IL
lement Tonhamhyitif du nom de Moulaye Et-Touhami ben Moh'ammed ; ce dernier est considéré par la masse des affiliés et des dignitaires de Tordre comme le pins illustre réorganisateur de la Confrérie (458). On sait que le chef de cette confrérie est devenu le protégé de la France et q ue, dans ces derniers temps, il a joué un rôle important dans notre politique marocaine. Il serait injuste de méconnaître les services que la maison d'Ouazzan nous a rendus, non seulement au Maroc, mais encore en Algérie. Peut-être ces services nous ont-ils inspiré une confiance un peu exagérée dans la puissance de l'ordre des Tayyihiyin, En tous cas, il est certain que les articles de la presse métropolitaine sur le chérit' d'Ouazzan ont le plus souvent manqué de mesure et qu'ils ont contribué à répandre dans Topinion publique des idées fausses sur le degré d'influence de Tordre de Moulaye Tayyeb. On en est venu à considérer les grands maîtres de cette confrério comme ayant une influence prépondérante dans tout le Maroc à l'exclusion des autres puissances religieuses. M. Mouliéras s*est élevé, non sans vivacité, contre de pareilles exagérations qui pourraient avoir leurs dangers (458 seq.) Tout en reconnaissant la grande influence du chérif d'Ouazzan dans nombre de régions du Maroc, il a fait observer qu'en mainte autre contrée elle était absolument nulle (0; que la ville d'Ouazzan, située chez les Béni Messara, gémit en réalité sous le joug de ces derniers, lesquels ne se font pas faute de la piller de temps à autre (469; ('> ; que la noblesse la plus vénérée, la plus populaire du Maroc n'est pas celle des chérifs d'Ouazzan, mais celle des descendants directs des derniers princes Idrissites (462) (^). Il faut donc revenir à une appréciation plus modérée et plus juste de Tiniluence ouazzanienne dans Tétendue de Tempire chérifien, tout en remarquant que la diplomatie française ne pouvait négliger de se servir de cette influence, car les puissances rivales n'auraient pas manqué alors de l'exploiter contre nous<*).
(l) (Jf. DE FouCAULD, Reconnaissance, p. 16:M6i. Cl) Voy. sur ces pillages de Lam. et Lac, Documents, F, p. 37j. 4J8. 408.
(3)(f. ici., p. 361-367.
(\) Bull. Comité Afr. franc., 1898, p. I2L
Googlj'
A côté des grandes sociétés religieuses qui initient leurs adeptes aux pures joies extatiques, il y a aussi, chez les Djebala, des confréries purement sportives, dont le tir à la cible est le principal exercice (473). Chez les Béni Messara, tous les jours, dans chaque village, de nombreuses compagnies s'exercent au tir et à l'escrime <^>. Dans toutes les fêtes, les exercices sportifs tiennent le premier rang, tir, escrime, jeu
de balle avec une balle d'où sort une longue aiguille, etc
(176). Pas de fête sans que la poudre ne résonne; comme tous nos indigènes, les Djebaliens sont des fanatiques de la fantasia(^\ soit équestre, soit surtout pédestre : une vingtaine de combattants se jettent à plat ventre, rampent, se cachent derrière les obstacles, bref, imitent toutes les ruses de la guerre <'^>. Puis au bout de quelque temps de ce manège emprunté aux adeptes de Sidi Ah'med ben Mousa (*), un cri retentit, aussitôt suivi d'une décharge générale de fusils (30).
Tout, chez les Djebala, est prétexte à fête et s'il y a un pays dont les habitants mènent joyeuse vie, c'est bien c?lui ci ; les enterrements eux-mêmes sont des occasions de bombances <'*). Mais les fêtes ne seraient pas complètes sans les danses lascives des courtisanes et des mignons (20, 52, 104, 453, 608, etc.) (6). /.
Car les Djebala ont le triste privilège d'être le peuple le plus débauché qu'il y ait au Maroc. La corruption des mœurs y
(1) Sur les confréries de tireurs, vov.T{i^^\ Marabouts et KhouaUf 1 vol. S\ VIII-552 p., Alger, 1884 ; p. I2i-126. — Sur le tir à la cible chez les indigènes, cf. Delphin» Textes, 271-275.
