II. i
Enfin, il ne peut y avoir de national dans un empire, que les institutions établies pour produire des effets politiques ; et la religion n'étant que la correspondance de la pensée et de la spiritualité de Thomme avec la pensée divine, avec l'esprit universel, il s'ensuit qu'elle ne peut prendre sous ce rapport aucune forme civile ou légale. Le christianisme principalement s'exclut, par son essence, de tout système de législation locale. Dieu n'a pas créé ce flambeau pour prêter des formes et des couleurs à l'organisation sociale des Français; mais il Ta posé au milieu de l'univers pour être le poinf de ralliement et le centre d'unité du genre humain. Que ne nous blàme-t-on aussi de n'avoir pas déclaré que le soleil est Va$tre de la Naiioriy et que nul autre ne sera reconnu devant la loi pour régler la succession des nuits et des jours?
Vifs applaudissements.
Ministres de l'Evangile f vous croyez que le christianisme est le profond et éternel système de Dieu; qu'il est la raison de l'existence d'un univers et d'un genre humain ; qu'il embrasse toutes les générations et tous les temps; qu'il est le lien d'une société éparse dans tous les empires du monde et qui se rassemblera des quatre vents ae la terre pour s'élever dans les splendeurs de l'inébranlable empire de l'éternité...
Rires à droite, applaudissements à gauche.
Et avec ces idées si vastes, si universelles, si supérieures à toutes les localités humaines, vous demandez que, par une loi constitutionnelle de notre régime naissant, ce christianisme, si fort de sa majesté et de son antiquité, soitdéclaré la religion des Français! Ah! c'est vous qui outragez la religion de nos pères! vous voulez que, semblable à ces religions mensongères, nées de l'ignorance des hommes, accrjéditées paries dominateurs
de la terre, et confondueg dans les institutions politiques, comme un moyen d'oppression, elle soit déclarée la religion de la loi et des Césars !
Sans doute, là où une croyance absurde a enfanté un régime tyrannique ; là où une constitution perverse dérive d'un culte insensé, il faut bien que la religion fasse partie essentielle de la constitution.
Mais le christianisme, faible et chancelant dans sa naissance, n'a point invoqué l'appui des lois, ni l'adop* tion des gouvernements. Ses ministres eussent refusé pour lui une existence légale, parce qu'il fallait que Dieu seul parût dans ce qui n'était que son ouvrage; et il nous manquerait aujourd'hui la preuve la plus éclatante de sa vérité, si tous ceux qui professèrent, avant nous, cette religion sainte, l'eussent trouvée dans la légis-» lation des empires.
étrange inconséquence! quels sont ces hommes qui nous demandaient avec une chaleur et une amertume si peu chrétiennes un décret qui rendit le christianisme comiiiutionnel ? Ce sont les mômes qui blâmaient la constitution nouvelle , qui la présentaient comme la subversion de toutes les lois de la justice et de la sagesse, qui la dénonçaient de. toutes parts comme l'arme de la perversité, de la force et de la vengeance : ce sont les mêmes qui nous disaient que cette constitution devait perdre l'Etat et déshonorer la nation française. hommes de mauvaise foi! pourquoi voulez-vous donc introduire une religion, que vous faites profession de chérir et d'adorer, dans une législation que vous vous faites gloire de décrier et de haïr ? Pourquoi voulez-vous unir ce qu'il y a de plus auguste et de plus saint dans l'univers, à ce que vous regardez comme le plus scandaleux monument de la malice humaine? « Quel rapport, vous disait saint Paul, peut-il s'établir entre la justice et l'iniquité? Et que pourrait-il y avoir de commun entre Christ etBélial? >
On applaudit.
196 CEVURES DE MIRABEAU
Non, Français! ce n'est ni la bonne foi ni la piété sincère qui suscitent au milieu de vos représentants toutes ces contestations religieuses ; ce sont les passions des hommes, qui s'efforcent de se cacher sous des voiles imposants, pour couvrir plus impunément leurs ténébreux desseins.
Remontez au berceau de la religion : c'est là que vous pourrez vous former l'idée de sa vraie nature, et déterminer le mode d'existence, sous lequel son divin fondateur a voulu qu'elle régnât dans l'univers. Jésus-Christ est le seul de tous les sages qui se sont appliqués à instruire les hommes et à les rendre bons et heureux, qui ne les ait envisagés sous aucun rapport politique, et qui n'ait, en aucune circonstance, mêlé à soa enseignement des principes relatifs à la législation des empires. Quelle que soit l'influence de l'Evangile sur la moralité humaine, jamais ni Jésus-Christ ni ses disciples ne firent entendre que 1 institution évangélique dût entrer dans les lois constitutionnelles des nations. Il n'ordonne nulle part à ceux qu'il a choisis pour publier sa doctrine, de la présenter aux législate'urs du monde, comme renfermant des vues nouvelles sur l'art de gouverner les peuples : « Allez, et instruisez les hommes, en disant : Voici que le royaume de Dieu approche ; et lorsque vous entrerez dans une ville ou dans un hameau, demandez qui sont ceux qui veulent vous écouter, et restez-y autant qu'il le faudra pour leur apprendre ce que vous devez leur enseigner ; mais si l'on refuse de vous écouter, sortez, et soyez en tout prudents comme les serpents, et simples comme les colombes. >
On applaudit.
L'Evangile est donc, par son institution, une économie toute spirituelle, offerte aux mortels, en tant qu'ils ont une destination ultérieure aux fins de l'association civile, et considérée hors de toutes leurs relations politiques : il est proposé à l'homme, comme sa seconde raison,
comme le supplément de sa conscience ; et non à la société comme un nouvel objet de mesures législatives. L'Evangile a demandé, en paraissant au monde, que les hommes le reçussent et que les gouvernements le souffrissent. C'est là le caractère extérieur qui le distingua, dès son origine, de toutes les religions qui avaient tyrannisé la terre ; et c'est aussi ce qui doit le distinguer, jusqu'à la fin des temps, de tous les cultes qui ne subsistent que par leur incorporation dans les lois des empires.
C'est donc une vérité établie sur la nature des choses, sur les lumières du bon sens et sur l'essence même de l'institution évangélique, que vos /représentants, 6 Français! ne devaient ni ne pouvaient décréterna^iona/e la religion catholique, apostolique et romaine.
Mçkfs, puisque le christianisme est une économie toute
^■spirituelle, hors de la puissance et de l'inspection des
hommes, pourquoi nous sommes-nous attribué le droit
de changer, sans Tintervention spirituelle, l'ancienne
démarcation des diocèses ?
Certes on devrait nous demander aussi pourquoi nous sommes chrétiens? Pourquoi nous avons assigné sur le trésor national, aux ministres de l'Evangile et aux dépenses du culte, la plus solide partie des revenus de l'Etat?
Murmures à droite.
D'après les éléments de la constitution chrétienne, son culte est l'objet de Vacceptaiion libre des hommes, et de la tolérance des gouvernements. 11 ne peut être réputé que souffert^ tant qu'il n'est reçu et observé que par un petit nombre de citoyens de l'empire ; mais dès qu'il est devenu le culte de la majorité de la nation, il perd sa dénomination de culte toléré : il est alors un culte reçu ; il est de fait la religion du public^ sans être de droit la religion nationale: car une religion n'est pas adoptée par la nation, en tant qu'elle est une puissance, mais en tant qu'elle est une collection d'hommes.
198 OBUVRES DE MIRABEAU
Dans'cet état du culte, son exercice n'ayant aucune correspondance avec Tordre civil, il en résuite plusieurs conséquences.
Premièrement, l'autorité ecclésiastique peut partager, entre les pasteurs, la conduite spirituelle des fidèles, suivant telles divisions ou démarcations que lui prescrira sa sagesse ; et le gouvernement, qui n'est lié par aucun point au régime religieux, n'a rien avoir ni à réformer dans des circonscriptions qui n'ont pas de visibilité politique.
Secondement, dans cette situation du culte, qui fut si longtemps la seule que l'ancien sacerdoce ait demandée aux puissances de la terre, la subsistance des ministres, la construction et l'entretien des temples, et toutes les dépenses du cérémonial religieux, sont une charge étrangère au fisc; car ce qui n'appartient pas à l'institution politique ne peut être du ressort de la dépense publique.
Troisièmement, mais du moment que Tinstitution chrétienne, adoptée par la majorité des citoyens de l'empire, a étéa//oMeeparla puissance nationale ; du moment que cette même puissance, prenant sur elle toutes les charges de l'état temporel de la religion, et pourvoyant à tous les besoins du culte et de ses ministres, a garanti, sur la foi de la nation et sur les fonds de son trésor, la perpétuité et l'immutabilité de l'acceptation qu'elle a faite du christianisme, dès lors cette religion a reçu dans l'Etat une existence civile et légale, qui est le plus grand honneur qu'une nation puisse rendre à la sainteté et à la majesté de l'Ëvangile ; et des lors aussi, c'est à celte puissance nationale, qui a donné à l'institution religieuse une existence civile, qu'appartient la faculté d'en déterminer l'organisation civile, et de lui assigner sa constitution extérieure et légale. Elle peut et elle doits^emparer de la religion, selon tout le caractère public qu'elle lui a imprimé, et par tous les points où elle l'a établie en correspondance avec l'institution sociale. Elle peut et elle doit s'attribuer l'ordonnance du culte dans tout
ce qu'elle lui a fait acquérir d'extérieur, dans toute l'ampleur physique qu'elle lui a fait contracter, danstèus les rapports où elle l'a mis avec la grande machine de l'Etat; enfin, dans tout ce qui n'est pas de sa constitution spirituelle, intime et primitive. C'est donc au gouvernement à régler les démarcations diocésaines, puisqu'elles sont le plus grand caractère public <le la religion, et la manifestfition de son existence légale. Le ministère sacerdotal est subordonné, dans la répartition des fonc« lions du culte, à la même autorité qui prescrit les limites de toutes les autres fonctions publiques, et qui détermine toutes les circonscriptions de l'empire.
Ëh! que l'on nous dise ce que signifle l'intervention de l'autorité spirituelle dans une distribution toute politique. Une nation qui, recevant dans son sein, et unissant à son régime la religion chrétienne, dispose tellement le système de toutes ses administrations, que partout où elle trouve des hommes à gouverner, là aussi elle prépose un premier pasteur à leur enseignement religieux : une telle nation s'attribue-t-elle un pouvoir sacerdotal? entreprend-elle quelque chose sur les consciences, sur les dogmes de la foi, sur ses sacrements, sur ses rapports et ses dépendances hiérarchiques?
Mais, nous dit-on, la juridiction spirituelle des évoques a changé avec l'ancienne division des diocèses, et il faut bien que le pontife de Rome intervienne poui accorder aux évèques des pouvoirs accommodés à la nouvelle constitution.
Que ceux d'entre noé pasteurs qui ont le cœur droit et l'esprit capable d'observation, s'élèvent au-dessus des idées et des traditions d'une théologie inventée pour défigurer la religion, et la subordonner aux vues ambitieuses de quelques hommes, et ils reconnaîtront que le fondateur du christianisme semble avoir constitué son sacerdoce d'après la prévoyance de sa destinée future, c'est-à-dire qu'il l'a fait tel qu'il pût se prêter àtoutes les formes civiles des Etats où l'institution chrétienne serait adoptée, et s'exercer dans toutes les directions et selon
toutes les circonscriptions qui lui seraient assignées par les lois des empires.
• Est-ce en donnant à chacun d'eux une portion de puissance, limitée par des bornés territoriales, que Jésus- Christ a institué les apôtres ? Non ; c'est .en conférant à chacun deux la plénitude de la puissance spirituelle, en sorte qu'un seul, possédant la juridiction de tous, est établi le pasteur du genre humain. « Allez, leur dit-il: répandez-vous dans l'univers; prêchez l'Evangile à toute créature... je vous envoie comme mon père m'a envoyé. »
Si donc, au moment de leur mission, les apôtres se fussent partagé l'enseignement de l'univers, et qu'ensuite les puissances fussent venues changer les circonscriptions qu'ils s'étaient volontairement assignées, aucun d*eux se serait-il inquiété que sa juridiction ne se trouvât point la même? Croit-on qu'ils eussent reproché à l'autorité publique de s'attribuer le droit de restreindre ou d'étendre l'autorité spirituelle? Pense-t-on surtout qu'ils eussent invoqué l'intervention de saint Pierre, pour se faire réintégrer, dans les fonctions de l'apostolat, par une mission nouvelle?
