‹ Les distractions de La FontaineChapitre 104 sur 109 · POUR M. L. C. D. C · texte numérisé non relu

POUR M. L. C. D. C

Vous demandez, Iris, ce que je fais.

Je pense à vous, je m'épuise en souhaits.

Etre privé de les dire moi-même,

Aimer beaucoup, ne point voir ce que j'aime ;

Craindre toujours quelque nouveau Rival,

Voilà mon sort. Est-il tourment égal ?

Un amant libre a le ciel moins contraire,

Il peut vous rendre un soin qui peut vous plaire ;

Ou s'il ne peut vous plaire par des soins.

Il peut mourir à vos pieds tout au moins :

Car je crains tout, un absent doit tout craindre,

Je prends l'alarme aux bruits que j'entends feindre.

On dit tantôt que votre amour languit,

Tantôt qu'un autre a gagné votre esprit ;

Tout m'est suspect, et cependant votre âme,

Ne peut sitôt brûler d'une autre flamme.

Je la connais, une nouvelle amour

Est chez Iris l'œuvre de plus d'un jour.

Si l'on m'aimait, je suis sûr que l'on m'aime :

Mais m'aimait-on ? Voilà ma peine extrême,

Dites-le moi, puis le recommencez ;

Combien ? cent fois. INon, ce n'est pas assez

Cent mille fois ? hélas ! c'est peu de chose.

Je vous dirai, chère Iris, si je l'ose,

Qu'on ne le croit qu'au milieu des plaisirs

Que rilyménée accorde à nos désirs.

Même un tel soin là- dessus nous dévore.

Qu'en le croyant on le demande encore :

Mais c'est assez douter de votre amour, Doutez-vous point du mien à votre tour ? Je vous dirai que toujours même zèle.

Toujours ardent, toujours pur et fidèle Règne pour vous dans le fond de mon cœur, Je ne crains point la cruelle longueur D'une prison où le sort vous oublie, Ni les vautours de la mélancolie.

Je ne crains point les languissants ennuis. Les sombres jours, les inquiètes nuits, Les noirs moments, l'oisiveté forcée, Ni tout le mal qui s'offre à la pensée. Quand on est seul, et qu'on ferme sur vous Porte sur porte, et verrous sur verrous. Tout est léger : mais je crains que votre âme Ne s'attiédisse, et s'endorme en sa flamme. On ne préfère après m'avoir aimé.

Quelque Amant libre à l'Amant enfermé.

{OEuvres Postliuines.)

A Monsieur LE CHEVALIER DE SILLERY.

Ce -28 août 1692.

Jamais nos combattants n'ont été si hardis ; Nos moindres Fantassins sont autant d'Amadis.

La présence du Roi, ses ordres, son exemple

Quel Roi ! c'est aux neuf Sœurs de lui bâtir un Temple. Mon Art ne suffît pas pour de si hauts projets. Les soins, dis-je, du Prince animant ses Sujets, On prend des murs Quelsmurs! vraisrempartsdela Flandre, Qu'un autre que Louis serait dix ans à prendre. Ah ! si le ciel voulait que nous eussions le tout 1 Quel pays ! vous voyez ses défenseurs à bout. Je n'en dirai pas plus ; notre Roi n'aime guères Qu'on raisonne sur ces matières.

Voilà bien des Quels entassés les uns sur les autres, et une figure bien répétée ; si faut-il pourtant l'employer sur ce qui regarde Monsieur le Duc.

Quel Prince ! Xoiis savons quil s'esf trouvé partout ; Que dédaignant le bruit d'une valeur commune,

Il s'est distingué Jusqu'au bout, Que Francœur, Jolicœur, Jolibois, La Fortune, Grenadiers, gens sans peur, vrais suppôts de Césars, Avec moins de plaisir s'exposent aux hasards. Tel on voit qu'un lion, roi de l'ardente plage,

De sang et de meurtre altéré, Porte sur les chasseurs un regard assuré, Et les fait du péril entrer tous en partage.

Je change en cet endroit de style et de langage. Ne vous semble-t-il pas que je m'en suis tiré Ainsi qu'un Voyageur en des bois égaré ?

Il nous faut reprendre nos brisées ; Les Muses ne sont pas sur ce Prince épuisées. Quel plaisir pour celui dont il reçut le jour Le bon sens et l'esprit, conducteurs du coui'age, Sont des CONDÉS enfin l'ordinaire apanage. Moi, j'en tiens cent louis, chacun m'en fait la cour.

11 a déifié ma veine ;

Mes soins en valaient- ils la peine ?

Il ne s'en faut point étonner.

Que ne lui vit-on pas donner

Dans le temps qu'il tint cour plénière

Pour une Jèle singulière ?

Chantilly Jul la Scène, objet délicieux. Sans que toutjàtparjait, chacun fit de son mieux.

Tous, rapportèrent de ces lieux

De grosses et notables sommes.

Il a payé comme les Dieux

Ce qu'ils ont J ait comme des hommes.

Il n'est bruit ici que de votre Prince. Tout le monde lui attribue l'avantage que nous avons remporté au combat de Steinkerque. C'est là un fort beau sujet de Poème, le caractère du Héros, l'action et les circonstances ; il n'y manque rien que le bon Homère ou le bon Virgile, si vous voulez ; car pour votre poète, il ne faut plus vous y attendre ; je suis épuisé, usé, sans nul feu, et ne sais comme j'ai pu tirer de ma tête ces derniers vers. Quand je dis que je suis sans feu, c'est de celui qui a fait les Fables et les Contes que je veux parler ; car d'ailleurs je ne suis pas avec

moins d'ardeur que j'étais il y a dix ans, Monsieur, votre très-humble et très obéissant serviteur et poète.

Ces vers ont été commencés incontinent après la prise de Namur, et avant les dernières actions de Monsieur le Duc. Je les ai continués sur ce Plan, car que ce Prince me constitue toujours en de nouveaux frais par de nouveaux témoignages de sa valeur, ni moi à l'âge de vingt-cinq ans, ni tète d'homme n'y suffirait.

[OEuvres Posthumes.)

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