LES DJEBALA DV MAROC
Fas par Nemours et Tanger, en prenant le paquebot français qui dessert ces deux ports, que de prendre la voie directe par terre (422, n.) ! C'est surtout la frontière séparant deux tribus rivales qui est dangereuse pour le voyageur qui possède quelque bagage ; celui-là ne peut voyager qu*en payant des zet'VaV, c'est-à-dire des gens influents que l'on n*ose attaquer parce que leur famille et leur tribu se lèveraient pour les venger et qui vendent leur influence pour faire passer sans danger les voyageurs d'un village à un autre village to. Arrivé à celui-ci on cherche un autre zeVVtaf, et ainsi de suite (78). Et que Ton n'aille pas croire que cette insécurité n'existe que dans les territoires indépendants, car les régions soumises au sultan sont en général encore plus dangereuses, les agents du gouvernement ne protégeant nullement les populations contre les brigands et les opprimant autant que ceux-ci peuvent le faire (2) (71, 537).
Dans ces conditions, il n'y a que d'innocentes créatures, comme le derviche Moh'ammed ben T'ayyeb, n'ayant rien à perdre, prêt à se dépouiller de ses vêtements à première sommation, protégé par ses apparences d'illuminé, qui puissent circuler sans grand danger au Maroc. Et encore, que de mésaventures ! Que de fois il est dépouillé de ses pauvres habits, n'échappant à la mort que parce qu'on craint de frapper un medjd'oub (illuminé, extatique), parce qu'on sait que sa vengeance n'est pas à redouter et que nulle part, même chez les Djebala, on ne tue un homme sans raison (47, 146, 150, 181, 218, 262, 301, 319, 375, 388, 404, 483, etc.) (2).
Mais, dira-t-on, et le sultan? Ne peut-il rétablir l'ordre ? Le sultan de Fas et de Maroc n'est pas le sultan du Maroc, ou plutôt le Maroc, considéré comme nation soumise à un seul
(1) Cf. DE FouCAULD, Reconnaissatice , p. 7 n. 1,36, 51.
(2) « le blad el makhzen, triste région où le gouvernement
fait payer cher au peuple une sécurité qu'il ne lui donne pas ; où. entre les voleurs et le qàid, riches et pauvres n'ont point de répit ; où l'autorité ne protège personne, menace les biens de tous, etc » (db
FouCAULD, Reconnaissance, pp. 40-41).
(3) Voir dans Delphin, Textes, 826-327, le récit en arabe d'une semblable mésaventure.
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souverain, est une conception qui n*a jamais existé que dans Tesprit des politiques européens <*). Tout le monde sait en effet que le prétendu empire des chérif se divise en deux parties fort inégales : le hlad el makhzen et le hiad es siba (72), c'està-dire le pays soumis payant des impôts et fournissant des recrues et le pays indépendant (2). Or, dans les Djebala, le |
hlad el makhzen n'occupe qu'une bien petite superficie, eu '
égard à Taire totale de la région ; quelques tribus seulement , surtout dans la partie ouest qui confine à la mer, sont soumises ; les autres reconnaissent nominalement Tautorité du sultan, mais ne payent aucun impôt (^), à moins que Ton ne décore de ce nom le cadeau qu'elles envoient de temps à autre au descen- |
dant de Fat'ima-t-ez-Zohra qui occupé le trône de Fas et de Maroc (319). Il y a gros à parier que bien des Djebaliens, ceux surtout qui habitent des tribus ^peu accessibles, comme les Beni-bou-Chibeth, les Oulad bou Slama, les Béni Ah'med, savent à peine qu'il y a un sultan (*) au Maroc ; et ce sultan, en somme, si l'on considère l'ensemble des populations marocaines, est à peine plus puissant qu'un des grands caïds des Bfaber (16) <5). Même en expédition de guerre, il faiA qu'il compte avec certaines tribus <6) ; il a alors recours à sa politique ordinaire qui consiste à exciter plusieurs tribus contre celle qu'il veut détruire en leur permettant de la manger (703); encore ce procédé ne lui réussit-il pas chaque fois, et il y a
(1) Dans le texte arabe du traité de Lalla Mar*nla (18 mars 1845), le sultan se qualifie simplement de a sultan de Fas, de Merrakech et du 8ous-el-Ak'ça », pas plus. Cf. de Lam. et Lac, Documents, I, 535).
