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état de fille lui inspirait moins de hardiesse que l'état de veuve n'en avait pu donner h Fattoumah.
Quoi qu'il en soit je la vis alors, et je vis que ma seconde épouse , toute fille qu'elle était, était d'un âge encore plus mûr que ma première. J'en conclus que j'avais eu probablement bien des prédécesseurs dans ma demande en mariage, et que mon accordée avait dû refuser , pendant de longues années, un bien grand nombre de prétendans à sa main , avant qu'elle m'eût jugé digne de la recevoir.
Je ne puis disconvenir que je m'étais flatté d'un état de choses bien différent ; les idées de virginité s'étaient involontairement associées dans mon imagination, si facile à s'abuser, aux formes les plus heureuses et à la fraîcheur du printemps de la vie. Il en était autrement , je n'en rendis pas moins grâce à Dieu; c'était, il est vrai, un léger mécompte pour moi r mais dans le fond, et d'après les motifs qui m'avaient
déterminé à ce second mariage , cette différence entre mes espérances et la réalité n'était pas pour moi un désappointement réel. Celle que je venais d'épouser n'en était pas moins la fille du cheykh savant, membre du corps illustre des savans Z7/emas, et elle ne s'appelait pas moins Alyrnéh (la savante).
De la beauté la faveur passagère , Dont le brillant séduit les yeux Par ses rayons fallacieux, N'éblouira que le vulgaire :
Celui que la sagesse éclaire N'y voit rien de solide et rien de précieux :
Ce n'est qu'une fleur printannière
Dont la parure est fragile et légère.
Du moindre vent, le souffle la flétrit; A la moindre chaleur, elle tombe et périt.
De tout corps, de toute matière, Tel est le sort. Bien autre est celui de l'esprit :
De son règne moins éphémère, Aux vains efforts du temps, l'éclat toujours survit.
Quand le même lien assemble L'ame et le corps jusqu'au tombeau, Qu'importe qu'on rencontre ensemble
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Et Tarne la plus belle , et le corps le moins beau. Le vrai guerrier juge l'épéc A sa trempe, et non au fourreau Dont sa lame est enveloppée.
La circonstance de cet âge un peu trop mûr auquel je m'attendais si peu dans Alymèh, loin de la déprécier à mes yeux, ne me fournit qu'un nouveau motif pour admirer davantage mon bonheur, qui me l'avait conservée si long-temps, et qui m'avait fait obtenir la préférence, en me présentant le dernier, après tant de compétiteurs présumés dont ma recherche avait dû être précédée. Je me souvins de ce proverbe persan : « Les sages ont dit : Thonce neur appartient à la vertu , non aux riu chesses; la considération au mérite, non « à l'âge. »
Le coursier le plus sûr pour la chasse ou la guerre,
N'est pas toujours le plus jeune cheval; Et le guerrier qui compte uue longue carrière,
Souvent fait mordre la poussière
Au jeune imprudent son rival.
Quelque maturité ne nuit pas en affaire :
Avoir plus d'âge, est parfois nécessaire;
En avoir moins, devient souvent fatal.
De ce qu'un plus âgé sait faire Un jeune homme pourrait se tirer assez mai.
Le mérite vaut mieux que la fraîcheur de l'âge, Le livre le plus neuf, sur les vieux manuscrits, Aux yeux du connaisseur , n'emporte pas le prix.
L'arbre qui vit plus d'un orage, Offre, sous ses épais rameaux, Au voyageur un bien plus sûr ombrage, Que des trop frêles arbrisseaux Le timide et tendre feuillage.
Je pris donc facilement mon parti, et je ne pensai plus qu'à préparer mes narrations, puisqu'enfin j'étais en possession de mon auditoire. Mais craignant de dépré* cier la valeur de mes épanchemens scientifiques , en les offrant de moi-même avec un empressement trop marqué, je pensai que le marchand habile, qui veut assurer la vogue de son magasin , se garde bien de jeter comme on dit ses marchandises à la tête de ses acheteurs, et je résolus d'at-
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tendre, pour les déployer, la manifestation de l'avidité qu'&fymék devait incontestablement éprouver pour en obtenir la participation.
