SÉANCES DES 3 BT 4 DÉCEMBRE
Rœderer donne lecture du rapport du comité de Timpalition sur la proposition d'imposer les rentes dues par le Trésor public, qui conclut contre la motion de les imposer. Duport et Fréteau appuient cette conclusion.
Mirabeau. — On veut jeter de la défaveur sur la proposition de M. Duport, en disant qu'il est étrange qu'une aussi grande discussion soit écartée par la question pi'éa-
180 CEUVRES DE MIRABEAU
lable; eh bien! elle est repoussée par trois décrets invincibles comme la raison, nobles et loyaux comme cette Assemblée, comme la nation. On a prétendu que nous voulions égarer l'Assemblée par ces mots généraux, foi publique, respect pour les engagements, et on a mis en parallèle la nécessité; mais la nécessité est le cri de ralliement des brigands. Je ne puis m'empècher de témoigner que c'est un grand scandale pour la nation et pour l'Europe, qu'après trois décrets proclamés dans la situation la plus importante, dans les circonstances les plus critiques, on ose remettre en question une semblable motion dans un moment où tout est calme, où les finances présentent des symptômes de prospérité ; dans un moment où le crédit renaît, où l'argent baisse, où la plus simple industrie d'un ministre' des Finances peut décharger la nation des intérêts onéreux qu'elle paie ; c'est en ce moment qu'on propose de remettre en question un objet sur lequel votre justice a prononcé. Quand les efforts des ennemis de la liberté se multipliaient, quand la prévarication vous entourait, quand les ténèbres des finances s'épaississaient encore, vous avez porté le flambeau dans ces ténèbres, et l'obscurité s'est dissipée : et vous délibéreriez maintenant sur une telle proposition ! Je la livre à tout le mépris qu'elle mérite.
La discussion est continuée dans la séance du 4 décembre. Lavenue propose d'imposer proportionnellement les rentes sur l'Etat. Barnave combat ce projet de décret et demande que l'Assemblée c déclare qu'il n'y a pas lieu à délibérer sur la motion qui lui a été faite, tendant à établir une imposition particulière pour les rentes dues par l'Etat. » La discussion est close Gombert présente cet amendement c que les Français régnicoles soient tenus de faire, sur le rôle de leur contribution personnelle, la déclaration des rentes qui leur sont dues par l'Etat, pour qu'ils soient imposés en consé* quence. » Cet amendement est appuyé par la droite et quelques députés de la gauche.
Mirabeau. --* L'ameodemeat que Ton ^propose prouve
que ceux qui l'ont appuyé n'entendent pas le moins du monde le sens de la question, et qu'il est destructible des principes adoplés par l'Assemblée.
M. Desmeuniers invoque la question préalable sur cet amendement.
Mirabeau. — Il est impossible de voir dans la proposition qui vous est faite autre chose qu'une subtilité pour faire imposer les rentes d'une autre manière. Est-il donc besoin de vous rappeler ce que vous a dit le rapporteur : qu'une nation, souveraine lorsqu'elle impose, n'est que débitrice lorsqu'elle paie; et que la nation, souveraine quand elle inipose, est brigande et voleuse quand elle ne paie pas? Un amendement de cette nature ne peut être défendu en l'examinant à fond. S'il est soutenu, je déclare que c'est le fond de la question, et qu'il faut rouvrir la discussion. Si, au contraire, la discussion n'est pas ouverte, et que l'on veuille cesser cette scandaleuse délibération, je demande que l'on mette aux voix la question préalable.
L'Assemblée ne délibère pas sur l'amendement et adopte le projet de décret de Barnave.
SÉANGB DU 18 DÉCEMBRE
A la suite de la conspiration de Lyon, Voidel présente un projet de décret dans lequel un article ordonne t à tous les Français, fonctionnaires publics ou recevant des pensions ou traitements quelconques de TEtat, de rentrer dans le royaume dans le délai d'un mois, sous peine d'être suspendus de leurs pensions et traitements. »
Mirabeau. — L'article du projet de décret relatif aux fugitifs dit trop, exige trop dans un sens, dit trop peu, exige trop peu dans un autre sens.
