SUR LE MÊME SUJET QUE LA. PIEGE PKÉGÉDENTE
"Vous trouvez que ma Satire Eût pu ne se point écrire.
Et que tout ressentiment, Quel que soit son fondement,
Sœur de M'"" de Montcspan.
La plupart du temps peut nuire, Et ne sert que rarement.
J'eusse ainsi raisonné, si le Ciel m'eût fait Ange,
Ou Thiange ; Mais il m'a fait Auteur, je m'excuse par là:
Auteur, qui pour tout fruit moissonne Un peu de gloire. On le lui ravira,
Et vous croyez qu'il s'en taira ?
Il n'est donc plus Auteur : la conséquence est bonne.
S'il s'en rencontre un qui pardonne, Je suis cet indulgent. S'il ne s'en trouve point, Blâmez la qualité, mais non pas la personne. Je pourrais alléguer encore un autre point ; Les conseils. Et de qui ? du Public ; c'est la Ville, C'est la Cour, et ce sont toutes sortes de gens,
Les Amis, les indifférents, Qui m'ont fait employer le peu que j'ai de bile. Ils ne pouvaient souffrir cette atteinte à mon nom.
La méritais-je ? On dit, que non.
Mon Opéra, tout simple, et n'étant, sans spectacle. Qu'un Ours qui vient de naître, et non encor lèche, Plaît déjà. Que m'a donc Saint-Germain reproché ? Un peu de Pastorale ; enfin ce fut l'obstacle. J'introduisais d'abord des Bergers ; et le Roi Ne se plaît à donner qu'aux Héros de l'emploi. Je l'en loue. Il fallait qu'on lui vantât la suite : Faute de quoi, ma Muse aux plaintes est réduite. Que si le Nourrisson' de Florence eût voulu.
Chacun eût fait ce qu'il eût pu.
Celui qui nous a peint un des travaux d'Alcide,
(Je ne veux dire Euripide,)
' Lulli. né à IToieiice.
LES DISTRACTIONS DE LA FON lAINE 287
Mais Quinault; Quinault donc pour sa pari aurait eu Sainl-Gennain', où sa Muse au grand jour eût paru
Et la mienne moins parfaite Eût eu du moins Paris, partage de cadette : Cadette, que peut-être on eût cru quelque jour Digne de partager en Aînée à son tour. Quelque jour j'eusse pu divertir le Monarque. Heureux sont les auteurs connus à cette marque ! Les neuf Sœurs proprement n'ont qu'eux pour favoris.
Qu'est-ce qu'un auteur de Paris ?
Paris a bien des voix ; mais souvent, faute d'une.
Tout le bruit qu'il fait, est fort vain. Chacun attend sa gloire, ainsi que sa fortune,
Du suffrage de Saint-Germain.
Le Maître y peut beaucoup, il sert dérègle aux autres ;
Comme Maître premièrement.
Puis comme ayant un sens meilleur que tous les nôtres Qui voudra l'éprouver, obtienne seulement.
Que le Roi lui parle un moment.
Ah ! Si c'était ici le lieu de ses louanges, Que ne puis-je en ces vers avec grâce parler
Des qualités qui font voler
Son nom jusqu'aux Peuples Étranges!
On verrait qu'entre tous les Rois,
Le nôtre est digne qu'on leslime ;
Mais il faut pour une autre fois
Réserver le feu qui m'anime.
Je ne puis seulement qu'étaler aujourd'hui Son esprit, et son goût à juger d'un ouvrage L'honneur et le plaisir de travailler pour lui. Ceux doni je me suis plaint m'ôtent cet avantage :
' La Cour.
Puis-je jamais vouloir du bien
A. leur cabale trop heureuse ?
D'en dire atissi du mal, la chose est dangereuse ;
Je crois, que je n'en dirai rien.
Si pourtant cet homme se pique D'un sentiment d'honneur, et me fait à son tour
Pour le Roi travailler un jour,
Je lui garde un panégyrique.
Il est homme de Cour : je suis homme de Vers :
Jouons-nous tous deux des paroles ;
Ayons deux langages divers,
Et laissons les hontes frivoles.
Retourner à Daphné vaut mieux que se venger. Je vous laisse d'ailleurs ma gloire à ménager. Deux mots de votre bouche et belle et bien disante,
Feront des merveilles pour moi.
Vous êtes bonne et bienfaisante,
Servez ma muse auprès du Roi.