(2) a L'afTaire importante ici nVst point le trafic, c'est le Jeu des chevaux; tou t cavalier des Aït Ben Zid est tenu de venir chaque dimanche (jour de marché) y prendre part ; une amende de dix francs punit les manquants » (deFoucauld, Reconnaissance, p. 71.)
(3) Sur la fantasia comparée chez les lUfains et les Djebaliens. cf. QuEDENFELDT, FAnth., etc., pp. 119-120 Cf. les combats singuliers de^ Touareg décrits par Fourb.\u, Mon neuvième voyage au Sahara et aux patjs touàreq, in Bull. Soc. Géog. Paris, 7" sér.. t. xix. 2' trim. 1898, pp. 236-2:57.'
(i) Cf. DepontcI Coppûlani. Les Confréries religieuses musulmanes, 1 vol. 576 p., Alger, 1897: p. 367.. et surtout l'important travail de QUEDKNFEi.DT qui écvït Sicli H'ammed (sic) ou Mousa (loc. cit , 1889, p. 572).
(^) Maroc Inconnuy I, p. 66.
(6) Sur les danses des hommes et dos jeunes éphèbes. cf. Delphïn. Textes^ pp. 246 et 256.
atteint un degré inimaginable O. Point de village où ne pullule rignoble giton, le âil répugnant; les Djebala sont pourris par la sodomie <"^). Chaque étudiant a son mignon et il est même difficile à celui qui est seul d'obtenir la retba dans une mosquée, car on craijit qu'il no veuille s'emparer d'un éphèbe appartenant à Tun de ses condisciples (65). Nombre de femmes mariées supportent que leur époux entretiennent sous le toit conjugal une dq ces immondes créatures (-^76, 512) ; on se fait gloire d'avoir un tel compagnon et on se promène avec lui (65) <"*>. A côté du àï/, il y a aussi la aila, prostituée achetée et possédée en commun p«ir plusieurs célibataires f 14) Tout ce beau njonde se réunit dans chaque village au heiUeççohfa, sorte de maison commune où sont enfermées les armes et les munitions du village et qui est en même temps le Ihéàtre doï-gies eHrénées (*> . La lubricité des femmes mariées, dans certaines tribus, égale celle des hommes (180) et il faut la crainte des épouvantables châtiments qui attendent, l'adultère pour les contenir dans le devoir que leurs maris observent si peu.
Aïl et alla sont mis en vente ("*> sur les marchés, absolument comme une marchandise (6i) : leur prix ne dépasse guère
(1) Et pourtant de Foucauld, Reconnaissance^ p. 136, résumant ses impressions sur l'ensemble des marocains dit : a Les mœurs sont dissolues. »
(2j L'exemple, du reste, vient de haut et les cliénf d'Ouazzan eux-mêmes ne sont pas exempts de vices infâmes :
Et quia non metuunt animœ discrimen Principes in habitum verterunt hoc crimen ; Virum viro turpiter jungit novus hymen, Exagfitata procul non inlrat femina limen.
(Wright, Anecdotica literaria, apud du Mkril, Pocsjes pop. lat. du Moyen-Açfe. vol. 8", i5i p. Paris. 1817 ; p. 102. n. 4. où Ton trouvera d'intéres'îautes indications bibliog-aphiques sur los vires honteux du Moy(^n-Apre;, En ce (jui concerne Ouazzan. Cf. in Bull. Com. A f r. franr., [oc. cil., i'alhision de In ligne 2U. d'en bas. col. 2, p. 121. On trouvera une source de comparaison^^ intéressantes avec les mœurs djeba iennes dans le récent article de Matignon. Deux mots sur la péd. en Chine, in Rev. d'Anthr. 'vim. t. XIV, 14"ann., u" 70, 15 janv, 1899, pp. 38-53.
Ç.\) Cf. Haedo. Topographie et Hist. Qén. d* Alger, trad. Herbrugger et Monere^u, in Rev Afr,, XV' ann.. n^ 85. janv. 1871, p. 49 et n» 88, juil. 1871, pp. 312-313, en tenant compte toutefois des exagérations de Haedo.
