CI L.NT
legatus Augusti per Asturiam et Callaeciam (1), legatus Augusti prouinciarum Asturiae et Callaeciae (2). Le légat du troisième diocèse est dit, sous Domitien, legatus Hispaniae Citerioris (3) ; plus tard, legatus Augusti iuridicus prouinciae Hispaniae Citerioris Tarraconensis (4), legatus iuridicus prouinciae Hispaniae Tarraconensis (5), iuridicus Hispaniae Citerioris (6), legatus prouinciae Hispaniae (7). La formule la plus exacte est donnée par une inscription de Kassaba en Asie Mineure : StratoddTtny Dralvias] DLooews Tapaxwl vn]otas (8). =
Quant à la Lusitanie, Hübner la divise en deux diocèses, administrés l’un par le propréteur et l’autre par le légat ; le chef-lieu du premier diocèse est Emerita, celui du second est peut-être Olisipo (9). Il n’y a pas de diocèses en Bétique ; mais il se peut que le légat du proconsul réside à Hispalis, tandis que le proconsul est à Cordoue (10).
Enfin, partant du texte de Strabon, et de ce qu’on constate ou croit constater pour l'Espagne Citérieure, on pose cette règle générale : toutes les fois qu’une province impériale contient plusieurs légions, elle est divisée en diocèses, en circonscriptions définies, un legatus iuridicus étant préposé à chaque diocèse, sous l’autorité supérieure du propréteur (11).
Cette construction est fragile. Strabon lui-même semble avoir voulu mettre en garde les commentateurs contre les
(1) C. I. L., IL, 2634 ; probablement aussi Dessau, 8975.
(3) C. I. L., V, 6974 à 6977, 6980 ; de même sans doute VI, 31801. (4) GC. I. L., XII, 3167 ; XIII, 1802.
(8) Mommsen, Titulus Hierocaesareensis, dans Ephem. Epigr., IV (1881), p. 222-225 (— Gesammelte Schriften, VIII, p. 355 sqq.). La lecture a été améliorée depuis (Dessau, 8842 ; vol. III, pars II, p. CXCI).
(9) Arqueol. de Esp., $ 113 ; dans le même sens, GC. I. L., IT, p. LXXXVII, quoique Hübner y soit moins affirmatif
(10) C. I. L., II, p. LXXXVII.
(11) Kornemann, dans Pauly-Wissowa, art, Dioecesis, — en particulier 724.
5o DIVISIONS ADMINISTRATIVES DE L'ESPAGNE
généralisations hasardeuses. Il note, à propos de l'Espagne, que les Romains modifient la division et l'administration des provinces suivant les circonstances (1) ; il tient à marquer que ses affirmations valent pour le moment où il écrit (vuvé, Ev r@ ragévui) ; il déclare avec une réserve prudente que l'effectif de l’armée d’Espagne est rpt&v nov rayure.
Ni Strabon ni aucun texte n'indique qu’il y ait eu une division de la Lusitanie en deux diocèses ; il est possible que quelques inscriptions de legati se rapportent au légat que le propréteur avait comme auxiliaire (2); mais il n’y a aucune trace de l’attribution à ce légat d’une compétence territoriale déterminée. De même, aucun document ne nous montre le légat du proconsul, en Bétique, résidant ailleurs que son chef. Pour la Lusitanie et pour la Bétique, il n’y a donc pas lieu de s’arrêter aux hypothèses de Hübner.
En Citérieure, si l’on veut regarder comme permanentes les subdivisions observées par Strabon, ce ne sont pas trois diocèses, mais quatre qu’il faudra distinguer. Dans Strabon, en effet, le troisième légat, celui qui n’a pas de légion et qui administre des populations romanisées, gouverne rñv uecéyatay ; si son district Va péxpt rüv xpôs Oakéren ueo&v, il faut comprendre « jusqu'aux régions littorales exclusivement », puisque la phrase suivante réserve ces régions à l’activité personnelle du propréteur : aûros D 6 fyepov dapemdter pèv èv voïs émufahartiaiors uéopeat rai élota 19 Kapynbéve nai 19 Tappérwvt Dixarodorüv.… (3).
On ne pourrait donc, en aucun cas, poser en principe que dans toute province le nombre des légions déterminera le nombre des diocèses (4). Il y a en Espagne, au temps de Strabon, trois légions, et trois légats subordonnés au propréteur;
(1) III, 4, 19 : &Añote D'akkwç Dratpobot rpôç Tods xatpobe rolTEvOpEvOr.
(2) Marchetti, p. 427.
(3) Kornemann, loc. cit. 719, fausse le texte de Strabon en rapportant au
troisième légat ce qui est dit du gouverneur ; de même Marchetti, p. 153. Aÿtoc ô Hyeuwy ne peut désigner que le propréteur (cf. plus haut, ÿxd T@ braTix
ñyepôve).
(4) Ce que Kernemann d’ailleurs évite d'affirmer.
mais c'est par une coïncidence que les deux nombres sont égaux. L’un des trois légats n’a rien à voir avec les légions, et n’en a aucune à sa disposition. Inversement, des trois légats légionnaires, deux seulement commandent un district, et sont comptés, comme tels, parmi les zpeoéeurat de Strabon. En Asturie-Callécie, où deux légions tiennent garnison, le commandement est assumé par celui des deux légats légionnaires qui, par son ancienneté ou par une lettre de service de l’empereur, a autorité sur l’autre ; le district de Cantabrie est sous les ordres du légat commandant l’unique légion qui s’y trouve (1).
La tâche des officiers qui dirigent, au temps de Strabon, les deux districts septentrionaux, est avant tout d’ordre militaire. Sans doute ils ont qualité pour juger les litiges, et c’est seulement dans les affaires importantes que le propréteur intervient, au cours de ses tournées d’été ; mais l’occupation principale de ces deux légats n’est pas l’administration de la justice : c’est le maintien de la tranquillité matérielle et de la paix romaine. Il n’y a point, par conséquent, de filiation nécessaire entre les deux premiers légats de Strabon, chefs militaires, et les iuridici du second siècle, spécialisés dans les fonctions judiciaires (2).
La division en diocèses, telle qu’on la tire de Strabon, et la divi:ion en conventus, telle qu’elle est indiquée par Pline, sont inconciliables. Le diocèse d’Asturie-Callécie ne fait pas difficulté : il correspond à trois des conventus de Pline. Mais
(1) Je ne pense pas en effet qu’il faille admettre dans ces régions l’existence de fonctionnaires qui seraient distincts des légats légionnaires, supérieurs à eux, et qui seraient les deux premiers xpsséeurat de Strabon. Dion Cassius, LIII, 15, 1 (le seul texte utilisable est celui de l’édition Boissevain), ne connaît pas de légat intermédiaire entre le légat légionnaire et le propréteur. Lorsqu'il y a eu en même temps, dans une même région, un légat juridique et un légat légionnaire, comme c’est arrivé en Espagne à partir de la fin du
rer siècle, il n’y a pas eu subordination de l’un à l’autre ; tous deux ont relevé directement du gouverneur.
(2) Voir, en ce sens, les remarques de Domaszewski, Zur Geschichle der rômischen Provinzialverwaltung, dans Rheinisches Museum, 45 (1890), p. 9-10, contre Mommsen, Ephem. Epigr., loc. cit. : SF PP
il n’y a pas de concordance pour le reste de la province. Nous verrons plus loin (1) quelles sont les limites des conventus ; il suffit de dire ici que le conventus de Clunia va de la Celtibérie, dont il comprend une partie, à l'Océan Cantabrique ; le conventus de Caesaraugusta comprend une autre partie de la Celtibérie et va jusqu'aux Pyrénées ; le conventus de Tarragone s'étend aussi jusqu'aux Pyrénées. Ainsi, le second des diocèses de Strabon traverserait, de l'Ouest à l'Est, trois conventus sans en contenir aucun en entier (2).
Enfin, même si nous admettons que Strabon subdivise l'Espagne Citérieure en trois districts et non en quatre, nous pouvons reconnaître, dans la prosopographie de la province, le premier et le troisième de ces districts sous les noms de Asturia et Callaecia et de Tarraconensis (3); mais nous ne voyons nulle part un légat du second diocèse (4).
Pour lever quelques-unes au moins de ces difficultés, Domaszewski, Kornemann et Mile Marchetti abandonnent une partie du système que Mommsen et Hübner présentaient. Ils admettent que le second diocèse a cessé d’exister sous le règne de Claude, lorsque l’armée d’Espagne fut réduite. A ce moment, ce diocèse, d’après Kornemann (pour lequel il comprenait l’Asturie : voir plus haut, p. 46), fut démembré : l’Asturie fut rattachée au diocèse de Callécie, le reste (essentiellement la Cantabrie) au diocèse de Tarragone. Pour Domaszewski et Mie Marchetti, les Astures ayant appartenu
(1) Ch. v.
(2) Pour mettre d’accord les deux divisions, Kornemann (Xlio, 3, p. 323- -324) fausse les choses : il n’est pas exact que Cantabria et conuentus Cluniensis aient la même extension, ni que le troisième diocèse de Strabon (en supposant que Strabon ne connaisse que trois diocèses) corresponde aux conventus de Caesaraugusta, Tarragone et Carthagène,
(3) Voir plus haut, p. 48.
(4) Hübner, C. I. L., II, p. LXXXVI : « Legati eius dioecesis in titulis nondum reperti sunt ». ;
dès l’époque de Strabon au premier diocèse, le second diocèse, sous Claude, fut purement et simplement annexé au diocèse de Tarragone. La Citérieure fut donc, à partir de Claude, divisée en deux diocèses, un diocèse d’Asturie et Callécie correspondant à trois conventus, un diocèse de Tarragone correspondant aux quatre autres conventus de Citérieure ; le propréteur de Citérieure eut sous ses ordres, pour administrer ces deux diocèses, deux légats, appelés plus tard turidici;, et les inscriptions nous font connaître plusieurs personnages de l’une et de l’autre série (1).