U y a trois classes de citoyens réfugiés : les uns de
m OEUVRES Dfi MIRABBÀU
simples citoyens, qui peuvent vivre où ils veulent; leà autres des fonctionnaires publics : ceux-ci doivent être privés de leurs salaires ; enfin les membres dô la dynas-^ tie. Je ne vois pas qu'il soit de l'intérêt public de les rappeler en (îe moment en France. J'ai entendu dire que les membres de la famille royale ne doivent pas être distingués des autres citoyens. Je réponds qu'ils sont des privilégiés; la substitution à la couronne est une munificence de là nation qui les soumet â des charges auxquelles ne sont pas soumis les autres citoyens. Quand Tauguste chef de la nation a accepté notre constitution, il à lié toute sa famille : tous les membres de la dynastie doivent, à Son exemple, jurer la constitution, puisqu'ils sont appelés à la Couronne. Je propose d*ajouter au projet de décret de votre comité la disposition suivante :
« L'Assemblée Nationale déclare que les membres dé la famille royale, éventuellement appelés à succéder â la couronne, sont tenus de jurer la constitution décrétée par l'Assemblée Nationale, et déjà acceptée par le roi, et de prêter, en conséquence, le serment civique.
« Décrète que le roi sera prié de notifier la présente déclaration à MM. d'Artois, Gondé et Bourbon, afin qu'ils aient à Satisfaire à cette obligation dans Un mois. >
Charles de Lameth préfère au projet de Mirabeau qui semble détruire Tégalité de tous les citoyens celui du comité, et mieux la motion faite» par Barnave.
Mirabeau. — Je prends les mêmes conclusions^ mais je demande que l'article que j'ai proposé soit ajourné à un jour très prochain. Le principe étant faux, selon moi, que tous les prétendants à la substitution de la couronne ne soient pas en ce sens des privilégiés, car ils sont une propriété nationale, je ne crois pas qu'une telle lacune doive rester sans être remplie. Quant à ceux qui me rappellent que ma motion sur M. de Gondé fut rejetôe, je les invite à réfléchir et à considérer si cette motion décrétée alors ne nous aurait pas sauvé bien des inquié-
ASSEMBLEE NÂttONALB! 183
tudéSj et êi ce que Ton propose aujourd'hui est autre chose que les débris, sinon les développements de ce que j'ai énoncée
U proposition de Mirabeau est renvoyée au eôtnité de coastitution.
Dans la séance du 20, Mirabeau rend compté des mesures prises pour ramener la tranquillité à Aix ; dans celle du 22, il demande un congé d'un mois et un passe-port qui lui sont accordés.
SÉAIfCE DU !•' JANVIER 1791
Des résistances s'étaient élevées dans le Clergé sur la prestation du serment eiigé par le décret du 27 novembre 1790# des fonctionnaires ecclésiastiques» L'abbé Grégoire avait es-« sayé de calmer les scrupules de conscience des prêtres, en déclarant que l'Assemblée Nationale n'avait fait qu'une loi civile, ne touchant en rien les convictions religieuses et le domaine spirituel de l'Eglise.
Mirabeau. — 11 me semble que, pour avoir un assentiment général, la doctrine exposée par M. l'abbé Grégoire doit être exprimée avec plus de clarté et de simplicité. L'Assemblée n^a jamais pu penser qu'elle avait le droit d'obliger à faire serment de telle chose; elle a pu déclarer le refus d'un serment incompatible avec de telles fonctions* Nul ne remplira telles fono^ tions qu'il n'ait prêté tel serment, vous êtes maitree de le dire, pourvu que vous regardiez comme démissionnaire celui qui refuse de prêter ce serment. En effet, k l'instant même de ce refus, il n'est plus fonctionnaire public* Je ne serais pas monté à la tribune pour donner c^tte explication^ si ou ne lisait sur lei mu-^
railles des carrefours une affiche inconstitutionnelle, inique. On y déclare perturbateurs du repos public les ecclésiastiques qui ne prêteront pas le serment que vous avez décrété. L'Assemblée n'a jamais permis, elle n'a jamais pu permettre une telle affiche. Celui qui, après avoir prêté le serment d'obéir à la loi, n'obéirait point à la loi, serait criminel et perturbateur du repos public. Geli/i qui s'obstinerait à ne pas prêter le serment et à conserver l'exercice de ses fonctions, serait également criminel et perturbateur du repos public; mais celui qui se résigne, et qui dit : je ne peux prêter le serment, et je donne ma démission, n'est certainement pas coupable.
Applaudissements à gauche.
Mirabeau. — C'est donc par une étrange erreur que ces affiches ont été placardées. La force publique doit réparer cotte erreur. Avant de faire cette observation, à laquelle j'attache quelque importance, j'ai dit dans quel sens je concevais l'explication donnée par le bon citoyen, par l'ecclésiastique respectable qui a parlé avant moi. Dans ce sens j'y donne mon assentiment; dans tout autre, elle n'offrirait qu'une restriction mentale, et il serait aussi indigne de ce membre de la proposer, que de l'Assemblée de la tolérer.