(4) Au cours d'une diatribo. fielleuse que son ton nep^rm;^t pas de discuter dans tiri" n;vue sérieuse, M. Oelbrel, qui n pénétré chez Ihh Fechtala, convient cep udj^ (jue tout c^ que M. Mouliéras a dit ite*^ ma^irs abominab'es desfljlbali»^.ns est exact (Dcprche A Igériennedu '20 juin 18 >9.; Voir dans la Dépi'che Aby'ricnne du 28 juin 1899 une réponse à l'iirticle de M. Delbrel.
(5) Cf. DE Lam. et Lac, Documents, I, p. 438.
150 francs, quoiqu'il y en ait parfois qui atteignent 300 francs, sans doute à cause de leurs talents inavouables (511). Comment se recrute ce bétail humain ? La plupart des jeunes ^ens exposés ainsi étaient originairement des prisonniers de guerre; beaucoup aussi proviennent de vols, car, de tribu à tribu, de continuels enlèvements ont lieu (^>. Malheur au jeune homme qui s*écarte trop des lieux habités : il court le risque de tomber entre les mains de ces maraudeurs d'une nouvelle espèce (39,51, 76) (2).
A côté de la lubricité djebalienne, les mœurs du Rif et des Braber font contraste par leur pureté. Il semble qu'au Maroc, les populations restées berbères soient d'une moralité supérieure aux berbères arabisés (374). Les Dsoul, par exemple, mal arabisés et voisins des Braber, sont exempts des vices infâmes de leurs compatriotes djebaliens (435) et, d'une façon générale, les Riafa n'ont pas assez de mépris pour les inavouables mœurs de leurs voisins ^\ La lubricité de ceux-ci s'accommode très bien, chose curieuse, avec leur fanatisme et c'est précisément dans les bourgs où il y a le plus de mosquées et de clercs étudiant le Livre sacré que les mœurs sont le plus relâchées (403).
Des gens qui vivent ainsi au milieu des pires excès doivent nécessairement s'user vite : aussi l'impuissance est-elle fré-
(1) Ces mœurs incroyables sont également rapportés par de Lam. et Lac. Documentât I, pp. 408, 438. 44l : les Béni Messara viennent enlever
des jeunes garçons dans l'intérieur même d'Ouazzan ils n'épar- ^
gnent pas plus les filles des chérif que les autres.
(2) Les Djebaliens qu'on interroge au sujet de toutes ces hontes sont généralement embarrassés et n'avouent pas aisément les turpitudes de leur piys. Mais les habitants du Rif qui les connaissent ne tarissent pas à ce sujet ; nous venons d'en faire encore l'expérience quelques instants avant d'écrire ces lignes.
(3) 11 serait peut-être dangereux de généraliser outre mesure et de conclure que, d'une façon absolue, les Berbères de l'Afrique Mineure n'ont été corrompus que par les Arabes. Biep que les mœurs de la grande Kabylie soient en général pures, il s'est cependant conservé çà et là (Guifser) des usages bien immoraux. Cela est encore plus accentué dans l'Aurès et les b rbéres d'Ouargla sont, parait-il, extrêmement dissolus. Sif^nalons cependant Ici que M. Camille Sabatier a soutenu au Congrès de Géographie d'Alger de cette année une thèse anal(igue à celle de M. Mouliéras : s'appuyant sur des données statistiquï^P^il a cherché à démontrer que la criminalité en Algérie était loujourîf plus élevée dans les douars-communes arabes ou arabisés que dans les douars-communes berbères. •
quente, chez les Djebaliens et elle est leur grande terreur (52). Plutôt que de l'attribuer, en effet, à leurs monstrueux abus, ils sont convaincus qu'elle est généralement Teffet d'un sortil/ège (52). Le thik'af <0, ou art de nouer Taiguillètte est florissant chez les Djebala et on trouvera dans le Maroc Inconnu les moyens employés à cet effet (499 seq). Aussi, ce que les Djebaliens demandent le plus à la médecine, ce sont des aphrodisiaques : ils emploient dans ce but le pyrèthre (Anacyclus pyrethrum^ Coss.), qu'ils appellent TijenVast (en arabe guenCes), le turbith (G/ohularia Alypum, L). qu'ils appellent Taserr'int et les différentes espèces d'orobanches, dont l'aspect bizarre ne pouvait