‹ Les dix soirées malheureusesChapitre 37 sur 53 · DIEU · texte numérisé non relu

DIEU

« Il n'est qu'un Dieu : partout , du couchant à l'aurore, « Sous des noms différens chaque peuple l'adore; « Mais quel que soit le nom qu'on lui donne en tout lieu, « Partout il est le même; il n'est pas d'autre Dieu.

« Roi de l'immensité , des temps et de l'espace ,

« Roi des destins , son œil d'un seul regard embrasse

« Ce qui fut, est, sera, ce qui ne fut jamais;

« Des sons que nul n'entend, son oreille est frappée ;

« De sa prévision, la trace anticipée

-Dans le sein maternel a dessiné nos traits.

« Dans les routes des cicux, l'astre de la lumière

« Par son ordre accomplit sa marche régulière.

««Par son ordre, la roche enfante le rubis,

«• De fertiles moissons nos champs sont enrichis ;

« 11 prend deux gouttes d'eau ; de l'une il fait un monde,

«. De l'autre il arrondit la perle au fond de l'onde;

«« Par l'espérance, il est au cœur de l'innocent; «Au pervers, le remords l'atteste encor présenî. « Par lui seul tout se meut , sur lui seul tout se fonde , «« Tout est en lui , par lui , pour lui seul existant ;

« Qu'il parle, et l'univers va soudain disparaître » Dans l'informe chaos du vide et du néaut; <• Qu'il parle, et l'univers repasse en un instant « De l'abîme du rien, dans les plaines de Y être. «

André Du Ryer est le premier qui nous ait fait connaître le Gulistan, par sa traduction française publiée en i634, in -8°, à Paris sous le titre d* V Empire des roses. Vingt ans après , en i654, Gentius a donné à Amsterdam une édition in-folio du texte persan , accompagnée d'une version latine sous le titre de Rosarium Politicuni) sive amœnum sortis humanœ theatrum.

Une autre édition de cette traduction a paru en 1689, accompagnée de 12 planches, et deux autres traductions ont été publiées en français par d'Aligny, en 1704, et par Gaudin, en 1791.

Enfin, on a fait paraître en 1762 de prétendus Mémoires de Sady, format in-12.

Le Bostan n'avait pas encore été publié lorsqu'il en parut une édition avec un commentaire marginal, à Calcutta, en 1826. Le comité de traduction, récemment institué dans le sein de la société royale asiatique de Londres, vient d'annoncer l'intention d'en faire paraître une version anglaise.

J'ajouterai à cette note que le Gidistan a été publié in-4° à Calcutta en 1807, sous le titre suivant : The Goolistân qftke cclcbrated Musleh-ud-Deen of Shirauz, surnamed Sheikh Sadi; with an English Translation , and notes, by Jas. Dumoulin.

Une seconde édition a été donnée à Londres, en 1809, format in-8°; elle est intitulée : The Gùlistdn of Musle-Huddeen Shaik Sddy of Slieeraz ; printed from the Calcutta édition published by Francis Gladwin, Esq. in 1806.

Ou peut reprocher à cette édition de nom* Lieuses fautes d'impression qui la déparent : la plupart de ces incorrections ont été corrigées dans une édition postérieure du même format et du même nombre de pages, qui a paru à Londres en 1827, sous ^e ^tre de The Gulistan by Sadi of Shiraz.

Dans la même année M. Dora a publié à Hambourg des fragmens du Gulistan , en allemand, sous le titre de trois Promenades , traduites de l original persan de Sadi.

On doit encore aux presses de Calcutta un recueil in-4°, publié sous ce titre : Diwan-i* Sadi; a Collection of Poems , Idyls , Elégies , Odes y and Miscellaneous pièces.

aroTEs. 20 3

Je ne dois pas oublier qu'un de mes estimables confrères de la société asiatique, M. Semelet, vient de publier, sous le titre du Parterre de fleurs, une belle édition autographique, format in-4°, du Gulistan, et je dois rendre témoignage à la netteté de l'impression, à la grâce des caractères et à la parfaite correction du texte qui rendent cotte édition un véritable présent fait par l'éditeur aux Orientalistes.

Le Gulistan a aussi été traduit en plusieurs langues vulgaires de l'Inde.