Même sous cette forme, l’idée d’une subdivision permanente et fixe de la Citérieure en diocèses ne me paraît pas acceptable, Il ne faut parler, pour l’époque postérieure à Claude, ni de quatre, ni de trois, ni de deux diocèses ; il n’y a pas eu dans les provinces espagnoles, à partir de Claude, d’autres subdivisions que les conventus.
L'organisation décrite par Strabon pour la Citérieure n’a duré qu’un demi-siècle environ, d’Auguste à Claude. C'était un régime provisoire, qui devait disparaître une fois effacées les traces de la guerre cantabrique ; il n’eut plus de raison d’être du jour où l'Espagne cessa de posséder des forces militaires importantes. Les trois légions qui étaient en Espagne au début du règne de Tibère (2) sont la IVa Macedonica, la VIa Victrix et la Xa Gemina, la première en Cantabrie (3), les deux autres en Asturie et Callécie. La IVa Macedonica quitta l'Espagne au début du règne de Claude (4) : c’est alors que la division en districts qu'avait connue Strabon, et où
(1) Domaszewski, loc. cit., p. 9; Kornemann, Klio, 3, p. 324, et Pauly-Wissowa, art. Dioecesis, 719 ; Marchetti, p. 152-153. De même encore Garofalo, Bol. de la R. Acad. de la Hist., 36 (1900), p. 182-183 ; Mispoulet, Revue de Philologie, 34 (1910), p. 312 sqq. ;
(2) Strabon, loc. cit. ; cf. Tac., Ann., IV, 5. — Sur l’histoire de l’armée d’Espagne sous les premiers empereurs, voir Hübner, Arqueol. de Esp., $ 92 sqq.; C. I. L., IL, p. LXXXVIII-XC ; Marchetti, p. 175 sqq. ; cf. Braun, p. 102-103.
(3) C. I. L., II, 2916 a-d ; 8807. Te
(4) Elle prit part d’abord à l'expédition de Maurétanie (Cagnat, L’armée romaine d'Afrique, 2° éd., p. 29), puis fut envoyée en Germanie.
les considérations militaires jouaient un rôle déterminant, fut abandonnée (1). <
C'est alors aussi que les villes de la Citérieure furent réparties entre les conventus de la façon qui nous est attestée par Pline. La division de Strabon et celle de Pline s’excluent l’une l’autre ; elles s’inspirent d'idées différentes, et ne se recouvrent pas. Il a fallu que la division en trois ou quatre districts, décrite par Strabon, fût abolie, pour qu’on pût appliquer la division en sept conventus, reproduite par Pline.
Je ne veux pas dire qu’il n’y ait pas eu de conventus en Espagne avant le départ de la IVa Macedonica. Le conventus est utile dans toute province de quelque étendue ; puisqu’on ne peut contraindre tous les justiciables à venir à la résidence du gouverneur, il faut bien que le gouverneur se transporte, périodiquement, dans un certain nombre de villes, et tienne ses assises dans chacune d’elles pour les habitants de la région avoisinante. Les conventus existaient en Espagne dès la questure de César (2); nous verrons tout à l’heure que, pour les conventus de Lusitanie, les renseignements de Pline remontent à l’époque d’Auguste ; Tarragone et Carthagène sont expressément désignées comme sièges de conventus dans le texte de Strabon. Mais ce qui date de Claude, ce qui est postérieur à la suppression des districts militaires du Nord, des subdivisions appelées abusivement « diocèses », c’est la fixation des chefs-lieux et la délimitation des ressorts, en Citérieure, telles que les présente Pline.
Cette opinion serait insoutenable si, comme on l’a long-
(1) La réduction, par la suite, s’acc ntua encore : dès 63 environ, ia garnison d’Espagne est réduite à une seule légion, la VIA Victrix (Domaszewski, Rhein. Mus., 47 (1892), p. 214 ; Ritterling, Rhein. Mus., 59 (1904), p. 59-60). Dans les années 68-70, les circonstances font que l'Espagne a momentanément plus d’une légion. Mais Vespasien, dès le début de son règne, ramène de façon normale et définitive l’armée d’Espagne à une légion, la VII? Gemina.
(2) Suétone, Julius, 7, 1. Cependant Schulten, De conventibus civium Romanorum (Berlin, 1892), p. 13, ne croit pas qu’il y ait eu de conventus à sièges fixes avant Auguste.
temps admis, la source d’où Pline tire ses renseignements sur les limites des conventus de Citérieure était de l’époque d'Auguste. A la simple lecture, on constate que Pline utilise, pour la description des provinces espagnoles, des statistiques où les cités sont dénombrées, classées par catégories, et, dans chaque catégorie, rangées par ordre alphabétique. Detlefsen a démontré (1) que Pline ne prend pas ces statistiques dans des commentarit d’Agrippa qui formeraient un ouvrage distinct de la carte, car un tel ouvrage n’a jamais existé ; il a affirmé, dans ses premiers travaux (2), que ces données venaient d’Auguste, probablement du breuiarium totius imperii mentionné par Suétone (3); et cette idée a été généralement bien accueillie (4). Si elle était juste, la coexistence des conventus tels que les atteste Pline et des districts indiqués par Strabon serait une énigme. Mais ce n’est ni le breviarium d’Auguste ni aucun document de même date qui est à la source de la description de Pline. Detlefsen, après avoir tâtonné, est arrivé à la solution qu'il faut reconnaître pour vraie : ce que Pline utilise, ce sont les formulae prouinciarum, c’est-à-dire des recueils officiels de renseignements administratifs et statistiques, qui sont dressés et mis à jour, pour chaque province, indépendamment les uns des autres, et qui ne se rapportent pas nécessairement tous à la même
époque (5).
(1) Varro, Agrippa und Augustus als Quellenschriftsteller des Plinius für die Geographie Spaniens, 1877 ; Ursprung, Einrichtung und Bedeutung der Erdkarte Agrippas, 1906, p. 57 sqq.
(2) Varro, etc., p. 31 sqq.
(3) Aug., 101.
(4) Cuntz, De Augusto Plinii Geographicorum auctore, dissert. de Bonn, 1888 ; Kornemann, Die Entstehung der Provinz Lusitanien, 1903, p. 225-226 ; Klotz, Quaestiones Plinianae geographicae, 1906, p. 15-16 ; Braun, p. 103. — M. Jullian (Le breviarium totius imperii de l’empereur Auguste, dans Mélanges de l'Ecole de Rome, 3 (1883), p. 149-182, particulièrement p. 175) a fait des réserves sur l'hypothèse de Detlefsen :
(5) Detlefsen, Formulae (voir plus haut, p. 22, n. 4), 1908; Die Anordnung der geographischen Bücher des Plinius und ihre Quellen, 1909, p. 28 sqq. En tête de ce dernier mémoire (p.1-5), Detlefsen résume ses travaux antérieurs. M. Pallu de Lessert (L'œuvre géographique d’ A grippa et d Auguste, dans Mémoires
En ce qui concerne l'Espagne, je crois qu'on peut dater approximativement les formulae dont se sert Pline pour les différentes provinces; elles ne sont pas contemporaines entre elles.
La description des trois provinces n’est pas faite sur un modèle uniforme. On y reconnaît quatre types. Pour la Lusitanie (IV, 117-118), les chefs-lieux des trois conventus sont indiqués, mais les localités de toute la province sont confondues dans les mêmes listes; aucun renseignement n'est fourni sur la répartition des cités entre les conventus. Pour la Bétique (III, 10-15) et la Citérieure (III, 23-28), Pline nomme les cités principales de chaque conventus. En outre, la statistique de Pline donne, pour le conventus de Clunia (III, 26-27), la répartition des cités entre les différentes gentes ou régions ; pour chacun des trois conventus du Nord- Ouest (III, 28), le nombre des habitants. Ces remarques suffisent à établir que Pline n’a pas tiré parti d’un document un et homogène : les différents éléments de sa documentation étaient indépendants les uns des autres.
La formula de Lusitanie date du règne d’Auguste. Elle est postérieure à la réforme qui, entre 7 et 2 av. J.-C., limita la Lusitanie au Durius. Elle est antérieure à l’an 6 ap. J.-C. Voici le calcul qui donne ce ferminus ante quem. La Lusitanie, dit Pline (IV,.117), comprend 45 cités : 5 colonies, 1 municipe romain, 3 municipes qui jouissaient du droit latin avant Vespasien (1), 36 stipendiaires (2). Pline nomme 28 de ces
de la Société des Antiquaires, 68 (1908), p. 215-298) fait l’historique de la question, et se rallie en principe à l’opinion de Detlefsen sur les formulae ; maïs il croit qu'un recueil officiel des formulae des diverses provinces a été établi entre 27 et 20 av. J. C. M. Beloch (Die Bevôlkerung der griechisch-rômischen Welt, p. 325) admettait que la source de Pline était un « Staatshandbuch » composé dans les dernières années de Claude ou sous Néron.
(1) Latii antiqui : expression que Pline substitue à celle du document-source (Latina ou Latini iuris).
(2) Les chiffres de détail permettent de corriger en XLV le chiffre total, pour lequel les mss. donnent XL VI. Il y a eu dittographie de l’i qui suivait XL V. — Voir Detlefsen, Die geogruphie der provinz Lusilanien bei Plinius (dans Philologus, 36 (1877), p. 111-128), p. 117.
