‹ Les distractions de La FontaineChapitre 102 sur 109 · A. S. A. S. MONSEIGNEUR LE PRINCE DE GONTY · texte numérisé non relu

A. S. A. S. MONSEIGNEUR LE PRINCE DE GONTY

18 août 1689.

MONSIilG.MiLU,

Je n'ai différé d'écrire à Votre Altesse Sérénissime que pour ne pas interrompre une attention qu'apparemmenl elle donne à ce qui se passe le long du Rhin. Cependani comme votie esprit embrasse un nombre infini de choset

' (Sous le Rcpan de la coiilessiou).

2 Le prince de Gonly, né en 1664.

tout à la fois^ il n'est pas impossible que mon tribut ne soit reçu de vous favorablement, aux endroits du moins qui vous sembleront les plus dignes de vous attacher. Je souhaiterais que ce fussent ceux où je vous entretiendrai de vous-même. Si quelque peu d amour-propre apportait quelque tempérament à votre mérite aussi bien qu'à la délicatesse de votre goût, on entreprendrait quelquefois de vous louer ; mais le trop d'esprit et la modestie vous font tort. Je trouve étrange que celte dernière veuille s'opposer aux éloges dont les autres vertus sont dignes, et qu'elle se fasse toujours valoir au préjudice de ses compagnes. Voilà sans mentir une contrainte qui est trop dure, et qui approche en quelque façon de la tyrannie. Je men plaindrai plus au long dans une lettre qui suivra de près celle-ci, et où j'ai résolu d'examiner, en Académicien le bien et le mal qu'il y a d'ordinaire dans nos louanges. Un plus habile que moi saurait si bien apprêter l'encens, que vous auriez honte de le refuser. J'y emploierai quelque jour tout ce que j'ai d'art ; et, en attendant, agréez un échantillon de celui que je destine à la princesse que vous aimez, et qui vous a continuellement dans son souvenir.

J'ai rang parmi les Nourrissons Qui sont chers aux doctes Pucelles, Et souvent j'ose en mes cliansons Célébrer des Rois et des Belles.

Cependant mon art est ici Bien au-dessous de la matière.

Je n'entreprendrai pas aussi De louer Bourbon tout entière.

Elle plait, il n'est point de cœurs Qui n'en rendent un témoignage.

De ce don aux charmes vainqueurs, Les Grâces font leur apanage.

Bourbon sait sur nous exercer.

Une aimable et douce puissance.

Elle ia\it sans y penser, (^ue fait-elle lorsqu'elle y pense"?

En ses yeux un feu luit toujours, De qui toute âme est tributaire.

Celui qui brille en ses discours N'est pas moins assuré de plaire.

Je me souviens d'avoir écrit.

Fondé sur des raisons puissantes.

Que sans les beautés de l'esprit, Celles du corps sont languissantes.

Celui-ci fait naitre l'Amour Mais l'autre empêche qu'il ne meure; Surtout quand au même séjour Une belle âme a sa demeure

J'ai cité Bourbon à propos.

Joignez tout ce mérite insigne, Il n'est Déesse ni Héros, Qui de noire encens soit si digne.

Je ne devrais pas commencer ma Lettre par un sujet auprès duquel tout le reste vous semblera mériter très peu cette attention que je vous demande. Sans m'arrêter à aucun arrangement, non plus que faisait Montaigne, je

passe de l'IIôlcl de Conty aux affaires de delà les Monts, c"est-à-dire, d'une Princesse extrêmement vive, à un Pape' qui va mourir.

Pour nouvelles de IMtalie, Le Pape empire tous les joui's.

Expliquez, Seigneur, ce discours Du côté de la maladie.

Car aucun Saint-Père autrement Ne doit empirer nullement.

Celui-ci véritablement Nest envers nous ni Saint, ni Père.

Nos soins de l'erreur triomphants Ne font qu'augmenter sa colère Contre l'Aine- de ses Enfants.

Sa santé toujours diminue, L'avenir m'est chose inconnue, Et je n'en parle qu'à tâtons ; Mais les gens de delà les Monts Auront bientôt pleuré cet homme, Car il défend les .lannetons, Chose très nécessaire à Rome.

