AVANT-PROPOS
avec exactitude les documents qui ont rapport à ce grand acte religieux et social dû cà la glorieuse initiative de Pie IX. Nous avons mentionné les nombreux travaux des congrégations générales et donné la description des cérémonies dont les sessions publiques ont offert l'imposante majesté. Nous nous sommes imposé la tache de relater tous les actes qui ont trait au Concile. Quant à l'agitation produite au dehors de l'auguste assemblée, nous l'avons passée très volontiers sous silence. A notre avis, le temps n'est pas encore venu d'apprécier avec une impartiale équité les mobiles qui ont suscité de trop vives émotions. Du reste, quel que soit le jugement que l'on porte sur les causes de regrettables entraînements, l'heure de la réconciliation a sonné. Les vrais amis de l'Eglise doivent arborer la noble bannière de la modération, tout en maintenant haut et ferme le drapeau de la vérité.
En relatant les travaux de toutes les assemblées œcuméniques, nous avons cher-
Yi AVANT-PROPOS.
ché à mettre en pratique cette maxime : « La force est dans la raison tranquillement exposée » \
Le bruit tumultueux que font les passions humaines, en grondant autour de l'immortel édifice de l'Église, est quelque chose d'inconsistant et d'une éphémère durée. Tout cela, comme les nuages, s'évanouit rapidement au soleil des siècles. Ce qui restera immuable, ce qui sera salué par tous les âges, c'est la doctrine définie. Le Concile du Vatican ajoutera aux autres assemblées œcuméniques sa part de glorieux trophées dont l'invincible faisceau planera sur le monde, comme le palladium de la vérité.
* BossuET, 'I3e sem. 14« élév.
INFLUENCE DE L'ENSEIGNEMENT DE L'EGLISE REUNIE SUR LES DOCTRINES CATHOLIQUES.
Les assemblées de l'Église réunie ont été une source féconde de bienfaits. La foi, sans contredit, est le plus précieux trésor de ce monde. Elle est la lumière qui éclaire l'âme sur ses immortelles destinées. Par leurs définitions dogmatiques, les conciles œcuméniques ont sauvegardé la virginale intégrité de cette fille du ciel , messagère des éternelles vérités.
La notion exacte de Dieu est la base fondamentale de la foi. Les philosophes de l'antiquité n'avaient que des idées vagues sur l'unité de Dieu. Le premier Concile œcuménique proclame ce principe essentiel de la vraie religion. Les Pères de Nicée, ces glorieux survivants des martyrs, s'écrient : (( Nous croyons en un Dieu unique. » Credimiis in uniim Deum.
Et que de systèmes extravagants n'ont pas été inventés par la prétendue sagesse des philosophes pour essayer d'expliquer d'où vient l'Univers ! Les
2 LES DOCTRINES GATIIOLIQEES.
liiis le font fils du néant; d'autres le combinent îivec des atomes éternels. Les Pères de Nicée tranchent cette question et elle demeure fixée pour tous les siècles. « Nous croyons, s'écrient-ils , » en un Dieu unique, tout-puissant, créateur du » ciel et de la terre , de toutes les choses visibles » et invisibles. »
Par les définitions conciliaires , le problème sur l'origine de l'homme est clairement résolu. D'où vient le corps de l'homme, d'où part son àme ? Le Cloncile de Nicée nous dit que le corps de l'homme :ippartenant aux choses visibles, a été créé par Dieu , et que Fàme appartenant aux choses invisibles a été également créée par Dieu. Mais riiomme, ce roi de l'Univers, est-il tel qu'il est sorti des mains de Dieu ? Porte-t-il encore sur son front candide la couronne immaculée de sa céleste origine ? X'est-il pas déchu? C'est un être tombé, affirment les Pères de Nicée, puisque le Fils de Dieu est descendu des cieux pour nous racheter. Qui propter nos hommes et propter nostram soîutem descendit de cœlis... et incarnatus. Et ce roi déchu jouit-il encore de la noble faculté de la liberté ? Le Concile nous renseigne. Dieu viendra juger l'homme. Vintiirus est judicare. Le jugement suppose la responsabilité humaine et fabus possible et coupable de la liberté. Voilà tranchés, sur forigino, la nature et la fin de l'homme , tous ces redoutables problèmes devant lesquels la sagesse des nations païennes
avait échoué, ou n'avait su balbutier que des doutes et des obscurités.
