‹ Les divisions administratives de l'Espagne romaineChapitre 18 sur 25 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Une seule subdivision a existé de façon permanente, sous le Haut-Empire, dans les trois provinces : c’est la subdivision en conventus. Nous devons essayer de déterminer les limites de ces circonscriptions.

Nous n’avons pour cela qu’une source de renseignements, le texte de Pline. Les indications qu’il nous donne sur la répartition des villes entre les conventus valent, en ce qui concerne la Bétique, pour une époque intermédiaire entre Auguste et Claude ; en ce qui concerne la Citérieure, pour les premiers temps du règne de Claude ; mais il n’y a pas de raison de croire que les limites des conventus, par la suite, aient été modifiées autrement que sur des points de détail, sauf, bien entendu, dans les cas où la frontière provinciale elle-même était déplacée (1). D’une facon générale, il y avait intérêt à déranger le moins possible le fonctionnement habituel de l’administration judiciaire.

Ptolémée ne parle pas des conventus ; cependant les données qu’il apporte en classant les villes par régions ou gentes permettent quelquefois de compléter Pline. Les inscriptions

(1) Voir plus loin, ch. vi, p. 114 sqq. Dans ce cas, il va de soi que les localités intéressées changent de conventus en même temps que de province.

mentionnent assez souvent les conventus de Citérieure, mais sans rien fournir qui nous aide à en tracer les limites : ou bien les villes dont elles attestent le rattachement à tel ou tel conventus sont impossibles à identifier (1), ou bien nous savions déjà par Pline à quelle circonscription elles appartenaient (2).

Hübner a dit à plusieurs reprises que l’étude des divisions ecclésiastiques de l’Espagne visigothique permettrait de mieux connaître les limites des conventus, et il regrettait que cette étude ne fût pas assez avancée pour qu'on pût en tirer ce qu’il en attendait (3). Le regret est vain : ce qui est à l’origine de la division ecclésiastique, ce ne sont pas les conventus du Haut-Empire, c’est la division provinciale de Dioclétien, division qui, comme on le verra (4), n’a pas tenu compte des conventus (5). Les limites entre évêchés d'époque visigothique représentaient toujours des limites antérieures entre cités ; mais un évêché visigothique comprenait plusieurs des cités civiles de l’époque romaine, et ces cités n’avaient pas nécessairement appartenu, avant Dioclétien, au même conventus.

Pour suppléer en quelque mesure à l'insuffisance des renseignements positifs, nous pouvons nous appuyer sur un principe qu'il est raisonnable d’admettre : le conventus doit former une circonscription compacte, d’un seul tenant (6).

(2) C. I. L., II, 4203, 4215, 4228, 4242, 4252. La ville d’Aquae Flaviae(Chaves), attestée par C. I. L., II, 4204 comme ville du conventus de Bracara, n’est pas nommée par Pline. Mais le rattachement de cette cité à ce conventus résultait déjà de Ptolémée, II, 6, 39.

(3) C. I. L., IL, p. 331, 362, 413, XCI, 833 ; de même Jung, Die romanischen Landschaften, p. 10, note 2.

(4) Chap. vrr.

(5) A propos de l'inscription chrétienne 7. H. C., 115, Hübner parle (G. I. L., IL, p. 286, 952) d’un conuentus Accitanus qui n’a jamais existé.

(6) Detlefsen, Philologus, 30, p. 277. — Les considérations qui ont pu déterminer sur certains points l’enchevêtrement des cités et même des provinces — traditions anciennes, nature et valeur des terres — (voir plus haut, p. 36 et 40)

ne jouent pas pour le conventus, création romaine, et, dans le principe, circonscription simplement judiciaire.

de

La notion même du conventus implique que les Romains, pour déterminer ces subdivisions, ont dû tenir compte des moyens de communication, faire en sorte que les justiciables pussent se rendre au chef-lieu avec le minimum de

difficultés.

Nous suivrons Pline, et nous commencerons par la Bétique. Des incertitudes sont créées par le méiange, dans le texte de Pline, d'éléments différents. Tantôt Pline décrit la carte, en nommant les villes et les rivières l’une après l’autre, dans l’ordre où il les voit ; tantôt il se reporte à la formula pour énumérer dans l’ordre alphabétique quelques-unes des villes de chaque conventus ; tantôt il combine les deux espèces de données, en indiquant à la fois la position géographique qu'occupent les cités et le conventus auquel elles appartiennent. Les difficultés d’interprétation sont aggravées par l'existence, en Espagne, de nombreuses villes homonymes (1).

La description de la Bétique, au livre III de Pline, se décompose ainsi :

a) description de la côte, de l’Anas à Murgi, d’après la carte : a flumine Ana litore Oceani… Bastulorum Turdulorumque est (7-8); à cette description s'ajoute un renseignement bhistorico-mythologique emprunté à Varron : in uniuersam Hispaniam M. Varro … in primis arbitror (8).

b) description du cours du Baetis, d’après la carte et

‘les souvenirs personnels de Pline : Baetis in Tarraconensis

prouinciae.. dextra laeuaque accolitur oppidis (9). c) énumération des villes situées à l’intérieur des terres, entre le Baetis et la mer : celeberrima inter hunc et Oceani

(1) C. I. L., IL, p. 246 : « ut eïusdem nominis oppida diversa in omnibus imperii Romani partibus fuerunt, ita in Hispaniis ea perquam frequentia esse saepius monui ».

oram in mediterraneo … Tucci Vetus (10) ; cette énumération comprend d’abord neuf villes dans un ordre non alphabétique, puis treize villes dans l’ordre alphabétique (1) : Pline combine ici la carte (pour les villes les plus importantes) et la formula (pour les cités stipendiaires).

d) énumération dans l’ordre géographique, d’après la carte, des villes situées près du Baetis, jusqu’au confluent du Singilis (Genil) : circa flamen ipsum Ossigi … Singilis eodem Baetis latere incidens (10).

e) énumération, dans l’ordre géographique, de villes situées près du Baetis, entre le confluent du Singilis et celui du Maenuba (Guadiamar ?), et appartenant au conventus d'Hispalis : oppida Hispalensis conuentus … a dextro latere infusus (11) ; Pline suit la carte, mais la mention du conventus indique qu’en même temps il consulte la formula.

f) énumération, d’après la carte, des villes situées près du cours inférieur du Baetis : at inter aestuaria Baetis … Asido quae Caesarina (11).

g) description du conventus d’Astigi : Singilis fluuius … Ventipo (12); les colonies sont nommées d’abord, dans l’ordre géographique, puis les autres villes, par catégories hiérarchiques et par ordre alphabétique (2) : ici encore Pline additionne les données de la carte et celles de la formula.

h) indication, d’après la carte, des villes voisines du Maenuba : Maenubam … Lastigi (12).

i) description de la Baeturia, région située entre le Baetis et l’Anas : quae autem regio … Sisaponem (13-14) ; la Baeturia est divisée entre deux gentes, les Celtici, du conventus d’Hispalis, et les Turduli, du conventus de Cordoue; sept villes des Celtici sont énumérées dans un ordre non

(1) Exception : Sucaelo Vnditanum Tucci Vetus. Faute possible dans Vnditanum ; ou bien c’est une épithète de Sucaelo, ce qui réduirait à douze le nombre des villes de cette liste.