Une traduction en idiome hindostany a été publiée en 1802, à Calcutta, en deux volumes grand in-8°, sous le titre suivant :

Rose Garden of Hindoostan , a Hindoostanee V trsion of the Persian Goolistan of Sadee ; translated under the superintendance of Dr Gilchrist.

J'ai réuni les différentes fables que Sady a composées, et qui sont éparses dans ses divers ouvrages, dont je possède plusieurs manuscrits. La traduction de ce recueil formera un des volumes du Fablier Oriental dont j'ai commencé la publication par les fables de Loqman , et dont j'ai promis la continuation dans l'Avis Prélirai-

naire de la seconde édition de ce dernier ouvrage.

2* Il y a ici un jeu de mots élégant en arabe, qu'on ne peut rendre en français; il consiste dans le rapprochement et dans le parallèle des deux mots ânas et ênnâs ou ânâs , dont le premier signifie amitié, lien social, et dont le second signifie les hommes , étant le pluriel irrégulier du mot ensân (\iomme) : ces divers mots sont dérivés de la même racine arabe anisa, dont le sens est « se lier , se mettre en société , «être réuni par l'amitié ou l'habitude. »I1 n'est donc pas étonnant que les Arabes aient tiré de cette racine la dénomination de V homme, de V animal sociable.

Ce genre de rapprochement et d'opposition entre des mots qui , avec des sens différens , ont des formes presque semblables et des consonnances de même nature , fait chez les Arabes partie des beautés du style, et leurs écrivains les recherchent comme un ornement qu'ils estiment beaucoup.

C'est ainsi que, dans le proverbe cité ci-des-

so5

sus, page 7 , ligne i4 de ce volume, le principal agrément de la phrase en arabe se tire de la ressemblance des deux mots Châmy (Damasquin , habitant de Damas), et c/wumjr (trompeur, fripon, sournois).

Les habitans du Kaire ont aussi le proverbe suivant qui présente deux jeux de mots de la même nature.

El-Charqyyn saraqyn.

El-Gharbyyn raghybyn.

« Les Orientaux sont voleurs et brigands.

<i Les Occidentaux sont avides et voraces. »

Ce proverbe tire, je crois, son origine des désastres qu'a éprouvés l'Egypte pendant qu'elle était le théâtre des guerres entre les Arabes de l'Orient et ceux de la Mauritanie.

C'est encore ainsi que, dans la pièce de vers arabes traduite ci-dessus, page 33 de ce même volume, la principale grâce du dernier vers dépend de la presque identité des deux mots qâryb (proche, parent) et gharyb (étranger). C'est surtout dans les titres de leurs ouvrages que les écrivains orientaux sont jaloux d'observer cette espèce de consonnance ou de rime concordante ; on trouve peu de manuscrits qui

UOÔ NOTES.

ne se soient conformés à ce goût général, et on jà pu en voir surtout un exemple dans les deux lignes du titre arabe de notre manuscrit, rapportées ci-dessus dans le premier volume, page xxxv de l'avis préliminaire:

»s Voyez la note 3i du premier volume.

26 La vie de Sady a été très-longue , et sa vieillesse s'est prolongée au-delà des bornes qui limitent ordinairement la vie humaine. Il était plus que centenaire quand il s'éteignit, et plusieurs biographes orientaux prétendent même qu'il atteignit l'âge de 120 ans, comme nous l'avons vu ci-dessus, note 23.

Il n'est pas facile de déterminer d'une manière précise, dans cette longue époque, chacune des années auxquelles se rapportent les événemens de sa vie qu'il raconte, et particulièrement de décider quel est le prince qui faisait la guerre aux Croisés lorsque le poète devint prisonnier des Francs.

Nous savons seulement que Sady était né Tan 571 de l'hégire, qui correspond à l'an 1 175

de Tère chrétienne, une année avant celle où Djenghis-Khan, âgé de i3 ans seulement, monta sur le trône des Mogols.