manquer de les frapper et qu'ils appellent Araiim (en Algérie, rdim). La thérapeutique se borne chez eux à l'emploi de quelques simples (105-106, 476 seq.) Les Heouara-t-el-H'adjar ont une singulière coutume: le premier jour du printemps presque tout le monde absorbe, mélangé au couscouss, du derias ou thapsia cuit : ils pensent que cela les met, pour un an, à l'abri des maladies, même de l'hydrophobie ! (418). La rage se traite ainsi : on enlève une poignée de poils à l'animal après l'avoir assommé, on la réduiten cendres et on applique celles-ci sur la plaie (2). La victime doit ensuite se bourrer d'ail cru pendant huit jours. Si la thérapeutique est rudimentaire, la chirurgie l'est encore plus: quelques t'olba opèrent, paraîtrait-il, îop goitreux, nombreux dans certai • nés tribus où on les nomme rçh'ah'vhh'alk'oum (799, n. 1), mais nulle part on ne pratique la trépanation, très connue des habitants de l'Aurès (336, n. 1)(3).
(1) A Alger, on dit encore rebaf ; merbouf, qui a l'aiguillette nouée.
(2) Cette manière de traiter la rage paraît répandue sur toute la surface de l'Afrique du Nord, avec différentes variantes. Cf. Largeau, Le Sàhar<p Algérien, 1 vol. 16% Ul p., Paris, 1881 ; p. 80. De même on guérit la piqilre du scorpion en écrasant la bête sur la plaie (Largeau. op. laud., p.iiOU). Au reste c'est une croyance très répandue que les animaux malfaisants guérissent eux-mêmes le mal qu'ils ont produit ou encore sont rendus inoffpnsifs par 'eur propre image. Cf. une note intéressante à ce sujet dans HouDASet Basset, Miss, scient, en Tun., in Bull, Corresp, Afr., 1884, p. 46, n. 2; et Carr/^ de Vaux, V Abrégé des merveilles, \ "ol. in 8», Paris 1897. pp. 272. 243. 285; commenté d'une façon très intéressante par Maspéro, in Journ. des Sav., févr. 1899, pp. 82, 83.
(3) Cf. Malbot e» Verneau, Les Chaouias et la trépanation du crâne dans l'Aurès, in L'Anthrop. t897. t. Vlll, n» I, janv.-févr. et suiv. — Nous n'avons pas à notre disposition, an moment où nous écrivons ces lignes le travail de Queuenfeldt, Krankheiten, Volksmedicin und abergl. Curen in Marohko^ in Ausland, 1891, 4 seq.
La panacée universelle reste encore le h'irz, Tamuletle, griffonnée par les lettrés. Comme jadis la Thessalie pour les Grecs, le Maroc pour les algériens est la patrie des sciences occultes. La vénération des masses pour tout ce qui est écrit ^i) leur donne une confiance aveugle dans les petits carrés de papier contenant des formules magiques dont la vente est le principal moyen d'existence d'innombrables l'olba (477)(^).
La seule institution gouvernementale qui existe chez les Djebala, c'est la djemaâ <'^) ; sans elle le pays serait en proie à l'anarchie la plus complète et les habitants se décimeraient les uns les autres. C'est une antique institution, mais chez les Djebala arabisés elle a perdu sa form ' berbère primitive et son ancienne organisation <*). Toutefois elle reste encore le seul pouvoir qui soit capable de maintenir un peu d'ordre dans la société djebalienne (503). Ses attribuliorTs sont extrêmement étendues : elle décide également sur les affaires d'ordre gouvernemental, administratif ou judiciaire; elle connaît du civil et du criminel ; bref elle exerce une véritable omnipotence r504). Bien qu'elle se conforme naturellem^ nt à la coutume, cependant il ne paraît pas qu'il existe des k'anonn écrits ^^), En ce qui concerne la sécurité, la djcmaà est la seule garantie
(1) Quand Largeaii, à Ouari^la, faisait aux malades des applications de sinapismes Rigollot, ils étaient persuadas que ce qui agissait c'étaient les caractères tracés sur le dos du sinapisme (avis sur la manièr«i de s'en servir) et ils s'écriaient : <t QupI grand médecin I il écrit des livres qui brûlent comme du feu I » C. Lahgeau, Le pays de Rirha^ i vol. 16«. 413 p, Paris. 1879 : p. «5.
