‹ Les distractions de La FontaineChapitre 103 sur 109 · A. S. A. MONSEIGNEUR LE DUC DE VENDOME · texte numérisé non relu

A. S. A. MONSEIGNEUR LE DUC DE VENDOME

Septembre 1689.

Prince vaillant, humain et sage, Avouez-nous que l'assemblage De ces trois bonnes qualités, Vaut mieux que trois Principautés.

Force Grands pensent d'autre sorte, S'ils ont raison je m'en rapporte, Mais je soutiens encore un point.

C'est que souvent ils ne l'ont point.

Sans traiter ici celte aiîaire, Comment, seigneur, pouvez-vous Jaire ?

Vous plaignez les Peuples du Rhin.

D'autre côté le Souverain, Et l'intérêt de votre gloire, Vous font courir à la Victoire.

MvRS est dur ; ce dieu des combats.

Même au sang trouve des appas.

Rarement voit-on, ce me semble, Guerre et pitié loger ensemble.

Aurions-nous des Hôtes plus doux, Si l'Allemagne entrait chez nous ?

J'aime mieux les Turcs en campagne, Que de voir nos Vins de Champagne Profanés par des Allemands.

Ces gens ont des hanaps trop grands ; Notre Nectar veut d'autres verres.

En un mot, gardez, qu'en nos Terres Le chemin ne leur soit ouvert.

Ils nous pourraient prendre sans Aert,

Prendre sans vert notre Monarque ?

Les Conducteurs de cette Barque Y perdraient bientôt leur Latin. Lorraine eut le nez le plus fin, Il faut se lever plus matin Que ne font beaucoup de ces Princes, Pour pénétrer dans nos Provinces.

Je vois ces Héros retournés Chez eux avec un pied de nez.

Et le Protecteur des Rebelles Le cul à terre entre deux selles.

Et tout le parti Protestant Du Saint Père en vain très content.

J'ai là-dessus un conte à faire.

L'autre jour touchant cette affaire Le Chevalier de Sillery, En parlant de ce Pape- ci, Souhaitait pour la paix publique, Qu'il se fût rendu Catholique, Et le Roi Jacques Huguenot.

Je trouve assez bon ce bon mot.

Louis a banni de la France L'hérétique et très sotte engeance, H tenta sans beaucoup defîort Un si grand dessein dans l'abord, Les esprits étaient plus dociles.

Notre Roi voyant quelques Villes Sans peine à la Foi se rangeant, L'appétit lui vint en mangeant.

Les quolibets que je hasarde.

Sentent un peu le Corps-de-garde, Ce style est bon en temps et lieu ; Une autrefois, moyennant Dieu

Votie iVltesse me verra mettre Du Français plus fin dans ma Lettre Cependant d'un soin obligeant, L'Abbé m"a promis quelque argent.

Amen, et le Ciel le conserve, Apollon, ses chants, et sa verve, Bacchus, et peut-être l'Amour, L'occupent souvent tour à tour, Sans compter l'hydre créancière.

Quelque jour ce sera matière Pour lui donner avec raison, Autant de tètes qu'à Typhon.

Il veut accrocher ma chevance, Sur cet espoir jai par avance Quelques Louis au vent jetés Dont je rends grâce à vos bontés.

Le reste ira sans point de faute, (Ou bien je compte sans mon Hôte.

Le Paillard m'a dit aujourd'hui Qu'il faut que je compte avec lui.

Aimez-vous cette parenthèse i*) Le reste ira, ne vous déplaise,

En et caetera.

Ce mot-ci s'interprétera Des Jeannetons, car les Clymènes Aux vieilles gens sont inhumaines ; Je ne vous réponds pas qu'encor Je n'emploie un peu de votre or A payer la brune et la blonde, Car tout peut aimer en ce monde.

Non que j'assemble tous les jours Barbe fleurie, et les amours.

Même dans peu votre finance

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Au Sacrement de Pc'nitence, A mon égard échappera.

Pour nouvelles de par deçà, Nous faisons au Temple merveilles.

L'autre jour on but vingt bouteilles Rénier en fut l'Architriclin.

La nuit étant sur son déclin, Lorsque j'eus \idé mainte coupe, Langeamet, aussi de la Troupe Me ramena dans mon Manoir.

Je lui donnai, non le bonsoir, Mais le bonjour ; la blonde Aurore, En quittant le rivage Maure, Nous avait à table trouvés, Nos veri'es nets, et bien lavés.

Mais nos yeux étant un peu troubles, Sans pourtant voir les objets doubles, Jusqu'au point du jour on chanta, On but, on rit, on disputa, On raisonna sur les nouvelles.