(2) Exception : Marruca Sacrana Obulcula. Faute possible dans Sacrana ; ou bien Marruca Sacrana ne forme qu’un seul nom.

alphabétique, huit dans l’ordre alphabétique (1) ; les villes des Turduli sont énumérées dans l’ordre alphabétique ; Pline continue à utiliser simultanément la carte et la formula, et note en outre, sans doute d’après Varron et d’après ses remarques personnelles, des particularités relatives aux Celtici.

j) énumération, d’après la formula, par catégories hiérarchiques et par ordre alphabétique (2), des villes du conventus de Gades : Gaditani conuentus … Vsaepo (15).

L’énumération c est suivie de ces mots : omnia Bastetaniae uergentis ad mare conuentus uero Cordubensis, après lesquels commence l’énumération d. Les villes énumérées en c appartiennent donc toutes à la région dite Bastetania. Mais faut-il mettre un point avant conuentus, ou après Cordubensis ? Si le point est placé après Cordubensis, les villes nommées auparavant appartiennent au conventus de Cordoue ; uero, en ce cas, oppose les mots qui indiquent (d’après la formula) la circonscription administrative dans laquelle elles sont comprises à ceux qui notent (d’après la carte) la position géographique où elles se trouvent. Si le point est placé avant conuentus, les villes nommées dans la phrase précédente sont nécessairement rattachées à un conventus autre que celui de Cordoue ; uero marque alors une opposition entre les villes in mediterraneo, d’un conventus qui n’est pas celui de Cordoue, et les villes circa flumen

(1) Exception : Arunci Turobriga Lastigi. Mais les deux localités d’Arunci et de Turobriga pouvaient être groupées dans la même civitas (ce qui réduirait à 14 le nombre total des civitates des Celtici nommées par Pline) : l'inscription C. I. L., II, 964, qui commémore les libéralités de Baebia Crinita, Turobrigensis, a été trouvée à Aroche, qui est Arunci ou plutôt Arucci (C. I. L., IX, 963). Cette Turobriga de Bétique est distincte de la localité lusitanienne (Turibriga) d’où est sorti le culte de la dea sancta Ataecina Turibrigensis Proserpina (voir C.I. L., II, p. 1126, s. v° Ataecina. P. 1156, l'index est à corriger en ce sens).

(2) L’ordre est bouleversé en apparence pour les trois premiers noms de municipes latins : le texte est certainement altéré, et impossible à rétablir ; le seul nom qui soit sûr est Carisa, confirmé par Ptolémée (II, 4, 10, Képtooa). Parmi les villes stipendiaires, Brona, qui vient entre Jptuci et Lascuta, doit être une faute.

ipsum, rattachées à Cordoue. En lui-même, le texte de Pline ne fournit pas de motif d’opter entre ces deux interprétations. La première ponctuation est celle de la vulgate de Pline, et Hübner y conforme la division observée dans le C. I. L., II, ainsi que les cartes jointes à ce tome. La seconde ponctuation est préférée par Detlefsen, dans son travail sur la géographie de la Bétique, fait après la publication du premier volume de C. I. L., II (1), et dans son édition des livres géographiques de Pline (1904) ; c'est sur ce texte que se règle la carte des Formae Orbis Antiqui (2).

La question est tranchée dans le sens de la seconde solution, si l’on marque sur la carte les villes, nommées en c et en g, dont l'identification est certaine.

Ce sont, pour la Bastetania uergens ad mare (c) : Ulia (Montemayor), Urgavo (Arjona), Iliberri (Grenade) (3), Singilia (EI Castillôn, au Nord-Ouest d’Antequera), Cisimbrium (Zambra, commune de Rute), Iponoba (environs de Baena) (4), Ilurco (Pinos Puente), Osqua (cerro de Leon, au Sud d’Antequera).

Celles des villes, nommées en g comme villes du conventus d’Astigi, que nous pouvons localiser sont : Tucci (Martos), Itucci (région de Baena), Ucubi (Espejo), Urso (Osuna), Ostippo (Estepa), Ilipula Minor (Repla), Obulcula (placée par l’Ié. Ant., p. 197 Parthey et Pinder, entre Carmo, Carmona, et Astigi, ‘Ecija), Sabora (Cañete la Real), Ventipo (Casariche) (5).

(1) Philologus, 30, p. 281-283. Les études publiées par Detlefsen dans le Philologus sur la géographie des trois provinces espagnoles d’après Pline ont été déjà citées plus haut, p. 56, n. 2, p. 61, n. 1, et p. 63, n. 8.

(2) Voir la notice jointe à cette carte. Hübner, C. 1. L., IL, p. 833, reconnaît que la ponctuation de Detlefsen est commode, mais ne se décide pas à l’adopter. — L'Atlas Antiquus de Sieglin n’indique pars les limites des conventus.

(3) Voir plus haut, p. 38.

(4) Pour la forme du nom, et les inscriptions qui servent à la localisation, voir plus haut, p. 61, note 2.

(5) Il faut ajouter probablement à cette liste Calecula (lieu dit Daragoleja,

commune de Pinos Puente). Je m’abstiens d’en tirer argument parce qu’un doute reste permis (C. I. L., II, p. 881).