(2) Le (iernier est quatre ou cinq fois plus vas^ec^ue le premier (de Fou- CAULD, Reconnaissayice^ p. XV). Sur l'expression bïad es siba. Cf. Delphin, Textes, pp. 320-351 .
(3) Les Béni Arous sont exempts d'impôls comme chorfa. C'est une tribu du reste très-turbuletite, soumise nominalement, mais trës-indé^ pendante de fait. Cf. de Lam. et Lac, Documents, I, 430.
(4) Cf. de Foucauld. Reconnaissance, pp. 52, 158.
(5) « Tel est le prestige du sultan. On le regarde comme un
chef de tribu éloigné avec qui on serait en assez mauvais rapport (Zenàga) » fDE Foucauld, Reconnaissance, p. 114).
(6) « En 18i^9, lors de la colonne du sultan, la tribu de Lélthmas a refusé à l'armée, forte de 10.000 hommes, le droit de prendre de la paille d (cap. Thomas, apud de Lam. et lac, Documents, I, 429) La même année, ils refusèrent de laisser traverser leur territoire à l'ambassadeur d'Italie qui allait porter des lettres de créance au sultan fDE Lam. et Lac, icT., p. 428),
telle petite tribu qui a tenu le chérif en échec pendant plusieurs années, comme les Béni Mezguelda, par exemple (447-448). Presque toujours il est obligé de composer, d'accepter des compromis, de se contenter d'une soumission nominale qui consiste simplement à luf permettre de nommer dans la tribu un caïd agréé par la djemaâ (65, 448). Une des choses auxquelles il s'applique le plus, c'est de se concilier, par tous les moyens, les marabouts locaux dont l'influence est si grande sur les populations maghribines (^), et, lorsqu'il est en expédition, il ne manque aucune occasion de les visiter et de leur faire des cadeaux <^) (134).
Ce qu*est l'administration marocaine dans les Djebala, on le devine sans peine <3>; c'est un malheur de plus pour le pays (597). Les caïds du sultan n'ont habituellement aucune influence. Mais il a réussi à les faire accepter par toutes les tribus, ce qui est d'une politique fort habile ; seulement il faut ajouter qu'ils ne sont généralement que des caïds in partihus^ n'étant tolérés qu'à la condition de ne point s'occuper d'administration (^) et surtout de ne pas parler de payement régulier des impôts (506). A cette condition, on les laisse ti^mquilles. Au reste la suzeraineté religieuse du chérif est partout reconnue <^>, et chaque vendredi, dans toutes les mosquées, on récite la 'khoVha, prière en l'honneur du souverain (48). Mais la grande majorité des tribus s'en tient à ce platonique hommage.
(1) Ce fut une des plus grandes préoccupations des Turcs, pendant leur longue domination de l'Algérie, de rester en bons termes avec les marabouts de toute espèce. Cf. A. Uevoulx, Lettres adi^essces par des marabouts armbes au pacha d'Alger, in Rec, Afr.^ XVIll" ann. , n' 105, mai-juin I8745p 171 seq. Quelque temps avant la prise d'Alger, en I8;K), le dey voulant se concilier les populations, envoyait pour tMre sacriliés, des bœufs et des moulons à tous les marabouts des tribus des environs. (MiCHiEL. La prise d'Alger racontée yar un captifs In Rev. Âfr., XX* ann., mars-avril 1876, n* 116, p. llî).
(2) Cf. DE Lam. et Lac, Documents, I, 369.
(3) Cf. Erckmann, Le Maroc Moderne, 1 vol. 304 p , Paris, 1885, p. 125 seq.
