‹ Les dix soirées malheureusesChapitre 27 sur 53 · Yezdedjerd, ben-Chahriar, ben-Khosrou Perwiz · texte numérisé non relu

Yezdedjerd, ben-Chahriar, ben-Khosrou Perwiz

Ce malheureux prince fut vaincu par les mu-

sulmans sous le khalyfat d'Omar ebn-el-Khettait, et en lui s'éteignit la race des Sassanides, Van 32 de l'hégire (65a de 1 ère chrétienne. )

JI AbourGiafaralrMansour^ deuxième khalyfe

abbasside, était frère de Abou-l-Abbas Saffah , fondateur de cette dynastie, et Gis comme lui de Mohammed, fils d'Aly, dont le père Abd-allak était fils d'Abbas, oncle de Mahomet. Le règne SalMansour* été de vingt-deux ans.

" Al-Mahadjr^Cis d!AlrMansour^ a été le troisième khalyfe de la race des Abbassides; il régna dix ans et un mois, et laissa le khalyfat à Hady, son fils, qui ne régna qu'un an et un mois. Celuici eut pour successeur son frère, Harounel-Rachyd, dont le règne a été de vingt-cinq ans et deux mois et demi.

a3 Les Ommiades (Beny-Ommyah) , c'est-àdire la famille àiOnunyah, forment la première dynastie qui a succédé aux quatre premiers Rhalyfes, appelés Khalyfes- légitimes, parce qu'ils étaient de la famille même du Prophète.

Les Abbassides et les Fathimites regardent cette dynastie comme hérétique et usurpatrice, et lui donnent le nom de Ferayn beny-Ommahy (les Pharaons ou les tyrans, fils d'Ommyah).

Cette dynastie, qui a eu quinze khalyfes, a régné pendant 91 ans, depuis l'an 4* de l'hégire,

66 1 de 1' ère chrétienne , jusqu'à Fan i32 (749 )• En cette dernière année elle a été dépouillée du khalyfat par Abou -l-Abbas Saffah fondateur de la dynastie des Abbassides et bisaïeul de Haroun el-Rachyd. Ce khalyfe extermina la race entière des Ommiades excepté un jeune prince, nommé Abd-errahman , qui parvint à échapper au massacre général et s'enfuit en Espagne, où il fonda une nouvelle dynastie de khalyfes ommiades. C'est ce dernier prince qui est nommé Abderame par les écrivains européens.

a4 Le dynar était, chez les anciens Arabes, une pièce de monnaie en or, pesant un mcthkal, c'està-dire une dragme et demie , qui équivalait àpeu-près au poids des sequins de Venise, et des ducats de Hollande. Cependant leur poids et leur valeur ont varié souvent sous les règnes des divers khalyfes ; tantôt ils valaient 20 dirhems ou dragmes d'argent , tantôt ils en valaient a5(i2&i5 francs de notre monnaie).

Ces anciens dynars , dont j'ai rassemblé au ÏCaire une précieuse collection, et dont j'ai publié les principaux dans les planches A, i et tome II«, état moderne, du grand ouvrage sur

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la description de V Egypte dont je suis coopérateur» ne portent point de têtes, comme les médailles grecques et romaines et comme nos monnaies. Ils présentent dans leur champ d'un côté la formule consacrée par la religion musulmane. «< Il n'y a pas d'autre dieu que Dieu, « et Mahomet est son apôtre. » On lit au revers les noms et surnoms du khalyfe régnant : auxquels s'ajoute quelquefois le nom de son premier vizir. Les légendes circulaires des deux côtés » renferment des versets du koran, ainsi que la date et le nom de la ville où ces pièces ont été frappées.

Hégiage passe pour avoir frappé les premiers dynars sous le khalyfat d'Abd-el-Malek , Tan 76 de l'hégire (695 de l'ère chrétienne).

Avant cette époque les monnaies d or dont se servaient les musulmans étaient celles qui étaient frappées au coin des empereurs grecs.

Le titre métallique des dynars a varié de même quelquefois, mais on remarque les" dynars abbassides , et surtout ceux des khalyfes Haroun, aUMamoun^ et Walh-ekbillah, comme étant d'un titre supérieur aux dynars frappés sous la dynastie des Ommiades.

