‹ Les divisions administratives de l'Espagne romaineChapitre 19 sur 25 · CHAPITRE, VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE, VI

Province et conventus sont des sommes de civitates. La civitas est la cellule, l’unité élémentaire du monde romain. C'est un être concret, qui possède un territoire délimité, une personnalité, une autonomie.

Les statistiques consultées par Pline donnent pour l’Espagne continentale le nombre de 513 civitates ; il faut en ajouter 9 pour les Pityuses et les Baléares (1). C’est plusieurs fois le nombre des civitates gauloises, pour une superficie sensiblement égale. Le territoire d’une civitas espagnole est beaucoup plus restreint, en moyenne, que celui d’une civitas gauloise.

Mommsen (2) veut voir, dans ce nombre élevé des civitates espagnoles, l’application délibérée, par Rome, d’une politique. L'Espagne a été annexée de très bonne heure, à

(1) Pline, III, 76-77. Pline dit expressément que les Pityuses ne forment qu’une séule cité, Ebusus. Il nomme trois cités dans la petite Baléare (Iamo, Sanisera, Mago), cinq dans la grande (Palma, Pollentia, Guium, Tucis, Bocchorum). La phrase (oppidum) foederatum Bocchorum fuit ne signifie pas que la ville a cessé d'exister, mais qu’elle a cessé d’être fédérée pour devenir municipe. Elle était encore fédérée en 6 ap. J.-C. (C. I. L., II, 3695 ; le nom, d’après ce texte, était Bocchoris ou Bocchori).

(2) Rômische Geschichte, VS, p. 66.

une époque où les Romains ne savaient pas encore si les pays conquis seraient dociles et se laisseraient assimiler, où ils n’avaient confiance ni dans leurs propres forces ni dans le loyalisme des provinciaux : ils ont brisé les liens qui groupaient les indigènes, émietté systématiquement l'Espagne en petites cités, d'autant plus faibles qu’elles étaient plus nombreuses. Cent cinquante ans plus tard, quand la Gaule a été conquise, les Romains avaient l’expérience du commandedement ; ils sentaient qu’ils n’avaient rien à redouter des vaincus ; ils n’ont pas craint de laisser à la cité gauloise un territoire étendu, tandis qu’en Espagne ils avaient multiplié les communes pour n'avoir à dominer qu’une poussière de peuplades.

Cette explication fausse la réalité. Le grand nombre des cités espagnoles était une conséquence naturelle de l’état dans lequel s'était trouvée l'Espagne préromaine ; il sortait, en dernière analyse, des conditions géographiques (1). Si les unités administratives dans lesquelles se résout l'Espagne romaine sont enfermées dans des limites étroites, c’est parce que l’Ibérie préromaine n’a pas connu l’organisme vaste et cohérent de la civitas gauloise.

Il ne faut pas perdre de vue ce qu'était la gens espagnole (2) : un nom commode à inscrire sur une carte, pour désigner une regio, c’est-à-dire l’espace de terrain compris entre deux repères physiques, accidents orographiques ou cours d’eau ; une juxtaposition de tribus soumises à des conditions de climat et d'existence sensiblement identiques, mais sans unité politique, sans volonté de former un tout. Suivant que le géographe qui étudie et décrit le pays croira devoir choisir, pour le partager en régions, telle rivière ou telle chaîne plu-

()En Afrique, des causes, physiques et peut-être ethniques, semblables à celles qui agissaient en Espagne, ont déterminé des résultats analogues : : il y a 516 populi entre l’Ampsaga et la Cyrénaïque (Pline, V, 29).