Nous savons aussi que lorsqu'il termina et publia son Gulistany il vivait retiré à Chyraz, sa patrie, âgé de 83 ans, Tan 656 de l'hégire, qui a commencé le mardi 8 janvier, et qui s'est terminé le dimanche 29 décembre de Tan 1258 de 1ère chrétienne. C'est dans cette même année qu'il présenta son Gulistan au sultan Mozaffer-eddyn Abou-beker , fils de Saad, et qui portait le surnom de Zenguy, du nom du fondateur de sa famille; nom dont nos histoires de croisades ont fait celui de Sanguin.

Ce prince était de la dynastie des Salgouriens, plus connue sous le titre des Atabeks de Pefse. Ces Atabeks étaient Turkomans d'origine, et ils ont régné dans la province du Farsistan , dont Chyraz était la capitale , depuis 1 an 1148 jusqu'à Tan 1264 de 1ère chrétienne.

Mozajfer-eddyn régna lui-même 35 ans, de Tan 623 de l'hégire ( 1226 de l'ère chrétienne) à l'an 658 de l'hégire (1259 de l'ère chrétienne), c'est-à-dire moins de deux ans après avoir reçu de Sady le Gulistan en hommage.

2o8 NOTES.

L'anecdote de l'esclavage et du rachat de Sady est racontée par lui-même dans son Gulistan, et son époque ne peut être placée qu'à une année de beaucoup antérieure à la présentation de son ouvrage. Pour la déterminer avec quelque vraisemblance, nous devons nous reporter aux premières années de la vie de Sady.

Il avait 20 ans, lorsque la mort de Saladin, sultan d'Egypte et de Syrie , arrivée Tan 592 de Thégirc ( 1194 ^e 1ère chrétienne) , délivra les Croisés de leur ennemi le plus redoutable ; il en avait 23 lorsque trois ans après, Fan 1197, l'empereur Henri VI envoya dans la Palestine une armée de 60,000 hommes, qui défit les Sarrasins en plusieurs batailles. Ces deux époques ont pu engager les Croisés à multiplier leurs incursions dans les contrées de la Palestine qu'ils ne possédaient pas, et leur donner la facilité de réparer les fortifications des villes qu'ils possédaient; mais, à cette époque. Sady était encore à Chyraz, puisqu'il nous apprend lui-même qu'il n'en sortit que pour fuir les ravages des Turcs ou des Tartares, et que son pèlerinage à la Mekke dut être motivé en partie par la nécessité de voyager hors de son pays natal.

Or , les conquêtes de Djenghis-Khan et des hordes de la Tartarie qu'il entraîna à sa suite , ne commencent que Tan 600 de l'hégire ( i2o3 de 1 ère chrétienne), lorsque Sady avait 29 ans. Mais, dans cette même année, les Tart ares étaient encore loin de Ck)raz% dont ils ne s'approchèrent que 1 5 ans plus tard , vers l'an 6i5 de l'hégire (12 18 de 1ère chrétienne), après avoir étendu leurs conquêtes dans les contrées plus orientales.

Sady avait donc déjà 43 ans environ lorsqu'il quitta Chyraz pour la première fois; c'est donc dans les années qui suivent immédiatement ce départ que nous devons placer son pèlerinage à la Mekke, son esclavage , son. rachat et son mariage.

Nous voyons, en effet, que Tan 121g de 1ère chrétienne , les Croisés , malgré le départ du roi de Hongrie, André II, qui quitta la Palestine après un an seulement de séjour, se sentirent assez forts pour aller en Egypte mettre le siège devant Damiette, qu'ils prirent, et où ils tuè» rent 80,000 Sarrasins. Ils firent en même temps diyeï*e$ incursions du cAté de Damas et dans les autres provtncespde la Syrie , e^c^st sans doute Jî. 18

dans une de ces incursions qne Sady tomba entre leurs mains. #

La guerre des Croisés avec le sultan d'Egypte ne tarda pas à leur devenir fatale. Ils furent défaits par ce prince en plusieurs rencontres , et forcés d'abandonner Damiette Tan 1222 ; ils durent alors réellement craindre pour leurs possessions de Syrie v et je placerai à cette époque le rétablissement fait par eux des fortifications de Tripoli, auxquelles Sady fut contraint de travailler. Il avait donc alors 47 ans.

