‹ Les distractions de La FontaineChapitre 84 sur 109 · A SON ALTESSE SÉRÉNISSIME · texte numérisé non relu

A SON ALTESSE SÉRÉNISSIME

M0>St;iG>'EUU LE Pui^Cli DE Co.NTY.

Pleurez-vous aux lieux où vous êtes ?

La douleur vous suit-elle au fond de leurs retraites ?

Ne pouvez-vous lui résister ?

Dois-je enfin, rompant le silence ;

Ou la combattre, ou la flatter

Pour adoucir sa violence ?

Le Dieu de l'Oise est sur ces bords,

Qui prend part à votre souffrance.

Il voudrait les orner par de nouveaux trésors,

Pour honorer votre présence.

Si j'avais assez d'éloquence, Je dirais qu'aujourd'hui tout y doit rire aux yeux. Je ne le dirais pas ; rien ne rit sous les Gieux,

Depuis le moment odieux, Qui vous ravit un Frère aimé d'amour extrême :

Ce moment, pour en parler mieux,

Vous ravit dès lors à vous-même.

CONTY dès l'abord nous fit voir

Une âme aussi grande que belle.

Le ciel y mit tout son savoir ;

Puis vous forma sur ce modèle.

Digne du même encens que les dieux ont là-haut, Vous attirez des cœurs l'universel hommage. L'un et l'autre servait d'exemplaire et d'image :

Vous aviez tous deux ce qu'il faut

Pour être un parfait assemblage.

Je n'y trouvais qu'un seul défaut,

C'était d'avoir trop de courage.

Par cet excès on peut pêcher ;

CONTY méprise trop la vie.

A travers les périls pourquoi toujours chercher Les noms dont après lui sa mémoire est suivie ?

Ces noms qu'alors aucun n'envie,

N'ont rien là-bas de consolant :

Achille en est un témoignage

Il eut un désir violent

De faire honneur à son lignage, Il souhaita d'avoir un temple et des autels ;

Homère en ses vers immortels

Le lui bâtit ; sa propre gloire

Y dure aussi dans la mémoire

Des habitants de l'univers.

Cependant Achille aux enfers

Prise moins l'honneur de ce temple,

Que la cabane d'un berger.

Profitez-en ; c'est un exemple

Qui mérite bien d'y songer.

Songez-y donc. Seigneur, examinez la chose, D'autant plus qu'on ne peut y faillir qu'une fois.

L'Achéron ne rend rien ; si nos pleurs étaient cause

Qu'il révoquât ces tristes lois Nous reverrions CONTY : mais ni le sang des Rois,

Ni la grandeur, ni la vaillance Ne font changer du Sort la fatale ordonnance Qui rend sourd à nos cris le noir tyran des morts.

Ne vous fiez point aux accords

D'un autre Orphée ; a-t-il lui-même

Rien gagné sur la Parque blême ?

Il obtint en vain ses amours.

Tous deux avaient du Styx repassé les contours.

11 \it redescendre Eurydice.

Il protesta de l'injustice.

Il implora l'Olympe : et neuf jours et neuf nuits

Importuna de ses ennuis

Les Échos des rivages sombres.

Quand j'irais comme lui redemander aux ombres

Les CONTY, princes belliqueux.

On me dirait que le Cocyte

Ne considère aucun mérite ?

Je ne reviendrais non plus qu'eux.

Je ne vous dis ici que ce qu'a dit V^oiture, L'ami de Mécénas, Horace, dans ses sons L'avait dit devant lui ; devant eux la Nature

L'avait fait dire en cent façons.

Les neuf Sœurs et leurs nourrissons

Depuis longtemps en leurs chansons, Répètent que l'on va recommencer l'année,

Et que jamais la Destinée Ne permit aux humains le retour en ces lieux. Conservez donc, Seigneur, des jours si précieux. Que le temps sèche au moins vos larmes ; Celui que vous pleurez, loin d'y trouver des charmes.

En goûte un bonheui- moins parfait.

Je crains que les raisons ne soient de peu d'effet

Dans la douleur qui vous possède ; Mais le temps n'aura-t-il pour vous seul nul remède ?

{OEavres Posthumes).

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