‹ Les distractions de La FontaineChapitre 75 sur 109 · A M-"^ DE LA FAYETTE · texte numérisé non relu

A M-"^ DE LA FAYETTE

EN LUI ENVOYANT C.N PETIT BlLLAKD.

Ce Billard est pelit, ne l'en prisez pas moins, Je prouverai par bons témoins, Qu'autrefois Vénus en fit faire Un tout semblable pour son Fils.

Ce plaisir occupait les Amours et les Ris,

Tout le peuple enfin de Cythèrc, Au joli jeu d'aimer je pourrais aisément Comparer après tout ce divertissement.

Et donner au billard un sens allégorique, Le But est un cœur fier ; la Bille un pauvre Amant. La Passe et les Billards, c'est ce que l'on pratique Pour toucher au plutôt l'objet de son amour. Les Belouses, ce sont maint périlleux détour, Force pas dangereux où souvent de soi-même

On s'en va se précipiter, Où souvent un Rival s'en vient nous y jeter

Par adresse et par statagème.

Toute comparaison cloche, à ce que l'on dit, Celle-ci n'est qu'un jeu d'esprit Au-dessous de votre génie.

Que vous dirai-je donc pour vous plaire, Uranie ? Le Faste l'Amitié sont deux Divinités Enclines, comme on sait, aux libéralités. Discerner leurs présents n'est pas petite affaire, LAmitié donne peu, le Faste beaucoup plus,

Beaucoup plus aux yeux du vulgaire.

Vous jugez autrement de ces dons superflus.

Mon Billard est succint, mon Billet ne l'est guère, Je n'ajouterai donc à tout ce long discours, Que ceci seulement, qui part d'un cœur sincère. Je vous aime, aimez-moi toujours.

(OEuvres Posthumes.)

Page 1