter ses conseils dans toutes les grandes déterminations qu'il aura à statuer pour le maintien des lois et pour la juste distribution des emplois religieux et politiques.
L'influence de l'ancien Clergé sur les élections ecclésiastiques n'a point d'autre origine que le respect et la confiance du peuple. Vous savez, prélats qui m'entendez, vous savez qu'il ne tient qu'à vous de vous faire adorer des hommes, et de devenir les oracles de tous leurs conseils. Ressemblez à vos anciens prédécesseurs, et vous verrez bientôt le peuple ressembler aux anciens fidèles, et ne vouloir rien faire sans ses pasteurs.
Quoique je n'aie pas eu dessein, messieurs, de vous exposer l'analyse et la réfutation d'un écrit qui n'a pour base que les traductions surannées d'une théologie arbitraire et inconséquente, je ne puis néanmoins me dispenser d'attirer un moment l'attention de l'Assemblée sur le fond de la question considérée en elle-même, parce qu'enfin il entre peut-être de la vraie religion dans toutes ces réflexions et toutes ces inquiétudes théologiques, et qu'autant nous devons de sévérité à l'esprit de mécontentement et de murmure, autant nous
devons de patience, de discussion et d'exhortation aux doutes des âmes timorées.
Le prétexte politique de cette espèce d'insurrection sacerdotale, c'est, messieurs, que la même puissance qui a changé l'ancienne distribution du royaume ne pouvait rien changer à l'ancienne démarcation des diocèses sans le concert de la puissance spirituelle; ils disent que, le Corps législatif n'ayant nul caractère pour restreindre ou pour étendre la juridiction des évèques, ceux-ci ont besoin d'une nouvelle institution pour se remettre au cours de leurs fonctions.
J'avouerai volontiers que la théologie n'entra jamais dans le plan de mes études ; mais, sur le point dont il s'agit ici, j'ai eu quelques entretiens avec des ecclésiastiques instruits et d'une raison exacte et saine. En sondant leurs réflexions dans les principes qui appartiennent aux seuls procédés d'un bon esprit et d'une logique inflexible, j'ai acquis le résultat que je vais mettre sous vos yeux.
Le premier des quatre articles qui servent de base aux libertés de V Eglise gallicane^ énonce que les évêques tiennent immédiatement de Dieu la juridiction spirituelle qu'ils exercent dans VEglise : paroles qui ne signifient rien du tout, si elles ne signifient que les évêques reçoivent dans leur inauguration la puissance de régir les fidèles dans l'ordre spirituel, et que cette puissance est essentiellement illimitée; car elle est le fond et l'essence de l'épiscopat, et ne saurait par conséquent connaître d'autres bornes que celles de l'univers entier. Un caractère divin qui perdrait son existence au delà d'une circonférence donnée, serait un caractère chimérique et illusoire ; un pouvoir fondé sur une mission divine et absolue ne se peut ni restreindre ni circonscrire ; en sorte que chaque évêque est solidairement, et par l'institution divine, le pasteur de l'Eglise universelle. Aussi le fondateur du christianisme n'a-t-il point partagé entre les apôtres la juridiction à exercer dans les différentes contrées du monde, et n'a-t-il assigné à
m (ÙËÙVflËg m MIRA6KAÙ
atieuîà d'etlï le cercle où il devait s(^ tenîétttièt. Mais chacun d'eux a reçu la puissance dé tons \ lotisf ôiit été indivisiblenieht établis les recteutë et leâ chefs de tout lé ti'Oupèau de Dieu. Répanûez-mom^ \mt dit-il, rfdm tout Ié monde, annoncée V Evangile à toute ctéatUf*e, Je 'ômè envoie comme mon père m*a entôyé* Voilà Une déeiâiofl évidetite, ou il faut dii'e qiie notre éplâcopat î>st d'ttfle autre nature (}ae ôelui que Jésus-Ghrist a idstituéa