*5 Le Nayb, autrement appelé le Oualy, est spécialement chargé au Kaiïe dans chaque arrondissement , de la police directe et particulière du quartier.

Chaque quartier est séparé des autres par des portes qui se ferment soigneusement le soir , et auprès desquelles doivent veiller des gardes de nuit : on raconte qu'autrefois ces gardes, toujours au nombre de deux à chaque porte, étaient attachés l'un à l'autre par le bras, pour qu'ils ne pussent voler eux-mêmes en surveillant les voleurs.

Le Oualy vérifie dans ses rondes de nuit si ceux qui sont chargés de ce devoir s'en sont fidèlement acquittés. Il veille aussi à ce que toutes les portes des maisons particulières soient fermées avec exactitude. Toute circulation dans les rues de la ville , pendant la nuit, étant défendue et rendue impossible par la clôture des quartiers, toute personne rencontrée à une heure indue est par cela même suspecte de mauvaises intentions.

Le Oualy a le droit de condamner ceux qu'il surprend en flagrant délit de contravention , soit à des amendes qu'il proportionne à

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sa volonté , et qu'il perçoit à son profit, soit, dans certains cas , à des punitions plus sévères, en exceptant toutefois les peines capitales. Comme les jugemens sont exécutés sur-le* champ, il n'y a pa$ d'appel.

Le mot noyé signifie littéralement lieutenant, et vient de la racine arabe naba (remplacer). G est de ce mot , au pluriel ( nawab ) , porté dans l'Inde par les musulmans , que les Anglais et les Français ont formé le nom de nabab , sous lequel ils désignent les princes du pays , dénomination qui s'est ensuite étendue , dans l'usage vulgaire, en Angleterre, jusqu'à être donnée aux riches négocians et administrateurs qui reviennent de l'Inde en Angleterre avec des fortunes colossales.

Le mot oualy signifie proprement préfet, administrateur, et vient de la racine oualu , « être « ami, secourable, être chargé d'une affaire. «

â6La plante appelée meloukhiéh par les Arabes en Egypte est une plante potagère, qui est cultivée en grande abondance dans tous les jardins du pays. On en fait un grand usage dans la cuisine orientale, et on la mange cuite

avec les viandes : son goût approche de celui de nos épinards.

Cette plante est rangée par Forskal, dans la classe des polyandria , et il en distingue deux espèces : :

i° Corchorus olitorius:

2° Corchorus œstuans.

C'est particulièrement cette seconde espèce qui est préférée pour servir d'aliment; j'en ajouterai ici la description botanique.

Folia. oblonga, serrata; interdum serraturis

extimis setaceis , interdum sine setis.

Capsula triquetrœ > angulis canaliculatœ > lateribus plànœ, scabrœ, trivalves, triloculares.

27 Le mot koubeb vient de la racine arabe kctbba qui , à la première forme conjugative , signifie faire des' pelotons, des boulettes ;à la seconde particulièrement , faire des boulettes de viandes hachées ; à la cinquième, être roulé, aggloméré : cette racine est analogue au chaldéen kebab, ( faire cuire des viandes ) ainsi qu'aux mots syriaques kabobo, (boulette de viande) ex kabawe (gâteau). Cette racine se retrouve encore dans les autres langues orientales: car en -éthiopien

kabab a le sens de tourner; et kababy, signifie boule et sphère.

Le kebâb ou koubêb est une espèce de mélange qu'on emploie au Kaire dans les pâtisseries, il y en a de deux espèces.

La première n'est autre chose que de la chair délicate de volailles hachée et pilée avec de la farine , du lait , du beurre , des ognons , des œufs et des épices.

La seconde est composée d amandes , d'œufs, de fleur de farine, de sucre , de pulpe de fruits, de substances parfumées, telles que l'ambre, le musc , et la conserve de roses ou de violettes.

Lajpremière espèce se coupe par petites tranches et se place sur certaines pâtisseries par petits morceaux carrés de la grosseur d'une noisette ; la seconde se saupoudre sur les gâteaux appelés haldouy.

La première espèce peut se comparer auxgodiveaux de nos pâtissiers , et la seconde espèce à leur frangipane.

