‹ Les dix soirées malheureusesChapitre 36 sur 53 · ASSAD OULE GUERRIER ARABE · texte numérisé non relu

ASSAD OULE GUERRIER ARABE

« Mon fidèle coursier hérisse sa crinière , « Son oreille est dressée, et ses naseaux ouverts : « Son pied creuse inquiet la terre, « Et de ses yeux jaillissent les éclairs....

« N'ai-je pas vu briller les armes meurtrières ?... « N'ai-je pas entendu le clairon retentir?... « Et sous les pas pressés de hordes mercenaires, <« Mon pied ne sent-il pas la plaine au loin frémir.

« Oui, mon oreille avec plaisir « A recueilli le son des trompettes guerrières.... » Des mailres insolcns de Damas et de Tyr , « Mon œil a reconnu les hostiles bannières.

« Ils viennent , franchissant de nos rocs la barrière, « Ils viennent défier notre trop long loisir :

« Ils viennent réveiller notre verlu première ; « A nos coups ils viennent s'offrir.

<« Aux armes, compagnons! que de ces téméraires « L'audace , de nouveau cédant à uos exploits ,

«« Atteste encore , comme autrefois ,

« Que nous sommes fils de nos pères î

« Aux armes!.... donnez-moi, femmes, mon cimeterre, « Mon arc, mes flèches, mon carquois, « Ma lance dont le fer naguère • « Deux fois s'est teint dans le sang de leurs rois. »

Assad s'est élancé.... mais les flots de poussière Qu'il croyait receler la haine et les combats , S'entrouvrent.... Sa tribu , ses amis et son frère , Vainqueurs des Tyriens, le serrent dans leurs bras.

Jajouterai que la tribu des Assadites en arabe, Berijr Assad (les enfans cTÀssad ou du Lion j , a été Tune de celles dont la réputation a été la plus éclatante avant l'époque de l'islamisme.

J'ai rapporté du Kaire un très-beau manuscrit du Hamassah. Schultens a publié en 1740 et 1748» d'après les manuscrits n°* 1207, 1218 i2Di et ia55 de la bibliothèque de Leyde, quelques fragment de ce recueil, qui ont été

1 8o NOTES.

réimprimés, soit par Hirtius dans XAntologie arabe qu'il a donnée à Jena en 1774? soit par Carlyîe en 1796 : enfin le recueil complet vient d'être imprimé en entier, avec les commentaires de Tcbrizy, à Bonn, en 1826, par les soins de 5?. G. W. Freytag.

12 La dénomination des enfans de Douhal est celle d'une des iribus arabes. On sait que les tribus de ces peuples prennent leur nom de leur fondateur ou de leur chef, dont elles se qualifient les enfans.

Ainsi nous avons vu dans la note précédente Beny-Assad (les enfans d'Assad) pour la tribu d'Assad, ou les Assadites. L'ancienne histoire des Arabes nous offre encore Beny- Koreych (les enfans deKoreych), c'est-à-dire la tribu de Koreych, les Koreychites; Beny- Helal (les enfans de Hélai), les Hélaliens; Beny-Taglab (les enfans de Taglab}, les Taglabitcs, etc. Plusieurs des tribus modernes d'arabes Bédouins qui habitent maintenant l'Égypte et en parcourent les déserts, portent des dénominations de même nature.

*3 La montagne que les Arabes nomment Haf ] v est la même que le Caucase des Grecs ; les livres pchlviques lui donnent le nom iXAl-Bordj, et plusieurs de nos cartes géographiques la désignent par la dénomination d\4/l>ourz. Les orientaux croient que cette chaîne de montagnes environne la terre entière , comme une ceinture autour du corps , ou comme un anneau autour du doigt ; suivant eux , le soleil se lève d'une de ses éminences , comme les poètes latins le disaient du mont OEta, et se couche sur Téminence opposée; c'est pourquoi l'expression d'un tyaf à Vautre fyf, signifie en arabe, d'une des extrémités du monde à l'autre.

Ebn el-Ouerdy , auteur du curieux Traité de Géographie universelle, intitulé Kherydet el-agiayb (la perle des merveilles), dont je possède trois beaux manuscrits, représente la montagne ffafdans la carte planisphérique dont il a accompagné son ouvrage. Sa position et son étendue sont entièrement conformes aux indices fabuleux que je viens d'exposer; il les rapporte avec complaisance, et ajoute que cette montagne a pour base une pierre merveilleuse nommée sakhrat, « dont un

I Si NOTES.

