‹ Les divers Modes d'Intoxications par l'Œuf de PouleChapitre 22 sur 26 · RP EE · texte numérisé non relu

RP EE

AS "on

de ces intoxications, les thèses de Soria sur les « intoxications parles gâteaux à la crème »,de Corbin sur «les œufs etintoxications alimentaires » seront avantageusement consultées sur ce sujet.

Les accidents infectieux observés revétent tous des caractères communs.

19 Rapidité de leur apparition, dé 3 à 12 heures après l’ingestion de la crème. Beaucoup plus rarement les premiers symptômes ne font leur apparition que plusieurs jours aprés l’ingestion ;

2 Généralisation dans la plupart des cas, à tous les sujets qui ont consommé la crème toxique ;

39 Prédominance des symptômes gastro-iniestinaux réalisant un ensemble clinique de gastro-entérite aiguë banale. Il faut toutefois faire cette réserve que « la natureinfectieuse des accidents ne se laisse jamais oublier et se traduit par dés phénomènes généraux variables, dit Sacquépée ».

Dans la majorité des cas (80 % au moins), c’est cette forme de gastro-entérite infectieuse, évoluant en quelques jours vers la guérison qui est observée (Sacquépée, Lesné).Mais dans certaines observations que nous allons citer, l'atteinte a été plus grave, conduisant à la mort en ! à 8 jours, des sujets qui ont rapidement présenté les signes d’algidité et de défaillance cardiaque.

C’est cette dernière éventualité qui a marqué l’épi-

démie devenue classique de Cholet.

Les empoisonnements de Cholet, d'après Chantemesse.

« Le 4 novembre 1913, à l’occasion d'un mariage réunissant une cinquantaine de personnes à l'hôtel du Bon Laboureur à Cholet, trente-huit convives absorbèrent une certaine quantité de gâteau à la crème préparé la veille, et furent tous malades. Un ami de la famille qui n’assistait pas au dîner et qui vint saluer les mariés fut invité à manger du gâteau et tomba malade à son tour. Aucun des convives qui n'avaient pas absorbé de la crème ne fut indisposé.

« La gravité des symptômes attentivement observés par le Dr Rousseau, fut en raison directe de la quantité de crème

absorbée. Cependant un des compotiers de crème, parmi les

six,celui qui était à la table des mariés se montra particuliè-

rement meurtrier et occasionna cinq décès sur les dix connus.

Cette particularité frappa les esprits et ne manqua pas d’inspirer l’idée d’un attentat criminel. Les malaises ont commencé une ou deux heures après le repas chez quelquesuns, chez d’autres trois heures, cinq heures, douze heures et même quarante-huit heures plus tard. Leur violence fut d'autant plus marquée que leur apparition fut plus précoce. Ils ont consisté en coliques plus ou moins vives, en diarrhée puis en vomissements. Très peu de vomissements primitifs. Les selles étaient d’unefréquence extrême, souvent toutes les demi-heures, au début et alternant avec les vomissements. D'abord alimentaires, elles devenaient bilieuses, granuleuses, parfois riziformes, rougeätres ou teintées de sang.

Le ventre était à peine douloureux à la. pression ; pas de

de ton hEl d

très grandes coliques, sauf chez l’un des mariés dont les lésions gastro-intestinales se montrèrent, à l’autopsie, particulièrement accusées ; un peu de météorisme, anurie, crampes, douleurs musculaires généralisées, insomnie, agitation, peu de sub-délire, connaissance conservée. En somme, la symptomatologie rappelait un peu celle d’un empoisonnement par le choléra ou par un toxique minéral. Le premier convive qui ressentit un malaise mourut èn vingt-quatre heures, deux succombèrent en quarante-huit heures, trois au bout de cinq jours, trois autres entre le neuvième et le dixième jour et le dernier le quatorzième jour. Les autres victimes se rétablirent peu à peu non sans avoir subi de rechutes graves. Chez tous ces malades la fièvre fut minime entre 3705, 38 ; rarement et chez quelques patients moins atteints elle s’éleva à 390. La mort est survenue généralement par défaillance du cœur qui, dès le commencement, avait présenté de la tachycardie et de l’arythmie et des phénomènes de collapsus et de syncope.