Là division dé TEglise universelle eii diverges seotiotis ou dlocèsesJ, est uncv économie d*ordré et de police ecclésiastique, établie à des époques fort postérieures à la déterinînatioti de la puissance éf^iBCopale ï Ufi déUîembretaent ôommandé par la tiéoeSsité deâ circottstfeflCéd, et par Timpossibilité que ôhaqUe évoque gouvernât tôùtê l'Eglise, n'a pu riétt changer ft l'institutioU primitive dés choses, ni faire qu'un pouvoir illinàité {^ëir Bà nature devînt précaire et locàL
Sans doute le boU ordre a voulu que^ là démàrôàtion des diocèses une fois déterminée^ dhaqUe évèqué iè renfermât daUs les limite^ de soU Eglise. Mâiâ que les théologiens, à force de voir cette discipline s'obserVer^ se soient avisés d'enseigner que la juridiction d'tin éVêqUe se mesure sur l'étendue ae sott territoire diocé*sain^ et qUe hors de là il est dépouillé de toUtë puissance et de toute autorité spirituelle, c'est là une erreur absurde qui n'a pu naître que de l'entier oubli des principes élémentaires de la donstitution de l'Egliëe;
Sans rechercher en quoi consiste là supériorité du Souverain tohtifé, il est évident qu'il n'a pas Une juri*. diction epécifiquement différente de celle d'un autre évoque. Car là papauté n'est point un ordre hiéràr»chique : on n'est pas ordonrië ni mcré pape* Or une plus grande juridiction spirituelle^ possédée de droit divin, ne se peut Conférer que par une ordination spéciale, parce qu'une plus grande juridiction supposé l'itopression d'un caractère plus émlnentj et là collation d'un plus haut et plus parfait sacerdoce. Là primauté du |)ape n'est donc qu'une supériorité extérieure^ et dont
ASSEMBLÉE NAtWNALÉ 17i
TîniSllttltlon ii'h pour but que d'assignëi» âtt eôfj^s des pasteuM Un piilût dé fallifetaent et un cétttre d'unité. Là primauté dé saint Pierre ne lui attribuait pas une puia^ sattce d'une autre espèce que celle qui appartenait aut autres apôtrés, et n*empèchâlt pas que ehatîuû de «es collègues nô fût comme lui l'instituteur de Tunivers, et le pasteur né du genre humain. Voilà uhô règle sûre pour déterminer le rapport à maintenir entre nos évèques et le Souverain Pontife. 11 n'y a là, messieurs, fil subtilités, ni sophismes, et tout esprit droit et non prévenu est juge compétent dé l'évidence de èette théorie.
Maïs, je l'ai dit, l'intérêt de rappeler les droits de l'Eglise n'est ici que le prétexte de l'entreprise de nos évèques, et l'on ne peut méconnaître la véritable ôftUse de leur résistance.
Les vrais amis de la constitution et de la liberté ne peuvent se dissimuler que nos pasteurs et nbs prêtres persévèrent à composer une classe à part, et à mettre au nombre des devoirs de leur état l'étude des mesures qui peuvent arrêter la révolution. Ce sont des prêtres qui rédigent et qui font circuler les feuilles les plus fécondes en explosions frénétiques contrit vos travaux ; et ces prêtres sont soutenus de toute la prélature aristocratique î on exalte leur dévouement aux anciens abus, comme l'héroïsme du lèle apostolique; on les honoré comme les réclamateurs imperturbables des droits de Dieu et des rois; on les encense, on les canonisé comme les AmbtoUÉ et les Atkûnaié de leur Siècle; il ne leur manque que de mourir victimes de leur fana»lisme et de leurs transports séditieux^ pour recevoir lès couronnes de l'apothéose, et pour obtenir la gloire d'être itiscrits sur le tableau des martyrs de la religion.