Il apparaît aussitôt que si l’on attribue ces deux séries à deux conventus différents, ils s’enchevêtreront l’un dans l’autre. Hübner, pour maintenir, conformément à la vulgate de Pline, l’attribution de la Bastetania au conventus de Cordoue, est obligé d'admettre que ce conventus est coupé en deux tronçons, que sépare le conventus d’Astigi ; encore ne tient-il pas compte d’Ulia, ni d’Iponoba, qui le mettraient dans l’impossibilité de dessiner une limite. C’est donc avant conuentus uero Cordubensis qu'il faut placer un point, et c’est au conventus d’Astigi que se rattachent les villes nommées en c. Le conventus d’Astigi se trouve ainsi comprendre toute la vallée du Singilis, jusqu’au voisinage du Baetis : ses terroirs les plus septentrionaux (parmi ceux que nous connaissons) sont ceux d’Urgavo, Ucubi, Astigi. A l'Ouest, il contient Urso, Ilipula Minor, Sabora : il est possible qu'il ait eu pour limite le rio Carbones (probablement Salsus dans l’antiquité). Au Sud, il va jusqu'à Osqua, c’est-à-dire qu'il semble avoir pour limite la sierra de Abdalagis (1) et celles (sierra de Alhama, sierra de Almijara) qui la prolongent à l'Est jusqu’à la sierra Nevada (2).

Une fois la ponctuation établie, c’est au conventus de Cordoue qu’appartiennent les villes mentionnées en d; Cordoue est d’ailleurs au milieu d’elles. Six de ces villes sont identifiées avec certitude : Ossigi (Mâquiz), Isturgi (Los ‘ Villares, près d’Andujar), Obulco (Porcuna), Epora (Montoro), Sacili (El Carpio), Carbula (Almodovar del Rio). Pline attribue en outre expressément (en ti) au conventus de Cordoue les villes de la Baeturia Turdulorum, dont quatre sont localisées avec précision : Mellaria (Fuente Ovejuna),

(1) Par suite j’attribuerais au conventus de Gades la ville de Nescania, non mentionnée par les auteurs, et localisée par les inscriptions près de Valle de Abdalagis, nettement au Sud de la sierra. Hübner, C. I. L., IT, p. 878, suggère lui-même cette modification de son classement primitif.

(2) La Bastetania uergens ad mare correspond à la partie orientale du con-

ventus ; Pline en énumère les villes, en c, à l'exception des colonies (Tucci, Itucci, Ucubi), qu’il réserve pour les joindre aux villes du reste du conventus, en g.

Mirobriga (Capilla) (1), Regina (Reina), Sisapo (Almadén). Le conventus de Cordoue comprenait donc la vallée du Baetis jusque vers le confluent du Singilis ; peut-être ce confluent même marquait-il le point où commençait le conventus d'Hispalis. Sur la rive gauche du Baetis, la limite du conventus devait être assez voisine du fleuve, puisque Urgavo et Ulia appartenaient au conventus d’Astigi. Seule la ville d’Obulco dessinait un saillant du conventus de Cordoue dans celui d’Astigi (2). Le municipe d'Obulco porte le surnom de Pontificiense comme la colonie de Cordoue porte celui de Patricia : peut-être y avait-il entre les deux villes une communauté d’origine, un lien traditionnel qui détermina le rattachement d’Obulco à Cordoue, bien qu’Obulco fût assez loin du fleuve. $

Au nord du Baetis, la limite entre la Baeturia Turdulorum et la Baeturia Celticorum, entre le conventus de Cordoue et celui d’Hispalis, a pu suivre le cours du Retortillo, qui se jette dans le Baetis presque exactement en face du Singilis. Plus au Nord, nous pouvons simplement indiquer que la limite passait entre Regina (Reina) d’une part (conventus de Cordoue), Curiga (Monesterio) et Ugultunia (Fuente de Cantos) de l’autre (conventus d’Hispalis). Llerena n’est pas Ugultunia, comme Hübner semblait d’abord l’admettre (3); il est vraisemblable par conséquent, Llerena étant près de Reina, que 1a localité antique dont les vestiges‘ sont à Llerena appartenait au conventus de Cordoue ; elle dépendait peut-être de la civitas de Regina. Dans la région la plus voisine de la Lusitanie, le Guadaira, affluent de l’Anas, pouvait servir de limite entre les conventus de Cordoue et d'Hispalis.

Parmi les villes que Pline (en e et en à) attribue au con-

(1) Mirobriga a deux homonymes en Lusitanie (voir plus haut, p. 59). (2) D'où la remarque de Pline: X1111 p. remotum in mediterraneo Obulco. (3) C. I. L., II, p. 131, p. 836 ; rectification, p. 889.

ventus d’'Hispalis, nous pouvons identifier les suivantes : sur le Baetis ou près du fleuve, Celti (Peñañflor) (1), Axati (Lora del Rio), Arva (Peña de la Sal) (2), Canana (Alcolea del Rio) (3), Ilipa (Alcalä del Rio), Italica (Santiponce), Osset (Salteras), Caura (Coria), Siarum (Torres de Alocaz, au Sud d’Utrera) ; parmi les villes de la Baeturia Celticorum, Seria (Jérez de los Caballeros) (4), Nertobriga (lieu dit Valera la Vieja, près de Fregenal de la Sierra) (5), Ugultunia (Fuente de Cantos), Curiga (Monesterio). Une difficulté se présente, en ce qui concerne les villes des Celtici. Pline semble indiquer, au début du $ 13, que la Baeturia est comprise entre l’Anas et le Baetis ; or, parmi les villes des Celtici qu’il énumère dans l’ordre alphabétique, une seule, Arucci, peut être identifiée sur la rive droite du Baetis (Aroche) ; trois autres sont sur la rive gauche : Acinipo (Ronda la Vieja), Arunda (Ronda), Salpensa (environs d’Utrera). Une inscription découverte en 1897 (6) prouve que deux des villes des Celtici mentionnées par Pline comme ayant des homonymes en Lusitanie se trouvent aussi sur la rive gauche du Baetis : celle des Siarenses (et non Stereses, que donnaient les manuscrits de Pline) Fortunales, identique à la ville de Siarum nommée par Pline un peu plus haut, en e, et celle des Callenses Aeneanici (El Coronil, à l'Est d’Utrera). Il faut donc admettre que

(1) Identification très vraisemblable, malgré les doutes de Hübner (C. I. L., II, p. 321). Le texte de Pline nous oblige à chercher Celti sur le Baetis, en aval du confluent du Singilis, et en amont d’Axati (Lora del Rio). La ville antique dont on a trouvé les restes à Peñaflor réalise ces conditions. Une inscription de Peñaflor, publiée dans le Bol. de la R. Acad. de la Hist., 69 (1916), p. 121, est l’épitaphe de Bruttia Victorina Celtitana. L’indication de la distance d’Astigi à Celti (mpm XXX VII ; d’ailleurs les mss. ne sont pas unanimes) qui est dans l’It. Ant. (p. 197 Parthey et Pinder), et qui mettrait Celti assez loin du fleuve, est probablement corrompue, comme l’est certainement, deux lignes plus bas, l'indication de la distance de Regina à Emerita (mpm XXIIII). Le premier nombre est à diminuer, le second à augmenter.

