LA DIVINITÉ SABINE VACUNA
L'une des moins oubliées parmi les vieilles divinités italiques est la déesse honorée chez les Sabins sous le nom de Vacuna. C'est à Horace surtout, on le sait, qu'elle doit de n'avoir pas entièrement péri :
Haec tibi dictabam post fanum putre Vacunae , Ezcepto quod non simul esses , cetera laetus (1),
écrit-il à son ami Fuscus Aristius. Aussi, les amis du poète, lorsqu'ils ont cherché à déterminer l'emplacement de sa villa, n'ontils pas manqué de se demander où était situé ce temple qui tombait en ruines au temps d'Auguste. Mais le nom de la déesse n'est pas resté gravé seulement dans la mémoire des lettrés. Par un étrange retour de fortune , Vacuna, oubliée pendant de longs siècles par les rustiques descendants de ses adorateurs, est aujourd'hui presque aussi connue parmi eux qu'elle était vénérée chez leurs aïeux. Depuis cent cinquante ans que Chaupy explora en archéologue ces contrées, isolées dans l'âpreté grandiose de leurs montagnes , tant de fois l'étranger, le livre ou le crayon à la main, est venu troubler pour un instant le sommeil de leurs villages silencieux, que les habitants eux-mêmes ont fini par se demander qui donc étaient ce poète, mort depuis longtemps, dont avec tant de piété on venait de toutes parts vénérer le souvenir lointain, cette déesse, adorée chez eux jadis, et qui avait porté en tous lieux la renommée de leurs humbles cabanes. Aussi, sur ce thème obscur, leurs imaginations ont travaillé. Comme les vieux saints de Bretagne , dont les bonnes gens du pays décrivent, sans omettre nulle circonstance, comme s'ils
(1) Horace, Ep., I, 10, v. 49-50.
avaient vécu dans leur intimité, l'allure, le costume, les habitudes et le caractère, Horace est devenu pour eux comme un hôte' habituel et aimé. Pas un enfant de Rocca-Giovine ou de Licenza qui ne connaisse la source de' Ratini, aujourd'hui dell* Oratini, L'unique place du premier de ces villages s'appelle Piazza Vacuna. Pour les gens du pays, le nom de la colline dite Manichetta rappelle une femme aimée d'Horace. Vacuna, la déesse mentionnée une fois, comme au hasard, par le poète, se mêle à sa légende . Nouvelle Egérie , elle se rendait visible à ses yeux,et tout le monde peut visiter le lieu où elle accordait à son favori la douceur de ses entretiens (1).
Que le culte de Vacuna fût fort répandu dans toute la Sabine, nous en avons des témoignages sûrs. D'abord, deux inscriptions en l'honneur de cette déesse , qui ont été trouvées à Poggio Fidoni (2), à neuf kilomètres au sud-ouest de Rieti, l'antique Reate. Puis le texte de Pline (3), qui place également aux environs de Reate, mais à quelque distance au nord-est de cette ville, dans la vallée supérieure de l'Arens (aujourd'hui Velino) , des bois de Vacuna. L'indication qu'il en donne correspond assez bien à la région du village actuel de Bacugno , qui peut-être a tiré du nom de ces bois celui qu'il porte lui-même. On y a trouvé, en effet, une inscription portant ex-voto à Vacuna (4). Une autre provient des ruines de Cures (5). Enfin, l'on peut citer le village de Vacone, non loin de Poggio Mirteto. Il y existe des ruines d'un temple que l'on a cru pouvoir attribuer à Vacuna.
Ovide nous apprend qu'à Rome même son culte n'était point
(1) T. BdrU, La Villa d'Orazio, Cf. G. Boissier, Nouvelles prom, arch,; La maison de campagne d'Horace,
(3) Pline, Hist, Nat,, III, VI : c Sabini... Velinos adcolunt lacus, roscibus coUibus. Nar amnis exhaurit illos sulpureis aquis Tiberius ex bis peteas , replet e monte Fiscella Arens juxta Vacunae nemora et Reate. »
(5) Gori, Mus. Etr,, t. 2, clas. 1, p. 63. Cette inscription a disparu et ne figure pas au Corpus. La voici toile que Gori nous Ta transmise :
SANCTA ••• VACVNAE
SACRVM
M • COCCILIVS • M • F • CRVST
SABINVS