Chacun en dit, et des plus belles.

Le Grand Prieur eut plus d'espiit Qu'aucun de vous sans contredit.

J'admirai son sens, il fit rage, . Mais malgré tout son beau langage.

Qu'on était ravi d'écouter, Nul ne s'abstint de contester.

Je dois tout respect aux Vendômes ; Mais j'irais en d'autres Royaumes, S'il leur fallait en ce moment Céder un ciron seulement.

Je finis ; et je vous souhaite Une Victoire très complète,

Chance à tous jeux, de la santé.

Non pas pour une éternité ; Je suis en mes vœux plus modeste, Pourvu que la bonté céleste, A vous, au Grand Prieur, à moi, Donne cent ans de bon aloi.

Je serai content du partage.

Vous en méritez davantage.

Mais la raison d'un si beau lot !\e se dit pas tout en un mol.

Ainsi je ferai fort bien de remettre la chose à une autre fois, et de finir cet écrit par une protestation solennelle d'être autant que dureront ces cent ans de vie que la Parque me doit filer.

Mo>'SEIG>EUR,

DE Votre Altesse, Le très humble, très obéissant, et très fidèle serviteur,

{Œuvres Posthumes).

A Son Altesse SérémssiiMe MONSEIGNEUR LE PRINCE DE CONTY.

Xovembre IGS'.).

Monseigneur,

On m'a dit tant de fois que Votre Altesse Sérénissime était en chemin, et que mes Lettres ne la trouveraient plus à l'Armée, qu'enfin j'ai manqué l'occasion de faire partir celle-ci. En quelque lieu qu'elle vous soit présentée, je vous dirai à mon ordinaire, que les choses nous paraissent

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suspendues tant en Flandre qu'aux bords du Rhin, et, rien ne réveillant les esprits, il est arrivé un changement dans la Robe et dans les Finances, qui nous a donné matière de raisonner.

On dormait ici quand le Roi, Ayant ses raisons, et très sages, Parmi des Gens d'un haut Emploi A fait un vrai remuménage, Et mis llarlay premièrement A la tête du Parlement.

Il en est digne, et j'ose dire Que Thémis en tout son Empire Trouverait à peine aujourd'hui Un Oracle approchant de lui.

>^e plaidez qu'ayant bonne cause ; C'est maintenant la seule chose Qui peut faire au gain du procès.

Vous contestez avec succès Pardevant le Dieu des alarmes Appuyé du seul droit des armes.

Harlay règle d'autres débats, Où je crois vous n'excellez pas.

Ni la grandeur, ni la vaillance Ne font incliner la balance.

Son Éloge entier irait loin.

J'aime mieux garder avec soin La loi que l'on se doit prescrire.

D'être court, et ne pas tout dire.

Pour éviter donc la longueur Qui met les choses en langueur, Pontchartrain règle les Finances.

Si jamais j'ai des Ordonnances,

Ce qui n'est pas près d'arriver.

Il saura du moins me sauver Le chagrin d'une longue attente, Et lira d'abord ma Patente.

Homme n'est plus expéditif, Mieux instruit, ni plus inventif, Talens aujourd'hui nécessaires.

La Briffe est chargé des affaires Du Public et du Souverain.

Au gré de tous, il sut enfin Débrouiller ce chaos de dettes Qu'un maudit Compteur avait faites.

Ce n'est pas là le seul essai Qui le rend successeur d'IIarlay.

Ce poste avec celui qu'il quitte, Demandait un ample mérite Au sujet qu'on a placé là.

Hardi quiconque le suivra :

Non que Louis par sa sagesse Ne puisse en conserver l'espèce.

Tout le bien que j'ai dit d'autrui Retombe à juste droit sur lui.

Comme j'étais près de fermer ma lettre, on a écrit ici de Versailles que le Roi avait donné la qualité de Ministre à Monsieur de Seignelay'. Je ne vois personne qui n'en témoigne beaucoup de joie.

Il doit ce nouvel ornement A son mérite seulement.

Ses soins dignes que la fortune Avec eux veuille concourir

1 J. -Baptiste fils aine de Golbert, marquis deScignelay, Paris i65i,

1690. no

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Sauront bientôt partout offrir L'abondance en ces lieux commune Sur les deux mers nos matelots, Quelque inconstants que soient les flots, Sauront ménager pour nos voiles L'aide des Aents, et des étoiles.

Ne doutez point qu'en son emploi Redotiblant ses soins et son zèle.

