LXXVI MANUSCRITS
dée : le public, qui est toujours ce qu'on le fait, ne paraissait pas trop préparé à goûter la saveur un peu crue de cet admirable livre, qu'on avait relégué depuis longtemps parmi les vieilleries et les curiosités littéraires. Il fallait donc créer, en quelque sorte, un nouveau public, qui voulût bien se familiariser avec la lecture, quelque peu pénible, de notre Décaméron français. Le conte de Louis XI ou de la cour de Bourgogne, ce conte franc, naïf, libre et jovial, comme une réminiscence des fabliaux d'autrefois, avait passé de mode et n'était plus apprécié d'un petit nombre de lecteurs, qu'à titre de monument archéologique du génie de la langue du XV® siècle. Cette langue, il est vrai, qui n'est obscure qu'en raison de l'orthographe du temps, semblait une espèce de hiéroglyphe à déchiffrer. Voilà le principal motif qui nous fit alors adopter complètement l'orthographe moderne, dans une édition destinée surtout à restituer aux Cent Nouvelles nouvelles la popularité qu'elles avaient perdue.
« Ce fut, il faut le reconnaître, l'orthographe moderne qui permit de lire facilement et même agréablement un ouvrage, que sa vieille orthographe eût rendu presque inintelligible à la plupart des personnes, que nous gagnâmes ainsi à la cause de notre ancienne littérature. On s'étonna de pouvoir comprendre sans effort un écrivain du temps de Charles VII, et on apprit à se plaire