‹ Les dix dizaines des Cent nouvelles nouvellesChapitre 14 sur 84 · NOTICE XV · texte numérisé non relu

NOTICE XV

mis et ne se rencontrèrent plus que sur les champs de bataille. Quand Louis XI se vit prisonnier de son beau cousin de Bourgogne, dans le château de Péronne, en 1468, il se souvint peut-être des bons contes qu'il faisait et qu'il entendait naguère au château de Genappe.

Les contes dont se composent les Cent Nouvelles nouvelles peuvent se diviser en trois catégories, provenant chacune de trois sources différentes : les unes (Nouv, i, 9, 1-4, 16, 18, 19, 23, 34, 38, 60, 61, 64, 78, 88 et 96) sontimitées de Boccace et des anciens fabhaux; les autres (Nouv. 3, 8, 11, 12, 20, 21, 32, 5o, 79, 80, 85, 90, 91, 93, 95 et 99) sont empruntées aux jFace'f/es du Pogge; le reste est original et fondé sur des faits véritables. « Se peut trèsbien, dit V Acteur, et par raison fondée convenablement , en assez apparente vérité , ce présent livre intituler de Cent Nouvelles nouvelles ; jaçoit ce qu'elles soyent advenues es parties de France, d'Allemaigne , d'Angleterre , de Haynault , de Flandres, de Braibant, etc.; aussy, pource que l'estoffe, taille et façon d'icelles est d'assez fresche mémoire et de myne beaucoup nouvelle. »

Les anecdotes contemporaines sur lesquelles reposent la plupart des Cent Nouvelles (notamment les Nouvelles i, 5, 47, 62, 63, 75, etc.) ont sans doute certaine valeur historique ; « mais, comme le fait remarquer très-judicieusement

XVi NOTICE

Le Roux de Lincy, ce n'est pas seulement sous le point de vue de l'histoire proprement dite que les Cent Nouvelles ont de l'importance; c'est plutôt comme servant à l'histoire des mœurs, des usages, des coutumes du XV*^ siècle, que ce recueil doit être considéré. Sous cet aspect, il n'est pas une page qui ne mérite de fixer l'attention. La vie intime de nos aïeux y est peinte dans le plus grand détail; il est facile d'en saisir les circonstances les plus secrètes... Ce qui distingue principalement les Cent Nouvelles, c'est le style plein de clarté, de finesse et d'élégance, avec lequel elles sont écrites. Il est impossible de pousser plus loin la satire et la moquerie : la gaieté la plus franche s'y mêle à cette naïveté, dont notre La Fontaine avait le secret et qui s'est perdue avec lui. Cette naïveté a l'avantage de faire passer la crudité, quelquefois un peu rude, dont les récits sont empreints, et de faire oublier certaines expressions trop grossières... Le style est surtout remarquable dans le dialogue; V Acteur est arrivé, sous ce rapport, à une grande perfection; mais il ne faut pas oublier que chacun des narrateurs y a contribué pour une partie, et que le mérite de VAcieur consiste principalement dans la fidélité scrupuleuse avec laquelle il a reproduit chaque récit dans les mêmes termes qu'il l'avait entendu faire. Cette fidélité donne aux Cent Nouvelles une grande valeur, parce

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