(2) Voir plus haut, p. 6,

tôt que telle autre, l'extension des termes qui désignent les régions et les gentes variera au gré de ses choix. La région que Pline appelle Bastetania (III, 10) est pour Ptolémée (II, 4, 9) celle des Turduli. La plupart des villes que Pline répartit entre la Baeturia Celticorum etla Baeturia Turdulorum (III, 13-14) sont réunies par Ptolémée sous le nom des Turdetani (II, 4, 10). Strabon discute sur le rapport des termes Turdetani et Turduli (III, 1, 6) d’une façon qui montre combien la signification en est fiottante (1). Salmantica, ville des Vaccaei pour Polybe (TITI, 14, 1) et Tite-Live (XXI, 5, 5), est pour Ptolémée (II, 5, 7) chez les Vettones : c’est qu'aucun obstacle naturel ne met entre les deux régions une frontière certaine (2). L’aire de toutes ces appellations ethniques est indécise, et les listes de peuples qu’on peut tirer de Strabon, de Pline et de Ptolémée ne concordent pas (3). Les Arevaci et les Pelendones sont compris les uns et les autres sous le vocable général de Celtiberi ; mais Ptolémée situe chez les Arevaci Numance, qui est pour Pline une ville des Pelendones (Pline, III, 26-27 ; Ptol., IT, 6, 53 et 55). L’indétermination est la même en ce qui concerne Turmogidi et Vaccaei (Pline, III, 26 ; Ptol., IL 6, 49 et 51).

Les frontières administratives tantôt coïncident avec les limites des gentles, et tantôt n’en tiennent pas compte, Il y a coïncidence, quand les fonctionnaires romains ont désigné

(1) Les mêmes remarques sont à faire sur les termes Bastetani et Bastuli (voir C. I. L., II, p. 456).

(2) Braun, p. 98, suppose que Salmantica appartenait d’abord aux Vaccaei, et que les Romains, pour les châtier, leur retirèrent cette ville. Cela supposerait un «état vaccéen » organisé, unifié, qui n’a jamais existé.

(3) Même si l’on fait abstraction, comme il convient, de ce qui est inadvertance ou erreur : ainsi l'attribution par Ptolémée (IT, 6, 15 et 61) de Valence aux Contestani et de Dianium aux Edetani, ce qui est l’inverse de la réalité. — C’est par une erreur, ou par une approximation grossière, que Plutarque (Sertorius, 3) met Castulo en Celtibérie. — Pour Pallantia, que Strabon place chez les Arevaci (III, 4, 13), alors que tous les autres témoignages l’attribuent aux Vaccaei, il y a plutôt erreur de Strabon (voir Braun, p. 96, n. 4) qu'indécision ancienne des limites (en tout cas l’indécision a pris fin dans la formula de Pline, III, 26-27).

pour terme d’un conventus un accident naturel que les géographes regardaient comme séparant deux régions; il n’y a pas coïncidence, quand, la topographie n’indiquant pas une coupure nécessaire, géographes et fonctionnaires ont fixé différemment la iigne de démarcation. Une gens peut être à cheval sur deux conventus : c’est le cas pour les Edetani, partagés entre le conventus de Tarragone et celui de Caesaraugusta (1), pour les Celtiberi, partagés entre trois conventus (Clunia, Caesaraugusta, Carthagène), pour les Carpetani (compris presque tous dans le conventus de Carthagène ; mais Complutum, une de leurs villes, Ptol., IT, 6, 56, est dans celui de Caesaraugusta), pour les Turduli de Ptolémée (conventus de Gades, de Cordoue et d’Astigi) (2). Une région peut être partagée entre deux provinces : il y a des Celtici et de: Turduli de part et d’autre de l’Anas, en Lusitanie et en Bétique (Pline, III, 8 et 13 ; IV, 116) ; avant la réforme des limites par Auguste, la frontière entre Citérieure et Bétique coupait le pays des Bastetani (3) et des Oretani; les Vettones, à l’époque de Pline, étaient rattachés les uns à la Lusitanie, les autres à la Citérieure (4). D’un autre côté, nous avons reconnu comme limite vraisemblable entre les conventus de Carthagène et de Tarragone le Sucro, qui séparait les Contestani des Edetani ; les limites du conventus de Clunia se confondent avec des limites de régions, du côté des Vascones et du côté des Astures. Entre les régions indigènes et les divisions romaines, il n’y a ni concordance régulière, ni divergence systématique.

Loin que les Romains aient cherché à dissoudre les gentes, ce sont eux au contraire qui conférèrent à la regio, et à la

(1) Voir Detlefsen, Philologus, 32, p. 636.

(2) Pour les Turdetani de Ptolémée, voir ci-dessus, p. 107. à

(3) Au sens étroit (regio Bastitana, Pline, III, 19), sans tenir compte de la Bastetania que connaît Pline et qui pour Ptolémée est aux Turduli (ci-dessus, p. 107) : celle-ci resta toujours bétique.