Pontifes qui partagejfe avec nous l'honneur de représenter ici la nation française, à Dieu ne plaise que j'attire sur vous, ni sur vos collègues dispersés dans leurs églises, des reproches qui Vous compromettraient àujc yeUi d'un peuple dont le respect et la confiance
172 ŒUVRES DE MlttÂBEÂU
sont nécessaires au succès de vos augustes fonctions. Mais, après cette dernière éruption d'une inquiétude qui menace tout, pouvons-nous croire que vous ne prêtez ni votre appui ni votre suffrage aux écrivains anti-constitutionnels qui décrient la liberté, au nom de l'Evangile, et qui ne visent à rien moins qu'à présenter la Révolution sous les couleurs d'une manœuvre impie et sacrilège? Et quand vous vous seriez bornés au silence de la neutralité et de l'insouciance, ce silence n'eût-il pas déjà été lui-même un scandale public? Des premiers pasteurs peuvent-ils se taire dans ces grandes crises où le peuple a un si pressant besoin d'entendre la voix de ses guides, de recevoir de leur bouche des conseils de paix et de sagesse? Oui, j'étais déjà profondément scandalisé de ne pas voir l'épiscopat français adresser à ses ouailles de fréquentes et fortes instructions pastorales sur les devoirs actuels des citoyens, sur la nécessité de la subordination, sur les avantages à venir de la liberté, sur l'horreur du crime que commettent tous ces esprits perturbateurs et malveillauts qui méditent des contre-révolutions à exécuter dans le sang de leurs concitoyens. J'étais scandalisé de ne pas voir des mandements civiques se répandre dans toutes les parties de ce royaume, porter jusqu'à ses extrémités les plus reculées, des maximes et des leçons conformes à l'esprit d'une révolution qui trouve sa sanction dans les principes et dans les plus familiers éléments du christianisme. J'étais enfin scandalisé et indigné de voir des pasteurs inférieurs affecter la même indifférence, écarter de leurs instructions publiques tout ce qui pourrait affermir le peuple dans l'amour de son nouveau régime, laisser plutôt transpirer des principes favorables à la résurrection de l'ancien despotisme, et se permettre souvent des réticences perfides. Je m'arrête pour éviter des inductions trop fâcheuses.
Prélats et pasteurs, je ne possède pas plus qu'un autre mortel le don de prophétie, mais j'ai quelque connaissance du caractère des hommes et de la marche
ASSEMBLÉE NATIONALE i73
des choses. Or savez-vous ce qui arrivera, si les âmes ecclésiastiques, persévérant à se fermer à Tesprit de la liberté, viennent enfin à faire désespérer de leur conversion à la constitution, et, par conséquent, de leur aptitude à être citoyen? L'indignation publique, montée à son comble, ne pourra plus souffrir que la conduite des hommes demeure confiée aux ennemis de leur prospérité; et ce qui serait peut-être encore aujourd'hui une motion violente ne tardera pas à acquérir le caractère d'une mesure raisonnable, sage, et commandée parla nécessité d'achever le salut de l'Etat. On proposera à l'Assemblée Nationale, comme l'unique moyen de nettoyer le sein de la nation de tout l'ancien levain qui voudrait se refiltrer dans ses organes, on proposera de décréter la vacance universelle des places ecclésiastiques conférées sous l'ancien régime, pour les soumettre toutes à l'élection des départements, pour mettre le peuple à portée de se donner des pasteurs dignes de sa confiance, et de pouvoir chérir dans les apôtres de la religion, les amis de sa délivrance et de sa liberté.
Et ce projet, messieurs, tout brusque qu'il pourrait paraître au premier coup d'œil, attirera d'autant plus l'attention des députés qui sont animés d'un véritable zèle pour répandre partout l'esprit de la constitution, que son exécution ne pourra jamais entraîner que le déplacement de ceux qui ont donné lieu à la défiance publique, qui sont bien décidément réputés fauteurs ou approbateurs des menées de l'aristocratie, et par conséquent incapables de faire aucun bien réel dans les places qu'ils occupent; car le peuple est juste, et son choix maintiendrait ceux de ses pasteurs qui auraient fait preuve de patriotisme, ou qui auraient rejeté le scandale de la résistance à la loi.