Barnave propose l'exécution de la loi immédiatement, et demande que le président interpelle les ecclésiastiques membres de TAssemblée pour les inviter à prêter le serment, puis dé se retirer par-deversle roi, pour qu'il soit procédé à Télection aux évéchés et curés déclarés vacants de ceux qui s'y seraient refusés. Lucas propose une liste de trois colonnes, une pour les absents, la seconde pour ceux qui prêteront le serment, la dernière pour ceux qui le refuseront.
Mirabeau. — Soit que l'Assemblée adopte ce mode, soit qu'elle en adopte tout autre pour s'assurer de la prestation du serment» laquelle est actuellement néces^
saîre pour rester fonctionnaire public, je demande la question préalable sur Tamendement. Il est impossible de prévoir par un décret, qu'il y aura des refusants. Peut-on supposer après les explications simples, les invitations charitables que vous venez d'entendre, que des ecclésiastiques, que des ministres de paix semblent secouer sur leur patrie les torches de la discorde.
Lucas retire son amendement; la discussion est fermée et la première partie de la motion de Barnave adoptée. Le président demande aux ecclésiastiques membres de TAssembl^e de venir prêter le serment. Peu d'ecclésiastiques prêtent le serment, et d'autres motivent leur refus. Gazalès demande ' que l'Assemblée déclare formellement qu'elle n'a pas entendu toucher au spirituel.
Mirabeau. — L'erreur du préopinant peut se démontrer par la substitution d'un seul mot. Il veut que l'Assemblée déclare qu'elle n'a pas entendu toucher au spirituel, tandis que tout ce qu'on pourrait dire, c'est que l'Assemblée n'a pas touché au spirituel.
On applaudit à gauche.
MmABEAU. — Voilà tout ce que le président, aux ordres de l'Assemblée, a dit et pu dire, c'est que l'Assemblée n'a pas touché au spirituel.
A droite on crie : Elle y a touche'»
Mirabeau. — Il est bien évident que ce n'est pas une véritable issue pour sortir de la difficulté qu'on veut faire naître; car il n'y a plus de difflculté; car l'opération est consommée. Il est bien évident que ce n'est pas une véritable issue; car toute la difficulté, s'il pouvait y en avoir, serait que les dissidents appellent spirituel ce que l'Assemblée appelle temporel.
On dit à droite : contre sa conscience f
166 (fitîVRËâ DE HittÀ6S!AÛ
MtliAfiËAû. -*• Elle est fotidée sur cette obôêPVatlofi bieh palpable, que les démâi'catioiis diocésaiaeê isotit évidemment Un fait temporel. Il ne nouis reste iona qu'un parti à prendre* S'il est vrai qu'on u'alt pas une intention secrète de troubler la paix.<«
Mâury et Ga2&lèft dômaudent la parole.
MlftABËAU. — S'il est vrai que iioUs voulions tous concourir à la paix; s*il est vrai que cette résistance ue soit pas un moyen trop connu dans nos annales pour faire prévaloir l'autorité ultramontaine, on doit se con^ tenter de la déclaration mille fois faite, et non à faire, que l'Assemblée n'a pas attenté au spiHlueL
Murmures à droite*
MtRABËAtj. ^ Je supplie la partie de rAssèmbléé qui m'interrompt d'observer que je tie vise pàô à uu ëvèché. 11 est évident que l'heure fatale est arrivée que l'opération commencée est légale. Pour qu'elle soit complètement consommée, je demande qu'après une nouvelle interpellation on adopte la seconde motion de Barnave, afin que les mesures décrétées par l'Aâsembléé Nationale soient graduellement exécutées.
< L'Assemblée Nationale charge son président de se retirer devers le roi pour lui remettre les extraits deà procès-verbaux djBS séances de l'Assemblée Nationale, depuis le 26 décembre, et pour le prier de donner deê ordres poUr la prompte et entière exécution du décret du 27 novembre dernier» envers les membres de l'Assemblée Nationale, ecclésiastiques fonc-* tionnàires publics, qui n'ont pas prêté le serment prescrit par ledit décret, sauf à ceux qui seraient retenus hors de l'Assemblée Nationale par maladie ou absence légitime, à faire valoir leur excuse dans le délai de quinzaine, en faisant ou en envoyant leur serment. »
Le président interpelle pour la dernière fois les ecclésiastiques, en leur demandant de venir prêter senûdUt à la tri.
bune. Âuôuii ne s'y présente. La deuxième partie de la motion de Baroave est décrétée dand l'agitation de la droite.