(4) Voir plus loin, ps 115.

gens dont la regio était le support, une signification réelle, une importance pratique qu’elles n’avaient pas antérieurement. Le morcellement excessif des Ibères était une gêne pour les administrateurs. Les Romains donnèrent une existence véritable aux regiônes, non seulement parce qu’ils en consacrèrent les noms, les enregistrant dans leur géographie, les inscrivant sur leurs cartes (1), mais encore parce que la distinction des regiones servit de base à leurs opérations de cens et de recrutement (2). Si Pline a trouvé toutes faites dans la formula de Bétique dont il se servait les listes alphabétiques des $$ III, 10, 12, 14, il faut admettre que cette formula classait à part, à l’intérieur des conventus d’Astigi, d'Hispalis et de Cordoue, les villes de la Bastetania uergens ad mare, de la Baeturia Celticorum et de la Baeturia Turdulorum. Il est certain en tout cas que pour le conventus de Clunia, la formula classait les cités par gentes. Dans ce conventus et dans les trois conventus du Nord-Ouest, c’est-à-dire dans les contrées où le morcellement était poussé le plus loin et était le plus tenace, les Romains ont cherché à faire en sorte que, par-dessus la civitas, la gens eût une réalité. Les ressemblances de dialecte, d'armement, de nourriture, de mœurs, qui existaient inévitablement entre des ndividus appartenant à des tribus diverses, mais originaires de la même contrée, rendaient possible le recrutement de corps auxiliaires dans le groupe des tribus réunies sous le vocable de la région (3). De ce jour-là, rapprochés les uns des autres par le service militaire, les Espagnols nés dans

(1) Ces noms figuraient sur la carte d’Agrippa ; c’est de là que Pline les transcrit. À (2) Cf. l'inscription C. I. L., VI, 1463, citée plus haut, p. 80, n. 5.

(3) En ce qui concerne les Astures, région et conventus ont la même extension. La région des Callaeci est subdivisée en deux conventus, Callaeci Lucenses et Callaeci Bracaraugustani, et cette subdivision est observée dans le recrutement. On peut donc dire que le recrutement a pour base la gens dans le conventus de Clunia, le conventus (qui est lui-même en rapport avec la gens) dans PAsturie-Callécie. Voir Mommsen, Die Conscriptionsordnung der rômischen

Kaiserzeit, dans Hermes, 19 (1884), p. 47.

: ÿ 2 110 DIVISIONS ADMINISTRATIVES DE L'ESPAGNE

des civitates voisines ont senti se créer entre eux une solidarité qui n’existait pas aux siècles de l’indépendance (1) ; ils ont acquis la notion d’une gens Cantabrorum (2), d’une gens Vaccaeorum (3), d’une Asturia, d’une Callaecia. Nous connaissons par les inscriptions un praefeclus Asturiae (4) et un praefectus Callaeciae (5). Ce sont vraisemblablement les officiers qui commandent les troupes auxiliaires stationnées dans la région. Il est très douteux que ces fonctions aient existé d’une façon permanente (6); mais la présence, même temporaire et occasionnelle, d’un chef spécialement préposé au pays contribuait à donner aux indigènes l'impression que ce pays avait une vie propre (7). De même la mesure de police qui a déterminé l'institution d’un praefeclus orae marilimae Laeetanae (8) reconnaissait à une région une existence officielle (9).

Lorsque l’Espagnol reste obstinément attaché aux coutumes indigènes, lorsqu'il est réfractaire à l'influence des fonctionnaires romains, la collectivité à laquelle il a le sentiment d’appartenir n’est pas la grande gens, correspondant

(1) Sur le recrutement des corps auxiliaires, voir Detlefsen, Philologus, 32, p. 660:662 ; Marchetti, p. 194-197. Depuis la découverte des inscriptions de Villalis (voir plus haut, p. 76, n. 1), il faut rayer de la liste des corps auxiliaires lA cohors 1 Callaecorum, ainsi que la cohors 111 Celtiberorum : les cohortes présentes à Villalis sont la cohors I Gallica ciuium Romanorum equitata (voir Eph. Ep., VIII, 109, et le commentaire de Hübner), et la cohors I Celtiberorum.