(2) Ephem. Epigr., IX, p. 74.

(3) Zbid.

(4) Eph. Ep., VIII, 303.

(5) C. I. L., I, p. 125, et Eph. Ep., VIII, p. 381-382.

(6) Eph. Ep., VIII, 306.

Pline s'exprime de façon inexacte ou maladroite quand il paraît arrêter la Baeturia au Baetis : en aval d’Hispalis, les influences celtiques avaient pénétré au delà du fleuve, jusqu’à Acinipo et Arunda qui sont fort loin vers le Sud-Est (1).

D'après cela, l'angle Sud-Est du conventus d'Hispalis devait être marqué par la sierra de Tolox, au Sud-Est de Ronda. Plus au Nord, j'ai indiqué (p. 89) que le rio Carbones pouvait être limite entre le conventus d’Hispalis et celui d’Astigi. En attribuant ainsi au conventus d’Hispalis le terrain compris entre le Baetis et le Carbones, avec la ville de Carmo (Carmona ; non mentionnée dans Pline), on donne à cette circonscription une forme plus satisfaisante que si l’on dessine, comme dans les cartes du C. I. L., une sorte d’appendice allongé à l’extrémité duquel est Arunda (2). Un peu avant d'arriver au Baetis, la limite quittait le Carbones, et, du Carbones au Singilis, se maintenaït sur la rive gauche, à quelque distance du fleuve, que le conventus d’Astigi n’atteignait sans doute en aucun point ; les deux rives du Baetis

(1) Detlefsen, Philologus, 30, p. 279-280, pour réduire au minimum la partie du conventus d’Hispalis située sur la rive gauche, suppose qu’il existait, outre PAcinipo et l’Arunda identifiées à Ronda la Vieja et Ronda, deux autres villes portant les mêmes noms, quelque part à l’Ouest du fleuve. Mais du moment qu’on ne peut pas transporter toutes les villes des Celtici (Salpensa, Siarum, Callenses) sur la rive droite, je ne vois pas pourquoi leur pays n’irait pas jusqu’à Ronda. — Les expressions obscures et peu exactes sont fréquentes dans Pline. Dans la description de la Bétique, c’est sensible en particulier quand il veut distinguer la rive droite et la rive gauche du Baetis : 10, dextra Corduba.…., oppida Carbula, Deiumo, fluuius Singilis, eodem Baetis latere incidens : or le Singilis est un affluent de gauche ; il faut admettre que Detumo (non identifiée) était sur la rive gauche (Carbula est sur la rive droite, comme Cordoue ; la carte des Formae Orbis Antiqui est à corriger en ce point), et que eodem latere veut dire : « du même côté que la dernière ville citée » ; Pline écrit en consultant la carte, et ne prévoit pas l'embarras de son lecteur ; — 11 : a laeua Hispal... ex aduerso oppidum Osset…, Caura, Siarum, fluuius Maenuba Baeti et ipse a dextro latere infusus : ici, au contraire, et ipse a dextro latere renvoie à la précédente indication, ex aduerso (— dextra) ; car si Caura est sur la rive droite, Siarum est sur la rive gauche.

(2) Dans ces cartes, une faute certaine est l'attribution des Callenses au conventus de Cordoue. — Dans la carte des Formae Orbis Antiqui, la partie méridionale du conventus d’Hispalis a une forme bizarre, qui s’explique par une identification erronée de Munda Munda doit être cherchée au Nord-Est d’Urso, et non près d’Acinipo.

devaient appartenir, en aval du Singilis, au conventus d’Hispalis, comme elles appartenaient, en amont, au conventus de Cordoue.

Au conventus de Gades, Pline n’attribue expressément (en j) que deux villes identifiées sur le littoral, Baesippo (Barbate) et Barbesula (Guadiaro). Mais il est évident que les villes mentionnées dans la description de la côte appartenaient à ce conventus : séparées presque toutes de l’intérieur par des montagnes difficiles, qui s'élèvent à courte distance de la mer, elles communiquaient aisément avec Gades soit par la route qui longeait la côte, soit par bateau. Il n’y a d’hésitation possible que pour la région située à l'Ouest du Baetis. Dans cette partie de la côte, il n’a existé, semble-t-il, qu’une ville, Onoba (1) (Huelva). Entre Onoba et le Baetis s’étendaient les Harenei montes (2) (Arenas Gordas), dunes à travers lesquelles aucune route n’était tracée, pas plus dans l’antiquité que de nos jours, tandis qu’Onoba était reliée par une route à Italica et par conséquent à Hispalis (3). Je regarde donc comme vraisemblable que le conventus de Gades s’arrêtait au Baetis, et que le conventus d’Hispalis, entre le Baetis et l’Anas, allait jusqu’à la mer (4).

Cinq des villes nommées en j sont à l’intérieur des terres : ce sont Carissa (vraisemblablement Bornos) (5), Iptuci (Cabeza de Hortales, près de Prado del Rey) (6), Lascuta

(1) C’est le nom qu’il faut rétablir dans Pline, 7 (Ossonoba mss.) ; voir C. I. L., IL pr 121

(2) Pline, 7.

(3) It. Ant., p. 206 Parthey et Pinder.

(4) Je donne donc au conventus d’'Hispalis les trois villes du Maenuba (Pline, k). Aucune n’est identifiée ; mais l’une des trois, Lastigi, est nommée de nouveau (à moins qu’il ne s’agisse d’une homonyme) en À, parmi les villes de la Baeturia Celticorum, c’est-à-dire du conventus d’Hispalis. Hübner (G. I. L., I, 954, commentaire) attribue les villes du Maenuba au conventus d’Astigi. Pour Detlefsen (1. c., p. 279), elles sont probablement du conventus d’Hispalis; mais il n’y a pas de raison d'admettre avec lui que si Pline mentionne le Maenuba, c’est parce que cette rivière forme limite (entre le conventus d’Hispalis et celui de Gades).

(5) Voir C. I. L., II, p. 185 et 847.

(6) C. I. L., II, p. 704.