Les Pères de Nicée ne prétendent pas résoudre, il est vrai, ces graves questions par les seules lumières de la raison. Ce qu'ils affirment avec l'assistance de l'Esprit-Saint , ils le trouvent consigné dans l'Écriture et la Tradition, ces deux réservoirs sacrés qui renferment toutes les vérités révélées. Mais, parla même qu'ils puisent leurs connaissances à une source plus sublime et plus claire , leurs décisions seraient-elles moins sûres? Poser cette question , c'est la résoudre. Le dogme entier est illuminé par ce grand foyer de la Révélation divine. Les Conciles n'ont jamais établi la foi que sur l'autorité de Dieu, sans cependant rejeter le flambeau de la raison. La philosophie est l'auxiliaire de la théologie ; mais parce qu'elle sert la science divine, elle ne la dirige pas.
Le symbole de Nicée, après quinze siècles, est encore la pierre angulaire contre laquelle viennent se briser tous les faux systèmes sur Dieu et sur l'homme.
A mesure que les hérésies surgissent dans l'Église, les Conciles œcuméniques formulent avec une vigoureuse précision la doctrine orthodoxe. Toutefois ils ne la créent pas ; ils la montrent, ils l'indiquent. La faisant jaillir du dépôt de la Révélation, ils lui donnent bien un certain éclat extérieur , mais ils ne changent rien à son essence qui demeure im-
muable. La vérité, définie par les juges de la foi, est comme le diamant sous la main de l'ouvrier qui en fait resplendir l'éclat en le taillant et en le polissant. Le métal ne change pas ; il devient plus apparent. La seule création que fasse le Concile est celle de certains termes qui viennent jeter les lueurs d'une appellation nouvelle sur une doctrine qui n'est pas nouvelle. Ces termes sont jugés nécessaires pour préciser davantage la vérité. Quand ces expressions, d'une rigoureuse exactitude, n'existaient pas dans la langue dont se servaient les Pères du Concile , ils les créaient. A Nicée, la langue de l'Église s'enrichit du mot omousios; à Éphèse, du mot theotokos. A Trente, on consacre l'usage du terme transsuhstajitiatio , déjà employé par le premier Concile de Latran. Et ces expressions sont créées, afm de pouvoir circonscrire de grandes choses dans les limites d'une formule abrégée , renfermant en quelque sorte la substance de l'objet défmi.
Les hérésies ont été comme le choc qui a fait jailhr la lumière des dogmes. Nous n'avons garde d'affirmer que Thérésie fasse la lumière. Il est de sa nature d'obscurcir et non d'éclairer. Mais c'est à l'occasion des négations de l'hérésie que l'Église a formulé ses lumineuses déclarations. L'incarnation du Verbe est la pierre angulaire de l'édifice du christianisme. Pour faire crouler cet édifice, l'hérésie devait s'attaquer, — c'est logique, — à ses assises
surnaturelles. Arius nie l'éternelle génération du Ghri^st, comme Fils de Dieu. Les Pères de Nicée déclarent le Verbe engendré et non créé et consub^ stantiel au Père.
Nestorius rejette, dans le Christ, l'unité de personne. Il brise le lien intime qui unit la nature divine à la nature humaine. Il établit deux êtres distincts en Jésus-Christ et arrive à cette conséquence impie : Marie est mère d'un homme et non la Mère de Dieu. Les Pères d'Éphèse vengent et la gloire de la Mère de Dieu et la doctrine du Fils de Dieu. Ils affirment l'unité de personne dans le Verbe fait chair.