« seul grain , dit-il , donnerait à son possesseur le « pouvoir de faire les prodiges les plus sur- « naturels.

D'autres représentent encore , suivant lui , cette pierre comme le pivot du globe terrestre, et comme un vaste saphir, dont les rayons réfléchis donnent aux cieux leur couleur azurée.

« Lorsque Dieu, ajoute-t-il, veut exciter un « tremblement de terre, il commande à cette « pierre miraculeuse d'émouvoir une de ses fi- « bres , et alors le pays auquel cette espèce de * nerf communique immédiatement , tremble , « s'agite , et quelquefois s'écroule.

«La montagne K af, dit encore le même « géographe arabe, est elle-même de couleur « d'émeraude, et toutes les autres montagnes « n'en sont que des branches ; nul homme ne « peut y arriver, s'il n'est conduit par une intel- « ligence surnaturelle ; car le mont Kaf est sé- « paré de la terre habitable par des pays téné- « breux , où la lumière du soleil ne pénètre ja- < niais. C'est dans cette montagne qu'ont été re- « légués les dives et les af rites , ou les mauvais « génies , après qu'ils eurent été défaits et subju- « gués par les premiers héros de la postérité

«d'Adam, auxquels Dieu en avait accordé le « pouvoir.

«C'est aussi dans ces montagnes de Kaf « qu'est placé le Ginnistan (ou pays des génies) , « et la ville merveilleuse dCAhermany qui est leur « principale résidence. »

Ce nom d'Akerman paraît être l'origine du nom d'Arimanes, donné par Zoroastre et ses sectateurs au marnais principe en opposition avec Oromaze, principe du bien.

l4 Ce passage est annoncé ici comme faisant partie du Koran , et je m'attendais à le rencontrer dans le chapitre IV, intitulé des Femmes; cependant je n'ai pu trouver dans ce chapitre qu'une portion de ce texte, dans le verset 28. J'ai retrouvé ensuite une partie du reste dans le second chapitre, au verset 222 , et dans le chapitre XVI, intitulé des Abeilles, au verset 7 4-

15 Le nom propre Fattimah suivant la lecture littérale, etFattoumah, suivant la prononciation vulgaire de l'Egypte, est celui que portait la

fille du Prophète ;Fattimah était née à'Aychah, à la Mekke, cinq ans avant que Mahomet , son père , eût commencé ses prédications , et elle mourut six mois après lui, âgée de 28 ans ; elle avait épousé Aly, cousin germain du Prophète, et fut mère de Hassan et de Houssein.

C'est d'elle qu'ont pris leur nom les Fattimitesy c'est-à-dire, les princes qui ont prétendu descendre par elle et par Aly en ligne directe du Prophète.

Cette dynastie commença à régner en Afrique l'an de l'hégire 296 ( qui correspond à Tan 908 de Fère chrétienne), et chassa de ces contrées les dynasties des Aglabites et des Edryssites qui y régnaient, les premiers dans l'Afrique proprement dite , et les seconds dans l'ancienne Mauritanie.

Ils prirent alors le titre de khalyfes, et un schisme s'établit entre les Musulmans, qui virent deux khalyfes s'anathématiser réciproquement et se déclarer mutuellement hérétiques. Ce schisme existe encore de nos jours entre les Sunnites et les Chiites.

Ces derniers sont les sectateurs à? Aly et de sa famille, et on a aussi donné aux Fattimites le

hom SAlidcs ou Aïiades, en arabe al-Alouyat, c'est à-dire famille (TAty. Cependant cette descendance a trouvé des antagonistes qui en ont prétendu prouver la fausseté, et qui ont reproché aux. Fattimitcs ou Alides d'usurper un titre auquel ils n'avaient aufcun droit. Thabalhaba ayant osé témoigner quelques doutes à ce sujet devant Moez, khalyfe fattimite , et lui ayant demandé quelle était la branche des enfans d'Aly doM il tirait sa descendance, ce khalyfe tira son épée hors du fourreau et lui dit: « Voici ma gênèalo- « gie; puis, répandant lor à pleines mains sur ses soldats , il ajouta : « Voilà ma race et ma « famille. »