Au reste il faut se garder de confondre les koubêbes avec un aromate venant dé l'Inde , qui s'emploie dans la médecine. Cet aromate s'appelle d'un nom presque semblable koubabéh

1 88 IVOTES.

Syny (koubab de la Chine), et est peut-être le même que celui qui est appelé koumouk par les Javanois; le B et le M sont, comme on sait, deux lettres labiales qui se commuent fréquemment Tune pour l'autre surtout dans les langues orientales; c'est ainsi que les Latins ont fait tercbinthus du grec rip^êos , ummo de umbo , scabellum de scamnum^ hibernus de hiems; Festus met sumicit pour subjicit, etc. De sabbati dies nous avons fait samedi.

a8 Esfandyar passe pour le plus grand héros de l'ancienne Perse. Il était fils de Kuschtasp et petit fils de Lohorasp , monarques kayanides y mais il ne régna pas lui-même , sa mort ayant précédé celle de son père , car il fut tué d'un coup de flèche par Roustam, autre héros de la même époque. Il fut surnommé Rouyn-ten , c'est-à-dire corps de bronze , à cause de sa force de corps extraordinaire et de son courage indomptable. Les écrivains orientaux emploient souvent des métaphores "tirées de comparaisons avec ce héros si célèbre parmi eux , c'est ainsi que Souhayly, pour peindre le courage de Sou-

leymân dit : « Que le feu de sa colère aurait fait « fondre le corps de bronze d'Esfandyar. »

3Î> Nous avons vu ci-dessus , note première , que le mot diwan signifie proprement en arabe un tribunal y un corps judiciaire ou administratif; mais, par extension, on a encore employé ce même mot pour exprimer un corps d ouvrages , une réunion de mélanges poétiques , puisque tous les poètes orientaux ont publié des diwans.

30 Les serrures des Orientaux sont en bois et en forme de verroux, ne pouvant s'ouvrir que du côté même où la serrure est placée. La clé, également en bois, est formée d'un simple bâton carré , hérissé de clous saillans suivant une certaine combinaison : ces clous correspondent à autant de trous dans l'intérieur de la serrure, et lorsqu'on l'y insère soulèvent autant de clous mobiles dont la descente empêche le verrou de glisser. Cette clé ne passe point, comme les nôtres , à travers la porte et ne se laisse jamais sur la serrure, à laquelle on l'applique seulement au moment de l'ouvrir. En conséquence , presque toutes les portes ont deux serrures : l'une

intérieure et l'autre extérieure fermant chacune de leur côté.

On peut voir la forme et le mécanisme de ces serrures dans le second volume des planches du grand ouvrage de la description de UÉgypte , planche GG , n° 20. La manière dont ces serrures sont adaptées aux portes se voit au même volume , planche KK n° 1.

3l Le mot châter qui vient de la racine arabe chatar (loucher soit naturellement, soit involontairement), signifie «malfaisant, scélérat, « impudent, adroit, habile.» Il n'est guère employé en arabe vulgaire que dans ce dernier sens. Ce surnom a été donné à plusieurs personnages, entre autres à A la-eddin Aly-ebn- Ibrahim^ habile astronome qui a composé, sur la science des corps célestes, plusieurs ouvrages dont un seul est parvenu jusqu'à nous; ce savant est connu sous le double surnom d'el-Monagem (l'astronome) et Sebn-Châter.

Le mot harramy signifie voleur, brigand , homme agissant contre les lois, et vient de la racine arabe haram (défendre, prohiber.)

Les voleurs d'Egypte sont d'une adresse

extraordinaire; j aurai peut-être par la suite occasion de raconter quelques-uns des tours surprenans par lesquels ils ont signalé leur dextérité.

32 Les janisilaires forment au Kaire le sixième des sept corps militaires compris sous le nom d'odjaqs ou d'ogaqs , institués par le sultan Selym, en Egypte, pour défendre le pays et contenir les habitans.

Leur nom véritable , en arabe vulgaire', est celui $ inkichariêh y que nous avons altéré en celui de janissaires , et qui est formé de deux mots turks, qui signifient nouvelle milice. On leur donnait aussi le nom de Mousta/ifazan , qui signifie gardiens, parce que leurs principales fonctions étaient d assurer la tranquillité publique.

