III, 4, 16. L
(2) Poteries de Cabeza del Griego, Perales de Tajuña, Ciempozuelos. À l’époque de Sertorius, les Characitani habitent des cavernes dans la vallée du Tagonius (Tajuña), Plutarque, Sert, 17.
Chaque tribu marche au combat sous un chef (rex ou regulus), et possède un oppidum ou un castellum, une acropole fortifiée où elle se réfugie lorsque l’ennemi la presse. Il arrive que plusieurs tribus unissent leurs efforts et se groupent sous un seul chef ; mais ces coalitions ne sont ni régulières ni durables, et à la fin des opérations militaires chaque fraction reprend son indépendance. Plusieurs tribus peuvent être comprises sous un même nom de peuple ; mais ce nom n’est, comme celui d’Ibérie, qu’une expression géographique, signifiant la contiguité dans l’espace ; tout au plus traduit-il une communauté d’origine sans portée pratique, ou bien une parenté de langue et de mœurs, amenée par les relations de voisinage, par la similitude des conditions de climat et de vie ; il ne correspond pas à une réalité politique. Les termes qu’emploie Tite-Live, populus, ciuitas, sont des pis aller, et doivent être vidés, quand ils s'appliquent à l'Espagne, du contenu qu’ils supposent ailleurs; gens, regio, plus vagues, conviennent mieux. La notion de ces gentes ou regiones se maiïintiendra longtemps : c’est le géographe Ptolémée qui nous en donne la liste la plus complète ; mais ce ne sont pas des unités morales définies, des groupements autonomes ; ce sont seulement des compartiments physiques, limités par des montagnes ou des cours d’eau. Même les rois légendaires de Tartessus n’ont été maîtres sans doute que d’un district peu étendu (1) ; et | « empire ibérique » n’a pas connu de forme plus évoluée que la confédération passagère de tribus pour des fins purement militaires (2).
Ainsi, ce que les Romains trouvent en Espagne, c’est une poussière de peuples, un monde inorganisé ; et ce manque
(1) Dans ce pays des Tartessii ou Turdetani, Tite-Live mentionne un requlus, Culchas, qui règne sur 28 oppida en 206 (XXVIII, 12, 13) ; il n’en a plus que 17 en 197 (XXXIII, 21, 8). Il serait hasardeux d’accorder une valeur réelle à ces textes.
(2) Je crois, par conséquent, à un morcellement plus général, en Espagne, que ne l’admet M. Jullian (Histoire de la Gaule,t. I. ch. vnr).
L'ESPAGNE PRÉROMAINE 7
de cohésion facilite beaucoup leur conquête (1). Une seule donnée s'impose à leur observation : c’est le morcellement extrême du pays. Il n’y a ni liens à consolider, ni liens à briser. Sur cette matière neuve, ils travailleront à leur gré ; ils ont toute liberté pour dessiner les cadres où ils la feront. entrer, soit qu'ils se laissent guider au jour le jour par les événements, soit qu'ils veuillent appliquer un plan préconçu et méthodique.
(1, Strabon, III, 4, 5.