‹ Les distractions de La FontaineChapitre 68 sur 109 · VIRELAI SUR LES HOLLANDAIS · texte numérisé non relu

VIRELAI SUR LES HOLLANDAIS

A vous, marchands de fromage, Salut, révérence, hommage, A vous, marchands de fromage.

C'est à vous d'èlre en ombrage De ce terrible équipage Qu'on fait sur votre rivage.

C'est vous pécheurs de haran, C'est vous, vendeurs de safran.

Qui prétendez d'un fromage Faire au soleil un écran ?

Peuple hérétique et maran, Ennemi du Vatican, Sur qui va fondre l'orage.

Lf.S DISTRACTIONS DE LA FONTAINE 2i5

C'est trop faire de cancan Et parler en maître Jean ; Il faut changer de langage, Et baisser de plus d'un cran Cette fierté de courage.

En vain votre aréopage, Votre nouvelle Carlhage, Met toute chose en usage 'Pour détourner l'ouragan, Et vous sauver du naufrage La foudre part du uuage, El va sécher marécage, Rompre digue et ouatergan', Vous avez beau mettre en gage La jupe et le calandran.

Appeler le Castillan, Le Walon et le Flaman, Le Maure et l'Européan ; Vous avez beau, comme un pan.

Déployer votre plumage.

Et faire grand clalage De bois, de ma s, de cordage, Et de soldats de louage ; Votre lâche paysan, Plus poltron à l'abordage Et plus timide qu'un fan.

Tournera bientôt visage, Et sera comme un crocan.

Mandez lettres et message CliPz le Goth et lAlleman, Et dans tout le voisinage ;

» Bourbier.

Criez au meurtre, à l'outrage :

« Un me l'ille, on me saccage ; »

Proposez un arbitrage.

OfTiez des places d'otage ; Eus^iez-vous pour partisan Belzébut, Léviathan, Et les pages de Satan, Makré votre tripotage, Et votre patelinage, Notre roi, vaillant et sage, Notre invincible sullan Ruinera ville et pacage, Mettra votre or au pillage.

Vos personnes au carcin.

Et vos meubles à l'encan.

Ainsi l'on voit le milan.

A travers ronce et feuillage, Fondre dessus lorlulau, La corneille ou le faisan ; De même le cormoran Gobe dans l'eau l'éperlan, La sardine, et le merlan.

Jamais le grand Tameilau Ne lit chez le musulman Tant de bruit ni de ravage, Lorsqu il vainquit le f'ersan.

Extermina le Soudan, Et qu il mit en escla^age L'illustre mahométan Qu'il traîna dans une cage.

De son heureux mariage Avec ITnfante du Tage Doit naitre un puissant lignage,

LES DISTRACIIONS l,E l.A I'( NIAINF. 'l'A'i

Qui poik'ia le cinuigt'

Jusqu'aux leires du Liban,

Qui détruira l'AIcoran,

Et du monarque otloniau

Arracliera le tuiban.

Tandis, pour apprentissage,

Il verra dans son bas âge

Louis commencer lou\rage,

Lui tracer roule et passage,

Et dun superbe héritage

Augmenter son apanage.

Je ne suis soicier ni mage,

Mais je prédis, et je gage.

Qu'on verra croître 1 herbage

Dans les places d'Amsterdan,

Que Dordrechl et Uotterdan

Ne seront qu'un ermitage.

Qu'un lieu dësci t et sauvage.

Cro>(z-inoi. pliez bagage.

Rompez Iralic et nién.igc.

Vendez cruches et laitage,

Et passez à 1 indostan,

Dans quelque ile de sauvage.

De nègre ou d'anthropophage :

Allez chez le prêtre Jean

Débiter i'orviétan,

La clinquaille et le ruban.

Et faire le personnage

De médecin, d'artisan,

De juif ou de charlatan.

Mais, ma foi, c'est grand dommage

De s'amuser davantage

A barbouiller cette page

Pour y peindre votre image ; Et chercher depuis Adan Depuis Sem, Japhel el Can, Jusques aux neiges d'antan.

Toutes les rimes en an, Pour les avaleurs de bran.

Bonjour, bonsoir, et bon an.

Quand le pinson au bocage Commencera son ramage ; Dès que le premier fourrage Nous permettra le voyage.

Vous verrez que mon présage iS'est rien moins qu'un badinage, Et qu'un conte de roman.

A vous, marchands de fromage, A vous, pécheurs de haran.

Salut, révérence, hommage A vous marchands de fromage.

LETTRE DE MAD\ME Dtî MO>TMOUE>CY AU COMTE DE BLSSY.

A Bagaolet, ce J" may 1072.

^'aurai-je point aussi de vos Rondeaux et de vos lioutsrimés. Votre Diable m'a permis de vous en demander, il dit que les injures en vers n'ofTensent point. Je ne sais si les Hollandais penseront de même du Virelav qu'on apporta hier à Madame de Nemours contre eux.

On dit qu'il est de la Fontaine, je vous l'envoie.

ÉPITAPIIE DE MOLIÈRE.

Sous ce tombeau gisent Plaute et Térence,

Et cependatitjle seul Molière y gît.

Leurs trois talents ne formaient qu'un esprit

Dont le bel art réjouissait la France.

Ils sont partis ! et j'ai peu d'espérance

De les levoir. Malgré tous nos efîorls,

Pour un long temps, selon toute apparence,

Térence, et Plaute, et Molière, sont morts.

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