Le ciel et mon âme me sont témoins que personne ne souhaite plus sincèrement que moi de voir nos évêques et nos curés prévenir le recours de l'Assemblée à ce moyen pénible ; et je les conjure de réfléchir à la nécessité que leur caractère leur impose de coordonner
m mmm9 de mirabrau
TË^lisa ^ h coQ&ititutioo, et d'aider la pairie, eacore chanpelante sur i^es nouvelles bases, à s'étayer de. la force de la religion. M^is je dais ajouter, pour ne, rien laisser en arrière dc^s vraies dispositions dont je suis affecté, que si jamais je perds Tespoir de voir les wi-' nistres du christianisme sortir du coupable silence dont Us g'eftveloppent, au milieu des écarts dont quelques^ uns d'euiç déshonorent le sacerdoce, je serai aussi le plus ardent h solliciter rapplication du remède sévère dont je viens de parler ; et je suis fondé k penser que des suffrages imposants par leur poids et par leur nombre soutiendront victorieusement ma voix,
Bn attendant, niessieurs, le momenl où vous jugerea^ de votre sagesse d'examiner et de décider cette grande question? il me paraît nécessaire, qu'aprèsf avoir statué sur l'étonnante démarche des prélats députés à l'Assomblée Nationale, vous preniez en considération quelques articles relatifs à l'institution ecclésiastique, qui ont aussi une relation trop directe k nos principes constitutionnels) pour être étrangers à l^ sollicitude du Corps législatif.
i^ Vous avez attribué, messieurs, ^ tous les évèques 0t h tous les eurés du royaume le choix de leurs coopérateurs dans le ministère ecclésiastiquet Cette disposi-^ tioui qui n'entrainerait aucun danger, si tous les évoques et curés actuels étaient nationaux^ ç'estr4^dire de la création du peuple, ne me paraît bonne, en ce moment, qu'à procurer aux prélats et pasteurs aristo-crates une facilité pour renforcer leur inQuenqa a.uti^ qivique, Le moindre inOQiivénient qui puisse résulter de la liberté accordée aux ministres du culte de composer h leur gré leur' presbytère, c'est la possibilité, ou plutôt la certitude, qu'incessamment le petit nombre d'ecclésiastiques voués à la Révolution, qui sont employés dans les diocèses et dans les paroisses, fie trouvent sans fonctions et sans existence, et que les opinions et les coiistçiences n'aient plus pour guides que des prêtres f^ui^- %iqmn #t cQntre«révoluti(m»aireSt G'e<^t donc été une
mesure pluiB digne de votre sagesse, messieura, de régler la distribution des plaees de vicaires, d'après la néeeggité d'établir auprès des évêques et des curés une sorte de réaction contre leur t«ndanee incurable à ranie-» ner ie règne des anciens abus, raison très suffisante pour modifier un de vos précédents décrets d'un bon et salutaire amendement,
a« l,e ministère privé de la coîifesaion, qui peut être si utile au progrès de l'esprit civique et constitutionnel, par Ift force et la continuité de son influence sur les habitudes bumaines, et pQ.r son ascendant sur les opi-» niona et sur les mœurs publiques, peut aussi devenir un foyer d'anti^patriotisme d'autant plus dangereux, que seul, il peut se dérober à la surveillance de l'autorité, et que la loi ne saurait imposer aucune comptabilité h ceuîK qui i'eicercentr Le nombre des confesseurs est pro» digiau3(, et celui des pi^ètres vraiment citoyens e|t si p^tit, que leur %èle pour la révolution les a fait remar-^ quer dans toute la Fre-oce, et les met encore en buttd aujourd'hui 4 h b^ioe et au^ injures de leurs implacables confrère^* V^^n» cet état de notre sacerdoce actuel, il m'^st impoiiible, messieurs, de me taire sur la n^esr iité pressante de cbercber des précautions contre Iqs terribles et innombrables abus dont cette partiçi de Tadministration ecclésiastique couve maintenant les germes. Tant que vous n'aurez pas trouvé dans votre sagesse un moyen de faire agir ce ressort de la religion fielon une détermination concentrique au mou^ vam^t du patriotisme et de la liberté, je ne saurai» voir antre chose dans les tribunaux sacrés, qu'une loi wni doute irréfragable et divine a érigés dans l'enceinta de nos tomples, que le« trônes d'une puissance adverse et eaçhée, qui ne croira jamais remplir sa destinée, qu'autant qu'elle fera servir ses invisibles ressources à miner sourdement les fondements de la constitution» C'est encore là, un de ces grands maux qui exigent Tapplioation d'un prompt et puissant remède,