45 cités dans les $$ 117-118 : les 5 colonies, les 4 municipes, et 19 stipendiaires. Il faut y ajouter les cités qui ont des homonymes en Bétique, et dont les noms ont été donnés dans la description de cette province (III, 14) (1) : elles sont au nombre de 7 (2). En outre, il faut tenir compte des cités que Pline a mentionnées dans la description de la côte (IV, 113- 116) et qu'il n’a pas reprises dans l’énumération par catégories : elles sont aussi au nombre de 7, dont 6 sont nommées par Pline quand il parle en son nom propre (3), et 1 dans une phrase où il suit Varron (4).
Sur 45 cités, Pline en nomme donc 42 (5). Or, en 6 ap. J.-C.,
(1) IV, 118 : praeler (populos) iam dictos in Baeticae cognominibus : c’est le texte des mss., qu’on peut conserver, en comprenant : « outre ceux dont il a été parlé à propos de leurs homonymes de Bétique ». Detlefsen accepte une correction de Pincianus : in Baetica cognomines. Dans le passage correspondant de la description de la Bétique (III, 13), je suis tenté d’écrire : Celticos a Celtiberis ex Lusitania aduenisse manifestum est sacris, lingua, oppidorum uocabulis quae < a > cognominibus < additis nominibus > in Baetica distinguuntur : « les appellations des villes qui, en Bétique, se distinguent des homonymes (lusitaniennes) par des noms supplémentaires », ce qui amène bien la phrase suivante (III, 14) : Seriae adicitur Fama lIulia etc. : « à Seria (nom de la ville lusitanienne), on ajoute (en Bétique) Fama Iulia. » On pourrait songer aussi à écrire : quae cognominibus < additis nominibus > in Baetica distinguuntur, « qui se distinguent en Bétique par des surnoms ajoutés aux noms ». La correction, paléographiquement, serait plus simple ; mais, si mauvais et si obscur que soit le style de Pline, je doute qu’il ait joint ainsi le datif nominibus à l’ablatif cognominibus additis.
(2) III, 14, j'écris (avec Müller, éd..de Ptol., I, p. 124 ; cf. C. I. L., II, p. 131) : Seriae adicitur Fama Iulia, Nertobrigae Concordia Iulia, Segidae Restituta lulia, Contributa Iulia Vgultuniae cum qua et Curiga nunc est, Lacimurgae Constantia Iulia, Siarensibus (corriger ainsi d’après Ephem. Epigr., VIII, 306) Fortunales et Callensibus Aeneanici. Le chiasme Segidae Restituta Iulia, Contributa Iulia Vqultuniae est bien dans le goût de Pline. La forme Vgultuniacum (Hübner, Detlefsen) est exclue par les féminins Contributa Tulia. La phrase signifie sans doute que la localité bétique de Curiga (Monesterio) se trouve, quand Pline écrit {nunc), rattachée à la ciuitas d’Ugultunia (Fuente de Cantos) (voir plus loin, ch. vi, p. 113). Les sept populi lusitaniens dont Pline, IV, 118, ne répète pas les noms sont donc : Serienses, Nertobrigenses, Segidenses, Ugultunienses, Lacimurgenses (voir plus haut, p. 40, n. 4), Siarenses, Callenses.
(3) IV, 113 : Turduli Veteres (distincts des Turduli Bardili, 118), Paesuri, Talabrica, Conimbriga, Collippo, Eburobrittium.
(4) IV, 116 : Ossonoba. Les autres villes nommées dans la même phrase (Olsipo, Salacia, Merobrica, Balsa, Myrtilis) reparaissent dans l’énumération par catégories : j’admets en effet avec Hübner (C. I. L., II, p. 802) que la Merobrica du littoral est la ville des Mirobrigenses Celtici nommés parmi les stipendiaires.
(5) Si l’on corrige, dans la liste des cités stipendiaires, Aeminienses en Am-
il existait en Lusitanie au moins 6 cités qui ne sont point nommées par Pline. Elles nous sont révélées par des {ermini Augustales : l'un, de 2 av. J.-C., inter Lanc(ienses) Opp(idanos) et Igaedit{(anos) (C. I. L., II, 460); trois autres, de 6 ap. J.-C., inter Mirobrig(enses) et Salmantic(enses), inter Mirobrig(enses) et Bletis{(enses), inter Bletisam et Mirobr(igam) et Salm(anticam) (C. I. L., II, 857-859); un cinquième, mutilé au début, mais appartenant évidemment à la même série que les trois précédents, [inter Milrobrigenses et .polibedenses (probablement [Z]polibedenses ; plusieurs noms de villes ibériques commencent par Ip) (C. I. L., IT, 5033). Bletisa (Ledesma), Salmantica, Ipolibeda, les Igaeditani (Idanha) sont ignorés de Pline ; la Mirobriga des termini, aujourd'hui Ciudad-Rodrigo, dans la province de Salamanque, est distincte de la ville des Mirobrigenses Celtici nommés par Pline (1); les Lancienses figurent dans la liste des stipendiarii de Pline, mais sans épithète : si le ferminus les nomme Lancienses Oppidani, c’est que leur civitas a été dédoublée, et forme, dès 2 avant J.-C., les deux communes des Lancienses Oppidani et des Lancienses Transcudani, qui contribueront sous Trajan à la construction du pont d’Alcantara (C.I. L4, IE 760).
La formula Lusilaniae que consulte Pline ne connaît que 45 communes ; elle est donc antérieure à 6 ap. J.-C., date à laquelle il existe en Lusitanie au moins 48 commu-
maienses (voir C.I. L., II, p. 809), le nombre des villes nommées par Pline s’élève à 43 ; Aeminium, en effet, figure par ailleurs (IV, 113), dans la description de la côte, là où Pline parle en son nom. La correction est vraisemblable, car des mss. ont aemienses, emienses ; et, des villes nommées par Pline dans sa description de la côte, Aeminium serait la seule qui reparaîtrait dans l’énumération par catégories (il en est autrement pour la partie de côte décrite d’après Varron ; voir note précédente).
(1) Voir page précédente, note 4. Les Mirobrigenses des fermini portent les surnoms de Val... Vf.. (compléments inconnus). Si l’on voulait, malgré cela, identifier les Mirobrigenses Celtici de Pline aux Mirobrigenses de Ciudad- Rodrigo, alors il faudrait ajouter aux cités nommées par Pline la Merobrica du littoral, et rien ne serait changé à nos calculs.
nes (1). Nous pouvons même dire qu’elle est antérieure à 2 avant J.-C., puisqu'elle ignore le dédoublement des Lancienses. Elle a été dressée, selon toute vraisemblance, aussitôt après la réforme qui, entre 7 et 2, fixa définitivement les limites des trois provinces (2). Au cours des années qui suivirent, l’activité de l’administration romaine, dans la province nouvellement délimitée, se marqua par des créations de communes, créations dont quelques-unes nous sont connues grâce aux termini retrouvés. A la différence des formulae de Bétique et de Citérieure, la formula de Lusitanie, moins détaillée, sans doute parce qu’elle était plus ancienne, ne classait pas les cités par conventus (3).
En ce qui concerne les formulae de Bétique et de Citérieure, nous ne pouvons pousser le dénombrement des cités aussi loin que pour la Lusitanie ; mais un moyen de datation nous est donné par la statistique des colonies.
Pline connaît en Bétique 9 colonies (III, 7), qu’il nomme toutes (III, 10-12) : ce sont Cordoue, Hispalis, Hasta (Mesa de Asta, près de Jérez), Asido (Medina Sidonia), Astigi, Tucci, Itucci (région de Baena), Ucubi, Urso (Osuna).
Une d’elles cependant est contestée, c’est Asido. La phrase où Pline la mentionne est celle-ci : inter aestuaria Baetis oppida Nabrissa cognomine Veneria et Colobana, coloniae Hasta quae Regia dicitur et in mediterraneo Asido quae Caesarina. Ce
(1) Au moins 49 si l’on introduit dans la liste de Pline les Ammaienses (voir page 57, n. 5).
(2) Ainsi la borne des Lancienses confirme, pour cette réforme, le {erminus ante quem donné plus haut (p. 35).
(3) On peut se demander quelles sont les deux (ou trois) cités de Lusitanie qui, figurant dans la formula, n’ont pas été nommées par Pline. Outre Ammaia (voir p. 57, n. 5), deux villes, Caetobriga (voir GC. I. L., II, 5184) et Aritium (dit, sous Caligula, Aritiense oppidum uetus, C. I. L., II, 172), ont des chances d’avoir existé comme cités dès avant 7 av. J. C. Salmantica, ville de quelque importance au temps de la conquête (voir plus haut, p. 19), était tombée sans doute à la condition de locus contributus, et ne redevint cité qu’en 6 ap. J.-C. (Remarques dans le même sens de Wallrafen, op. cit, p. 57 et 71. Mais Wallrafen, qui croit (p. 27-28) que Pline prend directement ses données dans les documents du cens, n’explique pas comment il se fait que Pline s’en tienne, pour les communes lusitaniennes, au nombre « frühaugusteisch »). 5
texte est celui des manuscrits ; Hübner (C. I. L., II, p. 176), suivi par Detlefsen, corrige coloniae en colonia ; Asido, d’après lui, était municipe. Il s'appuie sur deux arguments. Le premier est qu’il y a déjà, en Lusitanie, une colonia Caesarina, qui est Norba, et qu'on ne peut admettre une seconde colonie du même nom dans la même province (Norba et Asido appartenaient à la même province au temps de César) : mais l'identité de nom n’était que partielle, pour peu que l’une ou l’autre des deux villes eût reçu une seconde épithète qui ne nous a pas été transmise ; en Citérieure, trois colonies, Carthagène, Tarragone et Celsa, s'appellent Iulia Victrix ou Victrix Iulia; deux colonies, Ilici et Barcino, s'appellent Julia Augusta. Le second argument se tire d’une inscription d’Asido, C. I. L., II, 1315 : Q. Fabio Cn. f. Ga{]/Senicae ITIT uir(o)/municipes Caesarini; l'emploi du terme municipes prouverait, d’après Hübner, qu’Asido n’est pas colonie. Ce serait juste, si la dédicace était gravée en l’honneur d’un personnage étranger à la ville ; la seule formule correcte serait alors coloni coloniae Caesarinae. Mais Fabius est lui-même un habitant d’Asido, un colonus coloniae Caesarinae, et dès lors municipes, signifiant « ses compatriotes », ne nous donne aucune indication sur la condition juridique de la ville (1). Il y a donc lieu de conserver la leçon des manuscrits ; il y a symétrie, d’ailleurs, entre le pluriel oppida et le pluriel coloniae ; et la construction de la phrase implique un parallélisme exact entre Hasta et Asido : les termes pourraient se disposer ainsi :
Hasta quae Regia |
à ; dicitur Asido quae Caesarina
coloniae
(1) En ce sens, Cuntz, op. cit., p. 7, n. 4. Sur cet emploi de municeps, voir Aulu-Gelle, XVI, 13, 1 ; Toutain, Mélanges de l'Ecole de Rome, 16 (1896), p.318. — Il n’y a rien à tirer des sigles m. c. qui se trouvent dans une inscription de Jérez (C. I. L., II, 1305), ni de la formule Caesarini Asidonens(es) employée dans l'inscription Eph. Ep., VIII, 306. — Au surplus, C. I. L., II, 1315, d’après
SUBDIVISIONS DES PROVINCES : LES DIOCÈSES Ÿ ôt
Asido est bien, dans -Pline, au nombre des colonies de Bétique, et Pline a nommé, dans son texte, les 9 colonies que sa source connaissait (1).