(2) Cf. Maroc Inconnu, I, p. 53,92.
(3) Nous aurions pu nous étendre davantage sur ce très intéressant chapitre des djemaà, mais nous avons à ce sujet en manuscrit un travail spécial que nous espérons mettre plus lard au jour Les deux livres fondamentaux à consulter à ce sujet sont celui d-j Hanoteau et Le- TOURNBUX (op. laud.) et Masquera y. Formation des cités ches les populations sédentaires de l'Algérie, 1 vol. XLVni-326 p., 8*. Paris, 1886 (Thèse).
(4) l\ en est cependant resté quelques traces. Cf La m. et Lac. Documents, 1, p. 428.
(5) Us sont fort rares au Maroc, (^f. Fotjcauld, Reconnaii'sance, î, 90. Au moment où nous corrigeons ces épreuves. M. Mouliéras nous fait :iavoir qu'il existe des k'anoun manu-scrits dans les grands villages de Lékhmas, Beni-Zé rouai et (^nhadja.
des habitants; à cet égard, ses membres auraient plutôt souvent une tendance à étendre sa compétence, afin de se partager, indûment d'ailleurs, les amendes qu'ils infligent (391). Mais ils sont retenus d'autre part par la nécessité d'éviter toutes les occasions d'aiïaiblir leur autorité en se heurtant à lopposition de gens puissants (283.) La djemaà, pour cette raison, s'immisce le moins possible dans les querelles personnelles : en ce qui concerne les meurtres en particulier, elle laisse aux familles le soin de venger elles-mêmes les victimes par l'exercice du droit de talion (*> (504). Ne font partie de la djemaà que les hommes d'âge mûr, mariés, considérés, fils d'un ancien membre du conseil et ayant des parents dans le village c^). La djemaà siège en permence (505) ; il y en a une par village ou par groupes de quelques villages (GO) et, en outre, il y a une djemaà .cçénérale de toute la tribu (506) qui dirige ce qu'on pourrait appeler ia politique extérieure et décide de la paix ou de la guerre. Quant au caïd nommé par le sultan et que la plupart des tribus ont fini par accepter, il ne garde une ombre d'autorité qu'autant qu'il reste en bons termes avec la djemaà générale; sinon il est obligé de déguerpir (506j. Les djemaà locales élisent un chef par fraction; la durée de ses pouvoirs n'est pas limitée ^^^ et il est révocable par ceux qui l'ont nommé. Nous avons déjà vu que les munitions étaient déposées au béït eç çohïa de chaque village ; c'est qu'il y a partout une sorte de niili<'e bourgeoise, dont ne font partie ni les étudiants, ni les hommes mariés. Le béït eç çoh'fa est donc fréquenté surtout par des ignorants et des célibataires, et cela nous explique comment il est devenu Taboniinable lieu que nous savons 2'2-23). Ainsi, il y a un commencement d'organisation militaire et, en cas de guerre, une petite armée peut être
(l) C'est la rel.'ha kabyle ou tltamegueret. Cf. Hanotrau et Letour- NBUX, op. laucL. t. ni. p 6K On ra|)pe]le enc«'rti on^iVa au Maroc Cf. Moh'ammed BEN Haii'al A traiers les Béni Snassen, in Bull. Soc* Géog. Or an, XII ann , t. IX, fasc. XL, janvûir-mars 1889. p. 31 n. 1.
Çl) Souvent (Hek'k'onya, Rif), les membres de la djernaà so distinguent des simples particuliers par la djellaba noire et le rouleau de corde en poil de chameau {Maroc Inconnu. I. p. 92).