L'année suivante, la détresse des Croisés fut telle, que Jean de Brienne, dernier roi de Jérusalem, crut nécessaire de passer en Europe pour solliciter des secours, et se rendit à cet effet à Rome, en France, et même en Angleterre , puis de là en Allemagne; il donna sa fille Yolande , veuve de Pierre de Courtenay, en mariage à l'empereur Frédéric , et fit à son gendre la cession de tous ses droits sur la couronne de Jérusalem.

Nous trouvons bien aussi que, Tan i25o de 1ère chrétienne, saint Louis , qui , après avoir repris Damiette, avait été fait prisonnier luimême , passa en Palestine aprèsr sa mise en li-

berté, et y fit fortifier plusieurs villes, entre autres celle de Tripoli ; mais , à cette époque , Sady avait déjà plus de 75 ans, et il est peu probable qu'à cet âge les Croisés l'eussent assujéti aux travaux, et que son libérateur eût pu penser à lui donner sa fille en mariage. Je crois donc les époques que j'ai présentées ci-dessus autant fixées que le permet la disette de renseignemens positifs, et autant que le peuvent demander la critique et la vraisemblance.

a? Les Musulmans donnent à Jérusalem le nom tXEl-Qouds et de Beyt eUmoqaddes , dont le premier signifie la sainteté et le second la maison sainte. Ils ont en effet la plus grande vénération pour cette ville, vers laquelle ils se tournaient en faisant leur prière, avant que Mahomet , par une nouvelle détermination , n'eût désigné, pour ce but sacré, le temple de la Mekke, voulant par-là établir une ligne de démarcation plus tranchante entre les nouveaux sectaires et les Juifs , qui se dirigeaient aussi du côté de Jérusalem dans leurs exercices religieux.

Lesauteurs arabesdonnent encore à Jérusalem

a i i notes.

les surnoms de Qouds el-mobarek (sainteté bénie), Je Qouds eUcherif (sainteté noble), et de Beyt eUqouds (la maison de sainteté ). Ceux qui en sont natifs prennent le surnom dVZ-ilftfydessy, d'él-Qoudsy et dêl-Moqadessy.

Abd-errachyd el-Bakouy, dont je possède un très-beau manuscrit, place cette ville dans le troisième climat, à la longitude de 68 degrés 5 minutes, et à la latitude septentrionale de 3i degrés 5 minutes ; il en fait la description suivante , page 74 de mon manuscrit :

« Cette ville , qui a été bâtie par le roi Daoud h (David), est dans un terrain pierreux, au milieu * des montagnes qui l'environnent; cependant a il y a des terres cultivées : la population n'y « boit que de l'eau de pluie qu'on rassemble « dans des citernes.

« La mosquée eUAksa est du côté oriental de « la ville; sa longueur est de 784 coudées , et sa « largeur de 453 : elle renferme 684 colonnes « de marbre de différentes couleurs , qu'on ap- « pelle êUfasyfasâ , et qui ne se trouve pas « dans le pays. Au milieu de la mosquée, il y a « une grande chambre , qui est large de 5 cou- « dées , et où l'on monte par différens degrés* »

KemaUeddin Mohammed , qui fiit surnommé cl-Mesry , parce qu'il était natif d'Egypte ( Mesr)^ et qui mourut l'an 906 de l'hégire ( i5oo de l'ère chrétienne), a% composé en six chapitres une histoire du temple de Jérusalem , qu'il a intitulée : Abyan êl-khessas Jj ahsan el~kessas.

Jérusalem fut prise par les Croisés l'an 109^ de l'ère chrétienne, après un massacre effroyable des Sarrasins qui l'habitaient, et qui en composaient la garnison : les princes croisés tinrent alors une grande assemblée , dans laquelle Gode* froi de Bouillon , duc de Lorraine , fut élu roi de Jérusalem; mais il ne régna qu'un an et mourut le 8 juillet 1 100. Une grande partie de la Syrie fut successivement enlevée aux Selgîoukides, et fut jointe à ce nouveau royaume. Les principales familles de France, qui faisaient partie de l'armée des Croisés, fondèrent, dans les villes de Syrie dont ils s'emparèrent , de petites souverainetés qui dépendaient du royaume de Jérusalem.