(Aicalä de los Gazules), Segontia (Gigonza) (1), Usaepo (lieu dit La Fantasia, dans la sierra de Ubrique, entre Cortes et Jimena) (2).

Ces données suffisent à établir que le conventus de Gades n’était pas réduit partout à une frange littorale (3). Il est donc probable qu’il faut y rattacher aussi les villes nommées par Pline en f, Elles viennent, dans la description de Pline, à la suite des villes du conventus d’Hispalis ; mais la particule at marque l'introduction d’un élément nouveau : elle oppose ce qu’elle amène à ce qui précède, et interdit d’attribuer au conventus d’Hispalis les villes qui vont être nommées (4). De ces quatre villes, trois sont identifiées : Nabrissa (Lebrija), Hasta (près de Jérez), Asido (Medina Sidonia) (5). Au surplus, des rapports anciens unissaient Hasta à Lascuta et Gades (6). Il est vraisemblable que la limite était formée d’abord par le cours inférieur du Baetis ; elle passait ensuite entre Nabrissa et Siarum, puis à peu de distance au Nord de Carissa et d’Iptuci, au Sud-Ouest d’Arunda (7), et rejoignait ainsi la sierra de Tolox ; à partir de là elle suivait les sierras indiquées plus haut comme servant de limite méridionale au conventus d’Astigi.

(1) Saguntia mss. de Pline : graphie influencée par le souvenir de Saguntum.

(2) Ces ruines sont vraisemblablement celles d’une ville nommée Vsaepo (Pline, III, 15) et non Saepo (Pline, III, 14) : voir Detlefsen, L. c., p. 279 ; doutes de Hübner, C. I. L., II, p. 180 et 846.

(3) L'identification d’Iptuci, qui est certaine, y suflirait à elle seule, même si l’on ne voulait pas tenir compte des identifications de Carissa, Segontia et Usaepo, qui sont très vraisemblables.

(4) Hübner, C. I. L., II, p. 175, les donne au conventus d’Hispalis, parce qu’il interprète mal Pline (erreur relevée par Detlefsen, L. c., p.279).

(5) On obtient un dessin peu vraisemblable si l’on met Lebrija, Jérez et Medina Sidonia dans le conventus d’Hispalis, alors que Bornos et Prado del Rey sont dans celui de Gades : voir la carte du C. I. L. (d’ailleurs cette carte, qui accepte l'identification Carissa-Bornos, devrait au moins mettre Bornos dans le conventus de Gades).

(6) Voir C. I. L., IL, p. 699 et 846 ; Strabon, III, 2, 2.

(7) Lacilbula (Grazalema) appartenait sans doute au conventus de Gades, à en juger par les facilités plus grandes de communication.

En ce qui concerne les conventus de Citérieure, nous disposons des données suivantes :

Appartiennent au conventus de Carthagène (Pline, III, 25) : Acci (Guadix), Basti (Baza), Vergilia (Albuniel de Cambil, province de Jaén) (1), Mentesa Oretanorum (Villanueva de la Fuente), Mentesa Bastitanorum (La Guardia), Salaria (‘Ubeda la Vieja), Vivatia (Baeza), Castulo (Cazlona), Oretum (Granâtula), Libisosa (Lezuza), Laminium (Fuenllana), Consabura (Consuegra), Toletum (Tolède), Dianium (Denia), Saetabis (Jätiva), Valeria (Valera).

Au conventus de Tarragone (Pline, III, 23) : Edeta (Liria), Dertosa (Tortose), Aquae Caiidae (Caldas de Mombuy), Gerunda (Gérone), Ausa (Vich), Aesa (Isona), Iesso (Guisona), les Cerretani (Cerdagne).

Au conventus de Caesaraugusta (Pline, III, 24) : Complutum (Alcalä de Henares), Bilbilis (près de Calatayud), Celsa (Velilla del Ebro), Ilerda (Lérida), Osca (Huesca), Iacca (Jaca) (2), Cara (Santacara), Pompaelo (Pampelune), Turiaso (Tarazona), (Cascantum (Cascante), Graécurris (Alfaro), Calagurris Nassica (Calahorra). A ces identifications certaines, il faut ajouter deux identifications probables : Arcobriga, qui doit être la ville fouillée par le marquis de Cerralbo près d’Ariza, dans la vallée du Jalôn (3) ; Araceli, qui est sans doute Araquil en Navarre.

Au conventus de Clunia (Pline, III, 26-27) : Segovia (Ségovie), Termes (Tiermes), Uxama Argaela, ville des Arevaci (Osma, province de Soria), Numantia (Garray), Cauca (Coca), Pallantia (Palencia), Segisamo (Sasamôn), Virovesca (Briviesca) (4), luliobriga (Reinosa), cités nommées par Pline.

(1) Identification donnée par deux inscriptions que le P. Fita a publiées dans le Bol. de la R. Acad. de la Hist., 65 (1914), p. 578-579.

(2) Lacetanos, leçon des mss., est à corriger en lacetanos (ce qui ne trouble pas l’ordre alphabétique), d’après Ptol., IT, 6, 66.

(3) Enrique de Aguilera y Gamboa, marquis de Cerralbo, El Alto Jalén,

Madrid, 1909, p. 106-132.

(4) Voir C. I. L., II, p. 395.

Nous sommes en droit d'ajouter à ces villes celles que Ptolémée attribue à des gentes que Pline déclare être comprises dans le conventus de Clunia : Augustobriga (Muro de Agreda), ville des Pelendones (Ptol., II, 6, 53), Uxama Barca (Osma, province d’Alava), ville des Autrigones (Ptol., II, 6, 52), Vadinia (région de Cangas de Onis), ville des Cantabri (Ptol., II, 6, 50); les Orgenomesci (même région) (1) sont dits e Cantabris par Pline (IV, 111).

Au conventus d’Asturica (Pline, III, 28) : les Gigurri (Val de Orras), les Paesici (Cabo de Peñas), les Lancienses (Villa Sabariego), les Zoelae (Castro de Avelläs) (2). A ces quatre civitates, Ptolémée (II, 6, 28 et 30) permet d'ajouter Baedunia (La Bañeza) (3), Legio (Leôn) et Bergidum Flavium (Villafranca del Vierzo).

Le conventus de Lucus a pour limite orientale (Pline, IV, 111) le fleuve Navia (Nävia). Outre Lucus, la seule ville qu'on puisse identifier est Iria Flavia (EL Padrôn) : Ptolémée (II, 6, 23) attribue cette ville aux Kaxopoi, et les Copori sont compris dans le conventus de Lucus (Pline, IV, 111).