10 Le nom propre Roddouân signifie en arabe « agréable , bienveillant , qui plaît ou à qui Ton « plaît , qui l'emporte dans les moyens de « plaire. » Il est formé de la racine arabe raddâ qui a proprement le sens d'affermir, mais qui signifie aussi « plaire, se rendre agréable, Tem- « porter par les agrémens. » Ce nom propre est assez fréquent au Kaire ; les historiens , surtout ceux des derniers temps des Mamlouks, nous

offrent plusieurs beys et plusieurs kachefs qui ont porté ce nom : à notre arrivée en Egypte , un kachef se nommait Roddouân-Kachef

Le titre d'agha que nous avons vu ci-dessus > note 32 , page 191 du premier volume , être le titre particulièrement affecté au commandant du corps des janissaires , se joint aussi par politesse , dans l'usage commun, comme qualification honorifique, au nom propre de tous ceux qui sont attachés au service militaire , quelque soit d'ailleurs leur grade et l'infériorité de leurs fonctions.

Ce mot n'est point arabe d'origine, il appartient à la langue turque , d'où il a passé dans la langue arabe vulgaire avec beaucoup d'autres.

'7 lïl-Mansoury signifie natif de la ville de Mansonrah; cette ville est celle que les écrivains des croisades appellent la Massoure, et qui fut si fatalement célèbre par la malheureuse bataille où saint Louis perdit son armée et sa liberté en ia5o; elle est maintenant la capitale d'une des provinces qui porte le même nom , dans la partie de l'Egypte appelée Charkich ,

NOTES. l8;

et qui , sous le règne des Mamlouks, était gouvernée par un Kachef.

Cette ville, qui est assez grande, fut, suivant Abd-errachid eUBa^ouy , bâtie par el-Mànsour billah, nommé aussi el-Mansour be-anir-illah, et c'est du nom de son fondateur qu elle a pris le sien.

Ce khalyfe, dont le nom signifie victorieux par le secours de Dieu, était fils de Qayem be-amr Illah, et fut le quatrième de la race des Fattimites: il monta sur le trône Fan 334 de l'hégire ( 945 de l'ère chrétienne ) ^ et se rendit surtout célèbre par son éloquence, qu'il aimait à faire briller dans des discours improvisés prononcés en public et dans les mosquées.

Le géographe que je viens de citer ajoute, que Mausourahest située sur le Nil dans le lieu nommé Iftiraq en-Neylèyn^ e'est-à-dire , séparation des deux Nils, et que l'on a ainsi appelé, parce que le Nil s'y sépare en deux branches considérables , dont 1 une se rend à Damyât ( Damiette ) et l'autre à Achmoun.

A l'époque de l'invasion des Francs ( les croisés ), leur armée ayant pris Damyât pour la première fois ( 3i ans avant l'expédition de

Di

i 8fl fcotÈs.

saint Louis), le sultan el-Malek el*Kdmely fil$ d'el Malek eUAdel et neveu de l'illustre Salaheddyn (Saladin), reconstruisit Mansourah et la garnit de fortifications pour défendre le pays contre ses ennemis.

Plusieurs écrivains ont prétendu faussement que ce prince fut le premier fondateur de cette ville , et qu'il la nomma Mansourah, c'est-à-dire victorieuse , pour signaler la victoire célèbre qu'il remporta sur Tannée des Francs lorsqu'il les chassa de Damyât dont ils avaient été maîtres pendant deux ans. Cette viôtoire arriva l'an 618 de l'hégire (1221 de 1ère chrétienne.)

Mohammed ebn- Ibrahim qui a écrit sur le livre de Porphyre intitulé Eysagougy(zir<tyuyîi)) était natif de cette ville , d'où il a pris le surnom à'el-Mansoury.