Voici un autre novateur. Entichés confond en Jésus-Christ les deux natures que Nestorius avait trop désunies. A Chalcédoine six cents évoques proclament le Christ, homme parfait et Dieu parfait. Ils enseignent qu'on doit confesser un seul et même Jésus-Christ, le même parfait dans la divinité et pai'fait dans l'humanité, vrai Dieu et vrai homme, étant comme homme composé d'une âme raisonnable et d'un corps , consubstantiel au Père selon la divinité, consubstantiel à nous selon l'humanité, en tout semblable à nous, honnis le péché.
Le Monothéiisme, rameau de l'Eutichianisme , fait une autre confusion. Admettant en Jésus-Christ deux natures, il ne lui reconnaît qu'une seule volonté, la volonté divine.
Le troisième Concile général de Constantinople condamne cette nouvelle erreur, et déclare qu'on
doit professer dans le Christ « deux volontés et deux opérations naturelles , sans division , sans mélange, sans séparation, sans confusion. »
La volonté humaine à ses opérations propres ; mais comme il n'y a qu'une seule personne , il n'y a non plus qu'une seule et unique direction.
Tels sont les points fondamentaux touchant l'incarnation du Verbe , que les Conciles œcuméniques ont placés sous un jour clair, autant du moins qu'il est donné à l'intelligence humaine de pénétrer le voile qui cache les divins mystères.
A mesure que les Conciles tiennent leurs solennelles assises , l'enseignement catholique s'illumine de nouvelles clartés.
La doctrine du Saint-Esprit eut aussi ses adversaires.
Le premier Concile de Constantinople et celui de Florence affirmèrent, contre llacédonius et les continuateurs de ses blasphèmes, la divinité de la troisième personne de la Trinité et sa procession par le Père et par le Fils.
Bien des erreurs sont encore frappées par les Conciles. Citons entre autres cette étrange opinion de certains hérétiques du moyen âge, prétendant qu'il existe deux âmes dans l'homme et que l'àme n'est pas essentiellement par elle-même la forme du corps humain. Le Concile œcuménique de Vienne fit justice do ces absurdes théories.
Nous arrivons à la grande révolution religieuse du XVI<^ siècle. Jusqu'alors Thérésie n'avait atteint
que quelques points de la foi. Maintenant le gouffre de l'erreur, creusé par la main audacieuse d'un moine rebelle, menace d'engloutir tous les dogmes. Pour dissiper les noirs nuages qui s'entrechoquent dans ce ténébreux chaos, le Concile de Trente se voit forcé de remettre en question toutes les plus hautes doctrines de la science sacrée. Péché originel, libre arbitre, grâce, justification, prédestination, mérite et nécessité des bonnes œuvres, sacrements, saint sacrifice, purgatoire, culte des saints, etc. etc., ce sont là autant de sujets obscurcis par les hérésiarques de la réforme, et sur lesquels les Pères de Trente répandent des torrents de lumière.
On le voit, les Conciles ont été les gardiens comme les protecteurs et les vengeurs de la foi.
Disons en quelques mots l'inlluence qu'ils ont exercée dans l'ordre moral.
Les deux grandes bases de l'ordre moral reposent sur la notion exacte de Dieu et la notion exacte de l'homme. Que devient la morale avec le Dieu des Mahoméians ou avec les divinités du paganisme? Qu'est-ce que la morale, si l'homme se berce du fol orgueil de n'être point l'œuvre d'un Dieu créateur, et s'il prétend que sa race est éternelle, ou le produit nécessaire d'une nature incréée.
La conséquence de ces théories , c'est que toute relation de subordination disparaît. L'homme, qui s'est imaginé ne point relever d'un principe premier doué d'une existence personnelle , est affranchi par
là même des lois morales. Tandis que les hérésies ont toutes cherché à ébranler ces deux grands principes— la juste notion de Dieu et la juste notion de riiomme — les Conciles œcuméniques les ont maintenus fermes et inébranlables au sein de la société chrétienne.
La vraie notion de Dieu , celle de Jésus-Christ, le Sauveur du monde, celle de l'Esprit-Saint, nous venons de voir combien ces hautes et sublimes conceptions ont été placées par les Conciles dans une lumière jusqu'alors inconnue.