Du conventus de Bracara (Pline, III, 28, et IV, 112), nous connaissons Tudae (Tuy), les Limici (Ginzo de Limia), les Biballi (Vianna del Bollo), Aquae Flaviae (Chaves) (4), les Tamagani (vallée du Tâämega) (5).

Partant de là, on peut essayer de préciser un peu plus.

Sur la côte ou à proximité de la côte, les villes les plus septentrionales qui soient expressément indiquées comme villes

(1) Voir plus haut, p. 47.

(2) Pline, XIX, 10, parlant du linum Zoelicum, ajoute : ciuitas ea Callaeciae et Oceano propinqua. C’est un renseignement approximatif (« Nord-Ouest de l’Espagne ») qui ne peut infirmer l’indication précise de III, 28. — C. 1. L., II, 2633 (egerunt. Asturicae) confirme le rattachement des Zoelae au conventus d’Asturica.

(3) Eph. Ep., VIII, 131.

(4) Voir plus haut, p. 82, n. 4.

(5) Ignorée des auteurs, cette civitas est parmi celles que nomme l’inscription de Chaves (C. I. L., IT, 2477), et qui toutes, autant que nous pouvons nous en rendre compte, sont comprises dans le conventus de Bracara.

du conventus de Carthagène sont Dianium et Saetabis ; la ville la plus méridionale du conventus de Tarragone est Edeta. Sagonte et Valence, mentionnées par Pline dans la description de la côte (III, 20), ne reparaissent pas dans la description des conventus. Mais le fait qu'Edeta est rattachée au conventus de Tarragone rend la même attribution certaine pour Sagonte, à peu près certaine pour Valence. Si le Turis, sur la rive droite duquel était Valence, avait servi de limite, Valence, qui dans ce cas appartiendrait au conventus de Carthagène, se serait trouvée administrativement séparée de Edeta, alors que les deux villes étaient solidaires économiquement, comprises dans la même région agricole; en outre, Valence, étant colonie, devait être vers le centre plutôt que vers la périphérie de son terroir (1). Il est extrêmement probable que la limite entre les deux conventus était plus au Sud, au fleuve Sucro (2).

A l'intérieur de la péninsule, la limite septentrionale du conventus de Carthagène se précise si l’on admet que Segobriga, caput Celtiberiae, ville de ce conventus d’après Pline (III, 25), doit être identifiée à Cabeza del Griego, près d'Uclés (C. I. L., II, p. 419). Cette identification est mise à peu près hors de doute par l'inscription Eph. Ep., VIII, 182, bien que Hübner, dans le commentaire de cette inscription, persiste à faire des réserves (3). Il est très vraisemblable quela ville de Segorbe (Segobriga, dans des documents médiévaux) occupe aussi l'emplacement d’une ancienne Segobriga : mais cette seconde Segobriga, située au Nord-Est d’Edeta, appartenait nécessairement au conventus de Tarragone. L’existence de deux cités homonymes, l’une, celle de Pline, à Cabeza

(1) Il est vrai que sur ce point la limite aurait pu s’écarter du fleuve, comme c'était sans doute le cas en Lusitanie pour Scallabis (voir plus loin, p. 103, Be; Limite entre deux regiones, Contestania et Edetania (Pline, III, 20) : voir plus loin, ch. VI, p. 108.

(3) L'identification est acceptée par Kiepert, notice de la carte des Formae Orb. Ant, note 2.

98 DIivisiONS ADMINISTRATIVES DE L'ESPAGNE

del Griego, l’autre, que les auteurs anciens ne mentionnent pas, à Segorbe, n’a rien de surprenant. L'identification Segobriga — Cabeza del Griego rend très vraisemblable l’identification Ercavica — Sacedôn (1). Ercavica appartenait au conventus de Caesaraugusta (Pline, III, 24). La limite entre les conventus de Carthagène et de Caesaraugusta doit passer d’une part au Nord de Valera et de Cabeza del Griego, d'autre part au Sud de Sacedôn : elle pouvait être marquée par le Guadiela.

Plus à l'Ouest, nous ne sommes pas en mesure de déterminer le tracé. Nous savons seulement que la limite passait entre Tolède et Alcalä de Henares. Peut-être rejoignait-elle, par la vallée du Manzanares, les iuga Carpetana (sierra de Guadarrama et sierra de Gredos), pour en longer les pentes septentrionales jusqu’à la frontière de Lusitanie : comme Pline ne mentionne pas de Vettones dans le conventus de Clunia, qui, dans cette région, est limitrophe du conventus de Carthagène, Avela (Avila), ville des Vettones de Citérieure (2), devait être rattachée à Carthagène (3).

La limite occidentale du conventus de Tarragone n’est définie par aucun document. Au Sud-de l’Ebre, il est probable que le conventus de Tarragone ne dépassait pas, vers l’Ouest, les monts du Maestrazgo ; le haut bassin du Turis communique plus facilement avec Saragosse qu’avec la mer ; il appartenait sans doute au conventus de Caesaraugusta. Au Nord de l’Ebre, Ilerda, sur le Sicoris (Segre), était du conventus de Caesaraugusta, et Lesso, à une quarantaine de kilomètres à l'Est de la rivière, était du conventus de Tarragone : la limite devait se tenir à quelque distance à l’Est du Segre, dans la partie inférieure de son cours, c’est-à-dire en aval du point

(1) Voir G. I.L., IT, p. 425.

(2) Voir plus loin, ch. vr, p. 115.

(3) C’est au conventus de Carthagène qu'étaient rattachées les Pityuses et les Baléares : les insulaires débarquaient à Dianium, d’où ils gagnaient par terre Carthagène (Pline, III 76).

où il reçoit la Noguera Pallaresa, affluent de droite (1). Ensuite la Noguera Pallaresa pouvait servir de limite, puisque Aeso, entre le Sicoris et la Noguera Pallaresa, appartenait au conventus de Tarragone.

