STANCES
SUR LA. SOUMISSION QUE l'o>' DOIT A DIEU.
Heureux qui, se trouvant trop faible et trop tenté. Du monde enfin se débarrasse !
Heureux qui, plein de charité,
Pour servir son prochain y conserve sa place !
Différens dans leur vue, égaux en piété, L'un espère tout de la grâce,
L'autre appréhende tout de sa fragilité.
Ce monde, que Dieu même exclut de son partage,
N'est pas le monde qu'il a fait.
C'est ce que l'homme impie ajoute à son ouvrage, Qui fait que son auteur le condamne et le hait. Observez seulement le peu qu'il vous ordonne
Et, sans cesse le bénissant.
Usez de son présent, mais tel qu'il vous le donne, Et vous n'aurez rien fait qui ne soit innocent.
LES DISTRACl'IOXS DE LA FONTAINE 415
Crois-tu que le plaisir qu'en toute la nature
Le premier être a répandu
Soit un piège qu'il a tendu
Poursurprendre la créature ?
Non, non ; tous ces biens que tu vois Te viennent d'une main et trop bonne et trop sage, Et, s'il en est quelqu'un dont ses divines lois
Ne te permettent pas l'usage, Examine-le bien, ce plaisir prétendu,
Dont l'appât tâche à te séduire, Et tu verras, ingrat, qu'il ne t'est défendu
Que parce qu'il te pourrait nuire.
Sans ses lois et l'heureux secours
Qu'elles te fournissent sans cesse.
Comment, avec tant de faiblesse, Pourrais-tu conserver et tes biens et tes jours ? Exposé chaque instant à mille et mille injures. Rien ne rassurerait ton cœur épouvanté, Et ces justes décrets contre qui lu murmures
Font ta plus grande sûreté.
Voudrais- tu que la Providence Eût réglé l'univers au gré de tes souhaits,
Et qu'en te comblant de bienfaits, Dieu t'eût encor soustrait à son obéissance?
Quelle étrange société Formerait entre nous l'erreur et l'injustice. Si l'homme indépendant n'avait que son caprice
Pour conduire sa volonté !
416 LES DISTRACTIONS Bb. LA FONTAINE