(3) LesU'iatha n'êlis-ent aucun espèce de cheikh (de Foi'Oaui.d, Reconnaissance, p. 34) de même que les Ida ou BelalCiV/.. p. 155). Ailleurs le cheikh est élu pour un an (iV/.. p. !I2). Ailleurs encore, il est h(^réditaire {ici. 151).
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promptement réunie; la centralisation sociale en effet ne dépasse pas la tribu, et Tétat d'hostilité de ces agglomérations est pour ainsi dire permanent dans les Djebala (248).
Le sentiment de jiationalité est, pour le moment, encore restreint à la tribu ; la plus grande solidarité règne généralement entre contribules, et il n'y a point d'exemple qu'un individu soit mort de faim au milieu de ses concitoyens, comme cela arrive quotidiennement dans nos sociétés civilisées (318). Mais avec les frontières de la tribu s'arrête l'esprit de confraternité; le djebalien ne voit pas plus loin : les hommes qui sont de l'autre côté de la rivière ou sur l'autre versant de la montagne ne sontpas ses frères 0\ Pourtant, la division générale des Djebala en Cenhadja et en R'mara est déjà l'indice d'un groupement supérieur à la tribu X^). En outre les Marocains civilisés commencent à entrevoir vaguement l'idée d'une patrie marocaine et c'est un des côtés les plus intéressants du Kitah el hlik'ça, qu'il contient à cet égard de nombreux plaidoyers (26); fait grave, digne d'être médité par nous. C'est à vrai dire une idée qui est encore loin de se faire jour dans l'esprit de la multitude, et les Djebala, en particulier, n'en sont encore qu'à la forme tout à fait provinciale du patriotisme. Ce manque de cohésion, l'émiettement des tribus et l'insécurité sont cause que l'on ne pourrait voyager si l'hospitalité n'était généralement pratiquée. A Ta vérité, l'étranger, dès qu'il paraît dans une tribu, est considéré comme un ennemi : hospes, hostis. Mais dès qu'on l'a accueilli, on le traile en hôte ; les marabouts, les zaouiya offrent habituellement le gîte et le couvert à l'étranger, ce sont presque les hôtelleries du Maroc (^>. Cependant il y a des pays où la méfiance à l'égard de l'étranger quel qu'il soit ne désarme pas ; les habitants d'Ouazzan (nous ne parlons pas de la zaouia), sont particulièrement inhospitaliers (482-
\\) Voy. les remarques fbrt intéressantes et. en ce qui concerne le Msfçhrib, entièrement vériflables, de Gumplowicz, La lutte des races, trad. Baye. 1 vol. S\ Paris, 1893, p. 193 seq.
(2) « En 1882 l'assemblée générale desBraber s'est, dit-on. réunie: elle était composée de délégués de toutes les fractions (véritables tribus) et formait un total de prés de 1000 personnes » de Foucauld. Reconnaissance, p. 362).
(3) Cf. DE Foucauld, Reconnaissance, p. 167).
LES DJEBALA DU MAROC Sd
485). Il en est de même de certaines peuplades d'El R'arb et de Lékhlout* qui ne se gênent pas pour répondre à celui qui se présente comme dheïf Allah (hôte de Dieu) : ^^v» ^jl^I jt^i'l I^^.L^j c'est-à-dire : «L'alouette est plus petite que toi, e cependant elle couche dehors » (552) <^K
(l) L'hospitalité indigène tant vantée, a eu aussi ses délracteurs : on a prétendu, non sans apparence de raison qu'elle favorisait la mendicité et qu'elle augmentait le nombre des vagabonds. Cf. Berbrugger, De Vhospitalûé chez les Arabes, in Rev, Afr., XIII* ann , n* 74, mars 1869, pp. 145-150.
(2; Cf. QUEDKNFELDT, Eint/i, #tc. ... p. 118-119.
(3) Cf. DE Lam. et Lac, Documents,!, 432-433. Sur le brigandage des Béni Messara, cf. id., p. 438.
(4) Voy. dans Delphi, Textes, p. 196, le procédé original employé par les bandits marocains pour faire restituer aux voyageurs l'argent ou les bijoux qu'ils auraient pu avaler, afin de les dérober aux recherches des voleurs.