Si nous pouvons établir vers quelle date, antérieurement à Pline, une dixième ville de Bétique a été érigée en colonie, nous aurons, pour la formula de Bétique, un {erminus ante quem. Or il est très vraisemblable que cette faveur a été accordée par Claude à Baelo. Baelo (Bolonia), port sur l'Océan, est pour Pline simplement un oppidum (III, 7). L’I£. Ant. (p. 195 Parthey et Pinder) nomme cette ville Belone Claudia : il est donc certain qu’elle a dû à Claude une promotion ; l'emploi du féminin indique qu’elle est devenue colonia Claudia ; c'est seulement comme épithète de colonia qu’un adjectif féminin peut se trouver accolé à un nom ibérique en -0, -onis (2). Claude a probablement envoyé une colonie à Baelo dans les premières années de son règne, vers le moment où, organisant la Maurétanie en provinces, il avait son attention attirée sur les régions voisines du détroit (3) ; la colonie de
la paléographie, est soit de l’époque d’Auguste (C. I. L. : ævi fere Augusti), soit même de celle de César (Hübner, Pauly-Wissowa, art. Asido : aus caesarischer Zeit). Il est donc possible que Asido, municipium Caesarinum, soit devenu colonia Caesarina dans les dernières années d’Auguste. — En faveur d’Asido colonie, voir encore ci-dessous, n. 2.
(1) Pour compléter le nombre de neuf, ceux qui n’acceptent pas Asido ont recours à Munda (Detlefsen, Die geographie der provinz Bâtica bei Plinius — dans Philologus, 30 (1870), p. 265-310 —, p. 270), ou à Carteia (C. I. L., II, p. XCI), ou à Baelo (C. I. L. ,II, p. 847, p. 875). La phrase où Pline mentionne Munda (III, 12) veut dire que Munda était située entre les colonies d’Ucubi et d’Urso, mais non pas qu’elle-même était colonie ; en outre, Pline en parle comme d’une ville qui n’existe plus (fuit) depuis la défaite des Pompéiens (cum Pompeio filio rapta). Carteia, ville de droit latin, a bien pu être qualifiée de colonie par Tite-Live, mais certainement pas par Pline (voir C. I. L., II, p. 242). Pour Baelo, voir ci-après : ce n’est pour Pline qu’un oppidum. — M. Beloch (Bevülkerung, p. 330) ne croit pas que l’on puisse déterminer le neuvième colonie.
(2) Pline, III, 10 : Obulco quod Pontificiense appellatur. Les exceptions ne sont qu’apparentes : dans Vrgao quae Alba (ibid.), Alba n’est pas un adjectif, c’est le nom d’Albe (Detlefsen, Philologus, 30, p. 275), et les inscriptions portent municipium Albense Vrgauonense (C. I. L., II, 2111); Hippo Noua (Pline, ibid.) est à corriger en Zponoba (C. I. L., 11, 1600 ; inscription publiée dans le Bol, de la R. Acad. de la Hist., 43 (1903), p. 525). Cet argument confirme à Asido la qualité de colonie (Asido quae CGaesarina). va
(3) La traversée normale, d’Espagne en Tingitane, est celle de Baelo à Tingi (It. Ant., p. 241 Parthey et Pinder).
Baelo doit être sensiblement contemporaine des colonies de Tingi et de Lixus, envoyées par Claude en Maurétanie Tingitane (Pline, V, 2) (1). La formula de Bétique dont se servait Pline était antérieure à ces mesures. Un détail confirme cette conclusion : c’est la formula de Bétique, certainement, qui fournit à Pline le renseignement, utilisé par lui dans sa description de la Maurétanie (V, 2), sur le rattachement administratif à la Bétique de Zulil, colonie d’Auguste dans le royaume de Maurétanie ; et ce rattachement a dû cesser lors de l’organisation des Maurétanies par Claude (2).
La formula de Bétique que consultait Pline se place donc entre la fixation définitive des limites provinciales par Auguste et les premières années du règne de Claude ; nous ne pouvons préciser davantage. Il est probable cependant qu’elle est sensiblement postérieure à la formula de Lusitanie, puisqu’elle donne des renseignements plus détaillés.
En Citérieure, la formula de Pline compte douze colonies (IIL, 18). Pline nomme comme telles, de façon non douteuse, Carthagène et Ilici (Elche) (19), Valentia (Valence) (20), Tarragone (21), Barcino (Barcelone) (22), Caesaraugusta et Celsa (Velilla del Ebro) (24), Acci, Libisosa (Lezuza) et Salaria (-Ubeda la Vieja) (25), soit dix colonies. Pour la détermination des deux dernières, nous avons à tenir compte des textes suivants :
III, 23 : Tarracone disceptant populi XLII, quorum celeberrimi ciuium Romanorum Dertosani, Bisgargitani, Latinorum Ausetani etc.
(1) Dans le Corpus (p. 847 et 875), Hübner regarde comme probable l’érection de Baelo en colonie par Claude; dans Pauly-Wissowa, art, Baelo, il admet seulement que Baelo est devenu sous Claude municipe romain. Les fouilles entreprises à Baelo en ces dernières années n’ont donné que très peu d'inscriptions. La découverte d’un temple qui est probablement un Capitole est interprétée par M. Pierre Paris (Comptes rendus de l’ Acad. des Inser., 1919, p. 454) comme une preuve que Baelo était colonie. Mais il y avait des Capitoles ailleurs que dans les colonies (Cagnat et Chapot, Manuel d’ Archéologie romaine, I, p. 157).
(2) Voir plus haut, note finale du ch. III,
IIT, 24 : Caesaraugusta.. recipit populos LV, ex his ciuium Romanorum Büilbilitanos (1), Celsenses ex colonia, Calagurritanos etc.
Il ne faut pas perdre de vue que Pline, pour chaque conventus, range les cités qu’il nomme par catégories, dans l’ordre hiérarchique : colonies, municipes romains, municipes latins, stipendiaires ; dans chaque catégorie, il suit l’ordre alphabétique (en ne tenant compte que de la première lettre, suivant l’usage des anciens). à
Dès lors, si les Dertosani sont nommés avant les Bisgargitani (2), c’est qu'ils appartiennent à une catégorie supérieure : parmi les populi ciuium Romanorum, les Dertosani sont nécessairement colonie, les Bisgargitani nécessairement municipe (3). Inversement, l’ordre Bülbilitanos, Celsenses suppose que les Bilbilitani sont égaux aux Celsenses : autrement, les Celsenses viendraient en tête. Ex colonia s'applique donc aux uns comme aux autres, et Bilbilis est colonie comme Celsa (4).
En fait, Hübner a démontré (5) que Dertosa (Tortose), municipe romain depuis César, est devenue colonie romaine vers la fin du règne d’Auguste : c’est ce que prouvent les monnaies, et le témoignage de Strabon (6). Quant à Bilbilis, il existe des monnaies d’Auguste, de Tibère et de Caligula où cette ville est dite municipe. Elle n’a donc pris le rang de colonie qu’à la fin du règne de Caligula, ou plutôt au début
(1) Belblitanos ou Bellitanos mss. La correction est certaine.
(2) On ne sait rien de Bisgargis. Mais le nom est confirmé par Ptolémée, IE, 6, 63 (Braxapyis).
(3) Detlefsen, Die geographie der tarraconensischen provinz bei Plinius (dans Philologus, 32 (1873), p. 600-668), p. 633, a remarqué cet ordre insolite, mais n’en a pas tiré la conclusion qui convenait.
(4) En ce sens, Detlefsen, loc. cit., p. 616 ; Cuntz, op. cit., p. 12.
