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giner pour développer les fonctions dont l'ouvrier aura besoin dans l’avenir. L'activité journalière, les mouvements fréquemment répétés dans une direction voulue, constituent les facteurs les plus importants de l'accoutumance. Cette reprise devra être patiente, progressive : prématurée elle serait nuisible.
Age et sexe de la victime
Plus un sinistré est jeune, plus il aura de facilité à s’accoutumer à une infirmité. La vigueur et la souplesse, qui sont l'apanage de la jeunesse, permettent une amélioration sensible de l'état par accommodation. La souplesse des tissus favorise leur adaptation à des attitudes et à des mouvements auxquels ils n'étaient pas primitivement destinés. L'habitude est une seconde nature; plus on est jeune, plus il-est facile de changer d'habitude. Dans l’âge mûr, et au delà de cinquante ans, il devient, par contre, toujours plus difficile de modifier ses habitudes et de réapprendre comment il faut agir pour accomplir tel ou tel travail. Cependant, il faut reconnaître qu'un ouvrier âgé possède souvent les qualités qui font plus généralement défaut à la jeunesse : patience, persévérance, abstinence, etc.
Le rôle joué par le sexe n’est pas d'une importance capitale, cependant, et en particulier pour les mutila-
“tions des doigts, il est exact qu'une femme est plus apte à développer les fonctions de suppléance, et on peut dire que la femme s’accoutume plus rapidement à sa mutilation que l’homme, en particulier lorsque la compensation exige le déploiement d'adresse et non de force.
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Influence de la profession
L'accoutumance doit être envisagée en tenant compte de la profession du sinistré. S'agit-il pour l’ouvrier de reprendre le métier qu'il avait avant l'accident, ou, se trouvant dans l'impossibilité de vaquer à ses occupations antérieures, un changement de profession s’impose-t-il ? L'accommodation est toujours plus grande quand le blessé ne change pas de profession. Il y a même des cas où elle ne peut être obtenue que dans cette condition spéciale. Certaines catégories de blessés ne perdent guère de leurs capacités professionnelles et sont, au contraire, dans un état d'incapacité beaucoup plus prononcé pour le travail en général.
Exemple : les ouvriers de scierie qui peuvent diriger leurs pièces de bois avec des moignons, mais qui seraient incapables d'employer leurs mains mutilées dans un autre métier. Ici, il nous faut diviser les professions en deux catégories : celles qui demandent un apprentissage, et celles qui permettent, au bout d’un temps très court, le maximum de travail pour une occupation détermince.
Dans une revue d'ensemble des conditions si diverses que comporte l’accommodalion, Rémy place à la base de toute classification : l'apprentissage. « Il y a des professions qui n’en ont pas besoin, d’autres qui le demandent très court, d’autres enfin pour lesquelles il est obligatoire et de longue durée. Pour les deux premiers cas, les professions sont ouvertes à tous les ouvriers pour
peu qu'ils aient l'usage de leurs membres et une intelligence ordinaire. |
« Au contraire, lorsqu'il faut un apprentissage, l'ouvrier doit posséder un certain degré d'intelligence, d'instruction, d’habileté manuelle. L'apprentissage est une difficulté à vainere qui met la profession hors de la portée de tout le monde, il suppose une perte de temps souvent de une ou plusieurs années. » (Rémy).
Becker divise les ouvriers en quatre catégories
1° Les ouvriers dont le métier exige l'emploi de la force brute, sans l'habileté de la main ou des doigts, ou la participation active des organes des sexes ou de l’intelligence ;
2° Les ouvriers qui doivent ajouter à la force corporelle une certaine agilité des diverses parties du Corps ;
3° Les ouvriers adonnés au travail manuel : travail manuel grossier et travail manuel fin :;
4° Les ouvriers dont, à l'habileté manuelle, doit s’ajouter l’ingéniosité et la subtilité de l'intelligence.