1 8 Les cherifS) ou nobles, sont les descendant de Mahomet par Alyy son gendre, et Fatimah, sa iille ; leur noblesse est la seule qui soit reconnue dans les pays orientaux soumis à l'islamisme : au reste, cette noblesse ne les exempte ni d'impôt, ni de punitions quand ils se rendent

Coupables dé quelque délit, et île leur donne aucun titre pour aucune place ou fonction éminente. Beaucoup de chérifs se rencontrent au Kaire dans les classes les plus basses , et moi même j'avais 11115*7^5 ( palefrenier ), nommé Aly , qui était chérif. Leur seule distinction est la couleur verte qui leur est particulièrement affectée, et ils portent un turban de cette couleur ; c'est à ce turban , signe vénéré de la descendance directe du prophète , que s'adressent les égards et le respect , non à l'homme qui en est décoré.

Un chérif, coupable d'un délit, peut recevoir la bastonnade tout comme un autre simple Musulman ; le seul privitege qui lui est accordé , c'est qu'avant de la lui faire infliger, l'officier public qui l'y condamne fait enlever respectueusement le turban vert , qui reste déposé avec honneur sur un coussin pendant que les bourreaux exécutent leurs ordres sur le noble patient. L'exécution terminée , le magistrat baise dévotement le turban respectable, et le fait remettre avec cérémonie sur la tête du bâtonné. Tel est le seul et unique privilège de la noblesse du Kaire.

** Odjaq, et au pluriel odjaqat, est le nom des sept corps militaires institués en Egypte par Selim Ier. Les membres qui composent ces corps sont appelés odjaqlfs. Chaque odjaq était commandé par un aga et avait son kyahia ou lieutenant, son bachrikhtiar ou doyen, ses tchorbadjys ou officiers , son defterdar ou chancelier, son khazindar ou trésorier et son rouznarngy ou contrôleur et archiviste : leur réunion formait le divan particulier de chaque odjaq.

Les corps des odjaqs étaient les suivans :

Le premier et le plus considéré , celui des metfereqahjcest dans ce corps que Ton choisissait autrefois les beys*

Le deuxième , celui des djaouychiéh ou tchaouyehiéh y était spécialement chargé de la levée de l'impôt appelé myry.

Le troisième, celui des gamelyân ou gamoulyân, qui signifie proprement chamelier.

Le quatrième > celui des tafekdjdn, c'est-àdire, des fusiliers ou artilleurs.

Le cinquième, celui des seraksah ou saraksey} c'est-à-dire, circassiens.

Le sixième , celui des janissaires , en arabe vulgaire, enkichariéh: on les désignait aussi

PfOTES. igt

sous le nom de moustahfezzân qui signifie gar~ des) gardiens. Quoique le sixième en ordre, cet odjaq était réellement le premier par sa force et sa puissance. V. ci-dessus la note 3a p. 191 du Ier v«

Enfin le septième corps est celui des azabs nommé aussi azabâiu

Les chefs des sept odjaqs furent appelés par le général en chef à faire partie des membres du grand divan établi au Kaire.

20 On sait que, dans l'Orient, les dots des femmes ne sont pas données par les parens de l'épousée à répouseur,commeparmi nous; mais par I epouseur aux parens de l'épousée. Mahomet, en plusieurs chapitres du koran, défend expressément aux Musulmans d'épouser une femme sans l'avoir convenablement dotée. Ce paiement , de la part de l'homme qui veut se marier, est une espèce d'achat, dont le prix est en partie consacré à dédommager les parens des dépenses qu'ils ont faites pour élever la fille qui va cesser de leur appartenir. Une autre partie est réservée pour appartenir à la femme, en cas devénemens qui dissolvent le mariage.

igi NOTES.

Cette dot n'est jamais rendue au mari en cas de répudiation , lors même que cette répudiation a Heu avant la consommation du mariage ; ainsi cette dot n'est pas comme notre douaire pretium virginitatis.

On sait aussi que, d'après les mœurs dé l'Orient, un futur ne peut voir sa future nonseulement avant la demande, mais même avant le moment où la noce est terminée; l'épousée est remise à sa disposition dans la chambré nuptiale: si le mari trouve alors les charmes de sa femme inférieurs à l'idée qu'il s en était faite, et si elle lui déplaît entièrement lorsqu'il a levé le voile qui lui cachait son visage , il peut la renvoyer, à l'instant même, à ses parens, le mariage est nul; mais, dans ce cas , le mari perd la dot qu'il avait payée et qui toujours est soldéë d'avance.