Et pourquoi auraient-ils recouru à ce premier chef de l'Eglise universelle? Sa primauté ne consistait pas dans la possession d'une plus grande puissance spirituelle, ni dans une juridiction plus éminente et plus étendue. U n'avait pas reçu de mission particulière; il n'avait pas été établi pasteur des hommes par une inauguration spéciale et séparée de celle des autres apôtres. Saint Pierre était pasteur en vertu des mêmes paroles qui donnèrent à tous ses collègues l'univers à instruire et le genre humain à sanctifier.
Murmures à droite.
Aussi voyons-nous saint Paul et les autres apôtres établir des évêques et des pfôtres, dans les différentes contrées où ils ont porté le flambeau de l'Evangile, et les instituer pasteurs des troupeaux qu'ils ont conquis au
christianisme dès son origine; et nous ne voyons nulle part qu'ils aient invoqué, pour remplir cet objet sacré, Pautorité de saint Pierre, ni que les nouveaux pasteurs aient attendu de lui Tinstitution canonique.
Quoi! les pontifes de notre culte ne reconnaissent plus, dans leur mission^ le même caractère dont les apôtres furent revêtus? S*il est vrai que le sacerdoce chrétien n'a été institué qu'une fois pour tous les siècles, la puissance apostolique ne subsiste-t-elle pas aujourd'hui dans ses évêques, comme successeurs des apôtres dans l'universalité de sa primitive institution? Chacun d'eux, au moment de sa consécration, n'est-il pas devenu ce que fut chaque apôtre au moment où il reçut la sienne aux pieds du pasteur éternel de l'Eglise? et n'est-il pas envoyé comme Jésus-Christ l'a été par son père? Enfin, n'a-t-il pas été investi d une aptitude applicable à tous les lieux, à tous les hommes, et toujours subsistante, sans nulle altération, au milieu de tous les changements, de tous les croisements et de toutes les variations que peuvent éprouver les démarcations des églises?
« Veillez votre conduite, dit saint Paul aux évêques qu'il avait établis en Asie; veillez votre conduite et celle du troupeau pour lequel le Saint-Esprit vous a consacrés évêques, en vous donnant le gouvernement de l'Eglise de Dieu que Jésus-Christ a fondée par son sang... » Pesez ces paroles, et demandez-vous si saint Paul croyait à la localité do la juridiction épiscopale.
Vifs applaudissements.
Les évêques sont donc essentiellement chargés du régime de l'Eglise universelle, comme l'étaient les apôtres; leur mission est actuelle, immédiate, et absolument indépendante de toute circonscription locale. L'onction de l'épiscopat suffit aussi à leur institution, et ils n'ont pas plus besoin de la sanction du pontife de Rome, que saint Paul n'eut besoin de celle de saint Pierre.
Vifs applaudissements.
âOâ ŒUVRES DE ttIRABEAU
Le pontife de Rome n'est, comme saint Pierre le fut lui-même, que le pasteur indiqué pour être le point de réunion de tous les pasteurs, l'interpeliateur des juges de la foi, le dépositaire de la croyance de toutes les Eglises, le conservateur de la communion universelle, le surveillant de tout le régime intérieur et spirituel de la religion.
Or, tous ces rapports n'établissent aucune distinction, ni aucune dépendance réellement hiérarchique entre lui et les évoques des autres Ëglises; et ceux-ci ne lui doivent, en montant sur leur siège, que l'attestation de leur union au centre de la foi universelle, et de leur volonté d'être pasteurs dans l'esprit et dans le sens de la croyance catholique, et de correspondre au Saint-Siège comme au principal trône de l'autorité que Jésus-Christ a donnée à son Eglise.
On ne connut jamais, dans l'antiquité ecclésiastique, d'autres formes pour l'installation des pontifes. « Je professe, écrivait autrefois un évêque au pape saint Damaze, que je suis uni de communion à Votre Sainteté, c'est-à-dire à la chaîne de saint Pierre. Je sais que l'Eglise a été bâtie sur cette pierre. Celui qui mange la p&que hors de cette maison est un profane. Qui n'amasse pas avec vous est un dissipateur. » Voilà la détermination précise du rapport que Jésus-Christ a établi entre saint Pierre et les autres apôtres, et la seule règle de la correspondance à maintenir entre Rome et toutes les églises de la catholicité ; et c'est aussi la seule dont l'Assemblée Nationale ait recommandé l'observation aux premiers pasteurs de TEglise de France.
C'est en recourant à cette source antique et incorruptible de la vraie science ecclésiastique, que les bons esprits se convaincront aussi que les évèques métropolitains reçoivent, par leur seule occupation du siège désigné pour métropole, tous les pouvoirs nécessaires pour exercer ledrs fonctions. Les bornes purement territoriales que des considérations d'ordre et de police ont forcé de prescrire à la puissance épiscopale, sont les
seules limites qu'on lui ait jamais reconnues dans l'empire français.
Les métropoles ne sont elles-mêmes que des établissements de police. L'épiscopat du métropolitain n'est pas différent de celui de ses évoques suffragauts. Sa supériorité sur eux, il ne la tient pas d'une mission particulière, mais seulement dé la suprématie de la ville où son siège est établi. Cette espèce d'hiérarchie sacerdotale était toute calquée sur la hiérarchie civile, et les empereurs désignaient à leur gré le siège de ces établissements.
Loin d'avoir rét/éci la puissance épiscopale, et d'avoir élevé le simple sacerdoce au niveau de l'épiscopat, dans les dispositions que nous avons statuées sur son régime, nous lui avons plutôt rendu cette immensité qu'il eut dans son origine, nous avons détruit toutes ces limites où un ancien et épais nuage de préjugés et d'erreurs en avait concentré l'exercice : à moins que ce n'eût été rompre la gradation hiérarchique qui distingue les premiers pasteurs et les pasteurs inférieurs, que de donner à l'évêque de chaque église un conseil, et de régler qu'il ne pourrait faire aucun acte d'autorité en ce qui concerne le gouvernement du diocèse^ qu'après en avoir délibéré avec le presbytère diocésain. Gomme si cette supériorité que le pontife possède de droit divin sur son clergé, l'affranchissait du devoir imposé de droit naturel à tous les hommes chargés d'un soin vaste et difQcile, d'invoquer le secours et de consulter les lumières de l'expérience, de la maturité et de la sagesse! comme si dans ce point, de môme que dans tous les autres, l'Assemblée Nationale n'avait pas rétabli l'usage des premiers siècles de l'Eglise! « Tout s'y faisait par conseil, dit Fleury, parce qu'on ne cherchait qu'à y faire régner la raison, la règle, la volonté de Dieu... En chaque église, l'évoque ne faisait rien d'imporlant sans le conseil des prêtres, des diacres et des principaux de son clergé; souvent même il consultait tout le peuple, quand il avait intérêt à l'affaire, comme aux ordinations. »
Mais la même puissance qui possède exclusivement la législation nationale, a-t-elle pu et dû faire disparaître l'ancienne forme de la nomination des pasteurs, et la soumettre à l'élection des peuples?
Oui certes, elle a eu ce droit, si l'attribution d'une fonction appartient essentiellement à ceux qui en sont et l'objet et la un; et le sacerdoce français doit aussi, à cet égard, l'exemple du respect et de l'obéissance.
C'est pour les hommes qu'il existe une religion et un sacerdoce, et non pour la divinité, qui n'en a pas besoin. € Tout pontife, dit saint Paul, choisi du milieu des hommes, est établi pour le service des hommes; il doit' être tel qu'il sache compatir à l'ignorance, se plier à la faiblesse et éclairer l'erreur. »
Et non seulement l'apôtre proclame ici le droit du peuple aux élections ecclésiastiques, comme dérivant de la nature des choses, mais il l'appuie par des considérations particulières d'ordre et de circonstances. Le service sacerdotal est un ministère d'humanité, de condescendance, de zèle et de charité. C'est pourquoi saint Paul recommande de ne le confier qu'à des hommes doués d'une âme vraiment paternelle et sensible, qu'à des hommes dès longtemps exercés aux bonnes actions, et connus publiquement par leurs inclinations pacifiques et leurs habitudes bienfaisantes. C'est pourquoi aussi il indique pour juges de leur aptitude aux fonctions de pontifes et de pasteurs du peuple, ceux qui ont été les spectateurs de leur conduite et les objets de leurs soins.
Cependant, parce que l'Assemblée Nationale de France, chargée de proclamer les droits sacrés du peuple, l'a rappelé aux élections ecclésiastiques, parce qu'elle a rétabli la forme antique de ces élections, et tiré de sa désuétude un procédé qui fût une source de gloire pour la religion aux beaux jours de sa nouveauté, voilà que des ministres de cette religion <îrient à l'usurpation, au scandale, à l'impiété, réprouvent, comme un attentat à la plus imprescriptible autorité du clergé, le droit d'élec-
tion restitué au peuple, et osent réclamer le concours prétendu nécessaire du pontife de Rome !
Lorsque autrefois un pape immoral )et un despote violent fabriquèrent, à Tinsu de TEglise et de Tempire, ce contrat profane et scandaleux, ce concordat qui n'était que la coalition de deux usurpateurs pour se partager les droits et Tor des Français, on vit la nation, le Clergé à sa tête, opposer à ce brigandage tout Téclat d'une résijstance unanime, redemander les élections, et revendiquer avec une énergique persévérance la pragmatique^ qui seule avait fait jusqu'alors le droit commun du royaume.
On applaudit.
Et c'est ce concordat irréligieux, cette convention simoniaque, qui, au temps où elle se fit, attira sur elle tous les anathèmes du sacerdoce français; c'est cette stipulation criminelle de l'ambition et de l'avarice, ce pacte ignominieux qui imprimait, depuis des siècles, aux plus saintes fonctions, la tache honteuse de la vénalité, qu'aujourd'hui nos prélats ont l'impudeur de réclamer au nom de la religion, à la face de l'univers, à c6té du berceau de la liberté, dans le sanctuaire même des lois régénératrices de l'empire et de l'autel !
Mais, dit-on, le choix des pasteurs, confié à la disposition du peuple, ne sera plus que le produit de la cabale.
Parmi les plus implacables détracteurs du rétablissement des élections, combien en est-il à qui nous pourrions faire cette terrible réponse ! « Est-ce à vous d'emprunter l'accent de la piété pour condamner une loi qui vous assigne des successeurs dignes de l'estime et de la vénération de ce peuple qui n'a cessé de conjurer le ciel d'accorder à ses enfants un pasteur qui les console et les édifie? Est-ce à vous d'invoquer la religion contre la stabilité d'une constitution qui doit en être le plus inébranlable appui, vous qui ne pourriez soutenir un
âOe ŒUVRES DE MIRABEAU
seul instant la vue de ce que vous êtes, si tout k coup l'austère vérité venait à manifester au grand jour les ténébreuses et lâches intrigues qui ont déterminé votre élévation à Tépiscopat; vous, qui êtes les créatures de la plus perverse administration ; vous, qui êtes le fruit de cette iniquité effrayante qui appelait aux premiers emplois du sacerdoce ceux qui croupissaient dans Toisiveté et rignorance, et qui fermait impitoyablement les portes du sanctuaire à la portion sage et laborieuse de l'ordre ecclésiastique? »
Agitation et murmures à droite.
Gérard. — Ce sont des vérités!
Gomment ces hommes, qui font ostentation d'un. si grand zèle pour assurer aux églises un choix de pasteurs dignes d'un nom si saint, comment ont-ils donc pu se taire si longtemps, lorsqu'ils voyaient le sort de la religion et le partage des augustes fonctions de l'apostolat abandonnés à la gestion d'un ministre esclave des intrigues qui environnaient le trône? Les occasions de s'élever contre un sacrilège trafic se présentaient au Glergé à des époques régulièrement renaissantes. Mais que faisait-il dans ces assemblées? Au lieu de chercher un remède à la déplorable destinée de la religion, et d'éclairer la sagesse d'un prince religieux et juste, sur l'impiété qui laissait le soin de pourvoir de pasteurs l'Eglise de France aux impitoyables oppresseurs du peuple, îl portait puérilement aux pieds du monarque un vain et lâche tribut d'adulation, et des contributions dont il imposait la charge à la classe pauvre, assidue et résidente des ouvriers évangéliques.
Applaudissements.
Eh! qui ne voit que demander une autre forme de nominations aux offices ecclésiastiques, eût été, dans nos prélats, condamner trop ouvertement leur création
aDti-canonique, et s'avouer, à la face de la nation, pour des intrus qu*il fallait destituer et remplacer?