Et pour rappeler à l'homme, égaré par de faux docteurs, ce qu'il est, d'où il sort et où il doit tendre, que de sages leçons n'entendons-nous pas formuler par les assemblées œcuméniques ?
Les Manichéens assignent à l'homme pour origine le principe mauvais. L'homme est le fils du mal et peut se livrer à ses penchants ou à ses instincts les plus dégradants. D'autres hérétiques ont logé dans lêtre créé à l'image de Dieu, une âme qui était comme enfouie dans le corps auquel elle ne donne ni la vie ni la forme. La conséquence de cette doctrine, la voici : les sens ne recevant pas leur impulsion et leur direction de l'àme, l'homme, à Tinstar de la brute, n'agit plus que sous l'empire d'une force instinctive. N'ayant pas la conscience de ses actes, toute responsabilité disparaît. La moralité n'a plus aucune sanction. •
Ce qui avait été dit en termes ambigus par les Manichéens et par certains sectaires du moyen âge,
le protestantisme le proclama en termes explicites et formels.
Le protestantisme a enseigné que le libre arbitre , dans l'homme, avait fait complètement naufrage. Il ajoutait que si toutefois une faible épave avait surnagé lors de la grande catastrophe originelle, elle était fatalement et irrésistiblement poussée par la main de Dieu. L'une et l'autre de ces hypothèses aboutissent à anéantir la liberté et à bouleverser la conscience. 11 est évident que si l'homme est privé du libre arbitre , il est affranchi du souci de travailler à sa justification. Aussi la doctrine luthérienne arrive- t-elle à affirmer qu'à l'aide de la foi renfermée dans le cœur, le chrétien peut se passer des bonnes œuvres qui ne sauraient lui être d'aucun mérite.
Le Concile de Trente, dans son admirable décret de la justification, a réfuté et condamné ces erreurs subversives de l'ordre moral.
Les Conciles non-seulement protègent l'intégrité de la foi chrétienne et de la morale évangélique , mais sauvegardent l'honneur de l'Église en maintenant la discipline et en combattant le relâchement des mœurs parmi les membres de la hiérarchie sacrée.
L'Église , dans son ensemble , est l'Épouse immaculée de Jésus-Christ. Elle est sainte et digne de celui qui l'a acquise au prix de son sang versé sur l'arbre planté au sommet du Golgotha. Mais à
diverses époques, elle a été désolée par le triste spectacle de Tivraie mêlée au bon grain. Ce sera l'éternelle gloire de l'Église d'avoir cherché à extirper de son sein les membres qui ne répondaient plus à la pureté et à la sainteté de la morale évangélique. Elle a impitoyablement arraché les mauvaises herbes qui ont pris racine sur le sol sacré de ses institutions. Chaque Concile a poursuivi avec une énergique sévérité la réforme des abus. Les défauts, les désordres des élus du sanctuaire, ont -toujours été stigmatisés. L'esprit de cupidité vient-il à se glisser parmi ceux qui doivent donner l'exemple du déf;intéressement et de l'abnégation; le hideux chancre de la simonie vient-il <à étendre ses ravages? J^^ous voyons deux Conciles de Latran flétrir ces désordres et apporter des remèdes à ces maux. Les Pères de Latran comme ceux de Trente ne font que répéter les anatîièmos lancés aux simoniaques par leurs illustres devanciers de Chalcédoine. Chaque fois que la licence a osé franchir le seuil du sanctuaire , les Conciles n'ont pas hésité à porter de sévères décrets. Ils frappent les- profanateurs du lieu saint, afm de ramener les coupables dans les voies du devoir et de l'honneur.