(4) Cf. sur les caïds du sultan de Foucauld, Reconnaissance, p. 47 et surtout n. 58 (le caïd de Bou el Djad). — Cf. de Lam. kt Lac , Documents, I, 33! (Rif) et 431 (Lékhmas). Ces caïds sont en réalité de sitnpies fonctionnaires de parade. On pense bien que le caïd nommé i^ar le sultan à Taodeni, par exemple, à 520 kilom. de Tombouctou, ne saurait être autre chose qu'un fonctionnaire in partibue (Duveyrier, apud DE Lam. et Lac. Documents, I, p. 279, n. l).
(5) Cf. Duveyrier in de Foucauld, Reconnaissance, p. vu.
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Quel commerce peut exister dans un pareil pays ? — M. Mouliéras, dans son deuxième volume, a étudié d'une façon toute spéciale le coramerpe marocain et il a puisé ses matériaux dans les recueils officiels qui sont de nature à inspirer le plus de confiance (60, 221, 642). La majeure partie des importations et des exportations se font par Tanger, que Casablanca tend sous ce rapport à détrôner, en devenant le port le plus fréquenté de tout le Maroc (644). Il ressort des documents cités par M. Mouliéras que la France tient un bon rang commercial au Maroc, au regard des autres puissances ; toutefois elle ne progresse point comme elle le devrait et elle doit surtout redouter la concurrence de l'Allemagne. Les* maisons allemandes savent mieux se plier aux moindres caprices de la clientèle que les nôtres (229) ; elles font des prix plus bas et accordent plus de délais (645) (0 ; elles vent davantage audevant du client, et il y a telle place, comme El K'çar el Kebir (Alcazar) que visitent régulièrement des représentants allemands et où les représentants français ne viennent jamais (538). Aussi, depuis quelques années, le commerce allemand au Maroc a-t-il pris un essor vraiment extraordinaire (550).
Il est vrai que la lutte commerciale dans ce pays est particulièrement pénible : à la différence des mœurs et -des langues, au manque de confortable, à la difficulté des voyages vient s'ajouter encore la pénurie des communications postales et télégraphiques, qui sont un élément essentiel de tout commerce prospère. Pour l'extérieur, les principaux ports marocains sont en relations assez peu fréquentes, mais régulières, avec les ports européens. Il y a de plii^deux câbles sous-marins, Tun espagnol, l'autre anglais, qui relient Tanger à l'Europe. L'absence d'un câble français d'Oran à Tanger est un de ces inconvénients sur lesquels il est superflu d'insister (661 662). En ce qui concerne l'intérieur, il n'y a de courriers à peu près réguliers que sur les principales villes : ils sont faits
(l) Cf. Moh'ammedben Rah'al, a travers les BeniSnassen, in Bull. Soc. Géog» Oran, xii* ann., t. ix, fuse. xlJ anvier-mars 1889. pp. 46-47. — Les Espagnols so sont émus de cette concurrence. Cf. à ce sujet l*arlicle anonyme iniitulé: Marruecos como mercado para la produccion y la industria espanàlas, in Soc. Géog. Madrid (Rev, de Geog. col. y mer.), aùo m, n» 3, t. I. 19. mayo 1899.
par des indigènes qui sont rarement inquiétés (>>. La difficulté des communications est naturellement cause que sur certains points les denrées produites dans le pays sont d'un bon marché extraordinaire : chez les Meçmouda on paye une poule 5 à
15 sous, un mouton 5 francs, une chèvre 2 fr. 50 (^7).
A la pénurie des communications de toute espèce, il faut ajouter', parmi les obstacles que rencontre le commerçant, la complication du système monétaire et les fluctuations d*un change très élevé. Le compte avec les monnaies marocaines réelles et fictives est tellement pénible qu'il y a de quoi décourager les plus intrépides calculateurs. M. Mouliéras a eu la patience de débrouiller cet écheveau et il faut lui en savoir gré (694 seq.). Quant au change, qui suit les fluctuations du change espagnol (655), on trouvera peut-être les chifl'res plus éloquents que toute dissertation, quand nous auron» dit qu'il était, en mai 1898, à cent pour cent dans toutes les places maritimes du Maroc (645, n.).
