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(3) Et non pas Atarfe : étude décisive de Manuel Gômez Moreno, De Iliberri à Granada, dans Bol. de la R. Acad. de la Hist., 46 (1905), p. 44-61. Sur les débats antérieurs, voir C. I. L., II, p. 285 et 881. — Une inscription chrétienne encastrée, à l’Alhambra, dans un mur de l’église (1. H. C., 115) mentionne un lieu dit Nativola qui appartenait au diocèse d’Acci, donc à la Citérieure; mais la pierre a pu être facilement apportée à Grenade d’une localité située entre Grenade et Guadix. Si l’on pouvait établir qu’elle a été trouvée sur place, ce texte prouverait que, sur l’emplacement de Grenade, le Darro servait de limite entre la Citérieure et la Bétique : les vestiges d’Iliberri sont sur la rive droite du Darro, l’Alhambra sur la rive gauche.
de, La carte des Formae Orbis Antiqui est inexacte, pour Mentesa comme pour Urci.
(5) Braun, p. 113. C’est aussi l’opinion de M. Romero de Torres, qui a bien exploré cette région (Bol. de la R. Acad. de la Hist., 66 (1915), p. 13). — C. I. L., II, 1685, commémore les libéralités d’un duumvir d’Aurgi en faveur de la ville de Tucci en Bétique : on pourrait voir là une raison de plus de rattacher Aurgi à la Bétique, s’il n’y avait à tenir compte des faits notés plus haut (p. 37 et n. 4).
(6) Voir plus haut, p. 35.
(7) Braun (p. 114-115) suppose que la frontière suivait le cours du Guadiel, ce qui est possible.
occidentale du saltus Castulonensis (à peu près vers le défilé de EI Hoyo, dans la vallée du Jändula); elle laissait en Citérieure Castulo (Pline, III, 25) et Baesucci (Vilches ; C. I. L., IT, 3251-3252). Elle suivait ensuite les iuga Oretana, jusqu’à l’Anas ; Oretum (Granätula) est en Citérieure (Pline, IIT, 25), Sisapo (Almadén) en Bétique (Pline, III, 14).
Pour cette dernière section. après le saltus Castulonensis, la délimitation n’avait pas été modifiée depuis l’époque républicaine. Il en était de même au Nord de l’Anas et jusqu’au Durius, pour la limite entre Citérieure et Lusitanie (1). Elle traversait le Tage entre Tolède, ville de Citérieure (Pline, III, 25) et Caesarobriga (Talavera de la Reina), ville de Lusitanie (Pline, IV, 118), laissait Avila en Citérieure (2) , Salmantica en Lusitanie (Ptol., II, 5, 7), et rejoignait le Durius vers le confluent de l’Astura. Le Durius, dans l’ensemble, - servait ensuite de limite, jusqu’à la mer (Pline, IV, 112-113) ; mais il est possible que le territoire de certaines communes ait chevauché d’une rive à l’autre : c’est probablement le cas pour celle des Banienses, qui est une des communes lusitaniennes participant à la construction du pont d’Alcäntara, et dont l’emplacement est révélé par une inscription trouvée sur la rive droite du Durius, à Moncorvo (3).
Entre la Bétique et la Lusitanie, la limite, en général, était le cours de l’Anas (4), des iuga Oretana à la mer. Mais il est certain qu’en trois points au moins la Lusitanie se prolongeait sur la rive gauche. La ville de Serpa, qui a gardé le nom antique (5), est sur la rive gauche de l’Anas ; elle était reliée (It. Ant.) à la ville d’Aruceci (Aroche) (6) en Bétique (Pline, III, 14) par une route sur laquelle se trouvait la sta-
(1) Voir plus haut, p. 19.
(2) Sur ce point, voir plns loin, ch. VI, p. 115.
(3) C. I. L., II, 2399, corrigée p. XLIV. ;
(4) Pline, III, 6 : Baeticae… praetenditur Lusitania amne Ana discreta ; IV, 116: Anam... quo Lusitaniam a Baetica discreuimus.
(5) It. Ant., p. 205 Parthey et Pinder ; C. I. L., I, 971.
(6) C. I. L., II, p. 123.
tion de Fines : il est évident, d’après ce nom, que la limite des deux provinces passait par cette station, c’est-à-dire à une vingtaine de milles à l'Est de l’Anas. La colonie d'Emerita était cons'ruite sur la rive droite, mais son territoire s’étendait certainement de part et d’autre du fleuve. Enfin la colonie de Metellinum, bâtie probablement sur une colline de la rive gauche (1), avait en tout cas sur cette rive une partie de son territoire (2). Dans l’assignation des terres coloniales, et d’une façon plus générale dans la délimitation des terroirs communaux, les Romains ont tenu compte de considérations locales qu’il nous est impossible de connaître dans le détail, et qui les ont amenés à s’écarter parfois du principe suivant lequel il y avait intérêt à faire coïncider la frontière provinciale avec un cours d’eau. Des cippes terminaux nous obligent même à admettre que les colonies de Lusitanie pouvaient posséder des enclaves assez avant dans la Bétique, et inversement (3).