Et quand la contagion atteint les ordres religieux, ces corps d'élite , voués à une perfection encore plus grande que celle des clercs séculiers , c'est alors que l'Église redouble ses rigueurs. La branche qui produit des fruits mauvais , corrompus , elle
l.ES DOCTRINES CATHOLIQUES. Jl
n'hésite pas à l'arracher. C'est l'exemple que nous Iburnit lo Concile de Vienne. L'illustre ordre militaire des Templiers dont les débuts avaient été si glorieux et si saints, avait glissé sur la pente funeste du relâchement. L'opulence avait énervé cette antique institution qui, outre des services éclatants rendus à l'Eglise, s'était signalée autrefois par d'héroïques vertus. Les intrépides chevaliers du Temple sont trouvés coupables , et le Concile de Vienne les supprime pour toujours. Il arrache un rameau gâté de l'arbre séculaire de ses pieuses institutions monastiques.
Jaloux de sauvegarder l'honneur du sacerdoce et des ordres religieux, les Conciles n'ont pas montré moins de sollicitude pour protéger l'intégrité et la |)ureté des mœurs parmi les simples fidèles.
La sainteté du mariage est l'élément constitutif de la famille chrétienne. C'est la source des pures vertus cultivées au foyer domestique. Bien des fois les législations humaines ont laissé le mariage s'égarer dans des désordres réprouvés par la loi évangéhque. L'Église a sans cesse réagi contre les licences du siècle et contre le débordement des passions. Maints décrets inscrits dans les Conciles de Latran et de Trente nous ont transmis le témoignage glorieux en faveur de la pureté et de l'indissolubilité du lien conjugal.
Et quelle salutaire influence ont exercée sur la législation civile les Conciles œcuméniques !
L'Église a toujours regardé comme une de ses attributions essentielles le droit de juger elle-même ses ministres. Au berceau du christianisme, au temps des apôtres, elle fait déjcà usage de cette prérogative. Des canons disciplinaires de Nicée en 325 et de Gonstantinople en 381 , attestent l'organisation du tribunal ecclésiastique.
Le code pénal se perfectionne d'âge en âge , et nous le voyons aux Conciles de Latran et à ceux de Lyon servir de modèle à la magistrature civile*.
Ce qui, dans le code ecclésiastique, prédomine, c'est la crainte que l'accusation ne soit trop facilement accueillie et que l'innocence ne soit pas assez protégée contre les faux témoignages. La sévère mission de la justice, éclairée par la vérité, était toujours tempérée par la miséricordieuse compassion. De là les règles admirables formulées dans l'un des Conciles de Latran, où tout est coordonné et combiné pour éclairer la justice , en sauvegardant la liberté de la défense et en protégeant l'innocence faussement accusée.
Les hommes compétents ne peuvent assez admirer cette sage et savante organisation judiciaire qui a servi de modèle aux tribunaux civils.
Un autre bienfait social dont nous sommes redevables aux Conciles , c'est la diffusion de l'instruction
' On connaît cette belle définition faite par un souverain Pontife , Pie II (.Eneas — Silvius) : « La loi est une intelligence sans passion. »
populaire et la protection accordée aux hautes études..
A ceux qui, plongés dans des préjugés invétérés, accusent l'Église d'avoir favorisé l'ignorance du peuple, nous citerons cet admirable canon du troisième Concile de Latran dont nous avons donné la substance dans le cours de notre ouvrage :
« Parce que l'Église de Dieu, dit le Concile, en i 169, soit en ce qui touchu au soutien du corps, soit en ce qui contribue au progrès des âmes , est obligée de pourvoir comme une pieuse mère aux besoins des indigents ; afm que les enfants pauvres auxquels leurs parents ne peuvent être d'aucun secours ne soient pas privés du moyen d'apprendre la lecture et de s'instruire , auprès de chaque cathédrale , un maître sera placé ])our ê\e\eY gratuit eme^it les clercs de cette église et les autres écoliers sans fortune, et un bénéfice convenable sera assigné d'une part pour suffire aux nécessités de celui qui enseignera , d'autre part pour faciliter l'accès de la science à ceux qui voudront étudier. Si, dans les autres éghses ou monastères , des fonds avaient été , dans les temps antérieurs, affectés à une institution de cette nature, on devra les restituer à leur destination. Qu'on exige aucune somme pour accorder la faculté d'enseigner ; qu'à ceux qui enseignent déjà l'on ne demande rien non plus, même en invoquant le titre de la coutume ; à qui sollicitera la permission d'enseigner, qu'on ne la refuse pas , s'il est capable.