SÉAXïGE DU 4 JANVIER
Des curés qui avaient refusé le serment s'étant absentes de TAssembilée, Charles de Lameth demanda s'ils y avaient été autorisés, et, dans la négative, à ce qu'ils fussent rappelés» L'abbé Maurv défendit les deux curés dénoncés, l*abbé Delaplace du bailliage de t^éroûiie et l'abbé Bondard, curé de la Couturé, et proposa la question préalable sur la motion de Charles de Lameth.
MlAAftEAtî* -- L'affaire de Péronne né me payait de-* voit feire utie question que pour ceux qui rêvent encore, appellent encore, invoquent encore les bailliages, et oublient qtie nous n'avons d'autres cottimettants que la nation.
Ât)t)laudisëements à gauche.
Ils Oublient que la volonté bien connue de la nation est d'être représentée, et que nous, ses organes, nous avons droit dé veiller & ce que sa représentation soit complète* Pour exercer cette surveillance, il est certain que nous sommes armés d'une juridiction coUeCtivei Ainsi de toutes parts les principes foudroient ces objections» Mais il est une motion d'ordre pour laquelle j'avais demandé la parole, et que je crois pressant de vous présenter* Des bruits appuyés par la dénonciation que vous a faite un des préopinants, des bruits que je ne rappellerai pas, dans la crainte de faire plus de bruit que de bien, m'ont suggéré une mesure instante que je vais vous proposer.
Dans cette conjoncture grave et pressante, où l'esprit inconstitutionnel de la majorité de nos prélats et d'un bon nombre de pasteurs inférieurs vient de nécessiter là vacance de tant de sièges et d'oflices ecclésiastiques^
je crois devoir appeler un instant l'attention derAssemblée sur quelques considérations et quelques mesures qui m'ont paru mériter d'être pesées dans sa justice et dans sa sagesse.
Premièrement, il n'est aucun citoyen sage qui ne regardât une longue interruption du ministère religieux comme l'assoupissement d'un ressort très nécessaire au zèle patriotique des peuples. Ce silence de la religion, il ne serait que trop facile aux ennemis de la constitution et de la liberté, de l'indiquer comme le signal du moment à saisir, pour tourner la force publique contre la révolution. Vous verriez bientôt le fanatisme s'agiter en tout sens pour présenter ce repos de notre institution évangélique, comme la mort du christianisme, comme la préparation du renversement des sanctuaires, comme l'odieux monument d'une constitution impie, qui achèverait bientôt de détruire ^l'Eglise et son sacerdoce.
Secondement, sans examiner plus en détail cette situation des choses sous son aspect politique, vous serez touchés de la nécessité urgente et indispensable d'assurer à un peuple, dont vous êtes les libérateurs et les pères, la puissance de sa foi, de son culte et de ses espérances* Il a un droit sacré et journalier à toutes les consolations et à tous les secours de la religion. Il serait trop douloureux pour vous d'apprendre qu'au milieu de vos cités, la portion chrétienne de ceux qui les habitent, cherche en vain autour d'elle son pontife, son guide, son pasteur ; et que, dans les campagnes, l'agriculteur agonisant est forcé de descendre au tombeau, privé de la douceur si chère à sa piété naïve, d'avoir vu la religion bénir son dernier soupir.