S"^ Ce lut mm d§ tout t^mps un grand m^l qm Q^Un
176 aSUVRES DE BflRABEAU
multitude étonnante de prêtres, qui a été toujours croissante jusqu'à nos jours, et dont un tiers aurait suffi aux besoins réels du ministère ecclésiastique. Cette disproportion, si contraire à l'esprit et à la discipline des premiers siècles du christianisme, et qui a été une source intarissable de scandale et d'injustice, ne peut, à la vérité, se prolonger bien avant dans le nouveau régime que vous avez établi, et où le sanctuaire n'offrira plus à ceux qui le serviront, que de grands travaux à soutenir et que de sobres jouissances à recueillir. Cependant, messieurs, cet équilibre ne s'effectuerait que par des gradations trop lentes ; et la génération sacerdotale actuelle, si prodigieusement grossie par la restitution que vous avez faite de leur liberté aux membres des instituts religieux, excéderait encore trop longtemps par son nombre celui des places à remplir dans l'Ëglise, si vousf n'attendiez le retranchement d'un inconvénient si fécond en conséquences si funestes que de l'influence tardive du gouvernement. Quelque rare que devienne désormais la vocation de l'état ecclésiastique, on^doit pourtant s'attendre que, si l'on n'apporte aucune interruption au cours des ordinations, il s'y présentera toujours assez de candidats pour entretenir durant des siècles, cette surabondance de ministres des autels, et perpétuer par là tous les maux qu'elle a causés à l'Eglise et à l'Etat.
Personne ne peut disconvenir que les plus beaux jours de la religion n'aient été ceux où les évèques n'ordonnaient ni prêtres ni diacres qu'autant précisément qu'il en fallait pour le service de leurs églises, c'est-àdire de leurs diocèses. Et certes la quantité n'en était pas nombreuse, puisque, du temps du pape saint Corneille, l'an 250 de l'ère chrétienne, l'Eglise romaine n'avait que quarante-six prêtres, quoiqu'elle fût composée d'un peuple innombrable.
Telles sont, messieurs, les considérations que, depuis quelque temps, j'ai eu vivement à cœur d'exposer à l'Assemblée, et dont l'objet me parait de nature à pro-
voquer toute la vigilance et toute la sollicitude des représentants de la nation.
En conséquence, j'ai Thonneur de vous proposer le projet de décret suivant :
€ L'Assemblée Nationale, considérant que Verposition des principes de la eonstitution civile du Clergé^ récemment publiée par les évêques députés à l'Assemblée Nationale, est directement contraire aux libertés de FËglise gallicane, et manifestement attentatoire à la puissance du corps constituant, dont les lois, sur cette matière, ne peuvent être empêchées par quelque tribunal ou puissance ecclésiastique que ce soit;
€ 1® Déclare déchu de son élection tout évêque convaincu d'avoir recours au Saint-Siège pour se faire investir de l'autorité épiscopale, entendant que chaque évêque élu s'eniiendra purement et simplement à des lettres de communion et d'unité, conformément à l'article 19 du titre II du décret du 12 juillet dernier.
« Déclare vacant le siège de tout évêque qui recourrait à la demande de nouvelles institutions canoniques, sur ce que la nouvelle démarcation des diocèses lui a^tri* huerait des ouailles qui n'étaient pas auparavant soumises à sa juridiction.
« Déclare pareillement vacant le siège de tout métropolitain ou évêque qui, sur une réquisition dans les formes prescrites par les, articles 16 et 35 du décret du 12 juillet, alléguerait d'autres motifs que ceux prévus par les articles 9 et 36 dudit décret, pour refuser la confirmation canonique aux évêqùes ou curés nouvellement élus.
« Décrète, au surplus, qu'à compter de la plîblication du présent décret, tout ecclésiastique qui aura fait ou souscrit des déclarations ou protestàtÎQns contre les décrets de l'Assemblée Nationale, acceptés et sanctionnés par le roi, sera non recevable à demander le traitement qui lui est attribué, jusqu'à ce qu'il ait rétracté lesdites déclarations ou protestations.
« 2<» Que tout ecclésiastique qui, soit dans des man-