On dit en plaisantant , au Raire : « Qu'une * fille laide est une mine d'or pour ses parens; » parce que aucun des maris, qui l'épousent successivement sans la connaître, ne voulant la gar* der quand ils Font vue , elle assure , par sa laideur, à ses parens la possession du grand nombre des dots que chacun de refuseurs est

•VOTES. J q3

obligé d'abandonner pour se délivrer d'elle. J'ajouterai que ce genre de spéculation peut être favorisé par la vie retirée que mènent les Orientaux au fond de leurs appartenons intérieurs, dont les fenêtres ne sont jamais du côté de la rire , et par l'habitude de leurs mœurs qui leur interdit scrupuleusement de parler des femmes dans les conversations , même de prononcer leurs noms. Ce serait une grande incivilité au Kaire de s informer auprès d'un père de la santé de sa fille , auprès dun mari de celle de sa femme : les plus susceptibles prendraient même cet acte de politesse française pour une insulte sanglante.

11 II n'est aucun de ceux qui ont été en Egypte qui n'ait remarqué cette espèce de cri cèrênioniel que les femmes du Kaire font entendre non-seulement pendant les noces , mais aussi à l'époque des naissances et même des enterremens. C'est bien véritablement un gloussement; car ce n'est autre chose que le son glouglou prononcé en chœur et rinforzando depuis le ton le plus bas jusqu'aux notes les plu élevées et les plus aiguës de leur voix.

il. 17

Les femmes jouent un grand rôle dans les noces ; ces fêtes rompent l'uniformité de leur vie habituelle, les mettent en rapport les unes avec les autres, et leur fournissent l'occasion de faire parade entre elles de leurs bijoux les plus précieux et de leurs plus riches ajustemens.

On verr*i dans la suite du texte qu elles font surtout dans ces occasions une grande consommation de parfums de toute espèce.

En général les parfums sont d'un grand usage dans les jouissances de îasensualitéorienlale; les bougies sontparfumées, etlaissentenbrûlant évaporer les odeurs les plus suaves. Le sondai \e plus précieux est employé à faire des coffrets et des cahin, ■ qui communiquent ses agréables émanalions à tous les objets qu'on y renferme. J'en ai rap; u té du Kaire un de ce genre, dont, après plus de 3o ans, la vertu odoriférante n'est point affaiblie, et ne cessera d'avoir son efficacité tant qu il subsistera un atome du bois précieux qui le compose. Le bois d'aloës embaume le tabac des pipes; et brûlé , soit seul, soit avec des pastilles de musc, d'ambre et de cinnamome dans des cassolettes portatives, il est employé à parfumer les habillemens des visiteurs; tandis que l'eau

des roses du Faroum est répandue abondamment sur leurs mains et sur leurs barbes par le moyen d'un arrosoir élégant nommé moura~ ychéh.

22 Hennch est le nom d'une fleur et de Varbrissseau qui la porte ; c est le cyperus des anciens , et i! est communément cultivé dans les jardins du fvaire. Il donne une fleur blanche dont les grappes portent en Egypte le nom de tharnr - hennéh : leur odeur, assez pénétrante malgré l'espèce de fadeur qui se mêle à leurs émanations, comme à celles des fleurs du marronnier dinde, semble désagréable aux Européens; mais elle est aimée avec une véritable passion par les femmes égyptiennes,- elles se plaisent à en parer leur turban et à les placer dans leur sein. Cette fleur a , dit-on , des vertus hystériques et aphrodysiaques. Les feuilles vertes de l'arbrisseau , desséchées et réduites en poudre impalpable , forment une poussière colorante dune grande activité , et dont on fait au Kaire un grand usage. Les femmes de toutes les classes s'en servent pour se teindre les ongles et les paumes des mains en rouge orangé très-vif;

cette teinture dure très-long-temps et résiste à tous les détersifs ordinaires. Elles emploient ce genre singulier de parure principalement aux jours de fêtes et de réjouissances , et surtout dans les célébrations des noces. Cet usage n'est pas moins commun aux femmes chrétiennes qu'aux musulmanes.

Bien plus, les chevaux et les ânes eux-mêmes, 3U Kaire , ne sont pas étrangers à ce genre de fard et de coquetterie. Le cheval favori du maître a son poil ainsi orné de bandes orangées. Parmi les ânes qu'on trouve , à chaque coin de rue , prêts à être loués pour les courses dans la ville et dans les environs , et qui attendent leur cavalier temporaire, comme nos fiacres sur la voie publique, celui sur lequel son conducteur veut attirer la préférence des pratiques est largement décoré d'ornemens de cette couleur dont le hennéh fait les frais.