(5) Cf. DE FouCAULD, Reconnaissance, p. 5.
(6) C'est ainsi que de Foucauld, loc, ctt, ne put trouver à Ech-f -haoun un guide pour le conduire jusqu'à Fas à travers les territoires de Liékhmab, Béni Zeroual et Béni Âh'med.
Nous avons parlé d'insécurité. Que dire en effet d'un pays, où l'on répète couramment, comme un proverbe: r J^ «l^-l/J^t ,,:>o» 'iLsr^ c^^^'y c'est-à-dire : a Celui qui n'a pas le fusil à la
main est un homme mort (586) »? il n'y a pas de contrée ^
qui soit plus infestée par les brigands que les Djebala. Une '
tribu, célèbre par son banditisme, semfile en avoir reçu son
surnom, puisqu'elle s'appelle Béni Ah'med-e^-Soarrak\ c'est- '
à-dire «'les voleurs fils d'Ah'med ». Il n'y a point de plus incor rigibles pillard» (3> et leur proverbe favori est : El haVelh'elou, a ce qui ne coûte rien est doux » (763). Les Dsoul sont également célèbres par leurs brigandages ; ils ne respectent absolument personne (423). Au surplus tous les Djebala excellent dans l'art de couper les routes et de dévaliser leur prochain (281-282) ; tout est pour eux de bonne prise (*) et la plupart du temps ils laissent leur victime absolument nue(^). Rien n'est plus fréquent dans un village que de voir rentrer dans le plus simple appareil une personne qui était partie en voyage '147), et il y a tel ou tel trajet pour lequel on ne trouverait aucun guide qui consentît à vous accompagner ^''). L'iulluence des
Goo^
marabouts eux mêmes est souvent inefficace, et, d'ailleurs, il y a tel santon fort vénéré de sa tribu, qui est lui-même un coupeur de routes émérile, par exemple Sidi-1-Mekki-l Ouazzani, dont la zaouia est située chez les Fennasà (378-381).
Un autre motif d'insécurité, c'est l'état de guerre perpétuel qui existe entre les tribus. Elles ont entre elles des haines féroces, et elles exercent réciproquement sur ceux de leurs membres qu'elles font prisonniers, d'atroces représailles (386- 387j. Lorsqu'une tribu est menacée, elle implore l'alliance des tribus de son çoff ; des députés se rendent sur les marchés de celles-ci et égorgent publiquement un taureau : c'est le âr (honte, déshonneur), sacrifice par lequel on avoue sa faiblesse pour demander secours (311). Les batailles, naturellement, ne sont pas des batailles rangées ; chacun combat pour soi, s'avançant, s'arrêtant, fuyant quand bon lui semble. Toutefois chaque fraction de tribu a pour se rallier les drapeaux de ses marabouts <^) et son orchestre de hautbois et de grosses caisses (75). Toutes les attrocités possibles sont commises contre les vaincus, les cadavres sont horriblement mutilés et les contribules des morts n'osant venir enterrer les corps, ceux-ci pourrissent souvent sur place, formant d'immenses et nauséabonds charniers (434). Il y a des guerres inexpiables, dans lesquelles les vaincus ne veulent pas se soumettre et qui ne finissent pas (372- 373) ; il y a, au contraire, d'autres cas où des fractions, horriblement foulées par leurs ennemis, implorent en vain leurs frères impuissants, comme ce village d'El Mizab, que les Béni Zeroual oppriment d'une façon atroce (43).
Ainsi le voyageur que les bandits n'ont point dévalisé court encore le risque d'être pris entre deux partis de belligérants ; il y a bien des signaux de neutralité traditionnels, comfne par exemple de faire tourner sa djellaba au-dessus de sa tête (290), mais ils n'oifrent pas de bien sérieuses garanties. L'impossibilité de voyager est telle, même pour de hauts personnages, que Tàmel d'Oudjda, mandé par le sultan, préfère se rendre à
(l) Coutume générale dans le Nord de l'Afrique, Cf. Robin, Notez hiêtoriques sur la grande Kabylie, in Rev. Afr., XX" ann., n* 115. janv.-févr. 1876. p. 48.