(5) C. I. L., II, p. 535, rectifié en partie dans Pauly-Wissowa, art. Derlosa,
(6) Les réserves de Mie Marchetti, p. 253-254, sur l'interprétation des monnaies n’infirment pas cette conclusion. Il faut seulement reculer l’envoi de la colonie jusqu’à la fin du règne d’Auguste (Hübner, Pauly-Wissowa, loc. cit.) au lieu de fixer comme terminus a quo l’adoption de Tibère (C. I. L., II, p. 535).
du règne de Claude (1). Il est assez naturel que Claude, vers la date où il diminuait d’une légion la garnison de la Citérieure, ait compensé en quelque mesure, par l’envoi d’une colonie, l’affaiblissement de l’élément romain. Les deux raisons qu’allègue Hübner (2) pour nier que Bilbilis ait été colonie avant Pline sont sans valeur. Bilbilis (Cerro de Bämbola, près de Calatayud), dit-il, était sur une route qui n’a été construite que par Domitien : mais si le miiliaire le plus ancien que nous ayons de cette route (C. I. L., IT, 4918) est en effet de Domitien, c’est un milliaire de réfection (restit.). Le second argument est «ipsa monumentorum inopia »: mais bien d’autres colonies ont laissé moins de traces encore que Bilbilis (3) ; et Bilbilis aurait peut-être donné beaucoup si le terrain avait été exploré avec méthode (4). -
Ainsi, la onzième et la douzième colonies de Pline sont Dertosa et Bilbilis ; Bilbilis nous donne, pour la formula de Citérieure, un ferminus a quo, qui est l: début du règne de Claude.
La liste des douze colonies mentionnées par Pline, III, 18, s'établit donc sans qu’on ait à faire intervenir le texte suivant : IV, 110 (dans la description de la côte de l’Océan Cantabrique) : Amanum portus, ubi nunc Flauiobriga colonia. Flaviobriga (région de Bilbao ?) est une fondation de Vespasien ; les quatre mots par lesquels Pline signale cette
(1) Cuntz (op. cit., p. 12-13) admet que Bilbilis, colonie pendant la plus grande partie du règne d’Auguste, et figurant comme telle sur les indices d’Auguste, qu’il suppose avoir été utilisés par Pline, fut rétrogradée, avant la fin du règne, au rang de municipe (d’où les monnaies). C’est bien peu vraisemblable.
(2}G°TI=L II; p: 947
(3) Ainsi Metellinum, Hasta, Itucci (dont l’emplacement même est incertain), Celsa, Libisosa, Salaria.
(4) Il y avait en tout cas à Bilbilis une industrie métallurgique renommée (Pline, XXXIV, 144). Des fouilles récemment entreprises pourront donner de bons résultats (Sentenach, Bilbilis, estudio histérico-arqueolégico, et Excavaciones en Bilbilis, Madrid, 1918). Le musée de Saragosse possède un beau buste impérial provenant de Bilbilis. On raconte dans le pays que les Jésuites avaient au xvirre siècle, dans leur collège de Calatayud, une riche collection d’antiquités provenant de Bilbilis ; ils l’auraient emportée lors de leur expulsion, et la trace s’en est perdue.
ville toute récente (nunc) sont une addition personnelle de Pline à ses sources, une sorte de note ou de parenthèse. Pline ignore complètement Flaviobriga dans les paragraphes du livre III où, s'appuyant sur la formula, il expose l’état administratif de la Citérieure ; il en insère le nom dans le passage du livre IV où, sans se soucier de la géographie administrative et de la hiérarchie des cités, il décrit, en suivant la carte, la côte de l’Océan. Flaviobriga n’est pas comptée par Pline parmi les colonies de Citérieure, parce qu'il s’en tient au nombre de douze donné par la formula (1). La formula est, par conséquent, antérieure à Vespasien.
Une autre donnée nous permet de préciser beaucoup plus le ferminus ante quem (2). Pline note, évidemment d’après la formula de Citérieure, que les Icositani sont rattachés administrativement à la colonie d’Ilici : III, 19, in eam (coloniam) contribuuntur Icositani. I] ne s’agit certainement pas d’un locus contributus sis en Espagne, dans le terroir d’Ilici : Pline n’aurait aucune raison d’accorder une mention à ce locus contributus, seul entre tous ceux de la
(1) On voit que Pline ne s’est pas soucié de mettre à jour les statistiques de la formula, même sur les points où il était en mesure de le faire. Il y en a une autre preuve. Pline nous dit lui-même, III, 30 : uniuersae Hispaniae Vespasianus…. Latium tribuit. 1 n’y a donc plus en Espagne, au moment où Pline écrit, de cités stipendiaires. Il n’en reproduit pas moins exactement les indications de ses sources sur le nombre et les noms des cités stipendiaires. Il se contente, quand il parle des municipes latins, d’indiquer par un mot qu’il entend par là les villes qui jouissaient du droit latin ayant Vespasien (III, 7, Latio antiquitus donata ; 18 et 24, Latinorum ueterum; 25, oppidani Latii ueteris; IV, 117, Latii antiqui ; oppida ueteris Lati). Ces adjectifs, la phrase sur la réforme de Vespasien, et la mention de Flaviobriga, sont là pour rappeler les bienfaits de l’empereur régnant : mais Pline ne refait pas les statistiques des documentssources.
(2) Il est inutile par conséquent de s’attarder à chercher si Clunia a été ou non colonie depuis Galba. Il est certain, d’une part que Clunia a reçu l’épithète de Sulpicia, d’autre part qu’elle était colonie sous Hadrien (C. I. L., II, p. 383) ; mais elle a pu être municipe romain à partir de Galba, colonie plus tard. En tout cas il ne faut pas songer à la comprendre parmi les douze colonies de Pline, puisque la liste est complète avec Dertosa et Bilbilis. — Voici quelquesunes des solutions proposées, pour les onzième et douzième colonies : Flaviobriga et Dertosa (Hübner), Flaviobriga et Bilbilis (Detlefsen, Beloch), Flaviobriga et Clunia (Marchetti).
Citérieure (1). Les Icositani sont les habitants d’Icosium en Maurétanie (Alger), ville rattachée à la Citérieure comme Zulil à la Bétique (2). Cette situation exceptionnelle &t incommode n’a pas dû être maintenue lorsqu'il a existé une province de Maurétanie Césarienne : le rattachement d’Icosium à Ilici, comme celui de Zulil à la Bétique, n’a pu se prolonger beaucoup au delà de 42, année qui est celle où Claude organisa les Maurétanies. Ainsi la formule de Citérieure dont se sert Pline a été dressée dans les premiers temps du règne de Claude, après que, la IV? Macedonica partie, une colonie avait été envoyée à Bilbilis, et avant que l’organisation des Maurétanies fût achevée.
Il n’est pas étonnant que la formula de Citérieure utilisée par Pline soit postérieure de plus de quarante ans à sa formula de Lusitanie, postérieure aussi sans doute à sa formula de Bétique. La formula de chaque province pouvait être revisée et mise à jour après chaque recensement ; mais les recensements n’ont jamais eu de périodicité régulière, et l'opération n'était pas faite dans toutes les provinces en même temps. En outre, les formulae étaient des documents administratifs déposés dans les archives, non des publications mises à la portée de tous; Pline a pu ne pas connaître pour la Bétique et pour la Lusitanie le dernier état de la formula; pour la Citérieure, la formula qu'il avait à sa disposition est celle qui était la plus récente lorsqu'il vint exercer dans la province la fonction de procurateur (3).
(1) Il y a bien une mention de ce genre pour Curiga, en Bétique (III, 14 ; voir plus haut, p. 52, note 7) ; mais elle se justifie par le désir de signaler un fait contemporain (nunc), et surtout l’existence d’une ville déchue (voir plus loin, ch. vi, p. 113) dans une région particulièrement intéressante (la Baeturia Celticorum).
(2) Voir plus haut, p. 41, note 2, et p. 62; Detlefsen, Philologus, 32, p. 609 ; Formulae, p. 104. J’ai eu tort de faire des réserves en ce qui concerne Icosium, dans les Mélanges Cagnat, p. 316, note 5. we
(3) Pline le Jeune, Ep., III, 6, 17.
Les renseignements particulièrement précis que nous communique Pline sur le conventus de Clunia et les trois conventus d’Asturie-Callécie, nombre des cités dans chaque région, nombre des habitants, s'expliquent par les mesures que. Claude fut amené à prescrire, lorsque le départ de la IVa Macedonica détermina dans ces régions la substitution de l’administration civile au régime militaire. Les fonctionnaires romains ont alors arrêté le nombre et les limites des cités chez les Cantabri et chez les peuples voisins, dénombré les Astures et les Callaeci, déterminé définitivement le ressort de chaque conventus ; le résultat de toutes ces opérations a été consigné dans la formula dont Pline nous transmet la substance. Cette formula, enregistrant la disparition des districts qu'avait connus Strabon, établissait comme subdivisions permanentes de la Citérieure les sept conventus décrits par Pline.
Dans la Citérieure ainsi organisée, il n’y a pas lieu d’admettre l'existence régulière et permanente de deux diocèses, un diocèse d’Asturie-Cailécie et un diocèse de Tarragone, ni celle de deux légats juridiques correspondant à ces deux diocèses.
Il faut noter d’abord que, exception faite pour l’inscription de Kassaba (1), le terme de dioecesis n’est jamais employé pour l’Espagne. Dans la province d’Afrique, qui a des diocèses parce qu’elle n’a pas de conventus, les diocèses paraissent souvent dans les inscriptions. L’épigraphie latine ignore complètement le diocèse en Espagne, et n’y connaît que le conventus (2). Et l'inscription de Kassaba ne suffit pas à autoriser le terme : c’est une inscription privée (3), d'assez basse
(1) Voir plus haut, p. 49.
(2) Voir plus loin, p. 104.
(3) Mommsen : « marito titulum hunc puto in suo rure uxor dedicavit. »
époque (1), trahissant l'ignorance du latin et de la terminologie romaine (2). Elle est rédigée dans un pays Où Gtofænts est employé couramment comme équivalent grec de conventus (3). Tout ce qu’on peut en tirer, c’est que le personnage auquel elle se rapporte a exercé sa fonction de juridicus dans la partie de l'Espagne Citérieure où se trouvait Tarragone. On ne peut pas en inférer l’existence d’un diocèse fixe comprenant quatre conventus.
