PREFACE XV
nommé, ne fut point reçu et resta longtemps, ainsi que l'Académie, dans lincertitude. Enfin une nouvelle place vaqua, l'Académie nomma Boileau. Le Roi, lorsqu'on lui demanda son agrément l'accorda en ajoutant. « Maintenant vous pouvez recevoir La Fontaine. » (L. Racine).
Saint-Simon raconte à propos de cette élection qu'un des adversaires les plus acharnés était Rose, secrétaire du Roi.
Rose avait été secrétaire de Mazarin, qui lui avait enseigné lart que lui-même possédait de contrefaire l'écriture. « Sa plume dit Saint-Simon l'avait entretenu dans une sorte de commerce avec le Roi, et quelquefois d'affaires qui demeuraient ignorées des ministres. Avoir la plume, c'est être faussaire public, et faire par charge ce qui coûterait la vie à tout autre. Cet exercice consiste à imiter si exactement l'écriture du Roi qu'elle ne se puisse distinguer de celle que la plume contrefait, et d'écrire en cette sorte toutes les lettres que le Roi doit ou veut écrire de sa main . .
Il n'est pas possible de faire parler un grand Roi avec plus de dignité que faisait Rose, ni plus convenablement à chacun. . . .
A la suite d'une grande colère après M. le prince. Rose alla trouver le Roi dans son cabinet^ et tout résolument lui demanda la permission de lui faire une question peutêtre un peu sauvage.
Le Roi fort accoutumé à lui et à sa goguenardise, car il était plaisant et fort salé, lui demanda ce que c'était.
« Ce que c'est, Sire, lui répondit Rose d'un visage enflammé, c'est je vjus prie de me dire si nous avons deux Rois en France »
— Qu'est-ce à-diie ? dit le Roi surpris et rougissant à son tour. »
Je pourrais continuer les citations, mais elles trouveront leur place ailleurs, et retournons à La Fontaine.
La Fontaine fut reçu à l'Académie le 2 mai i684 à la place de Colbert.
Dans son discours après avoir prononcé l'éloge de Richelieu, il fait celui de Louis XIV.
« Enfin noire prince a mis cette compagnie en si haut
point, que les personnes les plus élevées tiennent à l'honneur d être ie ce corps. Moi. qui vous en faille remerciment, je ne puis paraître sans vous faire regretter celui à qui je succède dans celte place, homme dont le nom ne mourra jamais, ... il aimait les lettres et les savants, il les a favorisés autant qu'il a pu. . . .
Il est bon de se souvenir que La Fontaine fut le seul des hommes de son temps qui ne reçut pas de pension du Roi. Et plus loin, continuant son discours.
« Le nom de Louis ne tient-il pas lieu à nos alliés de légions et de flottes !• Quelques-uns se sont étonnés qu'il ait bien voulu recevoir de vous le même litre que des souverains tiendraient à honneur qu'il eût reçu d'eux : mais pour moi je m'étonnerais s'il l'eût refusé : y a-t-il rien de trop élevé pour les lettres ? Alexandre ne considérait-il par son précepteur comme une des principales personnes de son Etat. »
Il fit aussi cette épigranime.
Colbert jouissait par avance De la place do chancelier, Et sur cela pour Le Tellicr Ou vil gémir toute la France.