IT
(5) En ce sens, Marchetti, p. 127 et 341.
guerre, soit plutôt par a modification de limites qui sera étudiée plus loin (1). Le fait est que le seul légat de Citérieure que nous connaissions, entre la fin de la guerre cantabrique et les dernières années d’Auguste, est un consulaire, Paullus Fabius Maximus, légat en 3-2 (2). En 22, un prétorien pouvait être légat de Citérieure, en même temps que la Lusitanie pouvait avoir une existence indépendante (3).
Un dernier argument tend à abaisser de deux ans ou un peu plus de deux ans (à partir de 27) la création de la nouvelle province. C’est en 25 qu’a été fondée la colonie d’Emerita (Mérida) ; cette colonie fut, jusqu’à la fin de la période romaine, la capitale de la Lusitanie ; la Lusitanie n’a existé qu'en 25 au plus tôt, s’il faut admettre que l'existence de la province ne saurait être antérieure à celle de la capitale (4). — Mais nous avons indiqué déjà (p. 22) qu'un chef-lieu déterminé, officiel, n'apparaissait sans doute pas aux Romains, au moins sous la République et au début de l’Empire, comme aussi indispensable que nous le jugeons. Dans une province qui vient d’être créée, où les fonctionnaires n’ont pas encore d'installations complètes ni d’archives, le gouverneur peut bien attendre deux ans et plus qu’une résidence fixe lui soit assignée. Les propréteurs de Lusitanie ont pu, aux premiers temps, se tenir, suivant les circonstances, dans une des colonies déjà existantes, comme Metellinum (Medellin) ou Norba (Câceres), ou bien dans les villes actives du Tage, Scallabis' (Santarem) ou Olisipo (Lisbonne), ou encore
(1) Voir p. 33 sqq. Kornemann se trompe en écrivant (p. 225) : « die Dreiteilung Spaniens, die {eine starke Vergrôüsserung der Citerior brachte ». La « Dreiteilung » a consisté simplement à couper en deux l’Ultérieure, sans modifier la Citérieure, qui n’a été agrandie que plus tard.
(2) Inscription de Braga, Eph. Epigr., VIII, 280. Le commentaire de Hübner sur cette inscription me paraît inacceptable. Voir Marchetti, p. 496-497.
(3) Dès lors Carisius, qui est nommé par Dion dans le même récit que Furnius, et qu’on retrouve sur les monnaies d’Emerita, est gouverneur de la Lusi« tanie seule, et non de toute l’ancienne Ultérieure.
(4) Kornemann, p. 224; Wallraïen, p. 7.
à Bracara (Braga), quartier général tout désigné pour la campagne contre les Astures, et nœud de routes dont plusieurs furent ouvertes vers cette date. Il est probable qu’à l'expérience on constata les inconvénients de ces différentes résidences : alors que la Lusitanie existait depuis deux ans déjà, Auguste créa, pour en faire le chef-lieu de la province, la ville artificielle et administrative d'Emerita, avec les routes qui s’y croisent.
Ainsi, c’est en 27 qu'Auguste partagea l’Ultérieure en une province sénatoriale, la Bétique, et une province impériale, la Lusitanie. Les noms officiels des nouvelles circonscriptions furent prouincia Hispania Vlterior Baetica, prouincia Hispania Vlterior Lusitania; mais on employa bientôt de préférence les désignations plus courtes de prouincia Baetica et prouincia Lusitania (1).
Cette réforme, qui ne changea rien aux limites de la Citérieure, fixa, au milieu de l’Ultérieure, une frontière qui coïncidait en gros avec le cours de l’Anas (2). Auguste corrigeait ainsi l’état de choses qui était sorti peu à peu des hasards de la conquête : les événements avaient réuni, sous l’autorité du gouverneur d’Ultérieure, des régions très dissemblables, placées à des niveaux de culture très différents ; il était plus logique et plus commode qu’elles fussent confiées à deux administrations distinctes, et que l’Anas, qui était resté longtemps, sous la République, la limite de la zone proprement romaine, fût désormais une ligne de démarcation entre deux provinces (3).
(1) Marchetti, p. 343-345 ; p. 411. — Pline, III, 6: Vlterior appellata eadem Baetica.
(2) Voir plus loin, p. 39-40.