Quels sont, indépendamment de la haine traditionnelle de tout musulman pour le roumi, quels sont les sentiments des populations du Nord du Maroc à notre égard ? En ce qui concerne les lettrés, en c'e qui concerne ceux-là qui commencent à avoir quelque notion d'une patrie marocaine, la réponse n'est pas douteuse. Il suffit de parcourir les dissertations haineuses d'un écrivain contemporain, Ah'medben Khaled en-Naciri es- •• Slaoui, et de voir avec quelle mauvaise foi il écrit l'histoire (25, 238, 692 n.), pour comprendre combien il redoute l'intervention çuropéenne au Maroc et particulièrement l'intervention
(\) Le respect de l'indii?ène pour tout ce qui est écrit est général dans l'Afrique du Nord. Aussi des courriers postaux fooctionnent-ils dans maint et maint pî\ys. où le voyageur isolé ne trouverait aucune sécurité. Cf. â ce sujet une note intéressante in Tour tiu Monde, 6 août 1898 (couv). — Cependant, dans d^s pays comme les Djebala, la transmission des lettres reste toujours problématique. Cf. de Foucauld, Reconnaissance, p. 5.
96 LES DJEBALA DU MAbAg*
française <^h II n'en est pas de même pourtant de tous les Marocains éclairés, et il y a, à cet égard, de nombreuses exceptions ; on ne lira pas sans surprise l'entretien qu'aurait eu à ce sujet Moh'ammed ben T'ayyeb avec un caïd de Tétouan, un Slaoui aussi celui-là (210). De même que ce personnage appelait de ses vœux notre domination, de même les nombreuses familles, qui, après 1830, fuyant le contact de l'infidèle, se sont réfugiés au Maroc, principalement chez les Dsoul et les H'ayaïna, regrettent aujourd'hui leur détermination ; elles apprécient tellement bien la différence qu'il y a entre notre administratioiï bienveillante et régulière et l'anarchie qu'elle ont trouvée au Maroc <2), que plusieurs d'entre elles ont demandé et obtenu du Gouvernement français la faveur d'être rapatriées (436). Des marabouts, d'ailleurs, ont prédit plusieurs fois que les chrétiens s'empareraient du pays <3), et cette éventualité semble être envisagée avec assez de résignation (*> (127, 162).
Parmi les nations européennes, les Espagnols, à cause de leur morgue et de la grossièreté avec laquelle ils traitent les musulmans, leur sont particulièrement antipathiques (709). Cependant, malgré ces procédés, ou plutôt à cause d'eux, les
(1) L'hostilité du Kitab el Istik'ça contre les Français est évidente ; on ne peut s'empêcher de remarquer par contre que les Anglais sont généralement épargnés par lui. Peut-être n'est- il pas hors de propos de faire remarquer ici que le livre a été édité au Caire, en 1895. Cf. Taleb. Un historien musulman^ in Alg. nouv., !• ann., 4" trim,, n" 22 (1" dov. 1896) et Ti* 23 (8 noy. 1896). L'auteur de cet article, qui est une autorité du plus grand poids en pareille matière, va jusqu'à penser que l'introduction de ce livre en Akférie n'est pas exempte, d'inconvénients pour nous. Cependant le -ffirao eî Istik'ça est extrêmement répandu chez nos indigènes et il nous a été donné de constater que beaucoup de lettrés musuU mans en faisaient ici leur lecture favorite,
(2) Certains pays du Maroc sont tellement opprimés qu'ils soupirent après la conquête française, comme après une délivrance: a Que de fois ai-je entendu les musulmans (de Taza, qui sont opprimés par les Rlatà) s'écrier : a Quand les Français entreront-ils ? Quand nous débarrasserontils enfin des Rîata ? Quand vivrons-nous en paix comme les gens de Tlemcen ? » (de Foucauld, Reconnaissance ^ p. 32). — « Aussi combien al-je vu de Marocains, revenant d'Algérie, envier le sort de leurs voisins d'Algérie : il est si doux de vivre en paix ! qu'on ait peu ou qu'on ait beaucoup, il est si doux d'en jouir sans inquiétude I » de Foucauld, id., p. 41).