Que si, n'osant réprouver d'une manière absolue le rétablissement de la forme élective pour les offices ecclésiastiques, les prélats répètent encore que le mode décrété par le corps constituant est contraire aux formée anciennes^ qui toujours accordèrent au sacerdoce les honneurs de la prépondérance, nous leur demanderons s'ils ont trouvé cette influence fondée sur une loi précise de la constitution évangélique, et si elle était un effet des règles sur lesquelles Jésus-Christ a organisé le régime de' la religion? Nous leur demanderons quelles furent les premières élections qui suivirent immédiate* ment la fondation du christianisme? La multitude des disciples choisit, sur l'invitation des apôtres, sept hommes pleins du Saint-Esprit et de sagesse, pour les aider dans les soins de l'apostolat; ces hommes reçurent des apôtres l'imposition des mains, et ils furent les premiers diacres.
Et de nos jours, quand et comment le Clergé intervenait-il donc dans le travail dé la distribution des places diocésaines et paroissiales? Il y avait des sièges pontiiicaux à remplir, et le roi les donnait; il y avait des titres de riches abbayes à conférer, h la cour les conférait ; une très grande partie des bénéfices-cures était à la disposition des patrons ou collateurs laïcs, et ces laïcs en disposaient; un non-catholique, un juif, par la simple acquisition de certaines seigneuries, devenaient les arbitres de la destinée de la religion et de Tétat moral d'un grand nombre de paroisses : ainsi les grands titres et les grandes places de l'Eglise se distribuaient sans la participation et même à Tinsu du Clergé, et ce qui lui restait de droit sur les nominations obscures et subalternes, ne servait qu'à rendre plus publique et plus sensible sa nullité en administration bénéficiale.
Sans doute il fut un âge de l'Eglise où le sacerdoce présidait les assemblées convoquées pour créer des pasteurs^ et où le peuple réglait, sur le suffrage du Clergé,
la détermination de son choix ; mais pourquoi nos prélats, au lieu de s'arrêter à des temps intermédiaires, où les formes primitives étaient déjà altérées, ne remontent-ils pas jusqu'à ces élections si contiguës au berceau de TEglise, où chaque ville et chaque hameau avait son pontife, et où le peuple seul proclamait et intronisait son pasteur? Car il faut bien remarquer que Tassociation du Clergé aux assemblées électfves date de la diminution des sièges épiscopaux, c'est-à-dire, qu'elle a sa cause dans la difficulté de rassembler la multitude de ceux qui appartenaient à une seule église.
A ces mêmes époques où le sacerdoce était l'âme des assemblées convoquées pour l'élection des ministres du sanctuaire, les évêques, pauvres et austères, portaient tout le fardeau du ministère religieux; les prêtres inférieurs n'étaient que leurs assistants; c'étaient les évèques seuls qui offraient le sacrifice public, qui prêchaient les fidèles, qui catéchissaient les enfants, qui portaient les aumônes de l'Eglise dans les réduits de l'infortune, qui visitaient les asiles publics de la vieillesse, de l'infirmité et de l'indigence ; qui parcouraient de leurs pieds meurtris et vénérables les vallées profondes et les montagnes escarpées, pour répandre les lumières et les consolations de la foi dans le sein des innocents habitants des champs et des bourgades. Voilà des faits précisément parallèles à celui de Tiniluence des évèques sur le choix des pasteurs. Or, voudrait-on transformer ces faits en autant de points du droit ecclésiastique, et prononcer que la conduite des prélats qui n'évangélisent pas leur troupeau, et qui voyagent dans des chars somptueux, est contraire à la constitution essentielle de l'Eglise?
Applaudissements.
Le mode d'élection adopté par l'Assemblée Nationale est donc le plus parfait, puisqu'il est le plus conforme au procédé des temps apostoliques, et que rien n'est si
évangélîque et si pur que ce qui dérive de la haute antiquité ecclésiastique.
La coupable résistance d'une multitude de prêtres aux lois de leur pays, l'opiniâtreté de leurs efforts pour faire revivre le double despotisme du sacerdoce et du trône, ont aliéné d'eux la confiance de leurs concitoyens, et ils n'ont pas, de nos jours, été appelés en grand /nombre dans les corps chargés désormais de proclamer le choix du peuple.
Mais le temps arrivera où une autre génération de pasteurs, s'attachant aux lois et à la liberté comme à la source de son existence et de sa vraie grandeur, regagnera cette haute considération qui donnait tant d'autorité au sacerdoce de la primitive Eglise, et rendait sa présence si chère à ces assemblées majestueuses où les mains d'un peuple innombrable portaient solen- ^ nellement la tiare sacrée sur la tète la plus humble et la plus sage.
Alors les défiances inquiètes et les soupçons fâcheux disparaîtront; la confiance, le respect et l'amour du pauvre ouvriront aux prêtres les portes de ces assemblées, comme aux plus respectables conservateurs de l'esprit public et de l'incorruptible patriotisme. On s'honorera de déférer à leur? suffrages ; car rien n'est en effet plus honorable pour une nation, que d'accorder une grande autorité à ceux que son choix n'a pu appeler aux grandes places de la religion sans leur reconnaître l'avantage des grands talent^ et le mérite des grandes vertus. Alors le sacerdoce et l'empire, la religion et la patrie, le sanctuaire des mystères sacrés, et le temple de la liberté et des lois, au lieu de se croiser et de se heurter au gré des intérêts qui divisent les hommes, ne composeront plus qu'un seul système de bonheur public; et la France apprendra aux nations que l'Evangile et la liberté sont les bases inséparables de la vraie législation, et le fondement éternel de l'état le plus parfait du genre bumaiin.
Voilà l'époque glorieuse et salutaire qu'a voulu pré-
m mrfum m mn^mi
p^ffljr ^AssambM^ N^M/^nale, que bètpropjt, 4^ pppc^Ft avec les lois nouvelles, les lum^i^r^s et )^â vertfis di} s^^erdope, m^.is que ppprpaient ^n^s\ r^c^J^r ses préjugés, ^e^ Dj^isspns, ses résistia-Rces.
p^çteyps et Jisqpjes de V^y^ng\lQ qui c^lQiïxmei les pFinjGip.es 4^§ législ^teuFs çJô YO^yQ pg-trie, sjavezry.Q^s ce q^^ yous faites? Voijs console? l'jinpjét.é des insurmon- 4w^s oJ)sJ.^l^8 qi)e la Iqi ^vait oppQsé^ 9-pf prQg??ès ^e son désolant système, et c'est de vous-mêmes çme J'en- D.eflai du dogo^e ^vangéliq^e ^ttepd aujpijrd'b>ii Tsibolitj.Qi^ 41$ U)^^ civile et rBxtin|C|,iop de tout septifiie]:^t rcligia^^. figu^ejK-vous que les parf;is^os fie TirréligioD, Ci9.jculan<; las gr^-dat^pi^s par où le î^}^^ zè|e 4^ J* f<>i *^ conduit jt sa pe^tp, prononcent dans Ip^rs c^rc|les p6 dJSf?p^rs :
« j!^os ^eprjésentapjts av^j^Q|; reporté sur ses b^ses a):^tiqîieç r^dipce dfi (?bris|;ianis?»e, et nos mesures pouf* le renverser étaient à jamais déconcertées ; majs cje (jui dey^[t dpuner à h religion une ^\ grj^pid^ ^^ si imperturbable existence, devient maintenant le gage de p.oive tripDgtpbe, Qt le sigi?a} 4o 1^ ch^te àïi s^cerdpce et de ses Jiômples. Voye? pes préjats et ces prêtres qui souffletât d9.n9 toutes les contrées d^ rpy^iame (Je Tesprit i sjoulèveujiepj; et de fureur ; voye^ ces protestations perfides oii l'on menace de l'enfer ceuy qu^ feçp^vent Ijj liber);é; voyez cette affectation de prêter aux f^généra^ tiÇ^f s 4^ l'empire Jp caractère atrpce des anciens persé^ cutei^rs des chrétiens ; voye?: ce sacerdoce ^ïédi^nt saji cesse des moypns pour s'emparer dp 1^ force pjibliquQ po^r la déployer contfp peux qui l'ont dépouilji 4e se anciennes usurpations, pour regionter sur le pfbne spp prgaeil, poi^ faJre refluer d^ns s«s palais Uïi or q^ ep é^i^ l.e scandale et ^^ bo^te.
^ifrmuf ef à ifoike.
« Voyez avec quelle ardeur il égare les consçiencojj
ASgBMRjLlIf NATIONALE âll
t^legj et cpiflfjae il s'att^pjie ^ faire croire m peuple que la révof^tlQft et la religion ne peuvent çabsjster ensemble. « Pr, le pepple finipa p^r le croire en effet; et, balancé (JaftS r^-l^groa/iive d'êj^re chrême» ou li>)re, il prendra I^ partj qi^i portera le mpjfts à squ besoin de respirer de ses ^npj/sps ïpaljji^ur^. ^ abjurera §pn pbristianisme, il maudira ^e§ pasteurs, il pe ypudra plus connaître ni adorer que }e dieu cré§,|;^^^ de fi* natnreet de la liberté. Et ^Iprs )iou|; çp q}i\ Juj retracera le souvenir du dieu d^ rEvaï^gile f^j sera odieijx; il ne vpudra plus sacrifier que çi^r }'§.|atei de la patrie; il pp verra s^s ancien» tefnpies qi|e cpfpme d.e$ monuments qui ne sauraient plus spryir qu'.4 attester coj^\^ien il fut longtemps le joj^^t 4/3 rifnpost^r.e et la victin^^ du ipensopgja.
On murmure d^ns plusjieurs parties de la çalle.
« Il ne pourra donc plus souffrir que le prix de sa sueur et dé son sang soît appliqué aux dépenses d'un culte qu'il rejette, et q^'urje portion immense de la pes- ^ source publique soit attribuée à un sacerdoce conspirateur. Et voilà comment cette religion, qui a résjsté à ■ toutes les controverses humaines, était destinée ^ 'J''" s'anéantir dans le tombeau que lui creuseraient se^s 5 1- propres ministres. »
^^^ Ah ! tremblons que cette supputation de l'incrédujité
'^^ ' ne soit fondée sur les plus alarmantes vraisemblances !
1 ' Ne croirait-on pas qi;e tous ceux qui se font une étude
il; de décrier, comme attentatoire aux droits do la religion,
le procédé que vos Représentants ont suivi dans Torgar
nisation du ministère ecclésiastique j ne croirait-on pas
qu^ils ont le même but que l'impie, qu'ils prévoient le
même dénouement, et qp'ils sont résolus à la perte du
christianisme, pourvu qu'ils soient vengés et qu'ils
aient épuisé tous les poyens de recouvrer leifr pijiissance
et de vous replonger dans la servitude?
