‹ Les divers Modes d'Intoxications par l'Œuf de PouleChapitre 23 sur 26 · X. Benardeau · texte numérisé non relu

X. Benardeau

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abattue, cependant elle répond bien aux questions posées. Son facies assez particulier, yeux brillants et légèrement excavés, traits tirés, coloration bistre ou terreuse de la peau, n’était celui ni d’un typhique ni d'un cholérique. Ajoutons à cela une température aux environs de 4o°, un pouls petit, filant, battant à 128, enfin une anurie presque absolue.

Le 23 juin épistaxis peu abondante, spontanée.

Les choses s’arrangent et la malade quitte l'hôpital le 3 juillet, un peu fatiguée.

Deux autres enfants ayant mangé du même gâteau présentèrent des symptômes à peu près analogues.

Recherchant la cause de cet empoisonnement, ces auteurs firent des examens bactériologiques et chimiques de la crème. Ils constatèrent qu’elle contenait un nombre extraordinaire de germes qui, après coloration, culture, isolement et identification biochimique et sérique sont semblables au bacille du groupe paratyphique B. Bien plus, les sérums des trois enfants intoxiqués agglutinaient une race de paratyphiques B de l’Institut Pasteur à 1/00 en deux heures à la température du laboratoire.

Quant aux animaux à qui on fit ingérer du gâteau toxique, ils moururent au bout de quelques jours eton trouva dans

leurs organes et dans leurs déjections ces mêmes bacilles.

On voit ainsi comment des gâteaux peuvent être à la base d’épidémies localisées que les germes viennent de l'œuf lui-même ou qu'il y aiteu contamination au moment de la préparation des aliments, l’œuf étant un excellent milieu de culture.

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On a aussi voulu reconnaître une cause chimique aux intoxications par les œufs. Ces procédés chimiques de conservation ont été surtout incriminés.

Le décret du 15 avril 1949, l’arrêté du 28 juin 49142, et la circulaire du 3 août 1942 qui interdisent l'addition d’aucun produit chimique aux denrées alimentaires, en vue d'assurer leur conservation, doivent faire rejeter ces œufs de l’alimentation. Les procédés physiques étant seuls admis les accidents d'origine chimique ne devraient pas être envisagés. Néanmoins certains œufs étrangers entrent en France et sont livrés à la consommation sans qu’on ait le moindre renseignement sur leur passé, leur mode de conservation.

Nous n'insisterons pas sur la conservation des œufs liquides traités par l'acide borique et le chlorure de sodium. Les œufs ainsi traités sont additionnés d’essences aromatiques par les services douaniers dès leur entrée en France.

Il y a quelques années les œufs conservés par l'acide lactique étaient utilisés dans l’alimentation. Les travaux de Bordas ont montré que l'addition d’un mélange antiseptique peut empêcher la putréfaction des œufs mais non pas le développement des bactéries rendant ces œufs conservés par ce RE

dangereux pour le consommateur.

Conservation par la glycérine. — Ce procédé nous intéresse particulièrement ici car la glycérine utilisée peut être toxique par elle-même grâce aux

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impuretés qu’elle peut contenir, arsenic ou autres métaux toxiques. Or, comment contrôler l'emploi d’une glycérine chimiquement pure? Et même ces . conditions idéales étant réalisées, il n’est pas entièrement démontré que ce corps soit facilement éliminé par le foie ou par le rein.

En résumé, on voit que si les intoxications d’origine microbienne, sont fréquentes et clairement démontrées il n’en est pas de même des intoxications par toxiques minéraux, qui, si on en entrevoit la pos. sibilité (œufs conservés par la glycérine par exemple)

restent encore à prouver.

Etude clinique de l’anaphylaxie aux œufs.