(3) De pareilles prédictions avaient jadis été faites, suivant les indigènes, par de nombreux marabouts algériens touchant la venue des Français dans la Régence d'Alger.
(4) Cf. Maroc Inconnu^ I, p. 63.
Espagnols n*ont su mener à bien aucune grande œuvre dans le Maghrib. Campés sur quelques rochers du littoral, incapables de s'étendre, ne pouvant môme pas parvenir à tirer du pays leur subsistance, au point d'être obligés, à Alhucemas, par exemple, lorsque les citernes sont vides, de faire venir de Teau d'Espagne parce qu'ils ne peuvent aller la prendre sur la côteO), ils n'ont même pas pu empêcher les Ritains de continuer à exercer leurs pirateries ; il a falllu que ce fût le sultan qui, sous la pression des représentants européens, prît luimême l'initiative d'anéantir les Bek'k'ouya, les derniers pirates de la Méditerranée (586, n.) ! A la vérité, il en reste bien encore cà et là le long de la côte, par exemple sur le littoral de la grande tribu des R'mara (255 seq.) et cette honte pour l'aurore du XX^ siècle, ne cessera complètement que le jour où une puissance européenne se décidera à faire ce que fit notre pays en 1830 (->. En attendant ce moment, les Rifains continueront à se croire jnvincibles parce qu'ils ne reconnaissent aftcune domination, parce qu'ils ne se doutent pas de ce que c'est qu'un régiment de zouaves ou de tirailleurs commandés à l'européenne, parce que les armes espagnoles n'ont point su ou pu leur inspirer une crainte salutaire (3).
Leur excellent armement contribue aussi à augmenter leur confiance : là encore rEs))agne ne s'est pas montrée digne du rôle de sentinelle avancée de la civilisation, que lui assignait
(1) Cf. DE Lam. et Lac, Documents, l, p. 403 et Maroc Inconnu, I,
E. 99. Voir pour tout ce qui concerne les établissements espagnols sur i côte marocaine ; dans le premier de ces ouvrages rintéressant cliapilre IX, pp. 392-407; dans le deuxième les pages 87-88. 945-IOI, 148-167. 170, qui complètent d'une façon indispensable les renseignements fournis par les Documents, Cf. Quedenfeldt, Einth., etc., pp. lM-112.
(2) Sur la piraterie barbaresque en général, qui était originellement une forme de la guerre sainte ou djihad, cf. de Grammont, Histoire d'Alger sous la dom. turque, 1 vol. in 8". Paris. XVI - 420 p., 1887; p. Vlletpassim. Ils est navrant de constater qu à notre époque et en pleine Méditerranée, un tel fléau n'a pas encore disjyaru. En sommesnous réduits à ne pouvoir faire autre chose que de répéter aux marins le conseil qu'on leur donnait ofliciellement en 1857 ; a Dans l'état actuel de barbarie où est plongé le Rif on ne peut faire aux marins du commerce d'autres recommandations que d'éviter cette côte » ? u>e Kerhallet, Description nautique de la côte Nord du Maroc, 1857. p. 31, cité par DE Lam. et Lac, Documents, \, 310, n. 1). — Cf. Ion Perdicaris, Piracy in Moroc€0, in As. quart. Rev., Th^. ser., oct. 1897, vol. IV, no 8, pp. 325-329.
(3) Cf. Maroc Inconnu, I, 141 et de Lam. et Lac, Document^^ I, p. 355.