(3) Il n’y a pas lieu de s’arrêter à une opinion de af Ursin (p. 97 et 124), d’après iaquelle la Lusitanie et la Citérieure auraient pu être parfois, aux deux premiers siècles, réunies sous un même gouverneur : Velleius, LI, 125, 5, Hispan as
Mais une question nouvelle se posa lorsque, au Nord de la péninsule, la guerre se fut terminée par la soumission des Astures et des Cantabri. Là, on suivit les errements traditionnels de la conquête : on attribua à chacun des deux gouverneurs intéressés, ceux de Citérieure et de Lusitanie, la fraction de territoire sur laquelle il avait été amené à opérer. Les Cantabri se trouvèrent ainsi rattachés à la Citérieure, les Astures à la Lusitanie (1). La rivière Astura (Esla), dans la partie inférieure de son cours, séparait les Astures des Vaccaei : elle servit de limite entre la Lusitanie et la Citérieure, Plus au Nord, la frontière s’écartait un peu de la rivière, de manière à laisser en Lusitanie Lancia (probablement Villa Sabariego) (2), place forte des Astures, coupait le mont Vindius (Cordillère Cantabrique, et particulièrement Peñas de Europa) en un point que nous ne pouvons préciser, et atteignait la mer à Pestuaire de Noega (probablement ria de Villaviciosa), limite orientale du pays asturien (3).
Avant la fin du règne d’Auguste, les limites des trois provinces furent modifiées. C’est un fait qui se dégage nettement de l’exposé de Pline (4). Dans sa description de l’Espagne, Pline utilise, outre un ouvrage de Varron (5), d’une
n’a pas de valeur précise ; la pauvreté de la prosopographie pour la Lusitanie, entre Néron et. Hadrien, ne prouve rien.
(1) Pline, IV, 118 : Lusitaniam cum Asturia et Callaecia (carte d’Agrippa) ; de même la Dimensuratio et la Divisio. Cf. Gardthausen, op. cit., p. 686-688 ; Braun, p. 99.
(2) C. I. L., II, p. 913. ;
(3) Divisio, p. 16 Riese. — Sur l'identification de Noega, voir plus loin,
£ (4) Je me sers, pour Pline, de l’édition des livres géographiques publiée par Detlefsen en 1904 (9e fasc. des Quellen und Forschungen de Sieglin).
(5) Voir Reïtzenstein, Die geographischen Bücher Varro’s, dans Hermes, 20 (1885), p. 530 sqq., 543 sqq.; Detlefsen, Die Anordnung der geographischen Bücher des Plinius und ihre Quellen (18e fasc. des Quellen und Forschungen de Sieglin, 1909, 171 p.), p. 11, 16, 39.
part la carte du monde romain dressée par Agrippa, avec les légendes et les indications de mesures qu’elle portait, d'autre part des documents administratifs et statistiques, sur la nature et la date desquels nous aurons à revenir plus loin, mais dont il suffit de dire maintenant qu'ils sont postérieurs à Agrippa; de plus, sur quelques points, Pline complète ces documents par des informations personnelles. Or, depuis Agrippa, des changements sont intervenus : la Bétique d’Agrippa est plus étendue que celle de Pline, parce que les mesures notées par Agrippa ont été Es cum termini Carthaginem usque procederent (III, 16); à l’époque de Pline (nunc), la même province commence, Pr l’intérieur, «a Castulonis oppidi fine ; sur la côte, a Murgi (III, 17). De fait, dans la description du littoral, cette ville de Murgi a été désignée comme Baeticae finis (III, 8) (1) ; dans la description du cours du Baetis, Pline indique que la source du fleuve (la source véritable, celle du saltus Tugiensis) est maintenant en Citérieure, et qu'il entre en Bétique dans le territoire de la ville d’Ossigi (III, 9). Quant à la Lusitanie, alors que, sur la carte d’Agrippa, elle comprenait le pays des Callaeci et celui des Astures, elle s'arrête, pour Pline, au Durius, qui sépare les Lusitani des Callaeci ; et les Callaeci appartiennent à la Citérieure (2).
Il y eut donc, postérieurement à l’exécution de la carte d’Agrippa, c’est-à-dire certainement après 12 et très probablement après 7 avant J.-C., une réforme qui agrandit la Citérieure, aux dépens de la Bétique au Sud, de la Lusitanie au Nord-Ouest (3). Pour le déplacement de la frontière entre Citérieure et Bétique, un terminus ante quem est donné par des milliaires de Bétique (4), qui sont datés de 2 av. J.-C.