Leur agha ou colonel, réunit à son service militaire des fonctions administratives; il est chargé spécialement de toute la portion de la police de la ville qui n'est pias soumise à la surveillance du mohtèsscb) dont les attributions ne renferment que la police du commerce. Celles de l'aga des janissaires s'étendent sur les malfaiteurs de

toute espèce , les voleurs , les prostituées , sur ceux qui vendent du vin en secret, ou qui commettent quelque violence et quelque désordre.

Il conserva, ainsi que le mohtesseb, ces attributions à l'égard des gens du pays* sous le gouvernement des Français, et prenait alors les ordres immédiats du général, gouverneur du Kaire , chargé en chef de la police générale de la ville et de ses environs.

Le 22 vendémiaire an VII (ia octobre 1798), le général en chef nomma à la place d agha des janissaires chargé de la police de la ville du Kaire, Ternir Moustafa-A fgha , de la maison & Abd-errahman-Agha. Cette nomination fut agréable aux habitans du Kaire. La tranquillité de cette grande cité reposant en grande partie au moins sur cet agha, il était important de faire choix d'un homme dont la fermeté et 1 equité administrative fussent connues ; et , sous ce rapport , l'opinion publique se réunissait en faveur de Moastafa-A gha.

Je crois qu'on ne trouvera pas déplacée ici une anecdote qui concerne l'aga qui lui a succédé dans le commandement des janissaires , et

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qui a été chargé de la police au Kaire pendant tout le reste de l'occupation de l'Egypte. On pourra y voir la preuve de la déception à laquelle les Français , qui ne connaissaient pas la langue du pays , étaient exposés de la part des interprètes dont ils étaient obligés d'employer l'assistance intermédiaire.

Le général Dugua avait été nommé gouver neur du Kaire après la mort du général Dupuy, assassiné dans la première révolte dont j'ai déjà parlé. Le nouveau gouverneur était brave , brusque , et n'avait que l'espèce d'instruction qu'on acquiert dans les camps et au milieu de toutes les occupations de la guerre. J'avais eu d'abord quelques difficultés avec lui relativement à des ordres qu'il croyait avoir droit de me donner , et que je prétendais avec raison ne devoir recevoir que directement du général en chef lui-même ou du chef de l'état-major général de l'armée.

Cet état hostile entre nous fut bientôt pacifié , soit par les réflexions plus mures que fit le général Dugua sur ses droits et sur les miens, soit plus vraisemblablement par la nouvelle passion qui s'empara de lui. Il lui passa soudainement

par l'esprit de devenir savant, et il crut que le moyen le plus prompt était de se former un petit muséum d'antiquités et de médailles. Il montrait ces richesses avec complaisance , mais il lui manquait dans son exhibition les connaissances indispensables pour donner sur chaque objet les explications nécessaires. Il crut pouvoir puiser ces xenseignemens auprès de moi , et, dès ce moment, la guerre cessa entre nous, et les invitations les plus amicales m'appelaient chaque jour à la table du gouverneur.

Un jour , j'avais dîné avec mon ami et collègue Ripault chez le général Dugua. Après le dîner , nous faisions l'examen de quelques médailles grecques , que venait d'acquérir le général, lorsqu'on amena devant lui une jeune fille du pays , très-jolie , et vêtue avec autant d'indécence que de prétentions à la parure , quoique ses habillemens délabrés fussent en général très-communs et de l'étoffe la plus

grossière.

Cette jeune fille, âgée tout au plus de douze ans , avait été saisie auprès des casernes , au moment où elle y exerçait un métier qui était loin d'être honnête , et où l'affluence que sa

beauté attirait autour d'elle avait occasions quelques querelles et quelques désordres parmi les soldats.

Le fait exposé par le commandant de la patrouille qui avait fait la capture , le général fait appeler un des interprètes attachés à son service , et procède à l'interrogatoire de l'accusée.

Elle avoue en pleurant la profession infâme à laquelle elle s'était livrée; mais elle ajoute , pour sa défense, quelle fait aujourd'hui même ce genre de commerce pour la première fois , et qu'elle s'y est vue contrainte par les mauvais traitemens de sa belle-mère qui, depuis la mort de son père , lui refuse les alimens et les vêtemens indispensables , et ne répond que par des coups aux demandes qu'elle lui adresse.