\^-i^ct\ Applaudissements à gauche. L'abbé Maury quitte la salle^ ^^ i^r suivi par d.es ecclésiastiques.
or H'
C'est-à-dire que la seule différence qui distingue ici la doctrine irréligieuse de l'aristocratie ecclésiastique, c'est que la première ne souhaite la ruine de la religion que pour rendre plus sûr le triomphe de la constitution et de la liberté, et que la seconde ne tend à la destruction de la foi que dans l'espoir de lui voir entraîner dans sa chute la liberté et la constitution de l'empire. L'une n'aspire à voir la foi s'éteindre parmi nous qu'en croyant qu'elle est un obstacle & la parfaite délivrance des hommes ; l'autre expose la foi aux plus grands dangers, dans le dessein de vous ravir ce que vous avez reconquis de vos droits, et de jouir encore une fois de votre abaissement et de votre misère. Enfin l'un ne hait de la religion que ce qui parait y consacrer des principes favorables aux tyrans; et l'autre la livre involontairement à tous les hasards d'un choc qu'elle attend de la tyrannie et la renaissance de tous les désordres. Ainsi l'esprit d'humanité qui se mêle aux entreprises de l'incrédulité contre l'Evangile, en adoucit et en fait en quelque sorte pardonner la témérité et l'injustice. Mais comment pourrait être excusé notre sacerdoce du mal qu'il fait à la religion, pour renfoncer les hommes dans le malheur, et recouvrer une puissance dont la privation soulève toutes ses passions et contrarie toutes ses habitudes?
vous qui êtes de bonne foi avec le ciel et votre conscience! pasteurs, qui n'avez balancé jusqu'à ce jour à sceller de votre serment la nouvelle constitution civile du Clergé que par l'appréhension sincère de vous rendre complices d'une usurpation, rappelez-vous ces temps anciens où la foi chrétienne, réduite à concentrer toute sa majesté et tous ses trésors dans le silence et les ténèbres des cavernes, tressaillait d'une joie si pure, lorsqu'on venait aqnoncer à ses pontifes austères et vénérables le repos du glaive de la persécution, lorsqu'on leur apprenait la fin d'un règne cruel et l'avènement d'un prince plus humain et plus sage, lorsqu'ils pouvaient sortir, avec moins de frayeur, des cavités pro-
fondes où ils avaient érigé leurs autels, pour aller consoler et affermir* la piété de leurs humbles disciples, et laisser jaillir de dessous terre quelques étincelles du flambeau divin dont ils gardaient le précieux dépôt. Or, supposons que l'un de ces hommes vénérables, sortant tout à coup de ces catacombes antiques où sa cendre est confondue avec celle de tant de martyrs, vienne aujourd'hui contempler au milieu de nous la gloire dont la religion s'y voit environnée, et qu'il découvre d'un coup d'œil tous ces temples, ces tours qui portent si haut dans les airs les éclatants attributs du christianisme, cette croix de l'Evangile qui s'élance du sommet
de tous les .départements de ce grand empire quel
spectacle pour les regards de celui qui, en descendant au tombeau, n'avait jamais vu la religion que dans les antres des forêts et des déserts! quel ravissement! quels transports ! Je crois l'entendre s'écrier, comme autrefois cet étranger à la vue du camp du peuple de Dieu : Israël! que vos tentes sont belles! ô Jacob! quel ordre,
QUELLE MA^JESTÉ DANS VOS PAVUXONS !
Calmez donc, ah ! calmez vos craintes, ministres du Dieu de paix et de vérité! rougissez de vos exagérations incendiaires, et ne voyez plus notre ouvrage au travers de vos passions. Nous ne vous demandons pas de jurer contre la loi de votre cœur.
Mais nous vous demandons au nom du Dieu saint qui doit nous juger tous, de ne pas confondre des opinions humaines et des traditions scolastiques avec les règles, inviolables et sacrées de l'Evangile. S'il est contraire à la morale d'agir contre sa conscience, il ne l'est pas moins de se faire une conscience d'après des principes faux et arbitraires. L'obligation de faire sa conscience est antérieure à l'obligation de suivre sa conscience. Les plus grands malheurs publics ont été causés par des hommes qui ont cru obéir & Dieu et sauver leur âme.
Et vous, adorateurs de la religion et de la patrie, Français, peuple ûdèle et généreux, mais fier et recour-
âi4 t^utftES iSt MiMMAii
naissant! voalez-tous juger lès gràtids dbangettlëùts ijui viennent de régénérer ce tst^të empii'e ? dohiènipleÉ le contrasté de vdlre était pdssé et de Totre situaliôti à venir. Qil'était la France il y a ped de nidîs ? Les sages J invoquaiétit la liberté^ et lat liberté était sourde à la toi* des sages. Lés chrétiens éclairés jr demaddàlidilt où S'était réfugiée TauguStè religion dé lèui*^ pères^ et W vraie religidn de rEvaiigilé hé s'y trbiivaît pstfe.
Noiis étions tiné natioti sans patrie, ufi pédjilé Sans goùvérnemeiit, et nné Eglise saùs èaràctèré et sâris régime.
Caitos. -^ dH né peut ^às entetijfë belif oÛ 'À ihil ÏSl iek âbomihations <|u'oil ne {)eot écouter de 6aD^-fr6id ; je décaàndè rajournement et le renvoi an comité... Il laat leyer là séance.
tumulte. Les merajjres de la droite se répandent dans la èâlle, marchant vers la tribune et le bureau. Parmi lek cris, personne ne peut obtenir là parole.
Regnault demande le i-eitvoi an comité eccléiiâStiqdè, éé 3ît : — .11 est possible qu'on ait fait des changements depuià la dernière lecture au comité.
Cela est faui^ je n'ai fait aucun ehaùgemént: Le renvoi àù comité est appuyé.
Ce il'ôsl pas seulenlèiit là réVisîbfl du'U fadt ôf dbHtièf , faiàis Id. refacture de l'àdi-essè contré lâctlielle oîi ^'ëléve. Je dois articuler un tait, é*est qùë, depUife k sëcdHdë et IsL dernière lecture qiie le comité éécléëidëtifiuë à eiitehddè, je ii'di {)as chatlgé à iilon adressé dn seul mot, ûrié sedlé vif-^ule. Pour ma jdstifldàtloh {fersoùlielle, je détnàiidé que l'ëtât actuel dé cette adressé sbit fcdnsiâlté. il faut qu'on la céribâiSsé, et (Jd'oii he pUlssè Soupçonner un seul changement ; elle ne contient pas une expression, {)as une ligne (Jue je ïie rë|Jonde sUr ina tête et Siir mod hoiihëùrs
Mirabeau fait signer son discours par les secrétaires. En voici la fin qu'il ne put pas prononcer dans le bruit.
11 n'y avait de régulier et de stable parmi nous que la déflâgfàtWh de tôuâ les f ifce^j qiiéi le scalnddle dé foutes les injustîdës, que le tilépris ptlblid dii Ciel et deè hdttlrties, que l'ëxtiùctiôn totale dès deMièts prifcicipés de là rè'ligioù et de la morale. Quel pays que celui 6ù tout se trouve à la disposition absolue de quelques iiômmeë sans frein,* sans honneur et sans lumières^ et devani qui Dieu et le genre humain sont comptés pour Hen! et quelle révolution que celle qui fait sucdédet* tout à coup à ce désordre un spectacle où tout se place et s'ordonne selon Tancien vœu de la nature j et où Tort ne voit plus disëoôner que la fureur iihpuissaiite de qiiel-^ ques âmes iticapablës de s'élever à la hauteur d'Un sentiment public, et faites pour restei* dans la bassesse de leurs passions personnelles.
Préfaçais ! vous êtes les cdhquérailts de votre liberté ) voiïs l'avez reproduite aii sein dé ce vaste empire par les grands mouvemehts de votre courage ; soyez-en mainte-^ hant les conservateurs par votref modération et Votrâ sagesse. Répandez autour de vous l'esprit de patience et dé raison ; versez les consolations de la fratërhité dans le sein de ceux de vos concitoyens â qui la Révolution a imposé de douloureux sacriDces^ et n'oubliez jamais que si la régénération des empitefe ne peut à*etêcuter que par l'explosion de la force du peuple, elle hë peut non plus se maintenir que dans le recueillement des vertus de la paix. Songez que le repos et le ^ileiice d'une nation victorieuse de tant d'efforts et de complots dirigés contre son bonheur et sa liberté, sont encore la plus redoutable des résistances de la tyrannie qui voudrait tenter de relever ses remparts, et que rien ne déconcerte effîcacemefat les desseins des pervers que la tranquillité des grands cœurs.
Le renvoi au comité est adopté.
L'ordre du jpur comprenait un rapport du comité ecclésiastique sur les moyens de parvenir à un prompt remplacement des ecclésiastiques fonctionnaires publics qui n'avaient pas prêté le serment. Ghasset, le rapporteur, proposait pour les évéques et les curés qui devaient remplacer les absents ou ceux qui n'avaient pas juré» des élections rapides. Cazalès demande qu'on ne précipite pas l'exécution du décret du 27 novembre, et que tout ce qui concerne le spirituel soit réservé à l'Eglise.
Mirabeau. — - Je n'ai pas demandé la parole pour lutter, soit<le chaleur, soit de déclamation, soit d'éloquence, je parle dans tous les systèmes, pour lutter, dis-je, avec le préopinant; car quelque talent qu'il ait montré dans ses nombreux épisodes, ils sont inutiles, soit à la chose publique, soit à la tranquillité au nom de laquelle il a parlé. On n'a pas espéré sans doute qu'en montrant un seul aspect de la question, on vous ferait revenir sur un décret. Assurément ce n'est pas sous un seul aspect qu'il faut envisager la situation du royaume. Il serait aisé de prouver que Tafifreux tableau qu'on a pris plaisir à tracer serait plutôt réalisé par une mesure rétrograde; car enfin M. Cazalès n'ignore pas que ses opinions ont aussi rarement la majorité dans la nation que dans l'Assemblée.
Applaudissements à gauche.
DuvAL d'Eprémesnil. — Assemblez vos vrais commettants par bailliages, vous en jugerez.
J'ai entendu de la bouche d'un préopinant...
DuvAL d'Eprêmesnil. — Je vais le rejeter. Rassemblez vos vrais commettants par bailliages, et iaites-les juger entre MM, Cazalès et Mirabeau.
ASSEMBLÉE NATIONALE 2i7
Je vous demande pardon de vous avoir induit en erreur ; car je ne pensais pas à vous.
Applaudissements.
Vous avez tous entendu une phrase que je vais répéter, non pour en tirer des inductions défavorables, des conséquences désobligeantes, mais pour en faire le préambule du petit nombre d'observations que je dois vous communiquer. Un membre a dit tout à Theure : « Laissez rendre ce décret, nous en avons besoin. » Ce mot est profond; peut-être aussi est-il indiscret; peut-être aussi l'indiscrétion est-elle dans le zèle qui des deux parts nous presse et préside à nos débats. Les uns nous présentent des pronostics très sinistres, et peut-être prennent-ils leurs vœux pour leurs espérances...
Applaudissements nombreux à gauche.
Gàzalès. — Je demande que M. de Mirabeau ne juge pas de nos vœux; nos vœux sont très purs. -^ Rires à gauche. - Nos vœux sont très purs — JRires et murmures — je le répète, et pas un de ceux qui m'interrompent ne me prouvera le contraire. Certainement c^est la tranquillité publique que je désire.
Mirabeau. — Je réponds à M. Cazalès qu'il n'y a rien dans ma phrase qui lui soit personnel, et que, s'il était question ici de caution individuelle et respective, je cautionnerais sa loyauté. J'ai dit que dans ceux qui tirent des pronostics sinistres, il y avait erreur à notre avis, imprudence ou maladresse au leur ; car ils nous ont donné de trop bruyants, de trop fréquents avertissements, pour qu'ils aient quelque chose à se reprocher dans les malheurs qui nous menacent. Eh bien ! qu'ils attendent leur sort aussi patiemment que nous attendons le nôtre. D'un autre côté, quand l'Assemblée souffre qu'on lui propose des mesures toujours confirmatives à des premières, il semble qu'elle ne fend pas assez hommage à la fermeté, à la sagesse de la nation, et qu'elle oublie
léè iémaigriàgès dé confiance Qu'elle fè(?cilt côn§{âmriient de toutes les parties de l'eoiplrè'. Qd'alvdii^-ncrds bêsôifi de prendre de nouvelles mesures pour l'exécution des décrets, quand le mode de leur exéctitîdn est débtêiél L'Assemblée doit penser que les électeurs seuls ont qiielt(ùe chose â fatirè. ÈxaiÉlitidili^ Je prcfjèt de déèret : il fcodtient dés mesilreiS neuves; àdoptëàî-lëâ : des iùestirës f éilouveléëâ ; fejetei-les, elles sfe'f aient pèti déôeiites. il tious offre trois mesures ndu^^lles que je croîs hécessfilirës. La prerttièi-e transporter àM fônc^ iiontiàil*eS ècclésiàstiqiiès du royaume lé dëlëi acëordé â cent (jùi sont âBsënts : cette? dispositioil eût sëge, elle est dotice; catr il est dotii de li^àitër dès fdiidtioiinàires publids réfractstirës à la loi comiïië s'ils èiàîëni dbsëilts. Là feecoride toesùrë est relative à l'électioii dés ëVècfues avant celle des cUré^ : rieii n'est plas hatdl*él. La trdiëiëtiie a pour objet le mode d'institution canonique. Je demande qu'on mette aux vaîx des trois atrlîclës ; lëè àUtrëg n'ajouteraient rien à des mesures dans lesquelles nous avons une pleine confiaiicei Toute hésitation serait impolitîqûë et ittconvenàfitë..; Si pëi^sdnne tië s'dppose à «la prôposiliôn, je demande (jîi'ôn lîhissë une sésLiicë qiii, par des dénats tumultueux, des déclamations éloquentes, ou non éloquentes, aura fort peu avancé la chose publique.
Le projet du comité est adopté.