Nous avons vu, à l'étude expérimentale qu'il était possible de reproduire chez l’animal des phénomènes anaphylactiques par sensibilisation digestive. Chez l’homme l'observation de Brabant montre que cetté sensibilisation peut être obtenue par voie cutanée (application de blanc d'œuf sur la peau) accrue par voie digestive pour aboutir à des phénomènes de grande anaphylaxie tant par voie digestive que parentérale.

Dans quelles circonstances peut-on parler d’anaphylaxie alimentaire ? Quand les accidents constatés surviennent à la suite d’ingestion d'aliments parfaitement frais et de bonne qualité, lesquels ne sont nocifs qu'exceptionnellement, pour certains sujets seulement et dans des conditions déterminées. :

Ces accidents sont de gravité très variable. Dans les formes aiguës on peut réellement parler d’anaphylaxie,ces accidents étant analogues à ceux décrits par Ch. Richet dans l’anaphylaxie expérimentale. Le caractère de ces accidents sont les suivants : Nous empruntons à Lesné et Dreyfus cette descrip-

tion, « pendant l’ingestion ou la suivant de très près apparaissent de façon explosive des symptômes

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qui sont tout à fait indépendants de la quantité d’albumine absorbée au point d’être provoqués par des doses infimes, ces symptômes consistent en douleurs abdominales très violentes tout particulièrement dans l’anaphylaxie aux œufs, en vomissements et diarrhée parfois sanglante ou au contraire constipation opiniâtre, en troubles généraux avec manifestations nerveuses, vasculaires, respiratoires ; à savoir agitation, puis faiblesse extrême,allant parfois jusqu’à la syncope, facies cholériforme avec hypothermie, abaissement notable de la pression vasculaire, dyspnée ou polypnée parfois asthmatiforme, poussées d’urticaire et état général très grave faisant craindre une issue fatale » ; assez rapidement tout rentre dans l’ordre ; en général cinq à six heures mais parfois deux à trois jours, le pronostic est bénin, on n’a jamais signalé de cas de mort par anaphylaxie aux œufs malgré l’état alarmant où on a pu voir ces malades, mais une nouvelle récidive apparatt lors de la reprise de la substance albuminoïde. Nous rapporterons ici quelques observations d’anaphylaxie aiguë à l’appui de cette description.

Observation de Lesné (résumée)

Fillette de huit ans. Nourrie au sein, sevrage normal ; puis alimentation normale, prend tous les jours un œuf au repas de midi. Bonne santé habituelle, mais de temps en temps

urticaire et œdème partiel de la face, périlabial ou palpébral.

Un jour, au milieu du repas de midi, douleur abdominale subite, intense, l'enfant se roule à terre, diarrhée abondante ; puis les douleurs disparaissent et l'enfant continue son repas ; les jours suivants, mêmes accidents au même moment. On supprime la viande, le vin, les accidents recommencent. On incrimine alors l'œuf, qui cependant était choisi particulièrement frais. Dès qu’on l’eut supprimé, les accidents disparurent. | è

Quatre mois après, la mère donne à l'enfant un peu d'entremets dans la composition duquel entrait de l'œuf. Immédiatement après l’ingestion de la première cuillerée de cet aliment, l’enfant est prise de douleurs abdominales intolérables et de vomissements, d’abord alimentaires puis bilieux. L’intolérance stomacale est absolue : la langue est rouge, la faiblesse est extrême ; la température s’abaisse (360-360 5) ; facies cholériforme, ventre déprimé, les extrémités sont froides et cyanosées, le pouls est à 140 et hypotendu, albuminurie légère et urticaire. L'enfant reste pendant 3 jours dans cette situation sérieuse ; elle se rétablit

ultérieurement.

Observation Horwitz (résumée).

Homme de 60 ans de très bonne santé habituelle, sans antécédents pathologiques importants.