Quiconque osera contrevenir à cette prescription, que celui-là soit privé de bénéfice ecclésiastique. »
Voilà le cas que l'Église faisait en plein moyen âge, au douzième siècle, de l'éducation populaire. Voilà comment elle cherchait à répandre Finstruction parmiles peuples , et cela à bon marché.
Le quatrième Concile de Latran , en 1215, pousse encore plus loin sa sollicitude pour l'instruction des enfants pauvres. Il exige que toute église possédant des revenus suffisants entretienne des maîtres capables d'enseigner aux étudiants dépourvus de ressources matérielles , la grammaire et les principes des autres branches d'éducation.
Les hautes sciences n'ont pas reçu une moins grande impulsion des assemblées œcuméniques. Pour le démontrer , il suffit de rappeler les longues et laborieuses épreuves auxquelles étaient soumis les aspirants au doctorat. Et que Ton remarque bien que ce titre était obligatoire pour pouvoir occuper les hautes fonctions et dignités ecclésiastiques. Le cinquième Concile de Latran , présidé par le Pape Léon X. , exige dix ans de préparation pour les docteurs en théologie, sept ans pour les docteurs en droit canonique , en droit civil ou en médecine, cinq ans pour les licenciés ès-arts. On le voit, l'Église, tout en favorisant les fortes études dans toutes les branches des connaissances humaines, impose des épreuves plus longues à ceux qui s'adonnent à la science par exellence : la théologie.
Pour donner encore plus de développement à l'enseignennent supérieur de la théologie, le Concile de Vienne avait décidé d'établir des cours d'Hébreu, de Chaldéen et d'Arabe , aux universités de Rome , de Bologne, de Paris, d'Oxford et de Salamanque. Les plus illustres Églises, celles d'Italie, de France, d'Angleterre et d'Espagne possédaient des foyers de science qui rayonnaient sur toutes les autres parties de la chrétienté.
La dilTusion des lumières parmi les déshérités des l)iens de ce monde , comme parmi les classes favorisées de la fortune, c'est là une gloire et un mérite, que nul homme instruit ne pourra jamais contester à la bienfaisante influence des Conciles œcuméniques.
Et les amis de l'art, tous les admirateurs de cette majestueuse efflorescence de l'idée du Beau , n'ontils pas à payer, eux aussi, leur tribut de reconnaissance aux Conciles œcuméniques?
Fidèle à garder le noble culte des images , cette source de pieuses impressions, l'Église , par l'organe des Conciles , a entretenu et protégé ce riche foyer d'inspirations. Sous l'égide de l'Église réunie, le génie de l'art a pu déployer ses ailes. Le temple catholique a été sa plus grande sphère d'action. Le deuxième Concile de Nicée s'assemble pour fulminer les Iconoclastes , ces destructeurs de l'art, ces nouveaux Vandales , sauvages autant qu'impies. Grâce à l'énergique déclaration de l'auguste assemblée de Nicée, l'art chrétien a été arraché au brigandage des
sectaires. Reprenant son merveilleux essor, il a enfanté les chefs-d'œuvre du moven à^e et de la Renaissance, et continue à répandre la vie dans nos temples. Et si le protestantisme a essayé d'arrêter cette féconde expansion de l'art, en renouvelant les barbares profanations des anciens briseurs d'images, le Concile de Trente rappelle et confirme à son tour les décisions des Pères de Nicée, et permet au génie de vivifier le marbre, le bronze, la toile, et d'élever l'âme chrétienne par la contemplation d'édifiantes représentations des scènes de la religion.