SÉANCE bd 28 JANVlÈk
Ordre du jour : rapport des comités diplomatique, miliiitaire et des recherchés siir les moyens de pourvoir à la éûreté tant extérieure qti'ihtérieure dti royaume. Déûi H^ porteurs avaient été désignés : Aleiandre de LaLmëttl et Éïnbeau;
MïftABÈAû. -— Le comité diplomatique^ réuni aux coini^ téfe militaire et des recherches, m'a chargé deûier vdtrë
attention sur hii objet îftipdtikûi par ses rapports arec là tMtltltiillité géilérëlë, sW ces brûils de guerre, cèè alai^nies pùblilitïèS que la défîàrtcë accileilïè, et que le ièlé mèthe i'épàfad; suf Ifes dangers, qiièls qu'ils soîétii, qu'il s'agit d'apprédier par leiir réalité, non pàt lèS vœux impuissants des ehnëniis de lat psttrie ; enflh sii!» les îllèsurès qîil sont Coteipàtiblès tout* à Isl fois àtec noti-e digtiitë et ëvec ncrtrd intérêt, niesdrës doiit là prétoyarice Sedlë ttous fait un devoir, et qiii peuvetit cdflciliëi' ce (jtt'on doit à là crédrilitéj à l'ign^jfràiice même, et à la prudence.
Pour Ùti peuple îtiifhensé, encore a^ité des tnoùvëïtiènts d'uiie ^i-èltlde tévolutidri ; pour de nouveaux citoyeriJ3j que le prefnier éveil dil patriotisme unit &iit ttièrfiës pensées dans toutes les parties de l'empire, qui^ liés pàf les inêMës serhîetits, sentiriëllës les uns des ailtrès, se eQitithurii(JUëht rapidement tdutës leurs ëspéraacës et tddtës leurs ci-aintes, la seule existence des • alàrttlës est un péril; et lorsque de sitelples niëstires de précaution Sôht ëapables de lëS faire fcessër, l'îtiertie des représentâiits d'un peuple valeureux seHit ùti crime.
S'il ne s'agissait que de rassurer les Français, nous leur diridris : Ayez plus de coilfiàncë dans vôus-inêriies et dans l'intërêt de iios voisihs. Sur quelle contrée pdi*tëiit tos alartnë^ ? Là cour de Turin ne Saci'iflèrà point iiîië utile alliàtice à des bailles ou doiUëstiqùes od étrangères; elle tle séparera point sa politique de sa pdsition, et les projets d'titlë iiitHgùe échoueroht cdritre sa Sagesse;
La Suisse, libre, la Suisse, fidèle aux traités et presque française, ne fournira ni des ai^ihes ni des soldats au despotisme qu'elle ë, terrassé ; elle aùfàit hotnte de protégët des conspirateurs, de soutenir des rebelle!^.'
Léëpôld a été législateur, et ses lois trouvèrent aussi des detràctetirs et des ennemis. S'il a des àrîiiéës dônibrëusëS, il à de vastes frontières. S'il aimait là guerre^ qiioiqii'il ait cdmrtlëncé Sotl règne pair là pttixj fcë n'est p«s dttfcdte du Midi (lue ëë politique lUl pei'toetéMit de
tourner ses armes. Voudrait-il apprendre à des provinces encore flottantes entre Fessai d'une liberté qu'on leur a gâtée, et la prudence d'une soumission qui ne durera qu'autant qu'elle sera supportable, comment résistent à des conquérants ceux qui, dans leurs propres foyers, ont su abattre la tyrannie?
Craignez-vous quelques princes d'Allemagne qui feignent de penser que le gouvernement d'une nation souveraine aurait dû s'arrêter, dans l'exécution de ses lois, devant des portions privilégiées de son territoire? Hais serviraient-ils mieux leur intérêt par des combats que par une utile négociation, et voudraient-ils compromettre l'indemnité quevotre justice leur accorde?Que, dans des siècles barbares, la féodalité ait armé des châteaux contre d'autres châteaux, cela se conçoit ; mais que des nations fassent la guerre pour maintenir la servitude de quelques hameaux, ceux-là mêmes qui font de pareilles menaces ne le pensent point. Croyez plutôt que si les progrès de notre révolution donnent de l'inquiétude & nos voisins, cette crainte est un gage qu'ils ne viendront pas nous troubler par des provocations périlleuses.
Sont-ce quelques Français réfugiés, quelques soldats secrètement enrôlés, qui vous inspirent des craintes ? Mais la haine de pareils ennemis ne s'est-elle donc pas exhalée jusqu'aujourd'hui en impuissantes menaces? Où sont leurs alliés? Quelle grande nation épousera leur vengeance, leur fournira des armes et des subsides, leur prodiguera le fruit de ses impôts et le sang de ses citoyens?
Sera-ce- l'Angleterre?
Relativement aux autres puissances de l'Europe, il suffit de pénétrer dans les intentions probables des cabinets ; mais quand il s'agit de la Grande-Bretagne, il faut encore écouter la voix de la nation. Qu'avonsnous à espérer ou à redouter du ministère anglais? Jeter dès & présent les grandes bases d'une éternelle fraternité entre sa nation et la nôtre serait un acte profond
d'une politique vertueuse et rare ; attendre les événements, se mettre en mesure pour jouer un rôle, et peutêtre agiter l'Europe pour n'être pas oisif, serait le métier d'un intrigant qui fatigue la renommée un jour parce qu'il n'a pas le crédit de vivre sous une administration bienfaisante. Eh bien ! le ministère anglais, placé entre ces deux carrières, entrera-t-il dans celle qui produira du bien sans éclat, ou dans celle qui aura de l'éclat ou des catastrophes? Je l'ignore, messieurs; mais je sais bien qu'il ne. serait pas de la prudence d'une nation de compter sur des exceptions et des vertus politiques. Je ne vous inviterai point à cet égard à une trop grande sécurité; mais je ne tairai pas, dans un moment où l'on calomnie parmi nous la nation anglaise d'après cette publication d'un membre des communes que tout admirateur des grands talents a été affligé de compter parmi les détracteurs superstitieux de la raison humaine, je netairai^pasceque j'ai recueilli dans des sources authentiques, que la nation anglaise s'est réjouie quand nous avons proclamé la grande charte de l'humanité, retrouvée dans les décombres de la Bastille ; je ne tairai pas que si quelques-uns de nos décrets ont heurté les préjugés épiscopaux ou politiques des Anglais, ils ont applaudi à notre liberté même, parce qu'ils sentent bien que tous les peuples libres forment entre eux une société d'assurance contre les tyrans ; je ne tairai pas que, du sein de cette nation si respectable chez elle, sortirait une voix terrible contre des ministres qui oseraient diriger contre nous une croisade féroce pour attenter à notre constitution ; oui, du sein de cette terre classique de la liberté sortirait un volcan pour engloutir la faction coupable qui aurait voulu essayer sur nous l'art funeste d'asservir les peuples et de leur rendre les fers qu'ils ont brisés. Les ministres ne mépriseront pas cette opinion publique, dont on fait moins de bruit en Angleterre, mais qui est aussi forte et plus constante que parmi nous. Ce n'est donc pas une guerre ouverte que je crains; les embarras de
leurs paapcjBS, l'habileté d/e Ibu^& joaifiistf^s, li^ gépérpsité de la njaj-ion, f.es l^fppf^pfïes éclaipés qu'elle possède ep gr^nd nçpfbre rpe r^-ssurent coi^trp des entreprises difeptes; mais 4^s manœuvres sour4ps> des moyens seprets ppur exqter la désqiniof^, ppur balj^t^cpr le§f partis, pp^r le^ déjouer l'un par f'.w^rp? po}^r s'opposer à notre prpspéjTité, ypil^ pe qu'on poi^prait redouter de quelque§ ppljtiques malveiîlapts. Ils pourraipnt espéfer, en fayoris^r^t la jdiscordp, en prpJonge^nt nos comf)ats pplitjques, en laissant de l'espoir aux mécontents, ep pppmettaplt à un de nos ex-miuistres en clémence de les f)at|:e|r (Jp qpelqu.es encouragements yagjies, en lâcfi9.pt CQpJif e npus pp /écrite^u véhément et facjfp à dés^vpuer parpe qu'il affiche Jp parti de l'opposition, de nous voir peu à peu |;opQiber dans ijp dégopt égal du despotisme et de la liberté, 4^sespérpr dp i>Qus-mèmes, ppus consup[)er Ipptenaent, nous éteindre daps un mar^spae politique; et alors, p'q.yant plus d'inquiétude sur ('influence dp pot^e libefité, ils p'aurajent pôipt à craipdre cette extfém^té yr^imjent fâcheuse pppf dps paipistres, d'être tranqpjjifps dans l'Europe, de cultiver chez euy leurs pr.oprps ifloypp^ de bonheifr, p)t de renoncer 4 ces tracasseries supprimes, à pes gr.^p,ds coups d'ptat qui pn inapp^ent parce qu'il en est pôp-4ô j^g^s, pouf sp livrer sipjplement ap soin 4? gopverper, d'administrer, de rendre le pepple heureux, spip qpi leur dépfait, parce qp'pne n.atiop entière l'apprécie, et qu'il ne l^Jsse plus dé place à Ja chari^taner|e. jBl\e pourrait être la pplit^que insidieuse du c^b^net $ans la participation et naêpie à i'insu 4p ppuple ,anglais ; mai$ cette poUM^*^^ est si basse, (ju'gp ne pppt l'imputer qp'^ un enuppaj de rhuip,an()i,é; ci éjtrpjte, qu'plfp np peut popyenir qu'à des hommes très vulgaires ; pt ^i conpue, qpe de pos jours elle est peu redoutable.
français, étendez donc vos regards ^u delà de vos frontières ; vous n'y trouverez que des ypisins qui onji besoin de la pa^x CQp:j]tpe ppps, et non d't^nnemjs, yous y trouyprp^ ^Qs boninies qije, ppur à^& gppfjres injpgtes.
oif pe mèp.er^ pjus i^ussi f^cil6|?jent aj^:^ combats j de^ citoyens qjûj, mojns libres qfjepous, regarde»^ ep secret les siipcièe 4© PQt)re révojution çoipi^e jijiie espérance qi;^i leur est cpm?R^fte. De Jà, parcoprez Tiéjteudiie (Je ce), lepapire, et si vous avez la défiance du zèle, ayez aijgsi fa ^esp^p)i 4e yos propres fprp^s. Qn ypug dit que yous n'ayez plus ^'^fm^e, Jprsque toi^s yp§ cjjtpyap^ §Wjt sojdaj;3^ que ypjus pVe? P>us 4*0^3 pt au ji)oJn4rp pér|l J^s forJ;ui).es p^-f ticiiji/^res forme.raiej|l Ja fprti^ijp puj^jique ; qu'une g^^Pf|e pei;); trpuf^ler yotre cppstiti^tioh, cppipe si Jes tentes d'ijp camp pe deviepdr^le»); pas aussitôji pp asile pomr )eg législateurs de c.e peuple, qui fit ses premières Ip^s d^ps }p Cftaipp-de-l^ars. Eh! que} tyfan ipseps^ s'exppsef-^it ^ cpnqpérif ce qp'il n,e pourrait pas copservejrf Lorsqpe la pîajprité d'ppe pation veut resjtef* lib^^, est-il pp ep^plpi 4e h ^Qfoe capable d'ppipêcjjer qu'elle ne le soit?
Di^ f^qjfXG est I3. soprce 4e cette anxiété qpi^ se propq.geapjt dang tout le rpyauipe, y a provoqué nop seulepi/^pt répprgie ^t la fliBr);é du patriotjispiie, mais encpfe spw imp^/iieppe? ]Le zèle p>-t-il ppipt exagéré nos périfs? c^ il est une ambition de servir son pays capabfp de tromper Jes intentiops dp meijleur pijioyen, 4e fui fg-ire réaliser des pccaçiops d'être plus ppissant pppr ^iye ep mêp^ l^pmps pli^s utfje, de lui fyiy^ pxagéfer ses craipteSj pg-rce quff croft être prppre^fes calpjer; epfip, de le pppter à donper la première f p^pujsiop vers pp f?pt auquel ij est entraîné p.ajr ^op jt^fent, qpi p^-f cel* senif Ipi faitpubfier s^ prpdencp.
