III. — Les tisanes
À côté de l’eau se rangent tout naturellement les tisanes auxquelles on n’a voulu reconnaître que le moyen de faire accepter l’eau. Mais il est bien probable que chacune agit par des principes minéraux ou des huiles essentielles, particulières à chaque espèce.
Cinq racines : Les cinq racines qui rentrent dans la composition du sirop diurétique du Codex 1908, sont d'usage très ancien. Ce sont les racines :
d'Asperge (Asparagus officinalis. Liliacée) ;
de Persil (Petroselinum sativum, Ombellifère) ;
d'Ache (Apium graveolens, Ombellifère) ;
de Fenouil (Feniculum dulce. Ombellifère) ;
de Fragon épineux (Ruscus aculeatus, Liliacée).
L'Asperge est déjà citée dans Hippocrate. Elle se retrouve dans Dioscoride et dans Gelse. Ambroise Paré la recommande fort. Au XVIII siècle, Lieutaud la range dans les diurétiques pour chroniques.
On la tenait à cette époque comme apéritive et diurétique “excitant l'appétit, provoquant l'urine « qu’elle rend fort puante », ajoute un auteur de ce temps. Quant à ses autres vertus : d’amollir le ven-
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tre, de dissoudre la pierre, d'empêcher le calcul, de porter à l'amour, elles sont fort discutées, et Desbois de Rochefort recommande de l’éviter dans l’inflammation.
Alibert en conteste l’action lithontriptique.
Le Persil lui aussi est cité par Hippocrate et reparaît chez Ambroise Paré. Il fut repris dans la thérapeutique de Trousseau et Pidoux.
Cerfeuil (Chaerophyllum Cerefolium, Ombellifère). Une autre ombellifère, le Cerfeuil, fut préconisée par Desbois de Rochefort, contre l’ascite. On se servait des feuilles et de la racine en bouillons apéritifs, tisanes, apozèmes, sirops, pour pousser les urines et les mois, et aussi dans les fièvres intermittentes, mais, dans ce dernier cas, c'était bien plutôt le quinquina qu'on y ajoutait, que le cerfeuil lui-même, qui guérissait sans doute les malades. Desbois disait qu'il ne peut être que très utile dans les maladies vénériennes. Mais il est plus facile de croire avec Rivière à ses vertus diurétiques. L'Ecole de Salerne disait d’ailleurs
Le jus de cerfeuil rompt la pierre Aisément comme on fait du verre, Et Ja pousse après hors du rein :
Le mesme jus avec du vin Provoque abondamment l'urine.
Elle lui attribuait même des propriélés contre le cancer :
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Appositum cancris tritum cum melle medetur Cum vino potum lateris sedare dolorem
Sœpe solet; tritam si nectis desuper herbam.
SϾpe solet vomitum ventremque tenere solutum.
Aujourd'hui encore on l'emploie dans l’apozème d'oseille composé.
L'Ache et le Fragon furent employés surtout avec les cinq racines, |
Bugrane (Ononis Arvensis, Papilionacées) :
Une autre racine très employée autrefois était la Bugrane ou Arrête-Bœuf qui contient beoucoup de nitrate de potasse.
Dioscoride la recommandait pour faire uriner, briser la pierre et guérir les hémorroïdes. De même Galien la regardait comme lithontriptique. Mathioli commentant Dioscoride ajoutait : « La racine d’arreste bœuf est fort singulière à rompre la pierre et à la faire sortir principalement quand les conduits par où passe l’urine sont estoupez. L'expérience en a été faite par plusieurs qui, ayant la pierre et buvant souvent de la poudre de cette racine avec du vin recouvrent leur première santé. » Au XV siècle, Pfister, puis Bergius, en 1790, lui attribuent une action efficace sur le sarcocèle et Mathioli en citait un cas guéri aussi par lui. Bergius la regardait comme capable de combattre l’ischurie provenant de calculs vésicaux. De même Simon Pauli et Boerhaave la préconisait pour purger les reins, Lieutaud la classait dans les diurétiques pour chroniques. On trouve même
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dans l'Histoire des plantes qui naissent aux environs de Paris, de Tournefort (1698) la remarque suivante : « Quelques-uns font infuser deux gros de l'écorce de racine d’arrête-bœuf dans un verre de vin blanc et le font boire dans la colique néphrétique lorsqu'il s’agit d'employer les diurétiques ».
Alibert en prescrivait une décoction de 16 gr. par litre dans la dysurie et l’eschurie,
Franck et Meyer la conseillaient dans l'hydropisie et Trousseau et Pidoux en faisaient un diurétique accessoire.
De nombreuses liliacées donnaient aussi leurs bulbes à la médecine diurétique.
Scille (Scilla officinalis, Liliacées).
La scille a été toujours considérée comme un excellent agent de diurèse. Celse la mettait au nombre des meilleurs. Galien vantait beaucoup le vin et le vinaigre scillitiques. Ambroise Paré se servait d’'oxymel scillitique. Lieutaud classe la scille dans les diuréliques pour chroniques.
Alibert en faisait un médicament expectorant.. Trousseau et Pidoux la regardent comme le plus puissant des diurétiques et lui reconnaissent aussi une action expectorante et émétique. Ils recommandent d'imbiber une flanelle de décoction de bulbes de scille et d'appliquer sur le ventre avec un imper- Mméable ; la diurèse qui s’en suit est très abondante.
Colchique (Colchicum autumnale, Colchicacée).
Dans Desbois de Rochefort, on trouve mentionné
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le colchique comme activant beaucoup le cours des urines dans l'hydropisie et l’œdème pulmonaire. Mais malgré l'opinion de M. Storck, il le trouve trop dangereux à manier.
Ail et oignon (Allium cepa et Allium sativum, Liliacées).
On voit dans Hippocrate et Celse que l'oignon et l'ail sont diurétiques. Nous avons vu que ces deux bulbes faisaient aussi partie de la médecine chinoise. Pline le recommande mélangé avec du fenouil contre l’hydropisie commençante. La cure des hydropisies par les oignons a eu ses jours de gloire et ses périodes d’oubli. Au XVII, Lemery en fit mention. Puis on n’en parla plus et ce ne fut qu’en 1840 que Serre, d’Alais, le remit en honneur. Il y eut de nombreuses discussions à ce sujet à Lyon et à Bordeaux. Puis il retomba de nouveau dans l'oubli. Enfin, tout récemment, MM. Mongour et Carles l'ont remis à la mode sous la forme de décoction d'oignons crus du dans vin blanc. Il est encore recommandé dans la médecine populaire en Poitou, sous forme de cataplasmes de pelures d'oignons.
Deux urticacées ont été beaucoup employées, la pariétaire et l’ortie.
Pariétaire (Parietaria officinalis, Urticacée).
La pariétaire est, en effet, une plante très commune, et Hippocrate la cite parmi les sucs diurétiques. Mathioli la tenait en grande estime : « C’est un