Sons la conduite de son Roi, Le nouveau Ministre n'excelle.

N'avons-nous pas vu de nos bords Une double flotte réduite, Et se renfermer dans ses ports Mettant son salut dans sa fuite ^ Le travail y croît, et j'en conviens, ^'ais tels maux en Cour sont des biens. Et Seignelay peut y suffire On 1(^ voit sur-le-champ écrire Touchant des points très-importants, Mieux que moi. Seigneur, c'est peu dire, Mieux qu'aucun Ecrivain du temps Pour passer à d'autres matières, A'^ous saurez qu'on m'a dit naguères Que cet hiver-ci l'Opéra \ Rome se rétablira.

Cela me semble un bon augure En la présente conjoncture, Et commence à sentir la Paix.

Je ne pense pas qu'elle échappe Aux premiers soins du nouveau Pape.

Si le Saint-Esprit mit jamais Quelqu'un au trône de saint Pierre'

• Alexandre VIII (Pierre Ottoboni).

Pour qui le démon de la guerre Eut de la crainte et du respect, C'est Alexandre ; car sans dire Qu"à nul Etat il n'est suspect, Il a tout ce que l'on désire, Expérience, fermeté, Justice, et sagesse profonde, L'Olympe interpose au Traité La première Tète du monde En bon sens comme en dignité Dès à présent Sa Sainteté S'en va cet ouvrage entreprendre.

O Paix, ne te fais point attendre, Veux-tu que pour toi l'Univers Soupire encore deux Hivers ?

Fille du Ciel et d' Alexandre, Car je te garde tous ces noms.

Renvoie au Nord les Aquilons ; Fais qu'avec eux Mars se retire Faisant place à Flore, à Zéphyre.

Citer ces Dieux, me va-t-on dire.

En parlant du Pape, est-il bien P Non, mais l'art des Poètes n'est rien, Leurs discours n'ont beauté ni grâce, Sans ce langage du Parnasse.

Qu'Apollon s'exprime en Païen, Trouve- ton cela fort étrange ?

Pour bannir pourtant ce mélange, Et parler du Pape en Chrétien, Souhaitons que Dieu l'illumine, Et que la Paix par son moyen Vers les Fidèles s'achemine, Avec l'assistance Divine

Qu'un Jubilé procurera.

Dès que le Poète lui verra Réunir la chose publique, D'ici sans peine il partira, Et les vers on entonnera De Siméon dans son Cantique, Mais il veut vivre jusque-là.

Vous allez me faire une autre objection, elle est d'une nature à venir de vous : c'est que la France ne m'a pas donné charge de faire des vœux pour la Paix avec tant d'empressement. Est-ce l'intérêt de la France qui vous fait aller braver les hasards, ou si c'est celui de votre gloire ? Je ne démêle pas bien la chose. Peut-être même y va-t-il de votre plaisir, ce que je n'ose presque penser, Nec libi lam dura cupido^. Cependant vous autres Héros seriez bien fâchés qu'on vous laissât vivre tranquillement, comme si la vie n'était rien, et que sans elle la gloire fût quelque chose. Vous croyez être demeurés au coin du feu, à moins que vous ne vous alliez brûler sur le Mont Œta, de même (jue fit Hercule. Pour vous répondre sur tous ces points, je vous dirai que non pas la France, mais l'Europe entière ne peut que perdre à une guerre comme celle-ci ; et à votre égard, Monseigneur, ne vous allarmez pas sitôt de ce mot de Paix. Elle est tellement difficile à faire, qu'il est malaisé qu'Alexandre VIII nous la donne dès son avènement au Pontificat ; Eia sudabit salis-. Auquel cas j"ai dans l'esprit que plus vous auriez de part au projet, et mieux nous nous trouverions des assistances delà Fortune. Si Jupiter recueil-

' Vous n'avez pas un désir si cruel.

- 11 lui en coûtera bien des peines.

lait les voix, j'en reviens toujours à mon style poétique et à quelque chose encore de plus chatouilleux, il n'est pas besoin que je m'exphque ici davantage, vous voyez déjà où j'en veux venir) votre esprit et votre valeur auraient une ample matière de s'exercer. Nous en parlions il y a deux jours, du Vivier et moi. Il me pria de vous assurer de ses très humbles respects. Nous fîmes des vœux très-particuliers en votre faveur. Ils n'étaient ouïs que de quelques Idoles Chinoises, et du Destin qui apparemment les exaucera; car je n'y vois rien que de raisonnable. Pourpeuqueje vive encore, je pourrai vous entendre dire. El quorum pars magna ftu\ Ce serait dommage que je mourusse avant l'accomplissement de ma Prophétie, non qu'on eut besoin de moi pour célébrer votre gloire ; mais j'exciterais à le faire les Malherbe et les Voiture. Bonnes gens, je ne vous puis voir, comme dit Maître François dans son Livre Si je ne réponds de beaucoup de capacité pour ma part, je réponds au moins de beaucoup de zèle, étant avec autant de passion que de profondeur de respect,

Monseigneur, DE Votre Altesse Sérénissime Le très-humble, très-obéissant, et très-fidèle serviteur.