P^ut-ç^rp g.pssi, fajtjgpés 4p fepf ipippissg.pc|B.à trppblep le Foyap.m,Q, feç enpepïis 4p h B^Jévpfptiop ppt-ils pris fpurs vœux pppr faur3 espérances ; feprs espérances ppup 4e5 réalités, lèpres pfen^es ppu^ upe att^qpe ; et, sp pppsolg.pjt à rêver des vengeances, opf.-ils fpspirié des fpqufétpd.es au peuple, pfu« capablp 4e jpger Ippr 3^pdacp qpe leprs moyeps.
Pent-êtp^ pncore 4es factieux^ jp;fquels if piaaque quelqji^» PfW^ÇPs çfinr ^;jf:^pp/.,er f pps fes l^eau? nppjs 4e
liberté des projets qui nous sont cachés, ont-ils espéré de les trouver dans une grande agitation populaire, et ce combat de Tintrigue et de l'ambition contrôle patriotisme généreux et crédule, est sans doute aussi une guerre.
Enfin, ne doit-on pas regarder comme une des causes des alarmes populaires cette défiance exagérée qui depuis longtemps agite tous les esprits, qui retarde le moment de la paix, aigrit les maux et devient une source d'anarchie quand elle cesse d'être utile à la liberté? Nous craignons des ennemis au dehors, et nous oublions celui qui ravage l'intérieur du royaume. Presque partout les fonctionnaires publics choisis par le peuple sont à leur poste ; ses droits sont donc exercés ; il lui reste à remplir ses devoirs. Qu'en surveillant ses mandataires il les honore de sa confiance, et que la force turbulente de la multitude cède à la puissance plus calme de la loi; alors, jusqu'au signal du danger donné par le fonctionnaire public, le citoyen dira : L'on veille pour moi ;c^v ce n'est point la véritable liberté qui a de vaines terreurs ; elle se respecte assez pour ne rien trouver de redoutable.
Cependant, messieurs, si les craintes publiques ont été exagérées, elles n'ont pas été pour cela sans prétexte. Il est trop vrai qu'il y a eu des préparatifs d'une entrée de quelques conspirateurs armés par les frontières de la Savoie ; que quelques hommes ont été enrôlés dans la Suisse par les mécontents français ; qu'on a tenté d'introduire furtivement des armes dans le royaume; qu'on a cherché, qu'pn cherche encore à faire entrer quelques princes d'Allemagne dans une querelle étrangère, et à les tromper sur leurs véritables intérêts ; enfin que les réfugiés français ont des agents dans plusieurs cours du Nord pour y décrier notre constitution, que ses bienfaits vengent assez de leurs outrages.
Toutes ces circonstances réunies, comparées avec la force d'un grand peuple, ne mériteraient peut-être pas notre attention ; mais nous devons aussi compter pour quelque chose l'incertitude même de la prudence, la
marche tortueuse d'aune fausse politique, et l'obscurité qui couvre toujours une partie de l'avenir; enfin, la sagesse ne nous prescrit-elle pas de rassurer ceux-là mêmes qui s'alarment sans raison?
C'est après avoir pesé toutes ces considérations, messieurs, que vos comités vous proposent d'organiser, pour l'état de guerre, les gardes nationales et l'armée auxiliaire; votre comité militaire vous en indiquera les moyens ; de déterminer les pensions de retraite de tous les agents du pouvoir exécutif da^is les cours étrangères., en cas de remplacement ; enfin, de porter au pied de guerre la portion de votre armée qui sera distribuée dans les points du royaume pour lesquels on a conçu quelques craintes.
Tout le monde reconnaît depuis longtemps, et le ministre des Affaires étrangères a rappelé plus d'une fois au comité diplomatique la nécessité d'employer désormais, pour nos relations extérieures, des hommes qui ne compromettent pas la puissance française par des doutes sur nos succès, qui ne soient pas en quelque sorte étrangers au nouveau langage dont ils doivent être les organes, et qui, soit qu'ils ne connaissent pas la régénération de leur patrie, soit que les anciens préjugés combattent leur devoir, soit qu'une longue habitude de servir le despotisme ne leur permette pas de s'élever à la hauteur d'un système de liberté, ne seraient plus que les agents du ministre ouïes confidents de l'aristocratie, et non les représentants d'un peuple magnanime.
Mais il faut ici, il faut toujours concilier l'intérêt et la justice, la prudence el l'humanité. Un long exercice de fonctions publiques, dans une carrière où l'on compromet souvent sa fortune, donne des droits à une retraite, et votre dignité ne vous permet pas de refuser les récompenses, quand même vous ne les devriez pas à^des services.
Quant au développement d'une partie de votre puis* sance militaire, vous le devez à l'opinion qui l'invoque* C'est pour éviter qu'au moindre péril la nation entière,
çleyens^ql; toi^t h cppp ^ne arpfîée, n'a]L),a\^donnçi le trs^yail, qui seul constitue ^ne ^s^^ipn, qu'il fa^ut développer H^e
f])or.t^Qli de \^ force pul)lique, et rî^ssurer \^ citoyen ps^r a prévoyance de la loi. Ne crç^ignez ^(\\^\ (Ji;^ nos vpjsips regq.rxleflt u^ rassepnible,i^iept 4p trompes nv ppmme .yiaQ n^epaçe ni comble n^ évènemeifl^ capstbl^ de ^e^r inspire? de. ^ défiance. Notre po.liticji|e eist rra^^che, et pous nousen fa^isons gloirq; i^ais tant que la coi^c^pi^e ^^s at^tres gouyerçieipents spra enviropnéq de ftuagéç, qui poi^rra npus blâmer de prendre dps pr^ca^itious çî^pables de maintenir la paix? Non, ^^e gueripp injuste pe peut pas être le crime d'u^i peuple qui, ^e preiflieir, a grav^. de^^s le code de ses jois sa reiponpia^^op ây toute conquête. Une attaque n'est pointa craindre de ja part de ceux qui désireraient plutt^^ d'effacer ips limites de tpi^s les empires pour np forcer du genre h^^flain qq'uiie seule famille ; qui voudraient élever u,\\ autel h la ps^iî 8\i^X ip monceau de tous les instrumpnts de dest^*ucifion qqi ppuvrent et aouillent rEurope, e\ pp garper q\ie contre les tyyai^s des «^rmes consacrées par |a^o,blp conqii^tp de la liberté.
VQ^rp petite diplomatique, de Tavia ^e^ cqçpités ^•éunî^j a VJionneu? de vous proposer :
« t'Âsseinblép Na^tionale décrètp :
f Ai\T. I. Qi^e les comités çleis penaiofls p^ diplo^tiq^p ^éupis seront cha^rgés 4p f^irp, dana ^rpjs jq^r^, un ifâ^pport spr les pensions de retr^i^p qv^'i^ convient d'accorder aux agents dv! pouvoir exéputi^ dans les pays é.^rangprs, ^p ca^s de repaplaçpmpflt ;
ri. Qi:jP le roi sera pxié de donner des q^dres pour poifter a^ cpppplet c|^ sept peut cinquante l^ômmes par bata^iliop trpnte régiments d'infanterie ; et f^ncQçaplçt ^e cept soiyaqte-flix hommes par esca^dçQi^, yipgt r^giiçjpnts de troupes à cheval, dont feuit ^e ^V{^\te pscçidrons et douze de trois escacirons, pour les dites troupes être ^épa^^ties dans les départements du Çî^s-Rh^fl et du Haqt-l\Vi°> des Ardennes, ç|u Nord, dp la Hautp-Saône, c^^ Doi^l^s, dç J^^a, î|^ Var, de HsèfP, J^p? P^fltp?>it Bassftç-^lp.p^ ;
% III. Que le mjnistrp 4^ ^ Gqj^rr^ présentera inpe§$awmeut l'état 4e U dépeqçe extraordinaire qij'exjg^rqflt cette augmentation de troupes, ^vep le traip 4'arti|lerip, Faitirail de campements proportionné, et tous lès autres préparatifs nécessaires à un système de pure défense. »
SEANCE DU 29 JANVipR
Mirabeau répond à Rœdereir sur le plan du Comité co^p^r' nant la culture et la vente du tabac.
Mirabeau présidait TAssembl^e If atipnale dep\iis le 30jfti)v^^r U répondit 4 une députatiqn d'arjistes lyriquQS qui den^fi^}dait rautprisatip.n de souo^ettre £^^ comité dp cpAstitutiph des règlements sepablables àceux qv^e lui avaient présentés les peintres.
Mirabeau. — Tous les beaux-arts sont une propriété publique; tous ont des rapports avec les mœurs des citoyens, avec cette éducation générale qui change les peuplades d'hommes en corps de nation. La musique a longtemps conduit les armées à la victoire; des camps elle a passé dans les temples, des temples dans les^ palais des rois, de ces palais sur nos théâtres, de nos théâtres dans nos fêtes civiques, et peut-être eHe donna tout leur empire aux premières lois des sociétés naissantes. Cet art, fondé sur la régularité des mouvements, si sensible dans toutes les parties de l'univers, mais principalement dans les êtres animés, chez lesquels tout s'exécute avec rythme, et dont le penchant à la mélodie se manifeste dans tous leurs goûts; cet art n*est qu'une imitation de l'harmonie de la nature, et lorsqu'il peint les passions, il a pour modèle le cœur humain, que le législateur doit étudier encore sous ce point de vue ; car là sans doute s^ trouvent
les motifs de toutes les institutions sociales. L'Assemblée prendra votre demande en considération : elle vous permet d'assister à sa séance.
Une députation de la municipalité de Paris est introduite à la barre. L'abbé Mulot, son orateur, avait réclamé que Paris fût traité au point de vue des droits d'entrée et des impositions comme les autres villes du royaume, et exposant le mauvais état de ses finances causé par les événements de la Révolution, avait demandé un acompte de six millions.
Mirabeau. — Il est des pertes immenses que la ville de Paris a regardées comme des bienfaits ; elle avait un privilège, celui de participer à des professions qui Tenricbissaient en la corrompant, et elle tient à honneur de n'avoir désormais d'autres richesses que celles de son industrie. L'égalité qu'elle réclame dans les impôts n'est donc qu'une preuve de plus de son patriotisme; elle ne veut pas payer davanta^, parce qu'elle a renoncé à tous les abus qui lui en avaient fourni les moyens. Ne soyez point effrayés du poids de vos peines ; c'est une avance faite à la liberté : vous avez semé sur une terre féconde; elle vous restituera tous les trésors que vous lui avez confiés. Une seule source de prospérité manque encore à cette capitale; c'est l'union de ses Citoyens, c'est la tranquillité publique, que de fausses alarmes cherchent sans cesse à y troubler, et qu'une foule d'intrigants voudraient compromettre, pour en être ensuite les modérateurs ; ce sont surtout les bonnes mœurs, sans lesquelles les meilleures lois ne seraient qu'un frein impuissant. Il est un despotisme du vice ; celui-là seraitil le seul que la ville de Paris n'aurait pas pu renverser? Des jeux scandaleusement multipliés infectent partout cette capitale.
Applaudissements.
^mmm
On a dénoncé d'autres assemblées non moins dangereuses; celles-là ne présentent-elles pas un abus? celles-là seules présentent-elles des obstacles pour la liberté, lorsqu'on ^sait que la corruption des mœurs fut toujours le premier instrument de la tyrannie?
Une députation des Quinze-Vingts succède à la barre à celle de la municipalité de Paris. Loiseau, son orateur» dénonce les méfaits du cardinal de Rohan qui ont troublé leur administration et réclame l'observation de leurs anciens statuts.
Mirabeau. — Ceux qui représentent une nation représentent surtout les malheurs qu'elle a dans son sein, et vous avez ici toutes les âmes sensibles pour organes. Cette cruelle infortune qui prive un individu de toutes les consolations de la vie, et qui cependant n'est point la mort, devrait trouver partout des asiles. Il est des maux que des secours peuvent alléger ; mais ceux de la nécessité exigent un rigoureux partage entre le malheur et la bienfaisance. La perte de la lumière est déjà le lotie plus amer de la vie humaine; un aveugle sans guide devrait être un spectacle inconnu parmi les nations policées.
Mais vous ne vous êtes pas bornés à représenter la nécessité de l'hôpital des Quinze-Vingts; vous êtes accusateurs : à cet égard, l'Assemblée Nationale ne vous doit que de l'attention et de la justice.
Vous pouvez assistera sa séance. Entendez la loi; et si le spectacle de sa création vous est ravi, dites du moins aux infortunés qui vous ont députés, que leurs plaintes ont pénétré jusqu'à nous.
La pétition des Quinze-Vingts est renvoyée au comité des rapports.