Je m'abstins donc , pendant quelque temps, de la moindre allusion qui pût lui faire soupçonner mes désirs, attendant avec une apparente indifférence la demande pressante qui ne pouvait tarder de m'étre adressée par elle.
Ma première femme avait pris assez bien l'introduction d'une seconde épouse dans ma maison. Fattoumah Réprouvait habituellement aucune sensation bien vive, et ne trouvait d'activité que pour la surveillance intérieure des détails de la maison : elle passait le reste de son temps à respirer l'air 53 , étendue sur ses coussins moelleux , et savourant le tabac délicieux , embaumé d'ambre et de musc 54 , que ses esclaves avaient soin de renouveler dans sa pipe. Du reste , aucune autre distraction n'était capable de réveiller son apathie monotone. ir. 10 •
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Alymèh avait plus de vivacité , sans cependant la porter à l'excès: elle était même douce, docile, caressante et voluptueuse; mais à ces qualités , par lesquelles elle me plaisait, je m'aperçus bientôt qu'elle joignait une jalousie vraiment tyrannique qui me devint réellement insupportable.
Elle ne tarda pas à déployer toute l'énergie de ce défaut à l'égard de ma première femme, elle la traitait, non en sœur, mais en ennemie , et elle lui enviait la moindre caresse, la moindre prévenance, la moindre relation affectueuse.
Elle me retenait auprès d'elle le plus qu'elle pouvait dans la journée, et elle avait soin de me faire épier par ses esclaves dans les visites les plus courtes que je pouvais faire à l'appartement de Fattoumah. Les nuits, que suivant l'équité je devais accorder à celle-ci par partage égal , étaient passées par sa rivale dans les larmes et le chagrin et suivies de longues plaintes. Ma
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première femme ne m'aimait peut-être pas assez , ma seconde m'aimait trop.
Ennuyé du désespoir auquel elle se livrait dans ces circonstances, et voulant faire cesser les reproches amoureux qu'elle ne manquait pas de m'adresser chaque jour, j avais formé le projet de lui raconter quelque histoire qui pût la guérir de sa jalousie immodérée, en lui faisant comprendre tous les maux que cette passion insensée pouvait attirer sur ceux qui s'y livraient sans frein et sans mesure.
Un soir, j'avais commencé de lui faire entendre quelques paroles à ce sujet :
j'essayais de lui prouver que la jalousie a toujours tort, et qu'elle n'a d'autre résultat que de nous priver de la jouissance de la portion de biens que nous possédons, en empoisonnant ceux que nous avons en partage , par le vain désir de ceux dont la possession ne peut et ne doit pas nous appartenir.
J'ajoutai que, pour elle, les biens dont
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je pouvais lui offrir la possession, et dont elle devait savoir jouir, sans compromettre son botiheur par une jalousie déplacée, étaient lessentimens d'affection bien sincère et de tendresse conjugale qu'elle possédait en commun avec mon autre épouse.
Je lui protestai en même temps avec la plus grande sincérité, que le partage de mon cœur était entièrement égal entre elles , et que chacune d'elles en possédait une portion semblable, sans que la priorité des droits de Fattoumah lui donnât le moindre privilège à cet égard.
« Dieu et le Prophète me sont témoins y « lui disais-je, que je regarde, et que je « regarderai toujours, comme un devoir a sacré de tenir une balance exacte entre «mes deux épouses; que ce Dieu tout- « puissant et équitable puisse me punir sé- « vèrement,si, dans le partage égal que je « leur dois de mon cœur, je me rendais « jamais coupable de prévention, de par<- « tialité et d'injustice. »