CLÉMENT V
Il fat assemblé pour la suppression de l'ordre des Templiers et le rétablissement de la discipline. Le roi Philippe-le-Bel assista à ce Concile , accompagné de son frère Charles de Valois, et de ses trois fils, Louis, roi de Navarre, Philippe et Charles.
Depuis longtemps l'ordre des chevaliers du Temple était déconsidéré à cause de sa mauvaise foi , de son indociUté et de l'abus qu'il faisait de ses privilèges. Dans la bulle de convocation du Concile, le Pape dit avoir appris avec une profonde douleur, que cet ordre était tombé dans l'apostasie et dans des crimes abominables. Le Pape publia encore une autre bulle. Celle-ci ordonnait aux évoques de prendre des informations sur les Templiers qui se trouvaient dans chaque province. Le Souverain Pontife nomma des commissaires devant procéder contre l'ordre entier.
Le Concile comptait trois cents évêques et plusieurs Abbés et prieurs. Dans la première session , le
i3 octobre, le Pape prononça un discours où il exposa les causes qui l'avaient déterminé à convoquer les grandes assises de la catholicité. Une année s'écoula entre la première et la seconde session. Tout ce temps fut consacré à tenir des conférences sur les accusations portées contrôles Templiers. Les Pères furent d'avis d'entendre ce que les accusés avaient à exposer pour leur défense.
Le 22 mars de Tannée suivante, le Souverain Pontife . en présence de plusieurs prélats et des cardinaux, abolit par sentence provisoire l'ordre des Templiers. Dans la seconde session, qui se tint le 3 avril 1312, devant Philippe-le-Bel , son frère et ses trois fils, le Pape publia la bulle de la suppression des Templiers. Ils avaient subsisté cent, quatre-vingt-quatre ans. Leurs biens furent cédés aux Hospitaliers de Tordre de Saint-Jean de Jérusalem , appelés chevaliers de Malte. Furent exceptés les biens situés dans les royaumes de Gastille, d'Arragon, de Portugal et de l\laiorque : ces derniers biens furent destinés à protéger le pays contre les invasions des Musulmans. Quant aux religieux , voici quelles déterminations furent prises à leur égard: ceux qui seront trouvés innocents seront entretenus avec les biens de Tordre : ceux qui confesseront leurs crimes, seront traités avec indulgence ; mais on sévira rigoureusement contre ceux qui ne seront pas sincères dans leurs déclarations; ceux qui n'avoueront pas leurs crimes seront séparés des autres pour être jugés selon les canons.
Le grand-maître, les commandeurs de Normandie et d'Aquitaine, avaient été condamnés par trois cardinaux-légats à la prison perpétuelle. Ils avaient confessé les crimes dont on les avait accusés. Ayant plus tard rétracté leurs aveux, et affirmé leur innocence, ils furent remis entre les mains du prévôt. Philippele-Bel , sans appeler aucun membre du clergé , à l'instigation de quelques personnes de son entourage , les fit brûler. Ils persistèrent jusqu'à la fin à affirmer leur innocence, avec une fermeté qui leur attira la compassion des assistants.
Le Pape Clément V avait informé tous les évêques d'apporter au Concile de Vienne des mémoires sur tout ce qu'ils jugeraient opportun pour le bien de l'Eglise. Deux de ces mémoires sont conservés : l'un est celui de Guillaume Durand, évoque de Monde ; l'autre est l'œuvre d'un prélat, dont on ignore le nom , mais qui est un travail digne d'un grand évêque. Il propose divers moyens propres à rétablir la saine discipline ecclésiastique, et à faire disparaître les abus. Le mémoire de l'évêque de Monde n'est pas moins remarquable. Le respect dû à l'antiquité y est vivement inculqué. Parler contre les anciens canons, dit le prélat, c'est blasphémer contre le Saint-Esprit, qui les a inspirés. Il demande la réduction des dispenses, en se basant sur des règles équitables ; il recommande la tenue des Conciles provinciaux, et il propose d'appliquer la dixième partie des bénéfices aux pauvres écoliers, qui étudient dans les universités, afin d'augmenter, par là, le nombre
»{es hommes instruits et capables de servir TÉgliso î)ar leurs talents ; il désire la réforme de renseignement des universités , pour que les élèves soient formés dans ces établissements aux études solides. Il souhaite que les curés possèdent un livre facile renfermant les canons pénitentiaux , avec de bonnes explications touchant la pénitence et les autres
sacrements.
Dans ce même Concile , on s'éleva beaucoup contre
]es exemptions. Les évoques désiraient qu'elles
fussent abolies, et que tous les ecclésiastiques séculiers
et réguliers fussent soumis à. leur juridiction. Cette
demande fit naitre de vives contestations.
On termina le célèbre différent de Philippe-le-Bel avec le Pape Boniface VIII.
Le Concile condamna quelques erreurs attribuées à Jean d'Olive , frère-mineur. Il définit contre lui (|uo le fils de Dieu avait pris les diverses parties de notre nature unies ensemble, savoir : le corps passible et l'àme raisonnable, laquelle est essentiellement la forme du corps. Quiconque , ajouta-t-il , soutiendra , que l'àme raisonnable n'est pas essentiellement la forme du corps humain , doit être tenu pour hérétique.
Dans la troisième et dernière session , le 6 mai , le Concile publia une constitution du Pape eu vue de rétablir l'union entre les fi'ères-mineurs qui depuis longtemps étaient divisés. Il donna plusieurs règlements concernant les ordres mendiants. Il détermina le genre de vie que doivent
LES DOCTRINES CATHOLIQUES. 12;i
mener les moines et les clianoines réguliers. Il lit un règlement célèbre sur les hôpitaux. L'administration de ces établissements, comme il le prescrivail, ne devait être confiée qu'à des hommes prudents, capables et jouissant d'une bonne réputation. Le Pape donna deux constitutions relativement aux privilèges des religieux : l'une pour les protéger contre les vexations des prélats; l'autre pour réformer les abus introduits })armi eux. Par cette dernière constitution, il est défendu aux religieux, sous peine d'excommunication ipso fado, de donner l'extrêmeon ction , l'Eucharistie , le saint viatique et la bénédiction nuptiale, sans la permission expresse du curé, et de détourner les fidèles de fréquenter l'église paroissiale. Le Pape confirma la fête du Saint-Sacrement, instituée par Urbain IV. Le Concile, pour faciliter la conversion des infidèles , l'ecommanda l'étude des langues orientales. Il fut donc décidé qu'à Ilonie et dans les universités de Paris , d'Oxford , de Bologne et de Salamanque , on établirait des maîtres pour enseigner les langues hébraïque, arabe et chaldéenne ; que pour chacune on nonimerait deux maître? rétribués et entretenus, à Rome par le Pape , à Paris par le roi de France , et dans les autres villes par les prélats et les chapitres du pays. Le Concile n'a pas révoqué, comme certains auteurs l'ont prétendu , la fameuse bulle Clerîcis laicos de Boniface VIII. Enfin le Concile termina ses travaux par la levée de contributions consacrées à la croisade entreprise pour la délivrance de la Terre-Sainte.