(OR CGRIEL MES 271

(6) Kornemann semble le croire (Pauly-Wissowa, art. Dioecesis, 720). Les deux préfets connus sont du rer siècle : l’un est flamen Augustalis in Baetica primus, l’autre 1luir quinquennalis primus à Iluro, municipe romain dans la statistique de Pline.

(7) Cf. une dédicace C. Caesari Aug. f. par Callaecia (C. I. L., II, 2422),

(9) I y a sous Néron un praefectus pro legato insularum Baliarum (C. I. L., XI, 1331 et 6955). C’est un officier (son titre de praefectus est encadré entre tribunus militum legionis XX11 Primigeniae et tribunus militum legionis VI Victricis), chargé de la police dans les îles et surtout, sans doute, de la surveillance des exilés (voir Brassloff, Wiener Studien, 25 (1903), p. 324-329). Ces textes n’apportent rien à l’histoire des divisions administratives,

LE

RAPPORT ENTRE LES DIVISIONS INDIGÈNES ET ROMAÏNES ti

à la regio ; ce n’est même pas la civitas, si restreint qu’en soit le territoire ; c’est une fraction de civitas, la gentilitas,

Je clan (1). Le mot apparaît dans deux inscriptions (2). Il

est souvent remplacé par gens, qu’il faut tirer alors vers le sens de famille, et non vers le sens de nation. Le mot gens peut ainsi avoir, suivant les cas, trois extensions différentes : tantôt la gens est la population de toute une région, gens Vaccaeorum ; tantôt gens désigne le peuple d’une civitas, surtout quand cette civitas n’est pas encore arrivée à la forme urbaine, gens Zoelarum (C. I. L., II, 2633); tantôt la gens est une fraction de la civitas (soit une ancienne tribu, quand la civitas a absorbé plusieurs tribus, soit une ancienne fraction de tribu), gens Visaligorum (ibid.) : mais dans ce dernier emploi, gentilitas est le terme précis et propre (3). La formule ex gentilitate.… ou ex gente. peut aussi être omise : un simple génitif pluriel (généralement en - qum ou - cum) a la même valeur ; ou encore l'Espagnol fait suivre son nom de l'adjectif ethnique qui désigne son clan (4). Des groupes concentriques auxquels il appartient, gentilitas, ciuitas, gens au sens large, ie plus étroit est celui qui lui tient le plus à cœur, le plus conforme à la nature du pays.

(1) Voir Detlefsen, Philologus, 32, p. 667-668 ; Schulten, Die Landgemeinden im roümischen Reich, dans Philologus, 53 (1894), p. 634 ; Pauly-Wissowa, art. Hispania, 2022. — Il est possible que la centuria mentionnée dans quelques inscriptions (Eph. Ep., VIII, 110, 126 (— C. I. L., II, 6290), 128, 141) soit la fraction de territoire correspondant à la gentilitas.

(2) C. I. L., II, 804 : Diis Laribus Gapeticorum gentilitatis ; — 2633.

(3) Voir C. I. L., II, 2633, contrat d’hospitium qui, en 152, étend un contrat conclu en 27 : dans l’acte rédigé en 27, le terme employé est gentilitas ; dans l'avenant de 152, gens et gentilitas sont employés simultanément.

(4) Voir l'index du G. 1. L., II, p. 1161 : « Gentes et gentilitates, gens sive gentilitas genetivo plurali indicata, gens indicata adiectivis ». A la liste dressée par Hübner, il faut ajouter, pour les génitifs : Albiganïc. (Eph. Ep., IX, p. 123), Ambatiq. (Bol. de la R. Ac. de la Hist., 47 (1905), p. 305), Bercialliqg. (Eph. Ep., 1. c.), Caburateiq. (Bol. de la R. Ac. de la Hist., 62 (1913), p. 538), Caburiq. (ibid., p. 537), Caburoniq. (ibid., p. 534), Calaetiq. (ibid., p. 538), Caturonic. (Archeologo Portugués, 9 (1904), p. 75 : la lecture CATURONIF n’est pas vraisemblable), Coironiq. (Bol. de la R. Ac. de la Hist., 63 (1913), p. 236), Lanciq. (Eph. Ep., VIII, 283 : cf. C. I. L., II, 3088), Maganiq. (Eph. Ep., IX, 317), Meduc. (Eph. Ep., VIII, 304), Mentouieq. (Bol. de la R. Ac. de la Hist., 62, p. 534); pour les adjectifs, Ablicus (ibid., 44 (1904), p. 123), Obisod(icus) (ibid, p.127).