Il est incontestable que les inscriptions nous font connaître un certain nombre de légats juridiques dont la compétence est expressément limitée aux trois conventus du Nord-Ouest, à l’Asturie-Callécie (4). Mais l'incertitude de la terminologie se comprendrait mal, si cette fonction avait existé de façon constante : des expressions vagues comme legatus per Asturiam et Callaeciam, ou nettement impropres comme legatus prouinciarum Asturiae et Callaeciae sont moins surprenantes, si elles s'appliquent à une fonction qui tantôt existe et tantôt n'existe pas.
Quant aux autres légats juridiques (5) d'Espagne qui ne sont pas dits légats d’Asturie-Callécie (6), on ne peut limiter leur compétence au prétendu diocèse tarraconais, aux conventus de Carthagène, Tarragone, Caesaraugusta et Clunia, qu’en acceptant ces deux postulats : 19 toutes les fois que l’adjectif Tarraconensis est ajouté à Hispania ou à Hispania Citerior, il s’agit des quatre susdits conventus, et non de
(1) Mommsen : « aetas tituli ut certo definiri non potest, ita evidenter tertii saeculi est et eius quidem ni fallor labentis ».
(2) ’Aroïlas, Avxaovias — Apuliae, Lucaniae; Biéxovpov = quatuoruirum uiarum curandarum.
(3) Voir Chapot, La province romaine proconsulaire d'Asie, p. 353 ; Kornemann, dans Pauly-Wissowa, art. Conventus, 1175. Dans l'inscription même de Kassaba : oyiothv Aotac dotxfoews ITepya]unvñs.
(4) Voir plus haut, p. 48.
(5) Peu importe, pour la discussion présente, l’époque à laquelle l’épithète de iuridicus est entrée en usage. Il n’y a pas de différence réelle entre le legatus (prétorien) du Ier siècle et le legatus iuridicus du II. h
(6) Voir plus haut, p. 49.
toute la province ; 20 dans le titre des légats juridiques, Hispania ou Hispania Citerior équivaut à Hispania Tarraconensis, au sens qui vient d’être défini.
Ces postulats sont arbitraires. Je ne crois pas qu'il y ait besoin de le démontrer en ce qui concerne le second. Contre le premier, il suffit de noter que Pline dit, en parlant de toute la province, TITI, 6 : Citerior eademque Tarraconensis, et que Ptolémée (II, 6) ne connaît pas d’autre nom que ‘Ioxavia Tappaxwynatæ (1).
Que, dans le titre des légats juridiques, Hispania Citerior ou Hispania Tarraconensis puisse désigner l’ensemble de la province et non une subdivision, qu’il n’y ait pas eu, de façon constante, un légat juridique affecté à l’Asturie-Callécie et un légat juridique affecté aux quatre autres conventus, c’est ce qui est prouvé par deux inscriptions dont, jusqu’à présent, l’une était suspecte et l’autre inconnue : eiles établissent l’existence, dans la seconde moitié du 111 siècle, d’un iuridicus totius prouinciae Tarraconensis.
La première de ces inscriptions a été découverte en 1904 à Astorga et publiée par M. Marcelo Macias dans le Bol. de la R. Acad. de la Hist., 47 (1905), p. 479-483 (Inscripcion honorifica encontrada en Astorga). M. Macias joint à son article une reproduction photographique. Le texte est le suivant :
— MEN =2PRINCIPI NOBILISSIMOCAES / ROGOTHICO'VEROQVEGER COMAVRPROBO SEMPERINVICTO VSFLAMINIVS PRISCVS VC IVR: TOTIVSPROVINCIAE TAR NSIS MAÏIESTATIEIVS TISSIMVS-:
(1) Voir encore Suétone, Galba, 8 ; Dion, LIII, 12 (à rept Tappéxwva).
La pierre est complète en haut, en bas, et à droite à partir de la ligne 4. Le martelage, à la ligne 5, a été très superficiel. Je rétablis :
iusto cljemen[ti forftiqule principi [pioJac] nobilissimo Caesafri] uelro Gothico ueroque Ger/[manilco M. Aur. Probo semper inuicto| … us Flaminius Priscus u(ir) c(larissimus) ! [leg.] iur(idicus) totius prouinciae Tar | [racone]nsis maiestati eius | [dicaltissimus.
Les lettres étant de hauteur et de largeur très variables, il est impossible de calculer avec précision le nombre des lettres manquantes ; les épithètes des lignes 1 et 2 ne peuvent : être restituées avec certitude. La titulature impériale est très irrégulière. Mais une inscription de Valence (C. I. L., II, 3738), dédiée à Probus, en 280, par un autre légat juridique, Allius Maximus, donne aussi à l’empereur des titres insolites :
pieltate iustitia fortitudine |} et pleno omnium uirtutum| principi uer[o Gothi]co ueroque | Germanico ac uictoriarum | omnium nominibus inlustri | M. Aur. [Probo] p. f. inuict. . Aug. | pont. mat. trib. p. V p. p. cos. III procos.| Allius
Maximus u. c. leg. iur.] prou. Hisp. Tarraconens.] maieslati eius ac numini | dicatissimus.
La ressemblance même des deux textes rendit suspecte l'inscription d’Astorga. On y vit un faux, inspiré par l’inscription de Valence (1) ; on ne tint pas compte du nouveau iuridicus qu'elle faisait connaître, ni du titre qu’elle lui donnait. À
À vrai dire, si anormal que fût le texte, il y avait, dès ce
(1) Cagnat, Bulletin de la Société des Antiquaires, 1906, p. 116 ; cf. Revue Archéologique, 1906, 2, p. 475.
moment, des motifs de ne pas le condamner formellement. La pierre existait ; la bonne foi de M. Macias était certaine. Il fallait admettre ou bien qu’un faussaire, de nos jours, avait fabriqué le monument pour tromper M. Macias : mais on n'aurait pas trouvé facilement à Astorga un faussaire aussi instruit ; ou bien que la fabrication était ancienne, du xvI® ou du xvire siècle : mais alors comment le texte n’aurait-il jamais été copié ni publié ? Quant à la paléographie, elle n'avait rien de surprenant pour une inscription du temps de Probus.
Un doute restait cependant. Mais l’authenticité de l’inscription d’Astorga me paraît définitivement établie par une inscription de Tortose, qui peut être regardée comme inédite. Elle ne se lit, en effet, que dans un ouvrage sans caractère scientifique, dans une Geografia general de Catalunya, en six volumes, publication illustrée qu’a éditée par livraisons la maison Albert Martin, de Barcelone, et que dirigeait M. Carreras i Candi. Dans cet ouvrage, l’antiquité ne tient naturellement qu’une place restreinte, et, en général, est traitée de seconde main. Cependant M. Morera, qui est l’auteur du t. V, consacré à la province de Tarragone, apporte pour Tortose un renseignement original (1).
M. Morera signale que quatre inscriptions ont été découvertes à Tortose par M. Joan Abril. Les trois premières ont été trouvées près de la cathédrale; M. Morera les reproduit : ce sont celles de M. Aelius Gracilis et de L. Munnius Placidus, que M. Angel del Arco a publiées dans le Bol. de la R. Acad. de la Hist., 37 (1900), p. 327-328, et qui sont dans l’'Ephem. Epigr., IX, 385-387, p. 142-143. Les trois pierres sont conservées au musée de Tortose, où je les ai vues. M. Morera continue : « La quatrième, qui était très mutilée, a disparu complètement. Elle fut trouvée rue de la Merced. »
(1) T. V, p. 711. La publication de ce volume était achevée en janvier 1914.
Cette rue est à peu de distance de la cathédrale. Après
avoir donné le texte, M. Morera répète : « Cette dernière
pierre, indéchiffrable, a disparu (1) ». De fait, M. A. del
Arco, dans son article du Boletin, n’y fait aucune allusion. Le texte donné par M. Morera est celui-ci :
AVR: CARVS-P-F GPMT-P-P-P: COS‘ PR INV IL: ISS VITA*: R' DERTOSANAE T:. CVRANIE VV INTIO:
ISCO IVRIDICO TOTIVS PRO ONENENSIS CLARISSIMO ET VIRO
Il est impossible de rétablir le texte avec certitude en partant de cette mauvaise copie. Le nom de l’empereur (sauf erreur du lapicide) devait être au datif. Cette restitution est vraisemblable :
[Imp. Caes. M.] Aur. Car{o] p. f.| [Au]g. p.m.t.p.p.p. cos. prloc.]/ inulictiss. et fortliss{[imo]... /...r. [p.] Dertosanae } … curan[fle [A]ufr.(?) Flam]inio /[Prlisco iuridico totius pro[u.| Tarrac|on<en>ensis clarissimo et (?)} … uiro.
Pour les épithètes jointes aux titres de Carus, on peut comparer C. I. L., II, 4102 et 4908.
Les conditions dans lesquelles l'inscription de Tortose a été publiée, la façon dont M. Morera la présente, le fait qu’elle semble n'avoir été connue de personne en dehors de lui, tout en établit avec évidence l’authenticité. Du même
(1) « Per cert que la colocada en quart Iloch, que era mélt trocejada, ha « desaparegut totalment. Fôu trobada al carrer de la Mercè.. Aquesta derrera « làpida, indescifrada, ha desaparegut. » — « Indescifrada » veut dire que M. Morera renonce à interpréter le texte. s
coup l'inscription d’Astorga, qui est en rapport étroit avec celle-ci, est mise hors de discussion.