Lan 583 del'hégire(i 187 de l'ère chrétienne), le célèbre Saladin fit prisonnier Guy de Lusignan , roi de Jérusalem , et se rendit ensuite maître de Jérusalem elle-même. Ce royaume fut alors détruit; cependant plusieurs princes ne

laissèrent pas de porter toujours le titre de rois de Jérusalem.

Enfin , Van 690 de l'hégire Ci 291 de 1 ère chrétienne), les Francs furent entièrement chassés de la Syrie par les Mamlouks d'Egypte.

28 Deux villes des contrées musulmanes portent le nom de Tripoli : lune , Tripoli de Barbarie , est distinguée par les Orientaux sous la dénomination de Taraboulous cl-gharb , c'est-àdire Tripoli de V Occident: l'autre, qui fait partie de la Palestine ou de la Syrophénicie, reçoit d eux le nom de Taraboulous el-Cham (Tripoli de Syrie ).

Cette dernière ville a été prise par les Francs, suivant Abou-l-Farage , dans le mois de Dou-lhagèh de Tan 5o3 de l'hégire (11 10 de 1ère chrétienne). Suivant Jbou-l-Feda,e\\e fut reprise sur ces mêmes Francs par le sultan d'Égypte, Kelaoun, septième prince de la dynastie des Mamlouks-Baharites , le mardi 4 du mois de Raby-eUakher de Tan 688 de l'hégire (1289 de 1ère chrétienne) ; et il ajoute que cette ville était si bien fortifiée, que Saladin ni aucun autre prince n'avait osé l'attaquer avant Kelaoun. Ce-

wotes. a î 5

lui-ci fit démolir la ville , et il en fit construire une autre , qui subsiste encore aujourd'hift peu éloignée de la mer, au pied du mont Liban.

Lorsque les Francs s'établirent en Syrie, Raymond, comte de Toulouse et de Saint-Gilles, vint faire le siège de Tripoli , dont les sultans d'Egypte étaient alors les maîtres, et construisit près des murailles de cette ville une forteresse et un faubourg, qui furent brûlés par le gouverneur musulman , nommé Malek abou*Aly y et le comte de Saint-Gilles y périt étouffé par la fumée. Mais huit ans après, Van 5o3 de l'hégire(i 109 de l'ère chrétienne), Bertrand, comte de Toulouse , et fils de Raymond, parvint à se rendre maître de la ville, et y fonda une principauté considérable , sous la suzeraineté du royaume de Jérusalem. Raymond , son père , avait déjà avant lui pris le titre de comte de Tripoli, et il eut pour successeur son fils Ponce , qui laissa la principauté à son (ils Raymond II. Raymond III , fils de ce dernier, et qui lui succéda , n'ayant point d'enfans, donna le comté de Tripoli à son cousin Raymond de Poitiers, fils de Boeinond 1 III , prince d'An tioche, et mourut Tan 1188;^ .>.'■■:,-.•■. s

2l6 * NOTES.

Ainsi, Tripoli était entre les mains des princes d'Ànflodie, à 1 époque où Sady fut contraint de travailler aux fortifications de cette ville. *

29 La ville de Haleb en Syrie, que nous nom* mons Alep) est une des plus considérables de cette contrée, et passe pour être comme la clé. de son commerce.

El-Bakouy place cette ville dans le troisième climat , à la longitude de 72 degrés 10 minutés, et à la latitude septentrionale de 35 degrés 5o minutes.

Voici la notice qu'il en donne :

« Ville très-grande de la Syrie : son air est « bon et son territoire fertile : elle est entourée « de remparts : on y sème le coton, le semsem « (le sésame), le dakn (espèce de mil) : oh y « cultive, aussi la vigne, et on y recueille des « michmich (abricots). L'eau que boivent les « habitans est celle de la pluie. » ;

i 30 Lefs Musulmans ont pour les Juifs eticorê: plus de haine et de mépris que pour les* Ghré-

KOTES. 2I7

tiens; il n'est sorte d'avanie et de vexation que les malheureux Juifs n'aient à redouter de tous ceux qui ont quelque autorité dans 1 Orient ; et il est bien rare qu'on ne donne pas gain de cause à leurs adversaires, quels qu'ils soient et quel que soit leur droit. Etre assimilé aux Juifs est la plus forte injure que puisse recevoir un Musulman , et les plus fanatiques évitent même de toucher les habits des Juifs en passant dans les rues. Toits ceux qui font profession du culte judaïque étaient assujétis à un costume qui leur était ordonné, et à une forme particulière de turban. Ils se sont hâtés de se soustraire à cette injonction avilissante lorsque notre arrivée au Kaire y eut établi une tolérance générale et une égalité de droits pour les sectateurs de toutes les religions.