Les Romains n’ont pas eu à briser des liens antérieurs à eux ; ils ont au contraire fait un effort persistant pour élargir l'horizon des indigènes. Le nombre des civitates de l'Espagne romaine, bien que très élevé, représente, par rapport à la période préromaine, un progrès vers l’unité, un état de moindre dispersion. Au cours de la conquête, les Romains ont pris les castella et les oppida un par un, sans qu’il y ait eu la plupart du temps ni coopération dans la résistance, ni simultanéité dans la soumission. Ils ont eu, non pas à dissoudre des fédérations, mais au contraire à concentrer les populations soumises, pour les rendre aptes à la civilisation et à la vie municipale. Souvent ils ont fondu dans une même civitas de petites tribus originairement distinctes, ils ont remplacé par une ou deux villes bien bâties une multiplicité de bourgades barbares (1) ; et même lorsque c’est la cellule préromaine, la tribu ibérique, qui a fourni le cadre de la civitas, la peuplade indigène a reçu des Romains une cohésion qu’elle n’avait jamais connue. Les Romains ont non pas augmenté, mais diminué le nombre des petits groupes politiques entre lesquels la péninsule était partagée avant eux : Pline est loin de retrouver dans ses statistiques le compte des oppida que Pompée se vantait d’avoir réduits (2). Rome, en E pagne, a fait une réalité pratique — au moins dans le Nord — de la regio, qui n’était antérieurement qu’une expression géographique; elle a donné au conventus et à la province une vie qui s’exprime dans les concilia. Si, malgré cela, les provinces espagnoles, comparées aux provinces gauloises,

(1) C’est pour combattre la tendance des Ibères à la dispersion que Tib: Sempronius Gracchus leur interdit la fondation de villes nouvelles (Appien, Iber., 44). Quand Strabon (III, 3, 5) dit que les Romains ont fait cesser les brigandages des montagnards du Nord-Ouest traretvwouvtes xa XULLAG TOLNOGVTES Tàs rôhets aût@vy tas rhclotas, Evias DÈ «ai ouvorxisovtes BéAttov, c’est la même politique qui est appliquée : les agglomérations diminuent en nombre et augmentent en importance. à

(2) Pline, III, 18. Voir encore les 120 populi que Tite-Live déclare avoir été soumis dans la campagne de 217 (XXII, 20, 11).

sont très morcelées, c’est que le particularisme local, dans la péninsule ibérique, s'appuie fortement sur la nature.

Le nombre des cités, sous les empereurs, n’est pas resté invariable. Il y a eu parfois création de cités nouvelles, parfois suppression de cités anciennes. Carbula, oppidum dans la géographie de Pline (III, 10), était, dès l’époque de Vespasien, déchue au rang de pagus, et vraisemblablement rattachée comme locus contributus à quelque civitas voisine (1). La fusion, indiquée par Pline, d'Ugultunia et de Curiga (2) a dû s’opérer aussi sous Vespasien : une inscription de cette époque semble s’y rapporter (3). Mais ces disparitions de cités ont dû être rares, tant que l'Espagne a été à l’abri des invasions (4). La création d’une civitas nouvelle semble avoir été un fait plus fréquent. Elle pouvait se réaliser soit par le dédoublement d’une civitas antérieure, soit par la jonction et l'érection en civitas de deux ou plusieurs pagi distraits de cités limitrophes (5). Nous avons déjà parlé des civitates créées par Auguste en Lusitanie (6). Trois des communes nommées dans l'inscription d’Alcäntara (7) (Aravi, Banienses, Talori) ont été créées entre Auguste et Trajan. Les empereurs ont eu probablement à prendre des mesures analogues dans toutes les régions où la paix romaine, par l'accroissement

(2) Voir plus haut, p. 57, n. 2.