Entre le conventus de Caesaraugusta et le conventus de Clunia, le tracé de la limite est à discuter sur trois points :

1° Pline nomme parmi les villes des Arevaci, rattachés au conventus de Clunia, Segontia (III, 27) (2). La ville épiscopale de Sigüenza, dans la haute vallée du Henares, correspond à une Segontia que l’Zt. Ant. (p. 208 et 209 Parthey et Pinder) mentionne sur la route d'Emerita à Caesaraugusta, à trois stations au delà de Complutum et à trois en deçà de Bilbilis. Hübner et Kiepert partent de là pour donner les hautes vallées du Henares et du Salo (Jalôn) au conventus de Clunia, qui enfonce ainsi une sorte de coin dans le conventus de Caesaraugusta, entre Complutum et Bilbilis (3). Je ne crois pas que la région des Arevaci ait pu s'étendre aussi loin vers le Sud-Est, ni queles villes situées sur la grande voie de communication qui va de Complutum à Caesaraugusta par les vallées du Henares et du Salo aient pu être réparties entre deux conventus. Je rattache donc au conventus de Caesaraugusta la Segontia de l’Z£ Ant, aujourd'hui Sigüenza ; et j'admets que la Segontia des Arevaci, mentionnée par Pline, se trouvait sur le versant opposé de la sierra de Guadarrama, dans le bassin du Durius, en un point que nous ne pouvons déterminer. Pline indique, précisément dans ce passage, que le nom de Segontia se rencontre fréquemment en Espagne (4).

(1) Si l’on admet que les Tarracenses, du conventus de Caesaraugusta (Pline, III, 24), occupaient l'emplacement d> Tärrega, cette ville (à une vingtaine de kilomètres au Sud-Ouest de Iesso — Guisona) nous donne le point extrême du conventus de Caesaraugusta vers l'Est. L'identification (signalée comme possible sur la carte des Formac Orb. Ant.) ne s'appuie que sur la ressemblance des deux noms.

(2) Les mss. ont secontia, sagontia.

(3) Kiepert (Formae Orb. Ant.) comprend Arcobriga dans le conventus de Clunia. C’est contraire au texte de Pline.

(4) LE, 27 : Segontia et Uxama, quae nomina erebro aliis in locis usurpantur,

Outre Segontia — Sigüenza, l’If. Ant. (ibid.) mentionne une autre Segontia (qui ne peut pas être non plus celle des Arevaci) entre Bilbilis et Caesaraugusta. Ptolémée en connaît une chez les Vaccaei (II, 6, 49), une chez les Varduli (IE, 6, 65). Nous en avons signalé une en Bétique (p. 94).

29 Parmi les villes des Autrigones, rattachés au conventus de Clunia, Pline nomme Tritium (III, 27). Il y avait une ville de Tritium à Tricio, près de Nâäjera (1) ; la limite orientale du conventus de Clunia se placerait en conséquence entre Tricio et Calahorra (— Calagurris) (2). — Mais l’Z£. Ant. (3) révèle l’existence de deux Tritium, l’un à douze milles à l'Ouest de Virovesca (Briviesca), l’autre à trente-six milles à l’Est de Virovesca et à quarante-six milles à l'Ouest de Calagurris : c’est au second que correspond Tricio, mais c’est le premier qui est nommé dans Pline. En effet, à michemin entre le second Tritium et Virovesca, l’If. Ant. place Libia (qu'il faut chercher, d’après cela, vers Herramélluri) (4) : or les Libienses sont nommés par Pline parmi les stipendiarii du conventus de Caesaraugusta. C’est donc le premier Tritium de l’If. Ant. qui est mentionné par Pline comme ville des Autrigones, avec Virovesca; et c’est entre Libia et Virovesca, à une vingtaine de milles à l'Ouest de Tricio, que passait la limite entre les deux conventus (5), laissant au conventus de Caesaraugusta le pays'des Berones (6).

30 On peut se demander si le conventus de Caesaraugusta

(1):C°I. LIT, p: 594:

(2) On pourrait même préciser davantage et dire : entre Logroño et Calahorra. En effet le lieu dit Varia, près de Logroño, est vraisemblablement Vareia (Pline, III, 21) ; et Ptolémée (IL, 6, 54) attribue Vareia à la même gens (Berones) que Tritium.

(3) P. 189, 214 et 217 Parthey et Pinder.

(4) On a, en résumé, de l'Ouest à l'Est : Segisamo (Sasamôn) — Tritium 1 — Virovesca — Libia — Tritium II — Vareia — Calagurris.

(5) Il faut corriger sur ce point la notice de Hübner (C. I. L., II, p. 394) et les cartes de Kiepert (C. I. L. et Formae Orb. Ant.). Le Tritium de Tricio était surnommé Magallum. Un troisième Tritium (Tuboricum) était dans le pays des Varduli (Ptol., IL, 6, 65).

(6) Ptol., IL, 6, 54.

atteignait l'Océan. Sur les cartes de Kiepert (1), c’est le conventus de Clunia qui, le long du golfe cantabrique, va jusqu'à la frontière de l’Aquitaine. Mais Oearso, qui est sans doute Pasajes, sur le rio Oyarzün, et qui en tout cas est au bord de la mer ou tout près de la mer (2), est une ville des Vascones (3), et les Vascones ne sont pas nommés par Pline parmi les gentes qui composent le conventus de Clunia. Le conventus de Caesaraugusta touchait donc l’Océan par le terroir d'Oearso, compris entre la Bidassoa et la région des Varduli (4).

En tenant compte de ces observations, on fera passer la limite occidentale du conventus de Caesaraugusta, du Sud au Nord, par la crête des iuga Carpetana (sierra de Guadarrama), puis par le mons Caius (Moncayo) et par les montagnes (sierra Cebollera, sierra de la Demanda) qui dominent sur la rive droite la vallée de l’Ebre. Elle coupait à l’Est de Virovesca la grande route de Tarragone à Legio, suivait peut-être la vallée d’un des affluents de gauche de l’Ebre (défilé de Pancorbo ?), puis celle d’un des affluents de droite (Zadorra ?), et enfin atteignait la mer par une des vallées (Urumea ?) intermédiaires entre la Deva (5) et l’Oyarzün.

La limite occidentale du conventus de Clunia était ceile qui autrefois séparait des Astures les Vaccaei et les Cantabri (6). Elle était marquée sur la côte par l'estuaire de Noega (probablement ria de Villaviciosa) ; le tronçon Sud était le cours inférieur de l’Astura (Esla). Dans l'intervalle, plusieurs vallées sont voisines les unes des autres, et suivent la même direction générale ; nous ignorons comment était tracée la

(1) C. I. L., et Formae Orb. Ant.

(2) Sur l'identification d’Oearso, voir Risco, España Sagrada, XXXII (1779), p. 100 sqq., 173, 187.

(3) Pline, IV, 110; Ptol., IL 6, 10.

(4) En ce sens, Detlefsen, Philologus, 32, p. 653.