Les courtisanes se teignent aussi en couleur de hennéh ia plante et les ongles des pieds ainsi que les malléoles des chevilles.

,a Sady, l'un des plus célèbres poètes et phiT

losophes persans , et dont le nom est si connu par ses deux ouvrages principaux: le Gulistan (parterre de roses), et le Bostan ( jardin de fruits) , a été surnommé Chyrazy, parce que sa patrie était la ville de Chyraz, où il prit naissance l'an 5ji de l'hégire ( 1 175 de 1 ère chrétienne ). Cette ville, capitale de la province de Perse proprement dite, est l'ancienne Cyropolis ; elle est située à 72 parasanges d lsjjahan , à 73 degrés i5 minutes de longitude et 39 degrés 35 minutes de latitude. Sady fait dans ses ouvrages le plus grand éloge de sa patrie dont il vante l'heureuse position et l'agréable température.

Cependant il paraît qu'il n'y séjourna pas long-temps ; chassé par les incursions des Turcs ou Tartares , qui la désolaient , il passa presque toute sa vie en parcourant les diverses contrées de l'Orient, qu'il quittait successivement, à mesure que la guerre y étendait ses ravages.

Ce fut dans le cours de ses voyages qu'il fut fait prisonnier en Syrie par les croisés , qui ne parurent se douter nullement qu'ils retenaient dans les chaînes et dans les travaux les plus vils un des génies les plus brillans dont s'énorgueilUssaitla littérature orientale.

Sady raconte, dans son Gulistan, qu'il eut pour maîtres le cheykh Chenu eddin abou-l-Faradj el-Giouzy, dont il sera question dans la neuvième soiré, ainsi que le savant Chehab eddin de Bagdad. Il vécut d ailleurs dans la familiarité des principaux sages et des personnages les plus puissans de cette époque.

Un de ses amis les plus intimes fut un jour élevé inopinément à de très • hautes fonctions; chacun s'empressa d'aller présenter au nouveau favori ses hommages et ses félicitations; Sady seul ne se présenta pas chez son ancien ami ; on lui en témoignait de l'étonnement: « La foule, répondit le philosophe, se « presse autour de lui, à cause des faveurs dont « le comble la fortune; quand elle les lui aura « retirées, j'irai le voir, et alors je serai probable- « ment le seul qui pense à lui rendre visite. »

Outre les deux ouvrages que j'ai cités ci-dessus , Sady en a laissé plusieurs autres également dignes du nom qu'il s est acquis.

Sa première production fut le Gulistan, qu'il publia vers Tan 656 de l'hégire, qui correspond à Tannée 1 25 8 de l'ère chrétienne, année si fatale à l'islamisme, qui vit les hordes innombra-

blés des Tartares Mongols se répandre dans les contrées méridionales de l'Asie, et Houlagou- Khan , leur prince , se rendre maître de la ville de Bagdad et de l'infortuné Mostassem b-Mah^ le dernier des khalifes Abbassidesde cette ville. Cet ouvrage est partie en prose et partie en vers, et il renferme des anecdotes intéressantes et des leçons d'une morale à la fois sévère et philanthropique.

Quelque temps après, il publia son Bostan, qui est écrit en vers, ainsi qu'un troisième ouvrage auquel il donna le nom de Molamat, qui signifie des rayons , des étincelles.

Sady était alors plus qu'octogénaire, et il prolongea, dit-on, sa carrière jusqu'à l'âge extraordinaire de cent vingt ans. Il mourut l'an 691 de l'hégire ( 1291 de l'ère chrétienne).

Voltaire a hasardé sur Sady une opinion qui est peu favorable ; mais son ignorance des langues orientales n'a pu que lui permettre d'en porter un jugement hasardé et nullement fondé sur une appréciation exacte.

Cependant il n'a pu s'empêcher de reconnaître dans le poète persan une rare énergie et une grande élévation lorsqu'il parle de la Divinité,

surtout dans les vers suivans, qu'il cite à ce sujet et dont je joindrai ici une traduction plus exacte que celle qu'il a donnée :

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