Les réponses furent exactement traduites par l'interprète, et le général rendit son jugement en ces termes :

« La jeune fille sera ramenée dans la maison « de sa mère par l'aga des janissaires, qui lui < remettra mille paras ( environ 5o francs ), qui « recommandera à la marâtre de la garder avec « soin, et de lui fournir les alimens et les vête- « mens suivant ses besoins , en s abstenant de

« tout mauvais traitement. L'aga aura soin tous « les trois jours , ou plus souvent , s'il le croit « nécessaire , d'envoyer quelqu'un de ses gens « pour vérifier la fidélité avec laquelle ces in- « jonctions auront été exécutées. Si la fille re- « commence ses excursions immorales , elle « sera punie de la flagellation.»

L'aga des janissaires avait dîné avec nous , et était encore présent. L'interprète , se tournant alors vers lui, traduisit en arabe la décision que le général Dugua venait de rendre en français.

En entendant cette traduction , je ne pus retenir un fort éclat de rire. Le général-gouverneur s'en offensa ( il était assez irritable de son naturel), et me demanda sèchement ce que je trouvais de si ridicule dans son jugement, qui en effet était digne de Salomon.

Je repris aussitôt mon sérieux , et je priai le général de vouloir bien avoir la complaisance de me répéter la décision qu'il venait de rendre. Il fit cette répétition mot pour mot. « Eh bien ! « général , lui dis-je, voilà la traduction que je « viens d'entendre sortir de la bouche de votre f interprète, v

« La jeune fille sera emmenée dans la maison « de l'aga des janissaires ; il la gardera entre ses « mains pendant trois jours, ou plus long-temps « s'il le croit nécessaire, et qu'il en ait encore * besoin. Si elle ne souscrit pas à toutes les intentions de l'aga, toute résistance sera punie « par la flagellation ; elle sera ensuite renvoyée « chez sa mère , qui paiera à l'aga une amende « de mille paras. »

L'aga , gaillard , et passablement amateur du beau sexe, avait souri dans sa barbe d'un jugement qui mettait à sa disposition, pendant trois jours et trois nuits, une jeune fille fort jolie, et (Jui paraissait avoir d'heureuses dispositions qu'il se proposait bien de ne pas laisser inactives ; et , loin de payer pour cette bonne aubaine, il devait au contraire appliquer à son profit une amende de mille paras.

Quant au général Dugua, il n'en rit pas du tout ; il entra dans la plus violente colère contre l'interprète, et lui fit sur-le-champ administrer deux cents coups de bâton sur les reins , les parties adjacentes et la plante des pieds. Cette exécution eut lieu par les mains mêmes des gens de l'aga, auquel le malheureux interprète

avait espéré se rendre agréable par une fraude qu'il s'était persuadé devoir toujours rester inconnue au général.

L'aga, tout étonné de ce qui venait de se passer sous ses yeux, eut aussi sa part de la réprimande , et le général lui reprocha vivement d'avoir pu croire un Français capable de rendre un arrêt aussi inique et aussi absurde que celui qui lui avait été transmis par l'interprète.

Cependant je ne pus jamais faire comprendre à l'aga quel avantage avait le véritable jugement sur le jugement falsifié. « Le général , me répon- « dait-il, n'est-il pas le gouverneur suprême de « la ville? n'est-il pas maître, en cette qualité, « de rendre à son gré tel jugement qu'il lui « plaît ? »

33 Les différens officiers qui ont droit de vie et de mort rendent ordinairement leurs jugemens à cheval ; car ce n'est qu'à cheval qu'ils ont le droit de rendre des jugemens capitaux; leur juridiction de haute-justice cesse dès le moment où ils ont le pied hors de Tétrier , c'est pour cette raison que ces jugemens s'appellent fetouet el-rekab (ordonnances de letrier.) Ils se

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rendent ordinairement devant la porte même du juge , et c'est de là que l'expression Porte (bab en arabe, der en persan, qapou en turk) est employée dans l'Orient pour exprimer le gouvernement, l'autorité souveraine. On ne put s'empêcher de rire en voyant des voyageurs nous affirmer gravement que le nom de Porte- Ottomane dérive d'une certaine grande porte qui décore une des faces du sérail, et que leur Cicérone a eu grand soin de leur montrer.