(1) Mais un peu plus haut, III, 6, j’écrirais a fine Vrcitano citerior (les principaux mss. ont Vrgitano), et non, avec Detlefsen, < M > urgitano. Murgi est la dernière ville de Bétique, Urci la première de Citérieure.
(2) IV, 112 : Durius... disterminatis. a Lusitania Callaecis. . ; 113 : a Durio
Lusitania incipil.….
(3) Voir Braun, p. 103-108.
(treizième consulat et vingt-et-unième puissance tribunice d’Auguste), et qui comptent les milles a Baete et Iano Augusto, ou ab Tano Augusto qui est ad Baetem. Un milliaire de Domitien (1) précise en ces termes : ab arcu unde incipit Baeltica. Il s’agit de l’endroit où la via Augusta entrait en Bétique, en franchissant le Baetis sur un pont décoré d’un arc. M. Bläzquez (2) croit être en mesure d'affirmer que ce pont se trouvait au torreon de las Huelgas, dans la commune de Javalquinto (partido judicial de Baeza, province de Jaën); en tout cas, Ossigi était non loin de là, au lieu dit Mâquiz (commune de Mengibar) (3).
La même date est rendue vraisemblable, pour la modification de la frontière entre Citérieure et Lusitanie, par l'inscription de Bracara (Braga) citée plus haut (4). Puisque nous trouvons un légat de rang consulaire en exercice à Bracara, chez les Callaeci, en 3-2, c’est qu’à cette date Bracara est en Citérieure : la Lusitanie n’a jamais eu que des légats prétoriens. Il était naturel d’ailleurs que les deux réformes, celles du Sud-Est et celle du Nord-Ouest, fussent accomplies en même temps : car elles s'expliquent par les mêmes raisons (5).
Des deux côtés, en effet, cette réforme d’Auguste, survenant vingt-cinq ans environ après la division de l'Espagne en trois provinces, avait pour objet de rattacher à la Citérieure les régions où il pouvait être nécessaire de faire intervenir l’armée. Le saltus Castulonensis, et les chaînes compliquées qui se pressent entre la haute vallée du Baetis et la mer, étaient des contrées peu sûres ; les actes de brigan-
(2) Vias romanas de Andalucia, dans Bol. de la R. Acad. de la Hist., 64 (1914), p. 525-538.
(3) C. I. L., IT, p. 293.
(4) P. 31, et n. 2. k (5) Af Ursin (p. 58-59), qui plaçait entre 7 et 2 la modification intéressant
la Bétique, retardait jusqu’au début du règne de Tibère la modification intéressant la Lusitanie. C’était une construction arbitraire, — condamnée maintenant par l’inscription de Braga. Voir aussi plus loin, p. 56 sqq.
dage y étaient fréquents (1). À l’époque moderne, c’est dans ces mêmes régions (sierra Morena, province de Jaén) que le banditisme a le plus longtemps persisté (2). Il y avait intérêt à soumettre cette zone à l'autorité du gouverneur de Citérieure, qui disposait de légions (3). Quant au pays des Astures et des Callaeci, il était de conquête récente, de fidélité encore douteuse (4). Le rattacher à la Citérieure, de laquelle dépendaient déjà les Cantabri, c'était ranger sous la même administration toutes les parties de la péninsule qui avaient besoin d’être surveillées et, à l’occasion, maintenues dans l’ordre par la force ; c’était assurer l’unité dans le commandement et dans la politique, à l’égard de ces peuplades nouvellement assujetties. Sans doute la Lusitanie était, comme la Citérieure, province impériale ; rien ne s’opposait en droit à ce qu’elle conservât une garnison légionnaire ; mais l’empereur préféra la concentration des légions sous l’autorité d’un seul gouverneur. Avant la fin du règne d’Auguste, la Lusitanie, en tant que province militaire, avait perdu presque toute importance, et ne conservait que des corps auxiliaires.
Il subsista quelques traces de la délimitation antérieure. La ville de Baria, située sur la Méditerranée entre Murgi et Carthagène, est signalée par Pline comme rattachée de son temps à la Bétique, (oppidum) adscriptum Baeticae (III, 19) : elle formait donc, dans la province impériale de Citérieure, une enclave appartenant à la province sénatoriale (5). Nous sommes hors d'état de dire pourquoi Auguste
(1) Lettre d’Asinius Pollion à Cicéron, Ep., X, 31, 1.
(2) Voir par exemple les renseignements donnés par Ponz, Viage de España, t. XVI (Madrid, 1791), sur les «colonies » installées par Charles III dans la sierra Morena.