3| Dix dinars valaient à peu près cent cin* quante francs, et cent dinars environ quinze cents francs de notre monnaie. Voyez ci-dessus la note 24 , page 182 du premier volume.

Diqitized

3* Le mot Kurdistan signifie le pays des Kurdes ; la terminaison stan ou istan étant ajoutée par les Persans à tous les noms de provinces et de contrées, comme Farsistan (la Perse proprement dite), Thabaristan, Khouzistan, Hendostan ( l'Inde ) , Lar istan , etc. ,

Le peuple qui porte le nom de Kurd (dont le pluriel est Akrad, comme Jtrak est le pluriel de Turk), est originaire des monts Gordiens , qui forment une branche du mont Taurus, et qui séparent l'Arménie de la haute Médie.

Ces montagnes et les peuples qui habitaient les environs étaient appelés par les anciens, Cardueni et Garduchi^ de là les Kurdes se sont répandus dans l'ancienne Assyrie, le long du Tigre et de l'Euphrate, et ils ont donné leur nom à cette contrée : ils n'ont embrassé l'islamisme que fort tard y et ont presque toujours été en guerre avec les Musulmans. On trouve aussi des peuplades de Kurdes dans Y Iraq Babefy (Ylraq babylonien ou l'ancienne Cbaldée).

Suivant Khondemir, la nation des Kurdes tire son origine des malheureux sujets de Z)ohak , nommé aussi Piourasp , roi de la Perse , qui s'étaient enfuis dans les lieux les plus sau-

vages et les plus montagneux, pour se soustraire aux cruautés inouïes de ce tyran , sur lequel on peut voir ci-dessus la note 18, page 173 du premier volume.

33 Voyez ci-dessus la note a5, page 184 du premier volume.

34 Le Nakib el-achraf est le chef et le plus eminent de la corporation des chérifs ou nobles descendans de Mahomet par Aly, son gendre, et Fatimahy sa fille. (Voyez ci-dessus les notes i5 et 18 , pages i83 et 188 de ce volume.) Cette maison a long-temps été en possession du khalifat, et son rôle politique n'a cessé en Egypte qu'à l'époque de la domination de Saladin qui leur substitua les Abbassides de Bagdad, mais seulement avec le titre nominal de l'autorité spirituelle.

Maintenant le corps des chérifs jouit encore en Egypte d!une grande influence, et surtout de la considération publique. La place de leur chef ou de Nakib eUachraf n'est pas héréditaire , mais elle dépend du choix que fait le gou-

vernement parmi les plus recommandables de ce corps.

Ces fonctions sont d autant plus importantes, quelles donnent une grande prépondérance quand elles sont entre des mains habiles , et qu'elles attribuent de grands privilèges et une juridiction particulière sur toutes les affaires, aiw très que les flagrans délits, où un chérif se trouve impliqué.

La charge de Nakib el-achraf appartenait , lorsque nous sommes arrivés au Kaire , à Omar effendy. Il se retira en Syrie avec les beys qui suivirent Ibrahim-Bey, et sa place fut donnée, par le général en chef, le Ier fructidor an VI (18 août 1798 ), au cheykh eUBekry^ qui Fa conservée pendant tout le temps de l'expédition.

On peut voir ci-après, note page 2 38 de ce volume, les titres magnifiques qui étaient attribués à ce cheykh par la place qu'il remplissait.