Au reste nous trouvons dans la Bible plus d'une trace de cette coutume orientale, de rendre la justice aux portes des villes et du palais des princes.

34 L'expression arabe cbn-ammy (fils de mon oncle), et qui signifie proprement cousin paternel , s'emploie aussi le plus souvent comme expression d'amitié et de bienveillance, soit d'inférieur à supérieur, soit même de supérieur à inférieur. Cet usage établi et connu en Orient dès l'époque des croisades, ne pourrait-il pas avoir été l'origine du protocole, par lequel nos rois donnent aux grands personnages de l'Etat le titre de cousin.

HOO JVOTES.

35 La dragme d argent, en arabe dirhem, était autrefois sous les khalyfes , le nom d'une monnaie d'argent, qui valait la vingtième partie de la pièce d'or appelée dynar, c'est-à-dire environ 12 à 1 5 sols de notre monnaie. Cette valeur a successivement beaucoup varié , suivant que l'altération du titre des monnaies d'or et d'argent, sous les différens princes , a diminué leurs prix intrinsèques, et leurs rapports réciproques.

Avant que les khalyfes arabes ne fissent frapper des dirhems à leur coin, les monnaies d'argent dont se servaient les musulmans étaient grecques ou persanes.

36 Ishak êl-Mou$souly est regardé comme le plus habile et le plus célèbre des musiciens orientaux. Le surnom iïêl-Moussouly lui a été donné parce qu'il a long tems séjourné à Mous* soul, quoiqu'il n'en fût ni natif ni originaire; il est souvent cité par les écrivains arabes qui rapportent différens traits de sa vie.

Il commença à devenir célèbre sous le khalyfe al-Mahady devant lequel il chanta, tandis qu'un autre célèbre musicien , nommé Al-Mansour Zoulzqul , raccompagnait sur le luth.

notes. ao t

Ebn-Khalikau raconte , de ce musicien, le trait suivant :

« Haroun êl-Rachyd se brouilla un jour avec une de ses favorites nommée Maridah qu'il aimait excessivement ; cette mésintelligence durait depuis quelque temps, et le khalyfe était en proie à l'ennui, lorsque Giafar le Barmekide fit chanter devant le prince par Ishak êl-Moussouly des vers qui avaient été composés sur cette brouilleric, par un excellent poète de la cour nommé Abbas ben-Ahnaf.

« Le khalyfe fut tellement ému des expressions tendres du poète et de la voix touchante du .musicien, qu'il alla sur-le-champ se réconcilier avec Maridah. Celle-ci étonnée de ce changement subit, et instruite par le khalyfe des causes auxquelles elle le devait, fit venir Abbas et Ishak et leur donna à chacun 10,000 dinars; le khalyfe de son côté fit donner 20,000 dinars à chacun d'eux. »

3" Bakht-Issoua > c'est-à-dire le bonheur en Jésus , est le nom commun de trois célèbres médecins chrétiens qui ont été attachés aux khalyfes. Ils étaient Syriens de nation , et ont

OlQ'I notes.

traduit en arabe plusieurs ouvrages des médecins grecs.

Le premier, Gebrayl (Gabriel) cbn~Giorgys, fut médecin d abord du Barme kide Yahia* vizir du khalyfe, et ensuite du khalyfe Harouri cl-Rachyd lui-même.

Le second, Gebrayl êbn-Gebrayl, fut médecin des khalyfes qui se succédèrent jusqu'à êl-Motouakel; et ce prince le dépouilla de la plus grande partie des immenses richesses qu'il avait amassées dans l'exercice de son art.

Le troisième , Ebn-Yahia , fut médecin du khalyfe clMoktader RiUnh. :iï ] - . ,

38 Sateh ben-Nahalak avait été médecin du khalyfe Haroun èURachyd. Abou-l-F arage raconte d'une manière assez différente l'anecdote de la guérison S Ibrahim.