(3) Il n’est pas impossible par conséquent que la dédicace C. I. L., VI, 31267, ait eu pour occasion cette modification des limites (voir plus haut, p. 28). Il ne serait pas étonnant que les habitants de la Bétique eussent été reconnaissants à l’empereur d’avoir diminué leur province d’un district qui leur causait beaucoup d’ennuis et de dépenses.
(4) Il y aura des troubles en Asturie sous Néron, C. I. L., XI, 395.
(5) Aucune autre interprétation n’est possible, quoi qu’en pense Klotz, Quaestiones Plinianae geoyraphicae (11° fase. des Quellen und Forschungen de Sieglin, 1906, 227 p.), p. 14.
laissa Baria dans la dépendance de la Bétique. Baria (Villaricos, à l'embouchure de l’'Almanzora) (1), possède des mines qui ont été exploitées pendant toute l'antiquité, probablement dès l’époque phénicienne (2). Peut-être faut-il supposer un rapport entre ce fait et le maintien des droits du Sénat sur cette localité.
C'est par l’ancienne délimitation que s’explique aussi la survivance de certains liens cultuels entre la Bétique et des villes comme Castulo et Acci (Guadix), comprises dans la zone qu'Auguste détacha de la Bétique pour l’attribuer à la Citérieure. Qu'un même personnage ait le flaminat du culte impérial dans une de ces villes et dans une ville de Bétique, ou qu’un de leurs citoyens devienne flamine provincial de Bétique, cela signifie que dès la première partie du règne d’Auguste il s'était noué pour le culte impérial, entre les villes de Bétique, des associations qui ne furent pas toutes rompues par le déplacement de la frontière provinciale (3).
C’est le moment de tracer les limites des trois provinces, telles qu’elles étaient fixées à la mort d’Auguste : elles devaient
rester sans changement important jusqu’à Dioclétien (4). Les données nous sont fournies par Pline et Ptolémée (5).
Sur la côte de la Méditerranée, la limite entre Citérieure et Bétique se trouvait entre Urei (Citérieure, Pline, III, 19) et Murgi (Bétique, Pline, III, 8) : Urci se place près d’AI-
(2) Siret, Villaricos y Herrertas, dans Memorias de la R. Acad. de la Hist., XIV (1909), p. 381-478.
(3) C. I. L., II, 3278 ; 3395; cf. 3271, et 3272, ligne 6; 3350 et 3351 semblent indiquer un rapport du même ordre entre la Bét.que et la ville de Citérieure dont les vestiges sont près de Mancha Real (nom antique inconnu). Il est impossible que cette ville ait appartenu à la Bétique, comme le voudrait Mommsen (Hermes, 17 (1882), p. 642, n. 1 ; cf. C. I. L., II, p. 951), du moment que Mentesa (La Guardia), plus à l'Ouest, était en Citérieure.
(4) Il y a eu des rectifications sur certains points; voir plus loin, ch. VI, p. 114.
(5) Voir Braun, p. 109-123.
meria (entre Huercal et Pechina) (1), Murgi près de Dalias (2). A l’intérieur des terres, Acci (Guadix) est en Citérieure (Pline, III, 25) ; Iliberri est en Bétique (Pline, III, 10) ; l’identification d’Iliberri a été longuement discutée ; on peut considérer comme établi maintenant qu’iliberri était Grenade même (3). Mentesa Bastitanorum (La Guardia) est en Citérieure (Pline, III, 25) (4). Aurgi (nom antique de Jaén) n’est mentionné ni par Pline ni par Ptolémée; Hübner attribue
cette ville à la Citérieure, Kiepert à la Bétique. Je préfère,
avec Braun, la seconde solution : entre Mentesa et Aurgi coule, du Sud au Nord, le Guadalbullôn (nom antique inconnu), qui formait une limite commode jusqu’au point où il se jette dans le Baetis (5). En tout cas, à l'Ouest d’Aurgi, Tucci (Martos) était en Bétique (Pline, III, 12). Sur le territoire d’'Ossigi, ville de Bétique (Pline, III 9 et 10), la frontière rencontrait le fleuve, et se confondait vraisemblablement avec lui sur une longueur de quelques milles : c’est là que la via Augusta traversait le Baetis pour entrer en Bétique (6). Ensuite la limite, s’écartant du fleuve (7), se dirigeait vers l'extrémité