Mirabeau répond à une députation de la Société des inventions et découvertes qui avait été ensuite introduite à la barre.
m (ÈuVtiËS t>Ë MtilÀBHÂtJ
MltiAbEAtf . — Le^ dëcouvéi^leè de TindustHe el des arts étâiënl une ptbpriëté àVant que rÀssefaiblële Natiôiiâle Feût déclaré; tnàis le despotisme àvali tout enchâîfaé, jùôqti'â là pensée. Il est des inyeniibhs que, sàils dotite, Famour dé Vhufaianitë publiera, Sans en faite ûilë èodrce d'intérêt particulier; mais ce sacrifice swaC du moins volontaire, et la .i^ëcontlsLissàtibë ptlbHt|ufe devietidhi jJour leurs auteurs une véritable propriété. Une société, consacrée à favoriser les découvertes, acquitte uiie dette de la société entière ; Tart de créer le génie n'est peut-être que Tart de le seconder; et la Société des inventions est déjà une invention d'autant plus utile qu'elle deviendra la source de beaucoup d'autres. L'Assemblée Nationale applaudit à vos vues, et vous invite à assister à là séance.
SÉANCE Dtj lO FÉVftiEk
Uhé détJUtatiôîi de quakers est introduite à la barre. Elle demandé que les quakers puissent jouir en France de la liberté civile et religieuse qu'ils ont en Amérique et en Angleterre.
Mirabeau. — Les quakers qui ont fui les persécuteurs et les tyrans né pouvaient que s'adresser avec confiance aux législateurs qui, les premiers, ont réduit en loi les droits de l'homme; et la France régénérée, la France au sein de ia paix, dont elle recommandera toujours l'inviolable respect, et qu'elle désire à toutes les autres nations, peut devenir aussi une heureuse Pensylvanie. Comme système philanthropique, vos principes obtiennent notre admiration, ils nous rappellent que le premier berceau de chaque société fut une famille réunie par ses mœurs, par ses affections et par ses besoins. Eh ! sans doute^ les plus sublimes seraient celles qui, créant une seconde fois l'espèce humaine, la rapprocheraient de cette première et vertueuse origine.
AâSiMbLëfe l^ÂTiioMLÈ 231
L'etaniéti dé vos priiicipeé, considérés cdhdnié diàs dpiïiîôhs, lié nous regarde pOitit. Nous avons pronôhcé: Il fest une plropriété qu'aucun Hoinihe ne voudrait ihëlttè eii cbitiniuh, lés tiiDuveménts de son âme, Télàh de sa pensée; ce domâiiiè sàcrë place rhonimé dâhë Une hiérarchie pldë relevée qtie l'état social : cîtoyfeh, il àdbpte une fornle dô gôtivëriiemeilt; être pensant, îl ti'â de pâtHe qtie TubiVers. Comme pHriciperengiëui, votre doctrîkié he sera Jioint l'objet dettes délibérations; les rapports de chaijue hoitime avec l'Etre d'en haut sont indépendants dé toute ihslilution pdlitique : entré Diëiii et lé cœii.ir de chaque hoiiiidfié, quel gouveriieknéiit oserait être l'intermédiaire? G(iihmé ttlaxîniës sociàléé', ràà réclamations doiverit étire souhilses à là discdséibri ttti Corps législatif. Il examinera si la forme qqe vous obser- Véi pbtir conâtàtet* les nâissàrifees et les tiiaMkgës donne assez d'authenticité à bette flliaiidtt dé l'espèce hdmàiilë que la distinction des propriétés rend indispensable, indépendamment des bonnes mœurs ; il discutera si une déclaration dont la fausseté serait soumise aux peines établies contre les faux téhioitls et les parjures ne serait pas un véritable faux serment.
Estimables citoyens, vous vous trompez; vous l'avez déjà prêtée ce serment civique que tout homme digne d'être libre a plutôt regardé comme une jouissance que comme un devbir. Vous n'avez pas pris Dieu à témoin^ mais vous avez attesté votre conscience^ et une conscience pure n'est-elle pas aussi un ciel sans nuage? Cette partie dé l'hbmfaiis n'est-elle pas un rayon de la Divinité? Vous dites encoriB qu'un article de votre l^eligibti vôUs dëfeiid de prendre les armes et de tuer, soUs quelque prétexte que ce suit : c'est sans doute un beau principe philosophique que celui qui donne en qufelqûe sorte ce culte à l'humanité; mais prehez garde que la défense de soi-même et de ses semblables ne soit aussi un devoir religieux. Vous auriez donc succombé sous les tyratis! Puisque nous avoiîs cohquig la liberté pour vOUs fet poUt* itohs, poutqUol refuseriez-vôus de la con-
server? Vos frères de la Pensylvanie, s'ils avaient été moins éloignés des sauvages, auraient laissé égorger leurs femmes, leurs enfants et leurs vieillards, plutôt que de repousser la violence! et les stupides tyrans, les conquérants féroces, ne sont-ils pas aussi des sauvages? L'Assemblée discutera toutes vos demandes dans sa sagesse; et si jamais je rencontre un quaker, je lui dirai : c Mon frère, si tu as le droit d'être libre, tu as le droit d'empêcher qu*on ne te fasse esclave. Puisque tu aimes ton semblable, ne le laisse pas égorger par la tyrannie ; ce serait le tuer toi-même. Tu veux la paix ; eh bien! c'est la faiblesse qui appelle la guerre; une résistance générale serait la paix universelle. > L'Assem* blée vous invite à assister à sa séance.
L'Assemblée décide l'impression de l'adresse des quakers . et de la réponse de Mirabeau. La pétition de ceux-là est renvoyée au comité de constitution.
Une députat^on des docteurs agrégés de la Faculté de droit de l'Université de Paris est admise à la barre: Elle demande l'abrogation d'un édit d'avril 1679, par lequel, seuls ont le droit d'enseigner les professeurs de la Faculté de droit, avec l'exclusion des docteurs agrégés.
Mirabeau. — C'est parmi les maîtres éclairés de l'art que les productions humaines trouvent les meilleurs juges. Sous ce point de vue, notre nouvelle constitution mérite une estime particulière de la part des jurisconsultes. Comme elle a des droits à votre attachement, en vous considérant seulement comme citoyens, l'Assemblée Nationale reçoit avec intérêt l'expression dé vos sentiments à ce double égard. Nous approchons de l'instant où la plus grande partie du droit public et privé qui nous a régis jusqu'à ce jour sera mêlée dans ces vastes ruines
dont nous nous voyons environnés. 11 ne restera plus guère à notre usage, de Tancienne jurisprudence, que ces vérités éternelles qui, prises dans la nature de l'homme et de la société, voient tout changer autour d'elles sans jamais changer elles-mêmes, et qui sont le principe de toute régénération durable Le droit naturel a été le tronc primitif de toutes les tiges de cette science générale qu'on appelle droit. Mais des branches parasites ont fini par étouffer l'arbre. Il a fallu les abattre; ii faudra descendre jusqu'aux racines pour faire passer partout des rejetons sains et vigoureux. Beaucoup de choses sont faites sur cette matière, beaucoup d'autres sont à faire; notre droit particulier n'exige pas de moindres réformes que notre droit public n'en a éprouvé. Nous avons déjà fourni une assez ample matière à l'enseignement général. Hommes de loi, vous êtes désignés par votre état même pour faire connaître et chérir nos lois. La justice a toujours eu pour tous les peuples quelque chose de sacré. Nous venons d'élever partout de nouveaux temples à son honneur. Vous êtes comme les prêtres de ces temples ; vous en enseignerez le culte, vous en écarterez les fausses doctrines, vous empêcherez que la religion de la justice ne se souille avec le temps par des coutumes insensées, par des interprétations infidèles. Avant toutes les facultés du royaume il existait une grande faculté, celle de la réunion de tous les citoyens, qui, chacun dans leurs divers genres, ont le droit de donner essor à leurs talents, et se rendre utiles à leur patrie. Si l'esprit des corporations a été de tout resserrer, de tout arrêter, celui de la constitution actuelle est de tout développer, de tout étendre; elle s'applique à rouvrir les canaux qui peuvent rendre libre et facile toute espèce d'utile communication, et surtout celle de l'esprit et de la pensée. Ne doutez point que cette Assemblée ne considère votre demande dans ses rapports avec les principes de liberté et de sagesse qui l'ont dirigée jusqu'à présent. Elle accepte l'hommage que vous lui faites de votre projet d'enseignement
du drblt pUbliic el prtVé; en bônsentàrit à là rëttiiàe §tir soii bureau des pièces que Vous lui aVéi autioticéeâ^ et élië Ybtls iilvitb à assister à ôâ séàncb; '
L'indpréssion dé ràdressé et de là réponse est ordonnée.
tlhé députâtion de la municipalité de Pàrik est liitrbdlilte à la barre, et Lefevre, son orateiib, fait part à l'Àssemblëë des inquiétudes que la nouvelle du départ de kesdàfnei là ctéëës dans le peuple. Il demandé Une loi qui régie l'existence des membres de la famille régnante.
MittABEÀU. — Vous vêtiez dfe proiibsét* ad C6i:ps bôtistitùàrit dtib des plus grandes qiieâtioiis doui il ait â è'ocbliper. L'itldëpendkncë dé tout diitre poûrbiir ({uë celui dèé lois est Uii droit de bhaque bitbyeti; parce (}uë cette iiidépehdahbe constitue la liberté iriêttie d'une nation. Quicoiiqiië â le droit de rësistër doit connaître ôû ftiiit Ib dëVoil" de robëisâsLtitë ; et cdblrti^chaîque ikdiyidu est obligé dé coordonner â l'état àdcial sa liberté, il f^ut qii'îl ptiisëë bîiltJfebhei- tjtt'aufciiti pdtivoir étranger à la Voiobté publi- (JUe tl'ëtetldë cb sâcMflbe. Ce pt-iricipe èët riott-é sàlivbgat-dë a tbUs ; mais il y â des bxteptiottâ atli règles lès plus géttërâleâ. Ldfdmiilb rbyalb est indivisible dti ttônb, et ce ii'est poiht là qùë la royauté petit trouver hi bar- Hèfë ni cbntt-ë-poidë. Mêttib ëh vdulktit défendre la liberté^ les triênlbrës dé cette famille pourraieht Ue bathet- qu'une 'ahibition ediipablë ; et i'bn serait bien Jptèê de la lyrâfitllb si la liberté avait besoin de bhëf de parti. Leé tlieittbrés de la ttiêitie faihillë, s'ils bsalënt être t'ëbbllës aux Idis, ^eraiétit pëUt-êtt'e cdritëhtis èatis trbublë par leur chef, qdl, en lëtir tràusdlëttarlt de gratidës espérahceëj aie dtoit de leur imposer de gratlds devoirs. TbUs bes tribtife, TAssertibléë j^^âtîoriale les peseta dans sa sagesse; mais ne crdyez pas, qUëlle que soit la conduite db ceux qui l'èntouretli, que le îtiofaaN que qui i-ëpàre lëg fautes des rois pdiësë être isblë. Un grand peuplé est devenu èâ famille; ëôtt ttbnà^ Joint h celui de la natidn et de la loi, eët pt'ofabncë dans tdtis
ASSgttfefcëfe ^iTiôMfe m
û6è èëtmèhtâ, et iih bi*dre dui'iblé assiitérâ tout à là Ibis
sdti bdtihëlir et sa piiissati'cfe L'Aésémbléé Nàlibh^lé
vbiiè invite â a^siétër à sa séatice. ^
Dùport est élu à la présidence.
SÉANCES bu 23 Et 24 FËvbtfeti
On lit un procès-verbal adressé à l'Assemblée par la, municipalité de Moret relatant le passage dans cette ville de Mesdames tantes du roi. La municipalité avait essayé de s'opposer à la poursuite de leur voyage, mais les chasseurs qui les acbompagnaieiitavaiehi; ouvert dé force les portes de leur cîté. Le {iro'cèsrverbal dédôiiçànt les faits, fut benvbyé à Texâmen des comités des recherches, militaire et de constitution:
Dans la séance du 24, le président lut une lettre dé Du Portail, ministre de la Guerre, par laquelle celui-ci déclarait qu'il n'avait point donné d'ordres aux chasseurs de Lorraine pour accompagner Mesdames durant leur voyage.
Mirabeau. — konsieur le présidéiit, je defaiandé si le décret qui a été l'occasion de là lettre du riiinistrè de là Guerre dont on vient dfe nous (lonnei: lecture, né leiid qu'à savoir si l'ordre qui à occasioiiné Tîncrôyable invasion des chasseurs dé Lorraine est coiitresigné pàl* le ministre de la Guerre.