Chaque fois que le malade absorbe de l'œuf, même en minimes quantités, il est pris d’une série d'accidents qui sont d'autant plus graves et durent d’autant plus longtemps qu'ils apparaissent de façon plus précoce. Ils débutent

d’un quart d'heure à trois quarts d'heure au plus après

ingestion de l'œnf par des douleurs gastiiques, dont l'intensité est comparable aux coliques néphrétique ou hépatique. Cette douleur diffuse dans tout l'abdomen est tellement spéciale que le malade lui a donné le nom de Eirbauchweh et qu’il reconnaît à son apparition si un plat contient ou non de l'œuf ; puis la sensation de malaise augmente ; les gaz sont d’une abondance extrême ; les vomissements et la diarrhée surviennent sans soulager le malade ; le pouls l'urine. La durée de tous ces accidents est de 7 à 8 heures. Toutes les variétés d'œuf déterminent ces accidents, particulièrement les œufs pas cuits. À cinq ans le malade avait eu des accidents semblables àla suite de l’ingestion d'un œuf très frais, depuis les accidents se sont reproduits pour atteindre leur maximum de vingtà quarante ans, puis la

sensibilité a été en diminuant.

Observation (publiée par MM. Pagniez, Pasteur, Valléry-Radot et Haguéneau).

Jeune homme de 17 ans, sensibilisé à l’ovalbumine.

Dans son histoire ontrouve, à l’âge de 10 mois, un eczéma vésiculeux de la face qui dura jusqu’à 3 ans. De 3 à 5 ans, il est atteint de diarrhée rebelle. À 5 ans l'absorption d’un œuf cru provoque de violentes coliques, de la diarrhée et une poussée d'urticaire.. C’est alors qu’on supprime complètement les œufs de l’alimentation.A partir de ce moment, la diarrhée jusque-là rebelle disparaît. Depuis, la moindre quantité d'œuf provoque soit des coliques, avec selles diar-

rhéiques, soit du prurit aux lèvres, au voile du palais etau

pharynx s’accompagnant d’urticaire généralisée avec phénomènes gastro-intestinaux. 1

Un jour après l'absorption d’un blanc d'œuf entier cru, les parents assistent à une grande crise telle qu'on en observe dars l’anaphylaxie expérimentale. Deux minutes après l'absorption du blanc d’œuf, les accidents apparurent. Vomissements, diarrhée, urticaire généralisée prenant en certaines régions l’aspect de l’œdème de Quincke. Pouls petit et incomptable, syncopes avec extrémités froides et décolorées, enfin anurie.

Ge jeune hommeest, de plus, en proieà des crises d'asthme nocturnes où diurnes qui apparaissent quelquefois après ingestion d'œuf, d’autres fois sans cause connue,

La crise hémoclasique est peu accentuée, mais nette, La cuti-réaction à l’ovalbumine est complètement négative. La réaction des précipitines est négative 8 à 9 % d’éosinophiles

dans le sang.

Des accidents aussi graves sont rares dans Îa pathologie humaine, un ou plusieurs éléments de la crise peuvent manquer, Un sujet présentera quelques troubles intestinaux vagues, plus tardifs que dans la grande anaphylaxie : diarrhée 7 à 8 h. après l'ingestion, parfois seulement un vomissement ; un autre présentera une crise d'asthme ou simplement du corrysa ou une poussée urticarienne ou d'œdème, etc... Remarquons tout de suite qu’il s’agit d'individus prédisposés neuro-arthritiques ou présentant un déséquilibre glandulaire.

Souvent d’ailleurs ces petits accidents sont des

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phénomènes précurseurs de phénomènes plus dramatiques. 5

Voici d’après Lesné et Ch. Richet fils comment cette intolérance progressivement croissante s’observe en clinique. “a

Un enfant de 3 à 13 ans, à la suite d’excès alimentaires généralement prolongés, est pris d’accidents d’abord légers puis bientôt sérieux. Pendant quelques jours, quelques semaines ou quelques mois, il aura supporté sans très grand inconvénient deux ou trois œufs par jour. Ses parents se sont même applaudis de son embonpoint mais bientôt sa santé fléchira et apparaîtront tous les signes d’un état gastro-intestinal grave qui n’est certes pas de l’anaphylaxie mais qui s’y prépare. Sur ce fond de dyspepsie chronique se greftent des troubles cutanés vaso-moteurs, véritables petits signes de l’anaphylaxie, puis un jour brusquement à l’occasion d’une cuillerée d'œuf peu cuit les accidents de grande anaphylaxie feront leur apparition.

