SUR L'AIR DE JOQOSDE
Qaandje veux faire une chanson
Au parfait La Fontaine, Je ne puis rien tirer de bon
De ma timide veine.
Elle est tremblante en ce moment,
Je n'en suis pas surprise :
Devant lui mon faible talent
Ne peut être de mise.
'< Je crois en vérité que je ne serais jamais parvenue à faire une chanson pour vous, monsieur, si je n'avais en vue de m'en attirer une des vôtres ; vous me l'avez promise, et vous avez affaire à une personne qui est vive sur ses intérêts : songez que je vous assassinerai jusqu'à ce que vous m'ayez tenu votre parole. De grâce, monsieur, ne négligez point une petite muse qui pourrait parvenir si vous lui jetiez un regard favorable. "
Ce couplet et cette lettre, si ce qu'on me mande de Paris est bien vrai, nont pas coûté une demi heure à la demoiselle, qui quelquefois met de l'amour dans ses chansons, sans savoir ce que c'est qu'amour. Comme j'ai vu qu'elle ne me laisserait point en repos que je n'eusse écrit quelque chose pour elle, je lui ai envoyé les trois couplets suivants : ils sont sur le même air.
Paule, vous faites joliment
Lettres et chansonnettes :
Quelques grains d'amour seulement,
Elles seraient parfaites.
Quand ses soins au cœur sont connus,
Une muse sait plaire.
Jeune Paule, trois ans de plus
Font beaucoup à l'a flaire
Vous parlez quelque fois d'amour,
Paule, sans le connaître ; Mais j'espère vous voir un jour
Ce petit dieu pour maître.
Le doux langage des soupirs
Est pour vous lettre close :
Paule, trois retours de zéphyrs
Font beaucoup à la chose.
Si cet enfant dans vos chansons
A des grâces naïves, Que sera-ce quand ses leçons
Seront un peu plus vives ?
Pour aider Tesprit en ses vers
Le cœur est nécessaire ; Trois printemps sur autant d'hivers
Font beaucoup à l'affaire.
^'o^■ez, monsieur, s'il y avait là de quoi vous fâcher de ce que je ne vous envoie pas les belles choses que je produis. Il est vrai que j'ai promis une lettre au prince de Conti : elle est à présent sur le métier ; les vers suivants y trouveront leur place.
Un sot plein de savoir est plus sot qu'un autre homme
Je le fuirais jusques à Rome ;
Et j'aimerais mille fois mieux
Un glaive aux mains d'un furieux.
Que l'étude en certains génies
Ronsard est dur, sans goût, sans choix. Arrangeant mal ses mots, gâtant par son français Des Grecs et des Latins les grâces infinies. Nos a'i'eux, bonnes gens, lui laissaient tout passer, Et d'érudition ne se pouvaient lasser.
C'est un vice aujourd hui : l'on oserait à peine En user seulement une fois la semaine.
Quand il plait au hasard de vous en envoyer, Il faut les bien choisir, puis bien les employer, Très sûrs qu'avec ce soin l'on n'est pas sur de plaire. Cet auteur a, dit-on, besoin d'un commentaire : On voit bien qu'il a lu ; mais ce n'est pas l'aflaire ;
Qu'il cache son savoir, et montrn son esprit. Racan ne savait rien ; comment a-t-il écrit ? Et mille autres raisons, non sans quelque apparence. Malherbe de ces traits usait plus fréquemment. Sous lui la Cour n'osait ouvertement Sacrifier à l'ignorance.
Puisque je vous envois ces petits échantillons, vous en conclurez, s'il vous plaît, qu'il est faux que je fasse le mystérieux avec vous. Mais, je vous en prie, ne montrez ces derniers vers à personne, car M™« de la Sablière ne les a pas encore vus.