Aiïnsi Allius Maximus, uir clarissimus, est legatus iuridicus prouinciae Hispaniae Tarraconensis sous Probus, en 280 (Valence). Flaminius Priscus, uir clarissimus, est legatus iuridicus totius prouinciae Tarraconensis sous Probus (Astorga) et sous Carus, en 282 (Tortose ; Carus est cos. II le 1e janvier 283). L'inscription d’Astorga est donc de 281 ou de 282 ; Flaminius Priscus était en fonctions quand Carus a succédé à Probus. |
Donc, sous Probus et Carus, Hispania Tarraconensis désigne toute la Citérieure. Le fait qu’un fonctionnaire est dit iuridicus tofius prouinciae implique que la compétence des légats juridiques ne s’étendait pas toujours à toute la province : autrement la mention fotius serait superflue ; et cela, d’ailleurs, nous le savions déjà par les documents attestant l’existence de légats juridiques d’Asturie-Callécie ; mais il implique aussi que leur compétence n'était pas toujours limitée à une partie de la province. Le cas de Flaminius Priscus, qui exerce ses fonctions et dans le conventus de Tarragone (Dertosa) et dans celui des Astures (Asturica), n’a sans doute pas été unique. Un certain nombre des legati iuridici prouinciae Hispaniae, ou Hispaniae Citerioris, ou Hispaniae Tarraconensis, ont dû, comme c’est probablement le cas pour celui de Kassaba, n’administrer qu’une partie de la province; mais d’autres ont dû, comme Flaminius Priscus, être compétents pour les sept conventus.
Je croirais volontiers que le nombre des légats adjoints au propréteur de Citérieure n’a pas été invariable. Il est probable que le propréteur n’a jamais été laissé sans légat, parce que la province était vaste. Mais il a pu avoir avec lui tantôt un légat, tantôt deux, tantôt trois peutêtre, suivant les circonstances, suivant la volonté des em-
pereurs, suivant ses propres désirs et ses relations (1).
Le rayon d'action de ce légat ou de ces légats était fixé par le propréteur, sur les indications de l’empereur ou avec son agrément. Toutes les combinaisons étaient possibles compétence du légat pour toute la province, ou partage de la province entre le propréteur et lui, lorsqu'il n’y avait qu'un légat ; partage entre les légats, ou partage entre les légats et le propréteur, lorsqu'il en y avait plus d’un. Dans les cas de partage, les conventus pouvaient être distribués de difrérentes manières ; une seule chose était impossible, c'était le tronçonnement d’un conventus. Nous sommes hors d'état de reconstituer ce qui s’est passé à chaque époque : nos documents sont beaucoup trop pauvres. Mais nous pouvons affirmer que les ressorts des légats n’ont pas été définis une fois pour toutes ; c’est ce qui explique les flottements et l’imprécision de la terminologie.
Par la nature des choses, les propréteurs ont été souvent amenés à assigner comme ressort à un légat les trois conventus du Nord-Ouest. Cette région gardait une physionomie spéciale : c'était celle où la civilisation urbaine se développait le plus lentement (2), celle aussi où la légion était cantonnée.
Il y eut donc, assez souvent, un légat juridique chargé de l’Asturie-Callécie ; il arriva aussi qu’en l'absence de légat juridique proprement dit, le légat de la légion assuma, outre son Commandement militaire, les fonctions de légat juridique (3) ; mais il n’y eut pas, d’une façon ininterrompue
(1) Les légats subordonnés des provinces impériales sont légats de l’empereur et non du légat propréteur, puisqu'il ne peut y avoir délégation à deux degrés. Mais il va sans dire que l’empereur, en les désignant, pouvait tenir compte des préférences personnelles du propréteur.
(2) Voir Jung, Die romanischen Landschaften des rômischen Reiches (Innsbruck, 1881, 574 p.), p. 33.
(3) C. I. L., II, 2634 ; VI, 32412. Pour un cas analogue en Pannonie, sous le règne de Marc-Aurèle, voir Merlin, Comptes rendus de l’ Acad, des Inscr., 1919, p. 363.
et régulière, une circonscription d’Asturie-Callécie confiée obligatoirement à un légat spécial (1).
Ce qui est probable, c’est que l’Asturie-Callécie a formé, dès le Ier siècle, dans le cadre de la province d’Espagne Citérieure, une circonscription financière distincte. Les inscriptions nomment en effet plusieurs procuratores d’Asturie-Callécie, à qui elles donnent le titre de procurator prouinciae Hispaniae Citerioris Asturiae et Callaeciarum (sous Nerva et Trajan), ou de procurator Hispaniae Citerioris per Asturiam et Callaeciam, ou de procurator Asturiae et Callaeciae, ou même de procurator prouinciae Asturiae et Callaeciae (sous Trajan) (2). Ici, encore, par conséquent, la terminologie hésite ; la dernière formule est certainement incorrecte, et contraire à la vérité officielle ; elle a été gravée sur la base d’une statue élevée à Vienne en Gaule par le conuentus Asturum à son procurator (C. I. L., XII, 1855), soit que les dédicants fussent peu familiers avec le protocole, soit qu'ils voulussent flatter celui de qui ils dépendaïent. Ce qui explique ici les flottements, c’est que, à vrai dire, le titre officiel de tous les procurateurs, du plus élevé au plus humble, et d’un bout de l’Empire à l’autre, est simplement procurator Augusti : les compléments qui s'ajoutent au titre pour préciser la nature de la procuratèle ou le pays où elle s’exerce ne sont pas fixés par les règlements, et varient un peu au gré des rédacteurs.
L'existence permanente, en Asturie-Callécie, d’un procurateur spécialement affecté à ces trois conventus s'explique par la présence de la legio VII: gemina dans cette contrée (à Legio, Leon). Strabon (III, 4, 20) note que les procura-
(1) Cf. la Bretagne, où, d’après Mispoulet, Revue de Philologie, 34 (1910), p. 312, « il n’y avait pas plusieurs districts ; ou, s’il y en avait plusieurs, le juridicus n’était pas préposé spécialement à l’un d’eux. »
(2) Voir Marchetti, p. 169-173, où sont réunis les textes. Mais le texte de l’inscription ligorienne restituée par Huelsen (Dessau, 9002 ; Me Marchetti renvoie à Année Epigr., 1907, 152) est trop incertain pour être utilisable.
teurs de rang équestre ont la mission « de distribuer l’argent aux soldats ». Qu'il y eût un procurateur chargé de faire rentrer l'impôt dans les trois conventus du Nord-Ouest, et, au moyen des fonds ainsi recueillis, de fournir sur place à l'armée les sommes nécessaires, c'était une simplification de trésorerie qui était dans l'esprit de l’administration romaine (1).
Mais ce procurateur d’Asturie-Callécie a toujours été, à mon avis (2), un subordonné du procurateur de Citérieure ; il était le plus important sans doute des nombreux procurateurs de grade divers qui dépendaient du procurateur provincial, mais, par son intermédiaire, l'autorité du procurateur provincial, en matière financière, s’exerçait en Asturie-Callécie comme ailleurs (3). C’est le procurateur provincial sans doute qui est nommé, dans l'inscription de Chaves (C. I. L., II, 2477), après le propréteur et le légat légionnaire. Quant à l’existence d’un procurateur qui correspondrait dans le « diocèse » de Tarragone au procurateur d’Asturie-Callécie, elle est imaginaire comme celle du « diocèse » lui-même. Les circonstances locales qui justifiaient en Asturie-Callécie la présence d’un procurateur particulier ne se retrouvaient pas dans le reste de la province. Lorsqu'un procurateur est dit procurator prouinciae Hispaniae Citerioris Tarraconensis (C. I. L., IT, 4135), il y a lieu de le considérer comme le procurateur provincial, le chef du service financier de toute la Citérieure.
(1) Dans ce service, le procurateur d’Asturie-Callécie a sous ses ordres des procurateurs de rang inférieur, affranchis impériaux ou beneficiarii (groupe des inscriptions de Villalis près d’Astorga, comprenant les inscriptions C. I. L., II, 2552, 2553, 2554, 2556, et deux inscriptions inédites : publiées par Gémez Moreno, Bol. de la R. Acad. de la Hist., 54 (1909), p. 19-28 — Revue Archéologique, 1910, 1, p. 325, 1-6).
(2) De même Marchetti, p. 171.
(3) Hirschfeld (Die ritterlichen Provinzialstatthalter, p. 6, n. 39, -dans les Sitzungsberichte de l’Acad. de Perlin, 1889; d’après Hirschfeld, Mispoulet, loc. cit., p. 313) a émis l’opinion que les procurateurs d’Asturie-Callécie étaient,
SUBDIVISIONS DES PROVINCES : LES DIOCÈSES ? Gi)
Les conditions spéciales qui avaient déterminé la création d’un poste de procurateur d’Asturie-Callécie semblent avoir amené, au 111€ siècle, la création d’une province d’Asturie- Callécie, qui n’eut qu’une existence éphémère.
Le seul document qui en conserve la trace est une inscription de Leon (1), dédicace à Junon, pour le salut de Caracalla et de Tulia Domna, par C. Zul{ius) Cerealis, cos., leg. Aug. pr. pr. pr(ouinciae) H{(ispaniae) N(ouae) C(iterioris) Antoninianae post diuission(em) (2) prouinc(iae) primus ab eo (— Caracalla) mlissus|].
On ne voit pas, pour les sigles, d’autre interprétation possible, L’explication qui s'impose, semble-t-il, est celle-ci : Caracalla, coupant en deux la province de Citérieure, a créé per diuisionem une prouincia Hispania Noua Citerior, où se trouvait Leôn, — province qu’il est tout indiqué, par conséquent, d'identifier à l’Asturie-Callécie, et dont le premier gouverneur a été le consulaire C. Iulius Cerealis. L’inscription peut être datée de 214 (3). |
On admettait généralement, après Borghesi et Hübner, que cette division de l'Espagne en quatre provinces dura jusqu’à Dioclétien. Mispoulet (4) a montré que c'était insoutenable. Aucun autre texte ne mentionne une Hispania Noua Citerior, ni d’ailleurs une Hispania Vetus Citerior ; aucun personnage n’est dit legatus pro praetore Asturiae et Callaeciae; enfin, et c’est l’argument décisif, en 238, Q. Decius Valerianus, legatus Augustorum(Maximin et Maxime)
en réalité, gouverneurs d’une province procuratorienne. Cette hypothèse est insoutenable pour beaucoup de raisons, et notamment parce qu’en Asturie- Callécie cantonne une légion (voir Marchetti, p. 170-171).