En somme, les ouvriers sont classés suivant les torts que leur cause telle ou telle infirmité. Il est évident que la perte d'une phalangette touche peu un terrassier, mais gêne un horloger qui perdra, de ce fait, une partie de sa valeur ouvrière.
En règle générale les ouvriers spécialisés s'adaptent moins bien à leur mutilation que les ouvriers non qualifiés. Il existe, en outre, dans une même profession, des gradations, une sorte de hiérarchie qu'il faut considérer. Ainsi chez les machinistes, les jeunes ouvriers sont employés à la-scie circulaire, à la dégauchisseuse, etc, puis, une fois avancés, ils passent à la toupie et se maintiennent en général à cet appareil tout le reste
de leur vie.
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Enfin, il y a lieu de considérer les difficultés que le sinistré éprouve, sur le marché du travail, du fait de sa mutilation. Certaines professions, au contraire, comme celles de toupieurs, sont difficiles à pourvoir et les patrons engagent plus volontiers un ouvrier mutilé mais qui connaît son affaire, qu'un ouvrier sain mais inexpérimenté.
Il y a donc des professions où l’accoutumance est plus lente que pour d’autres. Ainsi, le coefficient d'adaptation est fonction de la profession primitive et des divers enplois sur lesquels la lésion permet encore à l'ouvrier de fixer son choix.
Conditions sociales dans lesquelles vit l'ouvrier
La législation. — L'influence de la législation sur la rapidité avec laquelle l’accoutumance à une mutilation se réalise est incontestable.
En Suisse, c'est le régime de l'indemnisation unique en Capital. En France, en Allemagne, le système de la rente est en vigueur; quand l’ouvrier a touché son: indemnité et qu'il n'a plus rien à altendre de l'assurance, son adaptation fonctionnelle s'effectue avec rapidité. Lorsqu'il sait, au contraire, qu’il touchera une rente aussi longtemps qu'il pourra justifier d’une diminution de sa capacité de travail, il sera enclin à prolonger la darée de cette dernière. Pourquoi voit-on, par exemple, les blessés de guerre s'adapter souvent avec tant de facilité ? C'est que les rentes qui leurs sont allouées ont un caractère définitif.
Julliard cite le cas de mutilés qui se sont accoutumés
ER pr 2 à leur mutilation dans un délai d'un an, par exemple dans le cas de perte totale du pouce ou de plusieurs doigts. Ils travaillaient déjà à plein salaire au bout de quelques semaines, mais déclaraient n'avoir 6(6 vraiment accoutumés qu'après une année.
La rapidité de l’accoutumance dépend encore du taux de la rente allouée. Plus ce taux est élevé, plus l’accoutumance menace d’être lente. Il arrive même que les ‘sinistrés qui sont membres d’une société de secours mutuels et qui touchent, de ce fait, un subside journalier ou qui se réassurent pour la différence entre le taux -de Ja rente et leur salaire gagnent, en fin de compte, par jour, autant en étant blessés qu'en travaillant tous les Jours.
Le milieu social. — On observe, dans la règle, que les -ouvriers mariés et pères de famille s'adaptent plus vite que les célibataires. Ils sont moins enclins au chômage abusif et à la paresse. Ils savent que rien ne vaut, en -somme, le travail de leurs bras.
Le genre de vie de l’ouvrier peut influer aussi sur -ses facultés et son désir d'adaptation.
Enfin, les conditions générales du travail, le prix de la main-d'œuvre exercent certainement, dans des limites différentes, une action sur l’accoutumance.
On peut encore signaler ici l'influence des accidents précédents. Témoin cet ouvrier cité par Julliard, excellent ouvrier, victime d’un accident après de nombreuses années de travail. Son médecin lui ayant accordé quelques jours de chômage supplémentaire, il a, dès lors, -changé complètement. Il n'avait plus le même goût au travail, revenait constamment pour des accidents peu