SINGULIÈRE
Ibrahim Abou-Ishâq était fils du khaly fe al-Mahadyjipar conséquent frère de Haroun el-Raschid, et oncle ftel-Amin et d?al-Mamoun, qui ont été aussi tous les trois khalyfes.
Ce prince, que le khalyfe son père avait eu d'une esclave abyssine , avait hérité de la couleurbrune et basanée du teint de sa mère. Il ne manquait pas de connaissances, surtout à l'égard de la musique, et se rendit célèbre par son habileté dans cet art: sa voix était fort belle, il chantait parfaitement bien, et jouait encore mieux de tous les instrumens.
S'il avait du goût pour la musique, il n'aimait pas moins la poésie , était bon poète lui-même, et passait en même temps pour l'orateur le plus éloquent de la cour.
Magnifique dans ses dépenses , et quelquefois libéral jusqu'à la profusion , il n'avait du reste aucun de ces talens éminens, aucune de ces qualités brillantes qui font les grands princes.
Les talens et les qualités qu'il possédait semblaient du moins devoir assurer son bonheur dans la vie privée, à laquelle le condamnait le droit de son frère aîné Ha* roun au trône, et ensuite la naissance des enfans de ce même frère, qui devaient être et qui furent en effet ses successeurs.
Ibrahim , après avoir joui déjà longtemps de la vie, satisfait de l'heureuse tranquillité au sein de laquelle le sort semblait avoir assigné sa place, finit pourtant par se laisser entraîner à jouer un rôle politique qui était bien peu fait pour ses goûts et pour son caractère.
La ville de Bagdad s'était révoltée contre le khalyfe al-Mamoun, neveu d'Ibrahim , et avait offert le khalyfat à celui-ci :
Il accepta, sans trop réfléchir aux con-
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séquences et aux dangers inévitables auxquels l'exposait son acceptation inconsidérée; en effet, al-Mamoun se hâta de se mettre en route avec des troupes considérables , et d'accourir à Bagdad , du K horassan où il se trouvait alors : les partisans A' Ibrahim y faibles et peu nombreux, se dispersèrent d'eux-mêmes, et celui-ci ne recueillit d'autre fruit de son règne fictif et éphémère, que la triste nécessité de s'enfuir déguisé et de se cacher soigneusement, pour se dérober aux poursuites $ al-Mamoun, qui faisait faire, afin de le découvrir, les plus actives recherches.
Les craintes d!lbrahim étaient excessives , car il était loin de se douter que le kbalyfe, son neveu, redoutant peu un pareil compétiteur, ne le faisait chercher avec tant de diligence, que pour avoir le plaisir de lui pardonner.
Ibrahim fut enfin arrêté et conduit devant al-Mamoun, dans le même déguisement sous lequel il venait d'être décou-
vert, c'est-à-dire, revêtu d'un habillement de femme.
Al-Mamoun reçut son oncle avec bonté, rit beaucoup de son costume, et le retint à sa cour.
Il paraît même qu'al-Mamoun aimait à converser familièrement avec Ibrahim , dont l'esprit et les reparties souvent piquantes lui plaisaient beaucoup.
Le khalyfe demanda un jour à son ancien compétiteur quelques détails sur les aventures qu'il avait courues dans le temps de sa retraite forcée.
« Je vais, dit celui-ci, vous raconter ce « qui m'est arrivé de plus singulier , pence dant cette époque de ma vie.
« Je me croyais obligé de changer d'à- « siie tous les jours, afin de mieux éviter « toute chance d'être découvert. Un jour, « voulant quitter la maison d'un de mes « amis, et aller me cacher dans une autre, « j'avais choisi pour ma sortie l'heure de k midi , comme étant celle où , la chaleur