39 M. Etienne Quatremère, membre de l'académie des Inscriptions, en lisant sur mon manuscrit le récit de la guérison singulière d'Ibrahim , m'a appris qu'il existait une anecdote, à peu près du même genre, qui semblerait prouver que l'hygiène de SaVeh ben-Nahalah a eu des prosélytes dans l'Orient.

notes. ao3

Je crois qu'on lira avec plaisir cette anecdote que je joins ici : elle est tirée des Mémoires du chevalier d'Arvieux, ambassadeur extraordinaire de Louis XIV à Constantinople en 1672, dont je dois la communication à l'amitié obligeante de M. Quatremère.

« La goutte , dit-il , est aussi rare parmi eux (les Turcs) quelle est commune chez les nations accoutumées aux excès dans les viandes et dans les boissons. Quand malgré leur sobriété ils en sont attaqués, ils ont des remèdes plus spécifiques que les nôtres.

« Voici une histoire que je rapporte sur la foi d'autrui , et dont on fera tel usage qu on jugera à propos. «

« Un Turc riche et de considération, ayant été pris par une galère de Malthe, eut le bonheur de plaire au chevalier qui commandait cette galère: il le prit à son service, et le traita dune manière à laquelle l'esclave n'avait pas lieu de s'attendre. Ce chevalier avait souvent des attaques de goutte très-douloureuses. Son esclave qui l'aimait à cause des bonnes manières qu'il avait pour lui, lui disait souvent: «Si tu étais « dans mon pays je te ferais guérir radicalement;

« mais le remède ne se peut pas mettre en usage « dans ce pays-ci. » Au bout de quelques années, le chevalier, content de son esclave, le mit en liberté sans vouloir de rançon.

« Le Turc, étant de retour en son pays, fit un armement pour courir sur les chrétiens ; il eut le bonheur de prendre un vaisseau qui allait à Maithe. Quand les prisonniers passèrent en revue devant lui , il reconnut le chevalier son ancien maître et bienfaiteur , et fit signe qu'on le séparât des autres. Il donna ordre qu'on ne le mît point aux fers, et qu'on le traitât comme sa propre personne ; mais il ne voulut point le voir ni lui parler.

« Les corsaires étant arrivé* au lieu de leur armement, le capitaine turc demanda à ses associés cet esclave par préférence , et cela lui ayant été accordé , il lui fit donner un cheval , et le fit conduire à sa maison.

« A peine y fut - il arrivé , et logé dans une belle chambre magnifiquement meublée à la manière du pays, qu'il vit entrer sept

ou huit hommes qui, sans lui rien dire, le déshabillèrent; l'étendirent sur un matelas au milieu de la chambre , lui lièrent les pieds

à un gros bâton, et deux d'entre eux lui donnèrent sur la plante des pieds quatre à cinq cents coups de baguette qui la lui firent enfler de plus d'un demi-pied. Un autre Turc la lui scarifia aussi-tôt avec beaucoup d'adresse, en fit sortir tout le sang caillé, et y mit dessus un baume d'une odeur merveilleuse ; après quoi on le porta sur une estrade où il y avait un lit composé de bons matelas avec de riches couvertures. Le médecin et trois ou quatre esclaves le gardaient à vue, le servaient avec une attention infinie ; on le pansait deux fois par jour, et on lui donnait les meilleures nourritures, mais sans lui parler; on lui disait seulement d'avoir bon courage et de demander tout ce

qu'il voudrait.

« Le chevalier ne savait que penser d'un traitement si bizarre , et il en attendait le dénouement avec impatience , lorsqu'au bout de dix jours ses plaies furent entièrement guéries , et il se vit en état de se lever et de marcher. On lui donna des habits à la turque qui étaient très-riches , et son patron le vint voir. Il lui demanda d'abord qui il était et enéuite s'il le connaissait : le chevalier lui répondit

avec respect ce qu'il jugea à propos, vu l'état où il était; et après une plainte modeste de la bastonnade qu'il avait reçue , il|e remercia des bons traitemens qu'il avait re^us et lui avoua qu'il ne le connaissait point.