{OEuvres Posthumes).

< Voilà des événements auxquels j'ai pris une grande part.

A SON Altesse Séré^iissime MONSEIGNEUR LE DUC DE VENDOME.

Prince, qui faites les délices

Et de l'armée et de la cour,

Du vieux soldat et des milices, Et de toute la gent qu'assemble le tambour,

Le bruit de votre maladie

A fait trembler pour votre vie.

Il n'est pèlerinage où nous n'ayons songé :

Que si personne n'a bougé ;

C'est que le monarque lui-même

Rassura d'abord les esprits ;

Et ce qu'il dit vint à Paris

Avec une vitesse extrême

Sans cela tout était perdu :

Le poète avait l'air d'un rendu.

Gomment ! d'un rendu ? d'un ermite,

D'un Santoron, d'un Santena^,

D^un déterré, bref, d'un qui n'a

Vu de longtemps plat ni marmite.

Il semblait, à me voir, que je fusse aux abois

Fieubet- auprès de Grois-Bois,

Tient contenance moins contrite,

Non qu'il se soit du tout privé

Des commodités de la vie ;

Même on dit qu'il s'est réservé

Sa cuisine et son écurie,

• Deux officiers qui s'étaient retirés à la Trappe. ' Fieubet s'était retiré aux Camaldules. où il vivait dans un appartement séparé.

LES DISTRACTIONS DE LA FONTAINK 't(t5

Des gens pour le service, le nécessaire enfin ; Un peu d'agréable ; et lui fin.

Cet exemple est fort bon à suivre :

J'en sais un meilleur ; c'est de vivre. Car est-ce vivre, à votre avis, Que de fuir toutes compagnies.

Plaisants repas, menus devis.

Bon vin, chansonnettes jolies, En un mot, n'avoir goût à rien ?

Dites que non, vous direz bien.

Je veux de plus qu'on se comporte Sans faire mal à son prochain :

Qu'on quitte aussi tout mauvais train -, Je ne l'entends que de la sorte.

Tant que Votre Altesse, Seigneur, Et celle encor du Grand-Prieur, Aurez une santé parfaite.

Je renonce à toute retraite.

Mais, dès qu'il vous arrivera Le moindre mal, on me verra Vite à Saint-Germain de la Truite Frère servant dun autre Ermite. Qui sera l'abbé de Chaulieu, Sur ce, je vous commande à Dieu.

A S. A. Sérémssime, MONSEIGNEUR LE DUC DE VENDOME.

Quand on croyait la campagne achevée, Et toute chose au printemps réservée.

Arrive un fait, sous les ordres d'un roi Né pour donner au monde entier la loi,

Sage et puissant, quand sur mer et sur terre,

Voulant la paix, quoiqu'il fasse la guerre

Avec succès, depuis plus de trente ans ;

Très bien servi par tous ses combattants,

Craint au dehors, au dedans chacun l'aime,

Tout se soumet à son pouvoir suprême,

Or je croyais devoir m'élendre sur ceci;

Car vous l'aimez, comme il vous aime aussi.

11 vous récrit (c'est beaucoup que d'écrire,

Pour un Roi tel qu'est le Roi notre sire) !

Avec des mots d'estime et d'amitié ;

Et je n'en dis encor que la moitié.

Venons au fait. En Piémont notre armée,

Sous Catinat à vaincre accoutumée.

Complètement a battu l'ennemi,

Et la victoire a pris notre parti.

De Câlinai je dirai quelque chose.

Sur lui le Prince à bon droit ne repose :

Ce général n'a guère son pareil ;

Bon pour la main, bon pour le conseil.

De vous, Seigneur, on en peut autant dire ;

Et quelque jour je veux encor l'écrire :

C'est mon dessein. Sur ce, je finirai,

Vous assurant que je suis et serai

De Votre Altesse humble servant et poète.

Qui tous honneurs et tous biens vous souhaite

Ce mot de biens, ce n'est pas un trésor ;

Chacun sait que vous méprisez l'or.