(5) La Deva est comprise dans le conventus de Clunia, puisqu'elle est à l'Ouest du pays des Varduli (Ptol., II 6, 8).

(6) Voir plus haut, p. 33 et p. 47.

limite, qui pouvait sauter par endroits d’une vallée à l’autre. Nous savons seulement qu’elle passait au Nord-Est de Legio et à l'Est de Lancia.

La Navia est attestée comme limite occidentale du conventus d’Asturica, sur la côte ; pour le reste, tout ce que nous pouvons dire est qu’une ligne tracée du Nord au Sud, en prolongeant la vallée de la Navia, jusqu’à la rencontre du Durius, est en accord avec nos données : les Gigurri, Bergidum Flavium et les Zoelae sont à l’Est de cette ligne, les Limici, les Biballi et Aquae Flaviae à l'Ouest.

De la limite entre le conventus de Lucus et le conventus de Bracara, nous savons seulement qu’elle était, sur la côte, sensiblement au Nord du Minius (Miño) : Pline (IV, 112), décrivant la côte du Nord aù Sud, nomme deux populi du conuentus Bracarum avant Tudae, qui est sur la rive droite du Minius. Kiepert (Formae Orb. Ant.) admet que, à quelque distance de la côte, la limite se confondait avec le cours du fleuve, puis avec le cours de son affluent le Sil. C’est purement conjectural.

Pour les trois conventus de Lusitanie, en l’absence de toute indication dans Pline, nous ne pouvons que faire des hypothèses (1). Hübner (2) admet que la limite occidentale du conventus d’Emerita suivait sensiblement le même parcours que la frontière hispano-portugaise (du Nord au Sud : vallées de l’Agueda, du Turones, de l’Erjes, serra de Santa Mamede), et qu'entre le conventus de Scallabis et le conven-

(1) Detlefsen ‘écrit (Anordnung, p. 71) : « Auch ergibt sich die Einteilung der Provinz in ihre Konvente einfach aus der Lage ihrer Vororte zwischen den sie einschliessenden, parallel laufenden Flüssen Anas, Tagus und Durius. » Cette phrase est en désaccord avec les faits, puisque deux chefs-lieux de conventus (Emerita et Pax) sont sur l’Anas ou tout près de l’Anas, le troisième (Scallabis) sur le Tage.

(2) C. I. L., II, p. 781.

tus de Pax c’est le Tage qui servait de limite (1). Cette conjecture, acceptée par Kiepert (Formae Orb. Ant.), est satisfaisante dans l’ensemble (2). Je la corrigerais cependant sur un point. L'inscription d’Alcäntara (C. I. L., II, 760) nous donne les noms de onze cités qui ont contribué à la construction d’un pont sur le Tage. Quatre de ces cités peuvent être localisées : les Igaeditani (Idanha), les Lancienses Oppidani (région d’Idanha), les Aravi (Deveza), les Banienses (Moncorvo) (3). Le pont est fait pour assurer les communications de ces cités vers le Sud, vers Emerita (4). L'intérêt qu'y prennent des communes aussi éloignées que celles des Aravi et des Banienses fait présumer qu’elles ont avec Emerita des rapports particulièrement suivis : Emerita doit être pour elles chef-lieu de conventus en même temps que chef-lieu de province. Je mettrais donc la limite du conventus d'Emerita, du Durius au Tage, sensiblement à l’Ouest de la frontière hispano-portugaise, et je la ferais passer par la serra da Lapa, l'extrémité orientale de la serra da Estrella, la serra Guardunha, pour rejoindre ensuite la serra de Santa Mamede.

Ce n'étaient pas seulement les plaideurs qui se rendaient au chef-lieu du conventus, les jours d’assises. Tous ceux qui désiraient voir le gouverneur ou son lieutenant, pour lui présenter une requête, lui faire un rapport, ou simplement le saluer et j’assurer de leur dévouement, s’y trouvaient aussi. On rencontrait dans la ville, en ces occasions-là, des

(1) Mais la colonie de Scallabis pouvait avoir une partie de son territoire sur la rive gauche.

(2) Af Ursin, op. cil., ne cherche pas à déterminer les limites des conventus.

(3) Voir plus haut, p. 39.

(4) On s’est demandé dans quel ordrê l'inscription d’Alcäntara range les cités. Ce n’est ni l’ordre alphabétique, ni probablement un ordre géographique ; je croirais volontiers qu’on a nommé d’abord les cités qui ont versé les sommes les plus fortes,

gens venus de toutes les parties de la circonscription. Ainsi les sessions devenaient, pour tout le conventus, des panégyries où les affaires se traitaient, où les amitiés se nouaïent.

Dans ces conditions, le conventus n’est pas resté une fiction administrative ; il est devenu une réalité, une personne morale. L'administration romaine a aidé ce mouvement : c’est dans le cadre du conventus qu’elle a organisé le culte impérial, pour les régions du Nord-Ouest ; de là le culte par conventus s’est étendu au moins à toute la Citérieure (1). Il y a non seulement un sacerdos conuentus (2) ou un flamen conuentus (3), mais un concilium conuentus (4), image réduite du concilium provincial. Le conventus, c’est-à-dire le concilium du conventus, élève des monuments honorifiques (5); on rend un culte au Genius conuentus (6). A Tarragone, siège du concilium de Citérieure, le flamine provincial indique volontiers, parmi ses titres, le conventus d’où il est originaire et dont il est comme le représentant au poste le plus honorifique de la province (7). À mi-distance entre la civitas et la province qui sont, au regard de Rome, les deux réalités essentielles, le conventus a une existence propre, qui résulte de la constance des relations judiciaires, économiques et religieuses.

(1) Kornemann, Zur Geschichte der antiken Herrscherkulte, dans Klio, 1 (1901), p. 51-146 ; en particulier p. 117-121.

ANCMEL NET

(5) C. I. L., II, 3412, 3413; 3416, 3418, 3840, 4123, 4138 ; XII, 1855.

(7) C. I. L., II, 4189, 4198, 4200, 4203, 4204, 4233 (Amocensi Cluniens(i) ex gente Cantabro[rum] doit se comprendre comme Amocensi ex conuentu Cluniensi ; il s’agit d’une flaminique), 4236, 4242, 4252, 4255, 4257, 6098 (où il faut sans doute rétablir, ligne 6, devant Cluniensi, le signe |, qui représente conuentus) ; Eph. Ep., VIII, 199 ; voir aussi C. I. L., VI, 3853.

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