« Après quelques discours , le capitaine turc le regardant attentivement, afin qu'il rappelât ses idées; « quoi, lui dit-il, est-il possible que « vous ayez oublié votre esclave Ibrahim ? C'est « moi-même que vous avez traité avec tant de « générosité : sachez qu'un bienfait n'est jamais « perdu chez les musulmans ; j'avais pitié de « vous quand vous souffriez les douleurs de la « goutte, et je vous disais que si vous étiez dans « mon pays, je vous ferais guérir de manière à « n'en être plus incommodé ; je vous ai tenu « parole , vous êtes guéri , vous avez un peu « souffert, mais vous ne souffrirez plus, jalnais « la goutte ne vous attaquera. »

« Le chevalier n'avait garde de reconnaître son ancien esclave : les années l'avaient changé, une barbe longue et vénérable ombrageait une partie de son visage , et l'état Qorissant où il le voyait le rendait méconnaissable. Il rappella ses idées, le reconnut, et voulut se jeter à ses

pieds; mais le Turc l'en empêcha, l'embrassa tendrement, el lui dit qu'il louait Dieu et le remerciait de lui avoir donné l'occasion de reconnaître les bons traitemens qu'il avait reçus de lui pendant qu'il était son esclave ; qu'il lui rendait avec joie la liberté qu'il lui avait donnée; qu'il le priait seulement de se reposer avec lui quelque temps , afin qu'il pût lui donner des marques de sa gratitude; et que quand il voudrait retourner à Naples d'où il était, il lui ferait donner un vaisseau, ou qu'il l'y conduirait lui-même.

« Le chevalier ne pouvait assez remercier son bienfaiteur; il demeura cinq à six mois avec lui, traité comme un prince, et comblé de caresses. Le Turc fit chercher les domestiques qui avaient été pris avec le chevalier , les acheta et les lui rendit ; et quand le chevalier lui témoigna qu'il était bien-aise de retourner dans son pays , il le fit embarquer dans un vaisseau chrétien avec ses gens, paya son passage, lui donna toutes sortes de provisions en abondance, et le combla de présens.

« Voilà le remède , ajoute l'auteur des Mé- /noires, il est libre à tous les goutteux de

s'en servir; le baume que Ton avait employé était du véritable baume de la Mecque ou de Judée, qu'on connaît en France sous le nom de baume blanc. A l'égard de la bastonnade, il y a assez de Turcs à Marseille pour la recevoir de leurs mains. S'il y a de la douleur dans cette opération, il semble quil y en a bien plus à souffrir toute sa vie celles de la goutte. » [Mémoires du Chevalier cTArvieux,

rédigés par le P. Labat, tome Ier, pages y 2 et suivantes.)

40 Le kourbag est le fouet des Orientaux. Il est formé par une lanière étroite de la peau de 1 eléphant, ou mieux encore par un nerf de cet animal. Suivant même quelques-uns, on n'emploie que le nerf génital à cet usage.

Quoi qu'il en soit, ce nerf, à peu près de la grosseur du pouce, est taillé à la longueur d'environ quatre pieds , arrondi et proportionnelle, ment aminci, de manière qu'à son extrémité qui est un peu applatie, soit réduit à une gros, seur moindre que celle d'un petit doigt.

ne se brisent jamais , et laissent dans les chairs de ceux qu'on en frappe des

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sillons sanglans, profonds de 1 épaisseur d'un doigt et vivement coupés.

Le mot kourbag, qui est turc d'origine, a été, comme beaucoup d'autres de cette langue , introduit dans la langue vulgaire de l'Egypte et des autres contrées de l'Orient soumises à leur domination : il se prononce en Syrie kourbaj, et plus vulgairement krobatch ou karbatch : c'est l'origine de notre mot français cravache, qui nous est venu des Allemands, et qu'ils avaient adopté eux-mêmes des Ottomans, dans les communications fréquentes que le voisinage et les guerres continuelles ont établies entre eux.

41 Cette application de la bastonnade à la médecine n'a pas été connue du docteur Mcïbonius. S'il en avait eu connaissance, il n'aurait pas sans doute manqué de citer cette expérience dans le savant et singulier traité qu'il a publié en latin sous le titre : de Flagrorum Usa, etc.

Le mohtesseb est le juge de police chargé spécialement de la répression des délits qui se commettent dans les marchés et dans les boutiques des débitans. Il décide aussi de presque

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