(1) GC. I. L., II, 2661. On a retrouvé aussi un fragment d’un second exemplaire du même texte (C. I. L., II, 5680).
(2) C. I. L., II, 5680 : diuision.
(3) Mispoulet, Transformations de l'Espagne durant les trois premiers siècles de l’Empire romain (dans Revue de Philologie, 34 (1910), p. 301-328), p. 320. Il n’y a encore que tres Hispaniae dans une inscription de Tusculum qui est vraisemblablement de 212 (C. I. L., XIV, 2516).
(4) Loc. cit., p. 321 sqq.
pro praetore, est nommé sur des milliaires aussi bien en Asturie-Callécie (1) que dans le reste de la Citérieure (2).
Pour répondre à ce dernier argument, Mie Marchetti (3) suppose que la nouvelle province comprenait, outre les trois conventus du Nord-Ouest, le conventus Cluniensis. Mais si le milliaire 4886 provient en effet d’une région qui appartenait certainement à ce conventus, il n’en est pas de même du milliaire 4887, qui se trouvait entre Lérida et Tarragone (4); et sur un milliaire des environs de Gérone (C. I. L., II, 6243) il faut restituer aussi le nom de Q. Decius, dont l'autorité par conséquent s’étendait à toute la Citérieure telle qu’elle existait depuis Auguste. Enfin, puisque, sous Probus et Carus, un légat juridique a dans son ressort Asturica en même temps que Dertosa (5), il est prouvé surabondamment qu’à cette date il n’y a pas de quatrième province espagnole.
Mispoulet propose de voir, dans la réforme à laquelle fait allusion l’inscription de C. Tulius Cerealis, non pasune création de province nouvelle, mais une modification de la limite qui, à l’intérieur de la province, séparait les deux « diocèses » ou districts : l’ancien territoire militaire de Legio, asturien précédemment, aurait été rattaché par Caracalla au district de Tarragone. Cette réforme serait la raison pour laquelle, au 1ve siècle, la province du Nord-Ouest se serait appelée simplement Callécie : on ne tenait plus compte de l’Asturie, parce qu’elle avait beaucoup perdu en importance le jour où Caracalla lui avait enlevé le territoire de Legio.
Cette solution ne peut être retenue. Elle ne serait possible que si le diocèse ou district avait existé comme subdivision
(1) C. I. L., II, 4756, 4759, 4788, 4816, 4826, 4828, 4831, 4834, 4853, 4858, 4870, 6222.
(4) Voir C. I. L., II, p. XLIX.
(5) Voir plus haut, p. 73.
permanente, ce qui n’est pas. Elle force le sens de diuisio ; on ne voit pas, d’ailleurs, comment une réforme de cet ordre aurait justifié un changement dans le nom de la province, ni pourquoi Cerealis aurait tiré gloire d’être le premier propréteur venu en Citérieure après ce remaniement. Au surplus, après Dioclétien, Legio ne sera pas en Tarraconaise, mais en Callécie (1) : la réforme de Caracalla aurait donc été annulée par la suite.
L’explication la plus simple.est donc celle qu’a suggérée M. Dessau (2). Caracalla créa une province indépendante du Nord-Ouest, mais cette province n’a pas duré. L'unité de la Citérieure était rétablie dès 238, peut-être dès 222 : à cette dernière date, le conuentus Cluniensis prend pour patron C. Marius Pudens Cornelianus, légat légionnaire (3); ce choix s'explique plus facilement si le conventus de Clunia est compris dans la même province que le siège de la légion. C. Iulius Cerealis a été peut-être le seui gouverneur de la province Hispania Noua Citerior. Quant aux raisons qui ont déterminé et la création de la province nouvelle et, peu de temps après, le retour à l’état antérieur, il faut nous résigner à ne pas les connaître.
De ce qui a été dit sur l’Asturie-Callécie, il convient de retenir qu'il n’y a pas nécessairement concordance entre les divisions d'administration générale et les circonscriptions financières. On constate ce fait en Espagne comme ailleurs (4). Le système romain n'était pas rigide; aucun formalisme
(1) Notit. Dignit., Occ., XLII, 26. è ee
(2) Inscer. sel., 1157 : « de hac divisione provinciae praetera nihil compertum est, nec certum num duraverit ».
(3) C. I. L., VI, 1454. dk
(4) Cagnat, Etude historique sur les impôts indirects chez les Romains, p. 19; p.215; Jullian, Histoire de la Gaule, IV, p. 422, n. 1 ; p. 424-425.
n’empêchait les empereurs de réaliser, de façon permanente ou passagère, les groupements, les détachements et les rattachements qui leur semblaient commodes, pour le cens, la perception des impôts, le contentieux fiscal, la gestion des domaines. Il y a eu constamment, à la tête des services, un procurateur en Citérieure (1), un procurateur en Lusitanie (2), un questeur et un procurateur en Bétique (3). Mais il y avait, dans les détails, une grande variété de combinaisons. Nous voyons que les circonscriptions assignées aux fonctionnaires chargés du cens tantôt coïncident avec les limites d’un conventus (4) et tantôt chevauchent sur deux conventus (5). Pour la uicesima hereditatium, la Bétique et la Lusitanie sont réunies en un seul district (6). Les trois provinces espagnoles sont groupées pour l’aduocatio fisci (7). Pour d’autres services, l'Espagne peut être jointe aux provinces voisines : il y a un praef(ectus) annon(ae) ad oleum Afrum et Hispanum recensendum (8). Beaucoup de dispositions ont dû varier d’une époque à l’autre ; les empereurs
n’ont jamais hésité à créer temporairement une fonction spéciale pour une situation spéciale. Réduits à quelques
(1) Marchetti, p. 168-169.
(2) Marchetti, p. 429-431. Sur son titre, qui est tantôt procurator prouinciae Lusitaniae et Vettoniae et tantôt procurator prouinciae Lusitaniae, voir plus loin, p. 115.
(3) Marchetti, p. 371 et 372.
(4) C. I. L., VIII, 7070 : censitor [co]n[uenltus Cae[saraugustal]ni.
(5) C. I. L., VI, 1463 : at census accipifen]dos ciuilatium XX1I11... Vasconum (conventus de Caesaraugusta) et Vardulorum (conventus de Clunia). ;
(6) C. I. L., II, 2029 : proc. Aug. XX her. per Hisp. Baet. et Lusitan. — Inscr. Graec. ad res Rom. pert., III, 181 : éxitpor(os]... eixootis xAnpovo[@]v ['Tlofxlavias Bafrlils] Aov[ortavias].
(7) GC. I. L., VIII, 11341 = 23219, où il faut certainement lire : functo adu{oca]/ tione fisci Hispaniarumltrium, et non Hispaniarum [A]/lpium. Le fragment de gauche, qui n’est connu que par une mauvaise copie, devait porter TRIV; non LPIV. — Nous ne pouvons préciser l’organisation des circonscriptions minières (voir Marchetti, p. 435-436). se
(8) C. I. L., II, 1180. Voir encore C. 1. L., III, 249 — 6753 : proc(urator) fam(iliae) glad(iatoriae) per Gallias Bret(anniam) Hisp[al]nias German (ias) et Raetiam ; C. I. L., II, 4519 : tabul(arius) ludi Gallic{(i) et Hisp(anici). — C. I. L., XIV, 2516, ne peut être complété : … prouinciarum V, Hispaniar (um) grium et M{alure[tJaniar(um) duar (um).
textes épigraphiques, épars dans l’espace et dans le temps, nous ne connaîtrons jamais cette histoire par le menu (1).
(1) Ce chapitre était achevé quand j’ai lu l’article de M. R. Knox Mc Elderry, Vespasianws reconstruction of Spain. Addenda, dans The Journal of Roman Studies, 9 (1919 ; paru en avril 1921), p. 86-94. La question des diocèses d’Espagne Citérieure y est examinée, p. 86-89. M. Mc Elderry arrive à cette conclusion que les diocèses, « so far as legal administration was concerned » (je ne vois pas bien la portée de cette phrase ; les diocèses auraient-ils survécu en ce qui concerne l’administration militaire ? mais sous quelle forme, une fois la garnison réduite à une seule légion ?), ont cessé d’exister à partir de Vespasien. Vespasien a adjoint au propréteur un légat, prétorien, qui a exercé dans loute la province la fonction de iuridicus, et qui n’a pas tardé à porter officiellement ce titre. Sous Hadrien, le développement de la civilisation dans le Nord- Ouest détermina la création d’un iuridicus spécial pour l’Asturie-Callécie ; cette région fut érigée par Caracalla en province indépendante. En somme, les trois diocèses de Strabon auraient existé jusqu’à Vespasien ; il n’y aurait plus eu de diocèses de Vespasien à Hadrien ; il y en aurait eu deux d’Hadrien à Caracalla. M. Mc Elderry n’a pas aperçu les difficultés qu’entrafnerait la coexistence jusqu’à Vespasien des diocèses et des conventus (son interprétation de uéyor [lupvns. p. 87, n. 3, est inexacte), ni les arguments qui interdisent de croire à la création durable d’une province d’Asturie-Callécie au zrre siècle. Mais il a vu juste, en gros, en reconnaissant que les diocèses n’ont pu se maintenir après la réduction de la garnison : seulement la réforme date de Claude, non de Vespasien. Il a raison aussi de croire que Hispania Citerior Tarraconensis désigne toute la province et non pas un district.