Comme il ne coûte rien d'appeler les choses par noms honorables, et que les Nymphes de delà les Monts, les Bergers même pourraient s'offenser de celui-ci, je leur dirai que j'ai voulu d'abord les qualifier de Chloris ; mais ma rime ma fait choisir l'autre nom, que j'avais déjà consacré à ces sujets-là. Les Registres du Parnasse ont un Cérémonial où il y en pour tous les degrés, et pour tous les

J Innocent XI.

' Le Roi de France, fils aîné de l'Eglise.

âges. Je ne m'arrête point à cela, et ne prends pas garde de si près à la distribution de ces dignités, que je donne fort souvent par caprice, ou pour une considération fort légère.

Je me contente à moins quHorace, Quand l'objet en mon cœur a place, Et qu'à mes yeux il est joli, Do nomen quodlibet illi^.

Horace les avait ennoblies auparavant, mais ce privilège ne m'appartient pas. Après vous avoir parlé de l'Italie, je ^iens. Monseigneur, à ce qui concerne les autres Pays.

On dit que le Parlement d'Angleterre va faire une exacte recherche de plusieurs particuliers, qui se sont engraissés sous les Règnes précédents, ou des dépouilles des malheureux, ou des revenus de la Couronne.

Halifax, Bentinck et Danby, N'ont qu'à chercher quelque alibi Pour justifier leur conduite.

Quoi qu'on puisse dire la suite C'est un très -mauvais incident.

Halifax semblait fort prudent, Danby, je ne le connais guère, Bentinck à son maître sut plaire.

Jusqu'à quel point, je n'en dis mot :

S'il n'eût été qu'un jeune sot, Comme sont tous les Ganymèdes, On aurait enduré de lui.

Et dans la pièce d'aujourd'hui Bentinck ferait peu d'intermèdes ;

« Je lui donne le nom qu'il me plaît. » (Horace)

Mais prompt, habile, diligent A saisir un certain argent.

Somme aux inspecteurs échappée'

Ils ont du côté de l'épée-

Mis, ce dit-on, quelques deniers,

Après tout sont-ils des premiers

A qui pareille chose arrive ?

Ne faut-il pas que chacun vive ?

Cependant ils ont quelque tort,

Si le gain est un peu fort.

Vu les Anglais et leurs coutumes.

Le Proverbe est bon selon moi,

Que qui lOuë' a mangé du roi,

Cent ans après en rend les plumes,

Manger celle du Peuple Anglais

Est plus dangereux mille fois.

Ces gens nous en sauront que dire,

Je n'y vois pour eux, point à rire ;

On va leur barrer bien et beau

Le chemin aux grandes fortunes.

Dieu me garde de feu et d'eau,

De mauvais vin dans un cadeau,

D'avoir rencontres importunes.

De liseurs de vers sans répit

De maîtresse ayant trop d'esprit.

Et de la Chambre des Communes.

Londondery ^'en va se rendre

Voilà ce qu'on me vient d'apprendre :

' Les dix-sept premières lignes ne se trouvent pas dans les OEuvres Posthumes,

- Les autres éditions sont au singuler. On disait l'Ouë pour dire VOye, quand ce proverbe a été fait.

Mais dans deux jours je m'attends bien, Qu'un bruit viendra qu'il n'en est rien, J'ai même encor certain scrupule ; Ce Siège est-il un Siège ou non ?

Il ressemble à l'Ascension Qui n'avance ni ne recule.

Jacques aura monté sa pendule Plus d'une fois avant qu'il ait Tous ces rebelles à soubait.

On leur a mené Pères et Mères.

Femmes, Enfants et Personnes chères; Qu'on retient par force entassés, Comme moutons dans les fossés Cette troupe aux assiégés crie.

Rendez-vous, sauvez-nous la vie.

Point de nouvelle ; au diantre l'un Qui ne soit sourd. Le bruit commun Est qu'ils n'ont plus de quoi repaître. A la clémence de leur Maître Ils se devraient abandonner Et puis, allez-moi pardonner A celte maudite canaille.

Les gens trop bons et trop dévols Ne sont bien souvent rien qui vaille.

Faatil qu'un Prince ait ces défauts ?

C'est envoyer de l'eau à la mer, que de vous écrire des

réflexions. Ainsi je vous les laisse pour vous assurer que je

suis avec un profond respect.

Monseigneur,

DE ^'oTRE Altesse Sérénissime

Le très humble, très obéissant et très fidèle serviteur.

{Œuvres Posthumes).

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