LE FLORENTIN
Satire sur le même sujet que l'épitre suivante.
Le Florentin Montre à la fin Ce qu'il sait faire :
Il ressemble à ces loups qu'on uourrit, et fait bien, Car un loup doit toujours garder son caractère,
Comme un mouton garde le sien.
J'en étais averti ; l'on me dit : i'renez garde ; Quiconque s'associe avec lui se hasarde : Vous ne connaissez pas encor le Florentin, C'est un paillard, c'est un mâtin.
Qui tout dévore.
Happe tout, serre tout ; il a triple gosier. Donnez-lui, fourrez- lui, le glout demande encore : Le roi même aurait peine à le rassasier
Malgré tous ces avis, il me fît travailler.
Le paillard s'en vint réveiller Un enfant des neuf Sœurs ; enfant à barbe grise.
Qui ne devait en nulle guise Être dupe : il le fut, et le sera toujours. Je me sens né pour être en butte ans. méchants tours. Vienne encore un trompeur, je ne tarderai guère.
Celui-ci me dit : veux-tu faire, Presto, presto, quelque opéra, Mais bon ? ta muse répondra Du succès par devant notaire.
Voici comment il nous faudra Partager le gain de lafTaire.
IS'ous ne ferons deux lots, l'argent et les chansons :
Largent poir moi, pour toi les sons :
Tu l'entendras chanter, je prendrai les testons ;* Volontiers je paye en gambades, J'ai huit ou dix trivelinades Que je sais sur mon doigt; cela joint à l'honneur De travailler pour moi, te voilà grand seigneur. Peut-être n'est-ce pas tout à fait sa harangue ;
Mais s'il n'eut ces mots sur la langue, Il les eut dans le cœur. Il me persuada,
A tort, à droit me demanda Du doux, du tendre, et semblables sornettes,
Petits mots jargons d'amourettes Confits au miel ; bref, il nienqainaiida. Je n'épargnai ni soins ni peines Pour venir à son but et pour le contenter :
Mes amis devaient m'assister ; J'eusse, en cas de besoin, disposé de leurs veines. Des amis ! disait le glouton, En a-t-on ? Ces gens te tromperont, ôteront tout le bon, Mettront du mauvais en la place.
Tel est l'esprit du Florentin :
Soupçonneux, tremblant, incertain
1 Pièce de monnaie en argent, ^alant à celte époque i livre 3 (loiiicrs.
Jamais assez sur de son gain.
Quoi que Ion dise ou que l'on fasse.
Je lui rendis en vain sa parole cent fois ;
Le b. . . . avait juré de m'amuser six mois.
Il s'est trompe de deux ; mes amis, de leur grâce .
Me les ont épargnés, l'envoyant où je crois Qu'il va bien sans eux et sans moi.
Voilà l'histoire en gros : le détail a des suites Qui valent bien d'être déduites ; Mais j'en aurais pour tout un an, Et je ressemblerais à Ihoinme de Florence, Homme long à conter, s'il en est un en France. Chacun voudrait qu'il fût dans le sein d'Abraham. Son architecte, et son libraire.
Et son voisin, et son compère, Et son beau-père.
Sa femme, et ses enfants, et tout le genre humain Petits et grands, dans leurs prières.
Disent le soir et le malin :
Seigneur par vos bontés pour nous si singulières, Délivrez-nous du Florentin.