35 Les femmes du peuple et les courtisanes publiques, au Kaire, aiment à se tracer sur les bras, les mains, le menton, l'estomac et d'autres endroits du corps, des fleurs ou autres or-

JVOTES. 22 1

nemens bizarres dont la trace est ineffaçable. Leur coquetterie leur fait employer, pour cet effet, le même procédé que celui qui est familier aux sauvages de l'Amérique pour leurs tatouages , c'est-à-dire des piqûres qui tracent dans Pépiderme les contours des dessins qu'on veut y incruster. On sait que cette fantaisie , dont le procédé n'^st pas exempt de douleur , a été aussi celle de plus d'un de nos soldats. Mais ceux-ci frottent les piqûres avec de la poudre, qui y laisse pour toujours une trace noire, tandis que les femmes du Kaire emploient dansle même but une sorte de teinture d'indigo, et cette couleur se mêlant avec le san£ des petits vaisseaux, que l'opération a ouverts, y dépose une couleur bleue qui ne disparaît qu'avec la peau elle-même.

36 Voyez ci-dessus la note 2, page i58 de ce volume.

37 Voyez ci-dessus la note 20, page 178 du premier volume.

38 La ville (le Hirah, qu'il ne faut pas confondre avec Herah , ou Herat du Khorassan en Perse (l'ancienne Aria), est située dans l'Iraq arabique ou ancienne Chaldée,à deux lieues environ de la ville de Koufah.

Elle fut construite sous le règneMes princes successeurs d'Alexandre-le-Grand , par M aie k fils de Saham, de la tribu iïAzed, et descendant de Saba, ancien roi de l'Yémen. Malek fonda à Hirah, sous la suzeraineté des rois de Perse, un royaume qu'il laissa, à sa mort , à son frère Amrou.

Giodhaymahy fils de Malek, succéda à son oncle Amrou, et après lui le royaume de Hirah passa à Ady , fils de Nassir, de la famille des Lakhmites, qui avait épousé Rakach , également fille de Malek.

Les rois de cette dynastie sont appelés par les Arabes, les Mondars, parce que tous ces princes ont porté ce surnom, comme les rois égyptiens celui de Pharaon, et les empereurs romains celui de Cœsar.

Les plus célèbres de ces rois sont Amrilkais , ou Amriolkais , et son fils Nouman,

Amrilkais était de la tribu de Kendah. Ce

prince est un des plus illustres poètes que les Arabes aient eus avant F islamisme. On le compte en effet au nombre des sept poètes , dont les ouvrages furent jugés dignes, dans le concours général qui avait lieu à la Mecque , d'être écrits en lettres d'or sur une étoffe de soie, et suspendus dans le temple de cette ville. Ces poèmes sont par cette raison désignés par la double dénomination de medahebât (dorés) et de moallakat (attachés , suspendus).

Aussi malheureux comme roi qu'heureux comme poète, Amrilkais fut chassé de ses états par la révolte de ses sujets, et obligé de se retirer à Anjj^re en Galatie, où il mourut, suivant quelques-uns, assassiné. Il était contemporain de Mahomet; mais loin d'adopter les opinions religieuses du prophète, il avait composé des vers satiriques contre lui.

Nouman , fils d'Amrilkais , régna ensuite à Hirah , dans laquelle il fit construire un palais magnifique. Il est aussi le fondateur d'une ville de l'Iraq arabique , appelée Noumaniéh , du nom de son fondateur.

Plusieurs autres rois de Hirah ont également porté le nom de Nouman. Le prince dont il est

2 Si 4 NOTES.

ici fait mention est distingué de ses homonymes par le surnom iïel-Aouar (le Borgne). On dit

qu'on lui persuada d'abandonner le culte des idoles et de se faire chrétien ; on ajoute qu'après son abjuration de Vidolâtrie , il descendit volontairement dû trône, et que, remettant la couronne à son fils Hendou, il se retira dans une solitude ignorée , dans laquelle il passa le reste de sa vie.

39 Le tag ou tadj est le nom de la couronne ou de l'ornement royal qui était particulier aux rois de Perse. Cet ornement , inventé par Kayoumara Ihy était d'abord entièrement d'or; mais ensuite le diadème royal a été une espèce de turban en soie rouge , brodé en or et orné des plus précieuses pierreries. Le milieu s'élevait en forme de cône, et était composé de douze segmens qui se réunissaient en pointe. Les anciens rois de Perse ne portaient cet ornement que quand ils siégeaient sur leur trône, et qu'ils recevaient les hommages de leurs sujets dans les grandes cérémonies. Quelquefois aussi on trouve le mot tadj employé pour exprimer le turban , le bonnet des Persans en général. C'est cet ornement des

JNOTES. 22 5

rois Persans que les écrivains grecs ont appelé la tiare royale.