GhOUSL:, 1111041:

(4) Les villes que Pline signale comme disparues (III, 12, Munda ; 20, Sucro) ont été détruites à l’époque républicaine, au cours de la conquête ou des guerres civiles. Sur des exemples analogues en Lusitanie, voir Wallrafen, op. cit., p. 36- 37, 42-43. -— C’est seulement après la période romaine qu’Ausa tomba au rang de uicus Ausonensis (voir C. I. L., II, p. 614).

(5) C’est sans doute ce second "mode de formation qui justifie les noms municipium Contributum Ipscense (C. I. L., II, 1572), Vgultunia Contributa Iulia (Pline, III, 14) ; mais ces noms, et par conséquent ces créations, peuvent remonter à l’époque républicaine. En tout cas Ugultunia s’appelait déjà Contributa dans la formula de Pline, avant que Curiga lui fût annexée.

"it4 DIVISIONS ADMINISTRATIVES DE L'R$SPAGNF

de population qu’elle déterminait, justifiait l’augmentation du nombre des unités municipales (1). Suppressions et créations ont été décidées suivant les circonstances locales, pour la commodité commune des administrateurs et des administrés, sans qu’il y eût système préconçu, tendance constante dans un sens défini.

Quant aux deux mouvements généraux qui se manifestent, au cours de la période impériale, dans l’histoire des civitates espagnoles : transformation des communes rurales en communes urbaines (2), et montée progressive des cités dans l'échelle hiérarchique qui va de la ville stipendiaire à la colonie, ni l’un ni l’autre ne change rien aux divisions administratives. À

En ce qui concerne les limites des provinces, nous avons lieu de croire qu’elles ont été corrigées sur deux points.

Pline nomme parmi les villes de Bétique Mirobriga (Capilla) et Sisapo (Almadén) (III, 14). Ptolémée (II, 6, 58) les met toutes deux en Citérieure (3). Il est vraisemblable, par conséquent, que dans l'intervalle la limite entre Bétique et Citérieure, en cette région, a été légèrement déplacée vers le Sud-Ouest (4). La plus grande partie de la Baeturia Turdu- Jlorum continua à être comprise dans le conventus de Cordoue ; mais le canton où se trouvaient Mirobriga et Sisapo

(1) De la comparaison entre Pline et Ptolémée, on ne peut songer à tirer des chiffres précis. -tolémée ne s’astreint pas à nommer toutes les civitates ; dans sa description de la Bétique, il ne nomme que 89 localités, alors que Pline donne pour cette province le nombre de 175 civitates : personne ne supposera que dans l’intervalle 86 ont cessé d’avoir une existence propre. Inversement, Ptolémée donne les coordonnées de points qui ne sont pas des civitates (marines, stations de poste). Les calculs de Wallrafen (op. cit., p. 86) sur le nombre des communes lusitaniennes d’après Ptolémée ne sont pas à retenir.

(2) C’est pour l’étude de cette transformation que Ptolémée est utilisable : nous retrouvons chez lui, pourvues d’un centre urbain, les communes qui, dans les listes de Pline, étaient rurales, et, comme telles, désignées par un nom de tribu (et non par un nom d’oppidum ou par un ethnique tiré d’un nom d’oppidum). Voir Detlefsen, Philologus, 32, p. 606-609 ; 36, p. 118 ; Jung, Die romanischen Landschaften, p. 29 ; Wallrafen, op. cit., p. 80.

(3) 11 les attribue aux Oretani.

(4) Braun, p. 115, préfère croire à une erreur de Ptolémée,

fut rattaché au conventus de Carthagène. La raison de ce Changement fut peut-être le désir de faire passer dans une province impériale les mines de cinabre de Sisapo (1).