(1) Voir C. I. L., II, p. 72.
(2) Je ne crois pas qu’il y ait lieu d’hésiter avec Braun (p. 123) en ce qui concerne Lacimurga, placée par l’inscription C. I. L., II, 5550 (— 5068) dans le terroir de Navalvillar de Pela, c’est-à-dire sur la rive droite de l’Anas (loin de Puebla de Alcocer, qui est le chef-lieu du partido (canton) auquel appartient Navalvillar). Cette ville est certainement Lacimurga de Lusitanie (Pline, III, 14), et non la ville homonyme de Bétique (id., ibid.) ; et la limite provinciale, ici, est bien l’Anas.
(3) Inscription découverte dans la commune de Montemolin, sur la limite des provinces de Badajoz et de Séville, et publiée par le P. Fita, Bol. de la R. Acad. de la Hist., 72 (1918), p. 155 : termin/ [u]s Aug(ustalis) pra(torum ou — ediorum) | col. Aug. Emeritae. Entre le lieu de la découverte et Mérida s’intercalent des localités qui appartenaient certainement à la Bétique, Reina, Fuente de Cantos, Fregenal de la Sierra, Monesterio (— Regina, Ugultunia, Nertobriga, Curiga ; Pline, IIT, 14). On ne peut donc admettre, avec le P. Fita, que le territoire d’'Emerita s’étendait d’un seul tenant jusque là ; il s’agit nécessairement d’une enclave. Inversement, la colonie bétique d’Ucubi (Espejo) possédait une enclave dans le territoire d’Emerita, sur la rive droite de l’Anas : C. I. L., Il, 656 : Augustalis te/rminus c(olonorum) c(oloniae) C(laritatis) lul(iae) | Ucubitanor(um) | inter Aug(ustanos) Emer(itenses). (I1 faut noter au surplus que les terres des Emeritenses mentionnées dans ce dernier texte, qui provient de Valdecaballeros, étaient séparées d’Emerita par les terroirs de Lacimurga et de Metellinum).
Remaniée à deux reprises par Auguste, la carte administrative de l'Espagne n’est plus désormais, comme à l’époque républicaine, le résultat fortuit des événements militaires. II y a, dans le groupement des territoires, une recherche de logique et de commodité. La Bétique comprend toute la partie agricole de la vallée du Baetis, avec les montagnes qui encadrent cette vallée au Nord et au Sud, et qui ont besoin d’elle pour vivre. La Lusitanie s’oriente vers l'Océan ; elle entame à peine, à l'Est, le plateau central, et les vallées supérieures des fleuves qui lui servent d’artères principales ne lui appartiennent pas, parce qu’en fait la partie haute et la partie basse de ces fleuves ont entre elles peu de rapports économiques. Tout le reste de la péninsule, côte orientale, plateau central avec son rebord méridional, montagnes du Nord et du Nord-Ouest, est compris dans la Citérieure : c’est un assemblage de régions hétérogènes, mais elles seront mieux administrées et surveillées de façon plus sûre si elles dépendent d’un seul gouverneur. Les gouverneurs et les bureaux ont maintenant des sièges fixes, chaque province a sa capitale : c’est Tarragone pour la Citérieure, qu’on prend l'habitude d'appeler aussi Tarraconaise (1), Cordoue pour la Bétique, Emerita pour la Lusitanie. Auguste a réalisé, dans la mesure du possible, l’organisation méthodique à laquelle la géographie de l'Espagne se prêtait malaisément (2).
(1) Pline, III, 6 : Citerior eademque Tarraconensis. Strabon, III, 4, 7, note que Tarragone, aussi peuplée que Carthagène, a décidément plus d’importance morale.
(2) Je me contente de signaler en note que Zulil et Icosium, et probablement, d’une façon générale, toutes les villes romaines comprises dans le royaume maurétanien de Juba II, étaient administrativement rattachées à l’Espagne : Zulil à la Bétique (Pline, V, 2), Icosium à la colonie d’Ilici en Citérieure (Pline, III, 19). Ce rattachement prit fin naturellement quand la Maurétanie eut été organisée en provinces par Claude (voir plus loin, p.62 et 65). Othon rattacha de
nouveau des cités maurétaniennes à la Bétique (Tac., Hist., I, 78); mais il n’y a pas à tenir compte de cette mesure, qui n’a pas duré.