Troisièmement, nous ne pouvons nous dissimuler la grande difficulté qui s'oppose au prompt remplacement des évêques et des curés destitués de leurs offices par leur refus de prêter le serment relatif à la constitution civile du Clergé. Cette difficulté consiste en ce que vous avez réglé, article VII et IX du titre XI du décret du 24 août 1790, que pour être éligible à un évèché, il sera
nécessaire d'avoir rempli au moins pendant quinze ans les fonctions du ministère ecclésiastique dans le diocèse, etc., et que, pour être éligible à une cure, il faudra pareillement avoir, pendant u;i temps déterminé, exercé les fonctions du ministère dans l'arrondissement du district. Il est très clair que l'observation littérale de cette partie d'ailleurs purement réglementaire de votre décret, est impraticable au moment où nous sommes, et invinciblement incompatible avec le besoin instant d'empêcher que le cours du ministère ecclésiastique ne subisse une suspension d'où résulteraient des conséquences funestes à l'ordre public, et principalement celle d'acharner l'obstination et les résistances, par l'espoir que la difficulté des remplacements engagera l'Assemblée dans quelques mesures rétrogrades. Peut-être des départements entiers seraient-ils arrêtés durant des années, par l'impossibilité de faire tomber leur choix sur un ami bien fidèle de la Révolution, et de rencontrer un ecclésiastique doué d'un civisme incontestable. Il me semble que tout prêtre français doit en ce moment, au moins, être éligible pour toute la France. Cette universalité d'aptitude est même selon le sens et l'esprit d'une constitution qui a fondé l'unité indivisible de tous les citoyens sur les ruines de toutes les corporations, et de toutes les exclusions politiques et sociales. J'ai donc l'honneur de vous proposer de décréter ce qui suit :
€ 1* Que, relativement aux vacances des évêchés et cures qui pourront avoir lieu dans l'année 1791 , tout Français jprêtre, qui aura exercé le ministère pendant cinq années, sera éligible soit aux évêchés, soit aux cures, dans quelque département que ce soit.
€ 2" Que les évêques pourront, durant la même année, choisir leurs vicaires parmi tous les prêtres français qui auront exercé le ministère pendant cinq ans.
« 3^ Que les curés pourront, durant la même année, choisir pour vicaires tous prêtres français.
4^ Que le présent décret sera porté dans le jour à la sanction du roi. »
IQO OGlUVRBâ m MIRABBAU
te projet 4e décret cle Mirabeau fut adopté par TAsBemblée avec divers ameudeipents.
séAîîCï: du 13 JANVIER
L'ordre du jour est un rapport, par Le Chapelier, du comité de constitution sur la pétition des auteurs dramatiques. II était »uivi d'un projet de décret dont l'article d»r déclarait : t Tout citoyen pourra élever un théâtre public, et y faire représenter des pièces de tous les . genres, eu faisant, préalablement à rétablissement de sou théâtre, p^déclaratioii à la municipalité des lieu?. » yabbé Mftury demande que la liberté du théâtre goit limitée par une loi de police c pour empêcher d'outrager les mœurs, la religion et U gouvernement.»
Mirabeau. — Il m'a été difficile de deviner si le préopinant était monté à la tribune pour son plaisir qu pour le nôtre.
Applaudissements à gauche.
Mirabeau. — Il nous a très bien dit, et avec beaucoup d'esprit, que, comme ecclésiastique, il ne pouvait pas monter à la tribune, et on pouvait lui répondre qu'en efTet on n'y était jamais comme ecclésiastique.
On dit à droite i cela ne vaut rien.
Mirabeau. -^ J'entends très bien, cela ne vaut rien, Jo suis de votre avis, si vous pensez que j'ai voulu faire une épigramme; mais si j'ai voulu rappeler un principe qui condamne à rab«urdité quiconque voudrait arguer delà compétence ou de la non-compétence des ecclésiastiques dans cette Assemblée, j'ai dit une vérité incontestable. Je ne cherche point à répondre à aucune objection de M. l'abbé Maury, car sans doute il n'a pas eu la prétention d'en faire. Je lui témoignerai seulement ma recon-
ASSBMBI^âQ NATIONALE i9i
naissance pour Tavis sage qu'il a, bien voulu nous donner, afin da prévenir les écarts de rimagination des auteurs. Nous le jBupplion^ d*ètre aussi tranquille sur les Mélitus que nous le sommes sur les Soqrates. Quant à la seule chose qui aurait pu paraître une objection, celle de la licence qui pourrait résulter de permettre ô, tout citoyen d'élever un théâtre, il serait fort aisé d'encbe-lner toute espèce de liberté en exagérant toute espèce de danger. Car il n'est point d'acte d'où la licence ne puisse résulter. La force publique est destinée h la réprimer, et non h la prévenir aux dépens de la liberté. QuMd nous nous occuperons de Tinstruotion publique, dont le théâtre doit faire partie 5 quand nous nous occuperons d'une loi, non sur la liberté de la presse, mais sur les délita de la liberté de l* presse, — c'est ainsi qu'il faut s'expliquer pour être conséquent aux principes, — alors on verra que les pièces de théâtre peuvent être transformées en une morale très active et tl'ès rigoureuse. Quoi qu'il en soit, où il n'y a pas d'objection il ne faut pas de réponse. Je demande donc qu'on aille aux voii^ sur le projet du comité,
Lavie. -^ Il me semble que Tarticle de police n*est pas assez sûr. Lorsqu'il y aur^ du tumulte au spectacle, que pourra faire u^ officieT în^^iqipal? Il ^em sans moyens pour réprimer le tuwulte; car P» eera mgître de l'emp^cfiçr de sortir,
Mirabeau. — Une salle de jeux publies hérissée de baïonnettes est un spectacle qu'il faut repousser avec horreur.