Plus au Nord, la Citérieure, d’après la description de Pline, comprenait des Vettones (III, 19). Ptolémée ne connaît de Vettones qu’en Lusitanie (II, 5, 7) : c’est à cette province qu’appartiennent pour lui toutes leurs villes, sans en excepter celle qui a (avec Salmantica) la longitude la plus orientale, "Oéa, Il y a donc eu entre Pline et Ptolémée une réforme qui a rattaché à la Lusitanie ceux des Vettones qui d’abord faisaient partie de la Citérieure. Avila occupe l’emplacement d’une ville antique qui s'appelait probablement Avela (2) et qu'il faut identifier sans doute à "Ofa de Ptolémée. La frontière qui, pour Pline, passait à l'Ouest d’Avila, de façon à mettre en Citérieure le canton le plus oriental des Vettones, est pour Ptolémée à l’Est de cette ville (3). Nous verrons que, dans la division ecclésiastique, Avila, par l'effet de cette réforme, appartint à la Lusitanie. On s’était probablement rendu compte, à l’expérience, que la région d’Avila s’administrait plus facilement d'Emerita que de Carthagène et de Tarragone. C’est sans doute en souvenir de cette modification de limites que les procurateurs de Lusitanie, après Hadrien, ajoutent parfois à leur titre eé Velloniae, sans que cela suppose en rien l’existence, permanente ou temporaire,

(1) Nous avons supposé (p. 37) qu’une raison du même ordre, mais agissant en sens inverse, avait déterminé le rattachement de Baria à la Bétique : Auguste avait pour le Sénat des ménagements qu’on ne gardait plus au second siècle.

(2) G. I: L., II, p. 942: |

(3) Voir Detlefsen, Philologus, 36, p. 117 ; Braun, p. 98. — M. Mc Elderry, dans The Journal of Roman Studies, 9 (1919), p. 92-94, admet que la réforme fut l'œuvre de Vespasien, et qu'avant cet empereur la Citérieure comprenait presque toute la Vettonie ; elle aurait englobé non seulement Avila, mais aussi Salamanque ; les {ermini d’Auguste cités plus haut (p. 58) auraient marqué, en même temps que la limite des cités, celle des provinces, Mirobriga et les Igaeditani appartenant à la Lusitanie, Salmantica, Bletisa, … polibeda et les Lancienses Oppidani à la Citérieure. Mais Salmantica a été de tout temps hors des limites de la Citérieure (voir plus haut, p. 19) ; et les fermini seraient rédigés autrement s’ils marquaient une limite de province,

d’un district financier spécial formé par le pays des Vettones (1).

Ainsi, des deux réformes qui nous sont connues pour le Haut-Empire dans le tracé des limites provinciales, l’une a pour effet de répartir entre deux provinces une regio, la Baeturia Turdulorum, placée antérieurement sous une administration unique ; l’autre réunit au contraire sous l’autorité d’un seul gouverneur les deux fractions des Vettones, d’abord attribuées à deux provinces différentes. Il est évident que ces mesures sont déterminées par des raisons d'espèce, des convenances locales ; les Romains n'étaient pas liés d'avance par une théorie générale sur la nécessité de respecter ou de briser les divisions indigènes. Si l'Espagne, organisée par eux, reste coupée en trois provinces que ne relie aucun organe commun, et fragmentée en un nombre élevé de civitates, c’est un résultat de causes physiques et ethniques, indépendant des volontés impériales (2).

(1) GC. I. L., 11, 484, 1178, 1267 ; VI, 31856 ; cf. II, 485 ; voir Marchetti, p. 429 ; af Ursin (op. cit., p. 147) a tort de croire que la province s’est trouvée parfois partagée en deux districts, Lusitania avec Olisipo, Vettonia avec Emerita. — La gens Vettonum, comme d’autres (voir p. 109), a servi de base de recrutement pour les corps auxiliaires : voir Marchetti, p. 443.

(2) Il n’y a pas lieu de signaler autrement qu’en note les mesures prises par Marc-Aurèle lorsque les Maures inquiétèrent la Bétique : passage de la Bétique, pour quelques années (de 172 ou 173 à une date intermédiaire entre 177 et 185), dans la catégorie des provinces impériales ; nouveau nom donné à la Maurétanie Tingitane : prouincia Noua Hispania Vlterior Tingitana (C. I. L., VIII, 21813). Aucun autre texte n’emploie l’appellation nouvelle, qui dut rester peu de temps en usage. Aucun non plus ne nomme la Bétique prouincia Vetus Vlterior : C. I. L., Ti, 1970, devait porter, non pas ueteris, mais ulteris, lapsus pour ulterioris. Voir Mispoulet, Revue de Philologie, 34 (1910), p. 302 ; A. von Premerstein, Untersuchungen zur Geschichte des Kaisers Marcus, II, dans Klio, 12 (1912), p. 167-178.

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