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la possession de plusieurs points de la côte marocaine. Elle n'a point su réprimer la contrebande des armes que des marins de ses nationaux et des marins anglais pratiquent journellement sur une vaste échelle. Il en est résulté que le Rif aujourd'hui à peu près tout entier est armé de fusils à répétition, que ces fusils (généralement des fusils Remington) ont pénétré chez une partie des Djebala (305) et qu'ils se répandent peu à peu dans Tintérieur du Maroc 0), préparant ainsi les plus grandes difficultés à la puissance européenne qui sera obligéed'intervenirdans les affaires de ce pays<2). Les tribus de Tintérieur, peu accessibles, ont jusqu'ici conservé le vieux fusil à pierre (442) tel qu'on le fabrique à Tar'zouth <^^\ aux confins du Rif et des Djebala. Il y en a aussi de grande fabriques chez plusieurs tribus diebaliennes, notamment chez les Béni Mezguelda (450) ; les fabriques de Fas en fournissent également un grand nombre au^ Djebala (402). Quant à la poudre on en fabrique en maint et maint- endroit ; les Dsoul sont renommés pour cela (422), et la fraction de Bou-Knanli, dans les Cenhadja-t-el-Outa a remplacé depuis longtemps l'industrie des étuis à flèches {Knana, carquois) par celle de la poudre à fusil (414). Parmi les armes blanches, il faut surtout signaler l'espèce d'épée nommée shoula (*), qui atteint parfois les dimensions d'un véritable rapière (15).
0) Cf. DE Lam. bt Lac, Documenta, I, p. 419 (tribus de la frontière), p. 254 (Rif) p. 40 (pour les Djebala); « Ils ont presque tous des Remington ou autres fusils à tir rapide, qu'ils entretiennent très-bien et sont abondamment pourvus de cartouches». (Il s'agit surtout dans ce passage des tribus traversées par le Sultan en 1889 dans son itinéraire de Fas à Tétouan). Cf. Maroc Inconnu, J, 83, 95, 97 et surtout i 14-115. où l'on verra dans quelles conditions se fait l'importation des armes de guerre à tir rapide. Les Marocains donnent le nom de Kolata à tous les fusils ce chargeant par la culasse. Ce mot, dit Moh'ammed ben Rah'al. vient peut-être d*eapingole, espingolette (Moh'ammed ben Rah'al, A travers Us Beni-Snassen, in Bull Soc. Géog. Oran, XTI* ann., t. IX, fasc. XL, janv.-mars 1889, p. 17, p. 32).
(2) L'Espagne Ta bien éprouvé dans sa dernière campagne de Melllla.
(3) Cf. Maroc Inconnu, I, pp. 50-51.
(4) Cf. Fischer, Hteb- und Stichwaffen und Messer im heutigen Marokho in Mitth, des Sem. f. Or. Spr., Jahrg. II, Abth. IL Westasiat. 8tud., 1899 ; p. 7 du t. à p. — (Je irés-mtéressant et très-important travail n'a été connu de nous qu'après la rédaction de cet article : on devra s'y reporter pour tout ce qui concerne les armes blanches au Maroc — Pour Tarmemc-nt des différentes
tribus marocaines, cf. de Foucauld, Recon- )D. 23-24. 34. r ~ ■
p. 121 et 184
naissance, Y^. 23-24, 34, 124, et passim et Quedenfeldt Einth. etc. '84.