Les petits accidents de l'anaphylaxie aux œufs sont donc de beaucoup les plus fréquents. Ils apparaîtront en général chez les jeunes enfants suralimentés, à haleine fétide, à langue sale, constipés ou à selles trop fréquentes et d’odeur repoussante, présentanten somme tous les signes de la dyspepsie chronique. RS

Les petits accidents sont multiples, ils peuvent être rangés en accidents cutanés digestifs et migraineux.

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Parmi les accidents cutanés, il y à certains cas d’urticaire, de prurigo, d’eczéma et d'œdème partiel, toutes manifestations qui sont anaphylactiques parce qu’elles apparaissent brusquement après l’ingestion d'une dose minime d'œuf.

L’urticaire est une urticaire banale ; elle apparattra aux bras, sur le tronc, les cuisses. De même nature sera le prurigo qui pourra reproduire tous les types de prurigos, ou bien encore ce seront des poussées d’eczéma récidivantes localisées sur la face, le tronc ou les membres.

Plus spécifique est l’œdème facial partiel, périlabial ou palpébral qui apparaît brusquement le matin au réveil et disparaît de même très rapidement sans albumine dans l’urine et sans troubles cardiaques.

Certaines migraines de la deuxième enfance sem- ‘ blent être aussi de nature anaphylactique. Ge sont celles qui suivent constamment et immédiatement l’'ingestion d'œufs et disparaissent quand on supprime cet aliment.

Dans d’autres cas l’anaphylaxie aux œufs peut se manifester par des troubles gastro-intestinaux, ce sont des nausées quiahoutissent souvent aux vomissements, des douleurs gastro-intestinales et enfin des crises diarrhéiques qui apparaissent immédiatement après l’ingestion de l’albumine nocive.

Si on passe à côté de la nature de cette cnidose, de ce prurigo, de ces œdèmes, de ces migraines, de ces troubles gastro-intestinaux et que, n’en appré-

pre ciant pas suffisamment la valeur séméiologique, on persiste dans les erreurs d'alimentation, ces accidents - s’aggravent : c’est la grande anaphylaxie.

Les observations de Lesné, de Pagniez, Pasteur, Valléry-Radotet Hagueneau, citées plus haut, rentrent dans le cadre de cette conception. On assiste d’abord à de petits accidents correspondant aux injections préparantes nécessaires pour créer un état anaphylactique, puis un jour l’absorbtion de l’antigène dans le cas particulier blanc d'œuf déclanche des accidents dramatiques.

Cette éventualité est rare d’ailleurs et tout se bornera à des réactions souvent très bénignes de l’organisme, simples phénomènes d’intolérance qu’on tend à appeler anaphylaxie chronique ou petite anaphylaxie.

Nous avons vu dans la première partie que Arloing, Langeron et Spossitch arrivent à produire chez l’animal, à la prémière ingestion, des phénomènes analogues à des phénomènes anaphylactiques en ayant soin de fragiliser au préalable l'intestin de ces animaux par la bile. On ne peut pas parler de choc anaphylactique véritable puisqu'il s’agit, non d’une première ingestion, mais bien plutôt d’un choc protéinique direct.

Si nous nous reportons à la clinique, nous voyons que nous sommes dans des conditions voisines des conditions expérimentales.

IH s'agit, nous l'avons dit plus haut, d’enfants présentant des troubles digestifs depuis longtemps,

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