J'en fais grand cas; aussi fait sire Pierre,

Et sire Paul, enfin toute la terre ;

Toute la terre a peut-être raison.

Si je savais qvielque bonne oraison.

Pour en avoir, tant que la paix se fasse,

Je la dirai de la meilleure grâce

Que j'en dis onc : grande stcrililé

Sur le Parnasse en a toujours été.

Qu'y ferait-on, Seigneur ? Je me console,

Si vers Noël l'abbé me tient parole,

Je serai Roi : le sage l'est- il pas ?

Souhaiter l'or, est-ce l'être ? Ce cas

Mérite bien qu'avec vous je m'en rapporte :

Je tiens la chose à résoudre un peu forte.

A MESDAMES d'HERVART, de VIRVILLE ET DE GOUVERNET.

Aux Muses.

Intendantes du Parnasse, Si de traits remplis de grâce Vos faveurs ornent les vers Dont j'entretiens l'univers, Aujourd'hui je vous implore Donnez à ma voix encore L'éclat et les mêmes sons Qu'avaient jadis mes chansons.

Toute la Cour d'Amathonte Etant à Bois-le-Vicomte, Muses, j'ai besoin de vous, Venez donc de compagnie Par vos charmes les plus doux Ressusciter mon génie Je sens qu'il va décliner ; C'est à vous de lui donner

Des forces toutes nouvelles , Car je veux louer trois belles ; Je veux chanter haut et net Virville, Hervart, Gouvernet.

J'en ferai mes trois déesses Leur donnant à ma façon, Et l'Amour pour compagnon Et les Grâces pour hôtesses, J'y joindrai les menus dieux Qu'Hervart a pour satellites ; De leurs troupes favorites S'accompagnant dans les lieux Où LuUi règne et Molière Le Sermon voit rarement Une telle fourmilière ; Ce n'est pas leur élément :

Hervart alors congédie Presque la moitié de ses gens ; A Vénus, sa bonne amie, Les prêtant pour quelque temps.

Tout en est plein dans l'ombrage Qui n'eut jamais son pareil.

Il n'est forêt ni bocage Plus ennemis du soleil.

Dans ses réduits les moins sombres Se cache aisément l'Amour, Sous l'épaisseur de leurs ombres Je pourrais bien quelque jour Laisser mon cœur en otage.

Le reste du composé Est l'être le plus volage Dont Dieu se soit avisé.

Comme il y a longtemps que vous vous mêlez de mes

alTaires, vous savez aussi biea que moi que ce que je dis est véritable. S'il était possible que vous fixassiez le Mercure pour quelques jours, je me hasarderais d'aller trouver les personnes dont il s'agit : mais de demeurer tranquille à Bois-le- Vicomte pendant qu'on répétera à Paris mon Opéra', c'est ce qu'il ne faut espérer d'aucun auteur, quelque sage qu'il puisse être. Je resterai donc en un lieu où je vas et viens comme bon me semble, et où je puis cacher ma marche quand il me plaît : ce sera autant de danger que j'éviterai. Toutes Muses que vous êtes, entreprendriezvous de me préserver du péril à quoi je m'exposerais en m'allant enfermer dans un château où Mme d'Hervart et ses nièces n'épargnent âme vivante, et me retiendraient par enchantement contre tout droit d'hospitalité ? Que deviendrais-je avec mon humeur volage, et qui ne saurait souffrir nul attachement ? Il me siérait bien de faire là le passionné et le chevalier errant, moi qui ne serais pas reçu écuyer du moindre des héros de tous les livres d'Armadis.

O ! si j'avais un empire, Si j'étais roi du Pérou ! . . .

Je vois qu'Hervart va me dire :

(( Votre souhait est bien fou.

Si vous aviez des couronnes, Eli bien ! qu'est-ce que cela ?

Feriez-vous de nos personnes La conquête à ce prix-là ?

Vienne Jupiter lui-même, Et le Dieu qui fait qu'on aime, Ayant pour eux le Destin, Ils y perdront leur latin. »

l L'A^itrée, tragédie lyrique ; musique de Colasse.

Pour VOUS récompenser de vos vœux et vous payer de

votre monnaie, voici ce qui vient de me venir dans la

pensée.

O ! si le Dieu du Parnasse

Avait inspiré Golasse

Comme Ion dit qu'il a fait,

La chose irait à souhait.

Selon toutes les merveilles

Qu'on en dit présentement,

Les yeux n'auraient nullement

se moquer des oreilles.

ÉLÉGIE

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