Si, dis-je, le décret n'énonce que cette îhtéirrbgktiDn; je demande qu'il soit amplié.
La lettre de M, Du Portail nous apprend seulement que le ministre de la Guerre n'a pas donné d'ordres, nous devons coiinailre celui qui a doiiné l'ordre, tî'ést là iha réHexioii.
Applaudissements.
Le Deist de Boutidoux. — Je demande que le icbmilé des recherches nous lasse samedi prochain le rapport dé l'kfrâii'e dé Moreté
Mirabeau. — Ce n'est pas le comité des recherches qui peut répondre à cette question. Il fera le rapport qui lui a été enjoint. Mais cette question ne peut être faite qu'au gouvernement. Le gouvernement doit répondre et je fais la motion expresse qu'il soit interrogé officiellement.
Montlosier demande la question préalable sur la motion de Mirabeau, combattue également par Foucault-Lardimalie.
Mirabeau. — A entendre la manière dont on attaque ma motion, il semblerait que j'ai demandé à l'Assemblée Nationale de préjuger la cause des chasseurs de Lorraine et de punir, avant aucune information préalable, Tofficier qui les commandait. Je n'ai rien demandé de cela.
Foucault-LardImalie. — Ce n'est pas moi qui...
Mirabeau. — Messieurs, rien n'est plus clairement déterminé par la constitution que Tinviolabilité d'un territoire. Chaque territoire a constitutionnellement un pouvoir administratif qui répond du respect dû aux lois dans sa juridictioa. Certainement je crois que personne n'appuiera l'étrange doctrine avec laquelle M. de Montlosier voudrait vous conduire à voter des remerciements pour l'invasion du territoire de Moret.
De Montlosier. — C'est mon avis.
Une violation de territoire vous a été dénoncée, non par des bruits publics, mais par un procès-verbal, par une pièce légale ; vous avez déj.à statué, dans votre décret d'hier, que ce fait serait éclairci. Quel est à présent le fait à éclaircir? C'est de savoir de quelles mains est parti l'ordre incontestablement inconstitutionnel qui vous est dénoncé.
On vous a dit que vous aviez un moyen bien simple
et que Tofficier qui commandait le détachement est responsable. S'il fallait disputer de doctrine, je répondrais que la responsabilité va toujours en haut et non en bas ; et, si Ton insistait, je dirais que Tofficier qui commandait ne doit pas être responsable, mais que le seul responsable doit être le premier qui a donné la première impulsion.
Par la mesure que je propose, je soutiens que vous ne préjugerez rien, pas même Tinvasion du territoire ; je demande seulement qu'on s'assure du nom du donneur d'ordre qui se trouve incriminé dans la municipalité de Moret. Cette demande est irréfusable.
D'ailleurs, le décret rendu hier va nous mettre d'accord ; tout y est prévu. En effet, l'Assemblée a décrété de demander au ministre de la Guerre quel est celui qui a donné aux chasseurs de Lorraine, l'ordre de marcher sur Moret. Le ministre de la Guerre s'est justifié en répondant que ce n'était pas lui ; mais ce n'est pas assez ; il n'a -^as éclairci lé fait ; il faut qu'il recherche et qu'il nous dise qui a donné cet ordre.
Tout est donc bien prévu et je demande de passer à Tordre du jour.
Je demande que votre énonciation soit celle-ci : « L'Assemblée Nationale, considérant que le décret qu'elle a rendu hier a imposé l'ordre suffisant pour connaître celui qui a signé l'ordre et contre lequel on a porté plainte, passe à l'ordre du jour, après l'observation qui lui en a été faite. »
La motion de Mirabeau venait à peine d'être adoptée que le président recevait une lettre du ministre de l'Intérieur, l'avertissant que la municipalité d'Arnay-le-Duc avait arrêté Mesdames dans leur voyage. Le roi demandait que leur liberté fût assurée, et que l'Assemblée levât les doutes d'après lesquels la commune d'Arnay avait cru devoir les retenir. »
L'abbé Maury, Regnault, Fréteau avaient blâmé la conduite de la commune, Barnave l'avait excusée. Mirabeau demanda la parole et ne l'obtint que difficilement.
238 P^yVl^f:^ PË lIIE^BEiU
M^^ABÇÀU. — Je (^eiqsinrtp la prioq^ pom» li^ ré^ç^çtiQ^i que JQ vî^is proposer; ei cpmme cet^ question q^e ps^rftU ayoir coi^çommé t)çaucoup de temps, je ne n^otiy^rai iflon opinipp que dans le. ç^§ où g},Ig éprouvQrç^it de Tçippositipi^. yo^q cpm^ipeqtji^ rédige le projet de jiécfet par lequel Ypv|e ^yez ^ ç(éciarer ua principe inp^ptes^^ble :
« L'Assemblée Nationale, considérant qu'aucune îqi existante du royaume ne s'pppose au l^bre. voya^ge de Meçda^mes, tantes du roi, déclare qu'il p'y a^ pas Ijei^ ^ délibérer sur Ip pro.c^s-vprbal de Is^ çommuue d'Aruay-lç- Dup, renyo.ip Ta^ffaire e^xx pouvoir exécutif. »
Appl^u^i^seni^ents à çlrpite et au centre.
|diRi^çEAU. — Je vs^is motiver ma rédactiqp en t^ès peiu (le mots. Ce n'est Ici qu'une question de ifait; ça^ c^ que l'Assemblée statuera demain ou apr^s ne décidera pas si l\^esç|aiiies put aiyQ^rc('hui le 4roit de voyager. Aucune \q\ pe les pp pp^pêche ; l'Assemblée s^ été iqstrui^e de ce voyage, et elle n'y a pas pais d'obstacle. Il fc^ut bjpn ,que lî^ commune ait pensé ainsi, puisqu'elle n'a pa^s demandé l'exécution d'une ancienne loi, ma^îç ui^e loi nouyelle.
Que pn'Qbjecte-^-on, dans le système de ceux qv^^ veulent que l'Assemblée ppqQçice i:^ne improb.ation fQ^melle? Qn dit q^'il y a^ une in|f]|-aLCtioi[i à la loi ; mais l'assemblée Nationa^le, en Q^xlouqanf l'impression de la pétition de la commune de Paris, a fort concouru à ip^ulre en erreur et à élever des doutes dont nous voyons l'effet.
Applaudissements.
MiRABKAy. — On ne peut se dissimuler que ^ovl§ pe nous trouvons pas dans des circonstances ordinaires, que nous ne sommes pas encore parvenus à établir le jeu régulier de l'organisation sociale; il y aurait donc une extrême rigueur à imprimer la tache d'une désapprobation sur une municipalité qui s'est adressée à vous
en v^ÇiiiYS^\ sa coq^uitp d'unq mq-nière très reçpectueiise pour le chef de la nation.
Les $^]f\p^^dis^ep[^e^ts recommeiiçeQt.
Mirabeau. — Je le demande à tous les opinants dans tous les systèmes : que yaulons-naus ? Nous voulons faire une déclaration qui ne laisse aucun prétexte à Finfraction de la loi existante, et qui assure la tranquillité publique. Eh! nous avons assez d'objets de sollicitude pour ne pas donner au voyagç de Mesdames plus d'importance qu'il n'en aî Qu'est-ce que je propose? La déclaration d'un fait constant, un prononcé régulier, et un renvoi qui est un hommage à la'loi. Je m'explique ainsi : « L'Assemblée Nationale, considérant qu'aucrfne loi existante du royaume ne 's'oppose s^a libre voyage de Mesdames?... » ÇJe fait est-il çôntestéj o\ii 9^ fl^i*^
GouRDAN. — Je le conteste.
MiRj^BEAU. — Existe-t-îl une loi ?
GouRDAN. — Il y en a une, c'est le salut du peuple.
Mirabeau. — Le salut du peuple est surtout intéressé à ce, qu'il n'y ait pas de t^î^aiHepiept d'opinions et de ipo^iye^i^ents ep spns cpntra\]re, gua^pdîa cl^os^ publique exige une parfait^ Vanité d'action et de yolonté. Le sa)ut du peuple n'est pas intéressé à ce que Mesdames couchent trois ou qi^atrei jours de> plus çn route. Leur YQy^^ge est peut-être ^u wouveuaent d'imprudence; mais il ne PQTt^ aucune att^i^tei i la )oi. Tous les bous citoyens, sa^us doute, doiyept, dans les çi^-constî^ncçis qui pousi pr^^sçiut? reiste;r à Ipur poste, et montrer leur attachement au chef dei ^a nation. ^lesdafl[ips ont fait Vjnp chosçi imprudente, impqUtique., pftî^is uon iUégaJe ; iVu'y a dQuç pa^s lieu à délibérer; et puisqu'il y a ei^ eçp^pèchem^.Ut à l'exécution de iftloi, UfiE|fUtrQnYpyçlp^^a\lprc|^le exécuteur 4Ç!lal<^i«
240 CëUVRES de MIRABEAU
Pourquoi T Assemblée se chargerait-elle d'une responsabilité qui n'est pas la sienne? Jq soutiens qu'il est de sa sagesse, de sa politique, si un corps aussi puissant peut avoir de la politique, de renvoyer cette affaire au pouvoir exécutif. .
La motion de Mirabeau est adoptée.
Le Chapelier, rapporteur, parle sur le projet de décret du comité de constitution) sur la résidence des fonctionnaires publics. Il atteignait les personnes de la famille* du roi. Gazalès avait demandé Tajournement de la discussion. Duval Desprémesnil déclare qu'une telle discussion n'est pas du ressort de TAssemblée. « Nous avons prêté au roi un premier serment, dit-il, un serment que nul autre ne peut effacer ni contrebalancer.
Le Président. — Vous ne devez point oublier vous-même, monsieur, le serment que vous avez prononcé d'être fidèle à la nation, à la loi et au roi. Ce serait y manquer que de dire que ce serment n*a pas pu exister après celui dont vous parlez.
La droite se dresse et crie : Vive le roi ! vive le roi I » Elle témoigne avec violence de ses sentiments loyalistes. Cazalès accuse le président d'avoir fait une chose extrêmement inconvenable en opposant le, serment qui nous lie à la constitution à celui que nous avons voté au roi. » La gauche défend le Président. Mirabeau obtient difficilement la parole.
Mirabeau. -— Comme il serait tout à fait indigne de nous de répondre à ce qu^on n'a pas dit, de supposer des intentions non manifestées, et de faire circuler des déclamations inutiles, je demande que le tort reproché à M. le président soit d'abord constaté. Quant à moi, je déclare qu'ayant dit à M. d'Ësprémesnil : « Monsieur, j'interpelle votre probité de déclarer si vous avez entendu la réponse de M. le président comme M. Cazalès Ta rapportée », il m'a répondu : € M, le président ne Ta pas dit ainsi;
H. Cazalès se trompe. > Mais ce qui n'est pas incertain, c'est qu'il serait profondément injurieux pour l'Assemblée Nationale, c'est qu'il serait profondément coupable de vouloir scinder pour ainsi dire le serment que nous avons prêté, et de séparer aucune des parties qui le composent. Notre serment de fidélité au roi est dans la constitution, il est constitutionnel.
Applaudissements à gauche.
Je dis qu'il est profondément injurieux de mettre en doute notre respect pour ce serment. Celui qui le met en doute mérite le premier blâme.
Applaudissements à gauche.
Après cette déclaration non équivoque, et pour laquelle je lutterai avec tout le monde en énergie, bien décidé que je suis à combattre toute espèce de factieux qui voudraient porter atteinte aux principes de la monarchie dans quelque système que ce soit, dans quelque partie du royaume qu'ils puissent se montrer et même à quelque poste qu'ils soient.
Après cette déclaration, qui renferme tous les lieux, tous les temps, tous les systèmes, toutes les personnes, toutes les sectes...
Ulf MEMBRE ▲ DROITE. — ToUS leS clubs.
FÔXÏGA.VLT-LA.RDIMALIE. -— Détruisez donc les Jacobins et nous aurons la paix.
Sans employer plus de temps en vaines irascibilités, passons à la question qui est à l'ordre du jour, et qui devrait être déjà posée... Au surplus, je prie l'Assemblée d'accepter l'augure d'une réconciliation universelle, puisque M. d'Eprémesnil est aujourd'hui l'ami de l'illustre et courageux ami de M. Lamoignon.
Rires.
Le rapporteur demande l'ajournement au lendemain.