Le projet du comité est adopté.
Dionis du Séjour, membre du comité ecclésiastique, an- Bonoe que Mirabeau est prêt à lire une adresse aux Français Bur la Qonstitution civile du Clergé que l'Assemblée avait de- I»m4é9 au comité*
192 CEUYRES DE MIRABEAU
Mirabeau. — Français,
Au moment où TAssemblée Nationale coordonne le sacerdoce à vos lois nouvelles, afin que, toutes les institutions de l'empire se prêtant un mutuel appui, votre liberté soit inébranlable, on s'efforce d'égarer la conscience des peuples. On dénonce de toutes parts la constitution civile du Clergé, décrétée par vos représentants, comme dénaturant l'organisation divine de l'Eglise chrétienne, et ne pouvant subsister avec les principes consacrés par l'antiquité ecclésiastique.
Ainsi nous n'aurions pu briser les chaînes de notre servitude sans secouer le joug de la foi?... Non : la liberté est loin de nous prescrire un si impraticable sacrifice. Regardez, 6 citoyens! regardez cette Eglise de France dont les fondements s'enlacent et se perdent dans ceux de l'empire lui-m^me ; voyez comme elle se régénère avec lui ; et comme la liberté qui vient du ciel, aussi bien que notre foi, semble montrer en ellelacompagne de son éternité et de sa divinité ! Voyez comme ces deux filles de la raison souveraine s'unissent pour développer et remplir toute la perfectibilité de votre sublime nature, et pour combler votre double besoin d'exister avec gloire, et d'exister toujours!
On nous reproche d'avoir refusé de décréter explicitement ^que la religion catholique, apostolique et romaine est la religion nationale;
D'avoir changé, sans l'intervention de l'autorité ecclésiastique, l'ancienne démarcation des diocèses, et troublé par cette mesure, ainsi qu'en plusieurs autres points de l'organisation civile du Clergé, la puisgsance épiscopale ;
Enfin, d'avoir aboli l'ancienne forme de nomination des pasteurs, et de la faire déterminer par l'élection des peuples.
A ces trois points se rapportent toutes les accusations d'irréligion et de persécution, dont on voudrait flétrir l'intégrité, la sagesse et l'orthodoxie de vos représentants. Ils vont répondre, moins pour se justifier que pour
prémunir les vrais amis de la religion contre les clameurs hypocrites des ennemis de la révolution.
Applaudissements à gauche.
Déclarer na^ionaie la religion chrétienne, eût été flétrir le caractère le plus intime et le plus essentiel du christianisme. En général, la religion n'est pas, elle ne peut être un rapport social ; elle est un rapport de Thomme privé avec l'Etre infini. Gomprendriez-vous ce que Ton voudrait vous dire, si Ton vous parlait d'une conscience nationale? Eh bien! la religion n'est pas plus nationale que la conscience : car un homme n'est pas véritablement religieux, parce qu'il est de la religion d'une nation ; et quand il n'y aurait qu'une religion dans l'univers, et que tous les hommes se seraient accordés pour la professer, il serait encore vrai que chacun d'eux n'aurait un sentiment sincère de la religion, qu'autant que chacun serait de la sienne; c'est-à-dire, qu'autant qu'il suivrait encore cette religion universelle, quand le genre humain viendrait à l'abjurer.
Applaudissements à gauche. ^
Ainsi, de quelque manière que l'on envisage une religion, la dire nationale, c'est lui attribuer une dénomination insignifiante ou ridicule.
Serait-ce comme juge de sa vérité, ou comme juge de son aptitude à former de bons citoyens, que le législateur rendrait une religion constitutionnelle ? Mais d'abord y a-t-il des vérités na/iona/es? En second lieu, peutil jamais être utile au bonheur public que la conscience des hommes soit enchaînée par la loi de l'Etat ? La loi ne nous unit les uns aux autres que dans les points où nous nous touchons. Or, les hommes ne se touchent que par la superficie de leur être ; par la pensée et la conscience, ils demeurent isolés, et l'association leur laisse, à cet égard, l'existence absolue de la nature.
Applaudissements à gauche.