LES DJEBALA DU MAROC 3fl
Il ne faut pas se dissimuler que les armes perfectionnées se répandent de plus en plus au Maroc et que cet état de choses créera des obstacles sérieux à la puissance qui la première sera , obligée, pour maintenir Tordre, de pénétrer dans cette contrée : souhaitons que ce soit notre pays qui ait un jour cet honneur. Tout nous désigne pour cela (^> : notre frontière commune avec l'empire des Ghérif, le fait que nous gouvernons déjà tous les musulmans de TEst de l'Afrique Mineure, Texpérience que nous y avons chèrement acquise, Thospitalité que chaque jour nous offrons aux milliers de marocains qui viennent gagner leur pain ici, la nécessité de ne pas voir perpétuellement notre frontière troublée par des désordres que l'impuissant sultan n'est pitô capable de 4:éprimer, la préférence marquée enfin que le» marocains montrent pour la domination française à l'exclusion de celle des autres peuples européens. Là-bas, au Maroc, notre diplomatie, à la tète de laquelle se trouvent des hommes profondément versés dans la connaissance de l'Islam, a tâche de nous préparer le terrain ; d'ici nous pouvons aussi* le préparer. A l'instar de ces poundits que l'Angleterre, dans l'Inde, emploie à explorer les pays peu connus qui avoisinent la péninsule, que n'instituoi?s-nous aussi à Alger un corps d'explorateurs, de missionnaires musulmans qui, sillonnant le grand empire de l'ouest, nous rapporteraient les renseignements les plus précieux^ et nous rendraient les plus grands services au triple point de vue scientifique, commercial et politique <'^>? Ils diraient là-bas ce qu'ils ont vu chez nous : a la sécurité, l'égalité, la justice, la liberté religieuse illimitée, le clergé mahométan, ce clergé que nous avons inventé dans notre royale et ignorante bonté, rétribué, vivant largement sur le budget de l'Etat, — les médersas réorganisées, les zaouiya, les ordres religieux musulmans tolérés, l'enseignement secon- * daire et supérieur de l'arabe dans les Ecoles françaises, le respect profond des vainqueurs pour la religion , les coutumes, les lois des vaincus y> (117): Ce programme, si cela
m Cf. Ion Perdicaris, Présent aspect pf affairs in Morocco, in jVs. quart. Rev., th-i ser, vol. VII, n" 11, apr. 1899. p. 339.
(2) Cette idée a déjà été préconisée par notre savant maître M. Augustin Bernard, professeur à l'Ecole Supérieure des Lettres d'Alger, dan» le Bull, de la 6'oc. de Géogr. coin. d£ Paris, t. xviii, 1896. 5— fasc, pp. 348-355 (De l'emploi des indigènes algériens et tunisiens pour Vexploration), et nous savons que depuis, il n'a cessé de songer aux moyens pratiques de la mettre en exécution.
nous est donné, nous l'appliquerons au Maroc avec autant de scrupules qu'à l'Algérie et à la Tunisie : c'est à nos diplomates
* de préparer l'occasion avec leur haute compétence et leur prudente expérience de la politique. Ici notre humble voix doit se taire : si elle osait s'élever, ce serait pour exprimer le vœu que nous ne soyons jamais leurrés par une prétendue rectification de frontière, dont la presse a souvent fait trop grand bruit; nous avons droit, cela est hors de doute, à la rive droite de la Mélouiya <i>, mais qu'on le sache bien, ce changement de frontière, qui ne nous attribuerait, à part l'iiot verdoyant des Beni-Snassen, que des territoires infertiles et qui ne nous apporterait que de nouvelles charges administratives, cette rectification, disons-nous, n'appellerait, dans ces conditions, pour qui que ce soit, aucune compensation d'aucune sorte. En attendant le jour où se décideront toutes ces graves
^questions, les Français de l'Afrique du Nord doivent regarder vers l'Ouest et répéter, avec M. Mouliéras, ces vers allégoriqiyBS :
« L'Occident (c'est-à-dire le Maroc) est étincelant. N'est-il pas en même temps et le lit où le Soleil se couche et la source d'où jaillit l'Astre des Nuits à son premier croissant ? » (787).
Nous avons fini. Aussi bien sommes-nous loin d'avoir épuisé le sujet. Nous n'avons pas dépouillé la dixième partie de l'ouvrage de M. Mouliéras, nous n*avons fait que ramasser, dans une mine inépuisable, quelques minerais intéressants que nous avons placés sous les yeux de notre public. Encore no nous sommes-
(l) Voici comment le Slaoui, qu'on ne suspectera pas, s'exprime à ce sujet : « Les frontières du Mag'rib el -Ak'ça sont : du côté du Couchant, rOcéan Atlantique, et, du côté du Levant, l'Oued Mélouiya et les montagnes de Taza > I (Isiik'ça, I, 34, cité à la page 693, n. I, du Maroc Incon^ nu, t. II). Cl. tous les premiers chapitres de de Lam. bt Lac, Documenté, l.