« Le jour de ma venue à Cholet, ajoute Chantemesse, je procédai, avec les Dr Picot et Rousseau, à l’autopsie d’un homme qui venait de mourir depuis une heure. Grâce à ces conditions exceptionnellement favorables pour une recherche bactériologique, je pus retirer du cœur le microbe pathogène de la maladie.

Les lésions anatomiques ne rappelaient en rien celles de la fièvre typhoïde, elles consistaient essentiellement dans un état congestif très marqué des muqueuses de l'estomac et de l'intestin avec congestion et dégénérescence graisseuse

du foie et des reins. La rate présentait son volume normal

D. no ét les plaques de Peyer et les follicules clos de l'intestin n'étaient pas modifiés, Le sang était poisseux,noirâtre, fluide, et ne coagulait que lentement bien que la nature microbienne de l’empoisonnement fût établie d’une façon certaine par le laboratoire : aucun des malades qui ont regagné divers points de la ville ou de la campagne n'a créé autour de lui de foyer épidémique. Seuls deux cas de contagion ont été notés chez des sujets qui ont soigné les victimes dù banquet. 5

L’éxamen chimique de la crème montra l’absencé de tout fnétal toxique. L'examen bactériologique permit de découvrir dans la crème incriñminée et dans le sang d’un des malades üuñ bacille paratyphoïde mobile ne faisant pas ferménter la lactose, agglutinée par le sang d’un malade et pathogène pour les animaux.

Le bacille précédemment retiré du sang d’un malade ést absolument semblable au bacille décrit, c'est un bacillé mobile du groupe Gœrtnér qui, cultivé dans le crème, la rend aussi toxique que celle de Cholet.

Une question se pose : d’où venait lé gérme d’inféction dans la crème ? L'enquête a pérmis d'établir que là euisiuière avait, à plusieürs reprises, provoqué avec ses crèmes des accidents de gastro-entérite plus 6& moins graves : soit, éti 12 années, cinq épidémies évoluant avéc des accidents légers ou graves, mais nombreux. Cofiméñt relier tous ces cas les uns aux autrés, si la cuisinière n’est pas élle-même la

porteuse des germes qui, sans le vouloir, tranquillement et

innoceminent, sème dans les compotiers de crème, la toxi-

cité, l& maladie et la mort ?

« J'ai interrogé, ajouté Chanlemesse, cétte femme qui

int

a 100 ae n'avait, dit-elle, jamais été malade. Ellé à consenti à sé laisser prendre du sang avec des ventouses ; son sang n'aÿglutinait pas le bacille de la crème de Cholet ; mais, chose importante, les produits intestinaux de cette femme rentermaient en abondance le bacille en question, et une impureté de ses mains souillées et insuffisamment lavées pouvait bien facilement porter la contagion dans les compotiers de crème. La femme X... est donc depuis bien des années, uñe porteuse chronique de bacilles et c’est par méconnaissance de cet état, par l'absence de précautions que, depuis des années, elle sème la contagion obscure, cette contagion ne se manifeste avec éclat que lorsque les quelques germes répandus par cette femme rencontrent des conditions qui leur offrent l'amplitude de la multiplication. Le gâteau à la crème conservé dans un local chauffé et les heures de culture qui s’écoulent avant sa consommation, voilà le multi-

plicateur. »

Nous pouvons facilement multiplier les exemples. Voici maintenant lobservation résumée de MM. Lesné, Violle et Langle, extraite de la Presse Médicale du 13 octobre 1920 :

Le ar juin, au repas du midi, une fillette de r4 ans mange un « cornet à la crème » sans manifester le moindre dégoût. Âa> heures, brusquement, elle est prise de vémissémeénts d’abord. alimentaires, puis bilieux, persistant toute la nuit, se reproduisant environ à un quart d'heure d'intervalle. En mêmé temps diarrhée fétide et noirâtre.

À son entrée à l'hôpital le 22 juin, l'enfant est prostrée très

Page 1