Le mot tag a été emprunté des Persans par les Arabes , et il sert de titre à un grand nombre d'ouvrages. C'est ainsi qu'un de leurs recueils historiques est intitulé Tag el - taouarykh (Couronne des histoires); un livre de morale a pour titre Tag el-adib( Couronne de l'honnête homme); le traité de Zamakhchary sur les noms propres est intitulé Tag el-esma( Couronne des noms) , etc.

Ce mot entre aussi dans la composition de plusieurs noms propres; tels sont , Tag el-moulk (Couronne du royaume), nom du vizir d'un sultan des Selgioukides ; Tag-eddin (Couronne de la religion ) , autre surnom du même vizir et d'un général des sultans Gourides; Tag^mehal (Couronne du palais), nom de la favorite de Chali-gchan , sultan des Indes, etc.

40 Voyez ci-dessus la note 10, page 174 de ce volume.

41 Le mot wezyr ou vizir, qui est employé

chez la plupart des peuples orientaux pour désigner le principal ministre d'un souverain , est arabe, et vient de la racine wazara, qui signifie proprement porter un fardeau.

La vraie signification du mot vizir est donc , d'après son étymologie, celle de portefaix ^ mais ce mot a depuis siguifié, par extension, «celui à « la prudence et à la conduite duquel est confié « tout le poids des affaires et le gouvernement « de l'empire. »

Ce titre , qui a commencé à être en usage sous l'empire des khalyfes, a continué jusqu'à nos jours d'être employé dans les monarchies orientales. Tous les ministres de l'empire ottoman ont le titre de vizir; mais le premier joint à ce titre celui iXAzem ( grand, élevé, suprême), et s'appelle ainsi wezyr-âzem (grand-vizir).

4* Le nom Rouchen-ray et celui de Rouch-ray sont composés des mots persans ray , rouchen, et rouch:

Ray signifie proprement en persan méditation, délibération , conseil; il est même souvent employé pour designer particulièrement le conseil

royal , puis , par extension , /* autorité royale, le roi lui-même.

Rouchen signifie proprement en persan tout objet lumineux , par extension, « tout objet d'où * vient la clarté, et même une fenêtre »; au figuré, ce mot a le sens de célèbre , $ illustre, de remarquable.

Rouch signifie difficile , désagréable , insupportable; méchant, d\in mauvais caractère , inhumain.

Rouchen a été employé non-seulement comme épitliète, mais encore comme nom propre : c'est ce nom, dont les Grecs ont fait celui de Roxane, que portait la princesse persane qu'épousa Alexandre-le-Grand.

43 Le "mot Turkestan signifie proprement le pays des Turks. Les Orientaux donnent généralement ce nom à toute l'étendue des vastes contrées situées au-delà du fleuve Gjrhoun (l'ancien Oxus), et désignent aussi ces pays par la dénomination de Ma-ouera-ennahar (le pays d'audelà du fleuve), ce qui correspond à la Transoxiane des anciens.

a 28 NOTES.

Les géographes orientaux citent les noms d'un grand nombre de peuplades qui habitent ou parcourent ces vastes contrées.

Les musulmans devinrent maîtres du Turkestan, sous le khalyfat de Oualyd, sixième prince de la dynastie des Ommiades; après s être successivement emparés des villes de Bokharah, de Samarqand et de Ferghanah, leurs généraux entrèrent en vainqueurs dans la principale forteresse du pays, appelée Rouin-diz(\e château de bronze), et dans la grande ville de Kachgar, regardée comme la capitale de tout le Turkestan.

Le titre ordinaire que portaient les rois du Turkestan était celui de khaqân^ ou de khan , qui paraît n'être que l'abréviation du premier. Aussi, par le mot khaouaqin (pluriel de khaqân), les historiens arabes désignent toujours les rois des races turques, mongoles et tatares.

C'est ainsi que les Tobbas désignent tous les rois de l'Yémen , les Mondars les rois de l'Iraq arabique, les Kesras (Khosroes) tous les anciens rois de Perse.

Chez les Arabes et les Persans , le titre de sultan était réservé exclusivement au souverain

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