‹ Les distractions de La FontaineChapitre 76 sur 109 · LE FLORENTIN · texte numérisé non relu

LE FLORENTIN

Satire sur le même sujet que l'épitre suivante.

Le Florentin Montre à la fin Ce qu'il sait faire :

Il ressemble à ces loups qu'on uourrit, et fait bien, Car un loup doit toujours garder son caractère,

Comme un mouton garde le sien.

J'en étais averti ; l'on me dit : i'renez garde ; Quiconque s'associe avec lui se hasarde : Vous ne connaissez pas encor le Florentin, C'est un paillard, c'est un mâtin.

Qui tout dévore.

Happe tout, serre tout ; il a triple gosier. Donnez-lui, fourrez- lui, le glout demande encore : Le roi même aurait peine à le rassasier

Malgré tous ces avis, il me fît travailler.

Le paillard s'en vint réveiller Un enfant des neuf Sœurs ; enfant à barbe grise.

Qui ne devait en nulle guise Être dupe : il le fut, et le sera toujours. Je me sens né pour être en butte ans. méchants tours. Vienne encore un trompeur, je ne tarderai guère.

Celui-ci me dit : veux-tu faire, Presto, presto, quelque opéra, Mais bon ? ta muse répondra Du succès par devant notaire.

Voici comment il nous faudra Partager le gain de lafTaire.

IS'ous ne ferons deux lots, l'argent et les chansons :

Largent poir moi, pour toi les sons :

Tu l'entendras chanter, je prendrai les testons ;* Volontiers je paye en gambades, J'ai huit ou dix trivelinades Que je sais sur mon doigt; cela joint à l'honneur De travailler pour moi, te voilà grand seigneur. Peut-être n'est-ce pas tout à fait sa harangue ;

Mais s'il n'eut ces mots sur la langue, Il les eut dans le cœur. Il me persuada,

A tort, à droit me demanda Du doux, du tendre, et semblables sornettes,

Petits mots jargons d'amourettes Confits au miel ; bref, il nienqainaiida. Je n'épargnai ni soins ni peines Pour venir à son but et pour le contenter :

Mes amis devaient m'assister ; J'eusse, en cas de besoin, disposé de leurs veines. Des amis ! disait le glouton, En a-t-on ? Ces gens te tromperont, ôteront tout le bon, Mettront du mauvais en la place.

Tel est l'esprit du Florentin :

Soupçonneux, tremblant, incertain

1 Pièce de monnaie en argent, ^alant à celte époque i livre 3 (loiiicrs.

Jamais assez sur de son gain.

Quoi que Ion dise ou que l'on fasse.

Je lui rendis en vain sa parole cent fois ;

Le b. . . . avait juré de m'amuser six mois.

Il s'est trompe de deux ; mes amis, de leur grâce .

Me les ont épargnés, l'envoyant où je crois Qu'il va bien sans eux et sans moi.

Voilà l'histoire en gros : le détail a des suites Qui valent bien d'être déduites ; Mais j'en aurais pour tout un an, Et je ressemblerais à Ihoinme de Florence, Homme long à conter, s'il en est un en France. Chacun voudrait qu'il fût dans le sein d'Abraham. Son architecte, et son libraire.

Et son voisin, et son compère, Et son beau-père.

Sa femme, et ses enfants, et tout le genre humain Petits et grands, dans leurs prières.

Disent le soir et le malin :

Seigneur par vos bontés pour nous si singulières, Délivrez-nous du Florentin.

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