Les Conciles ont été aussi les fidèles gardiens, et les protecteurs vigilants de la propriété , cette clef de voûte de l'édifice social. Ils ont foudroyé nonseulement les violateurs des biens ecclésiastiques, mais encore toute espèce de spoliateurs. Les violateurs du principe de la légitime possession étaient rares autrefois. Il était réservé à la civilisation moderne d'abdiquer le respect dû au principe sacré de la propriété. La propriété ecclésiastique est-elle moins sacrée que la propriété civile? La violer, n'est-ce pas violer la libre volonté d'àmes généreuses qui, par leurs dispositions testamentaires, ont constitué la dot sacrée de l'Épouse de Jésus-Christ.
La sagesse moderne respecte la propriété des compagnies industrielles et commerciales, mais trouve fort juste la spoliation des corporations rehgieuses. Les unes poursuivent un but matériel et ont pour mobiles le lucre, elles sont protégées, et nous
LES DOGTPJNES CATHOLIQUES. 17
ne nous en plaignons pas ; les autres se sont constituées pour prier Dieu et soulager les malheureux, elles n'ont plus de place marquée au soleil de notre siècle de progrès. Les libres penseurs de nos jours applaudissent, avecunenthousiasmequi sentie délire, à toutes les confiscations que les gouvernements despotiques font subir à l'Église. Mais attendons la fin. Au bout de l'horizon de l'avenir, apparaît le plus terrible enfant que la tempête ait porté dans ses lianes : c'est le sauvage socialisme. Vous avez détruit le respect de la propriété, en usurpant le patrimoine des hommes voués au service de la religion, le socialisme, ce terrible enfant auquel vous avez préparé dans le monde une marche triomphale, vous appliquera à vous-mêmes les doctrines de spoliations dont vous vous êtes armés contre l'Église de Dieu. Au lieu de protester contre ces envahissements sacrilèges, les conducteurs des peuples s'en sont rendus solidaires. Les peuples ont laissé faire. La spoliation est devenue un crime social, elle provoquera un châtiment social et c'est le socialisme qui l'appliquera aux nations coupables d'avoir violé un commandement immuable et sacré du décaloiïuec Combien les Conciles ont agi différemment : ils ont étendu non-seulement leur protection sur les biens ecclésiastiques, ils ont encore couvert de leur égide les biens des laïques \
* Voir ConciL Later. IV can. XLIV.
Je viens de parler du crime social dont Dieu fait justice dans ce monde. Qu'on me permette, à ce sujet, une allusion aux douloureux événements qui se passent à la frontière française dont je suis séparé par une faible distance. Lorsque je traçais ces lignes, le bruit lugubre du canon, cette sublime horreur, retentissait à mes oreilles. Comment pourrais-je ne pas reporter mes réflexions vers cette malheureuse nation française, et chercher à pénétrer les causes de ses épreuves inouïes ?
La France — beaucoup de ses sujets pris individuellement sont demeurés, je le sais, fidèles aux principes et aux pratiques de la religion — la France a commis d'énormes forfaits comme nation. Cette antique race cathohque, fille aînée de f Église, qui n'a jamais été notablement entamée par l'hérésie, la patrie de saint Louis, a laissé, à notre époque, profaner publiquement le jour du Seigneur , ce saint jour que les États protestants ont partout entouré chez eux, au moins d'un respect légal. La France, comme nation , a toléré les blasphèmes et les ignobles sarcasm.es des fils de Voltaire. L'impiété la plus abjecte a pu s'installer au grand jour. Elle a été professée dans d'innombrables pubUcalions non-seulement impunies, mais protégées, encouragées, prônées, et de plus soldées par l'or de la nation. L'immoralité comme un subtil poison s'est glissée dans les veines du corps social, et, en l'infectant de son venin, fa plongé dans un mortel engourdissement. Les forces vives
delà nation se sont affaiblies j énervées. Les grandes villes sont devenues des cloaques d'impureté rappelant la corruption des mœurs du paganisme. Paris a été une seconde Babylone.
Le mépris croissant des saintes lois de l'Église, les pins révoltantes calomnies, les plus vils outrages à l'adresse des ministres du sanctuaire, lesquels ne se trouvaient guère insultés publiquement qu'en France et dans quelques fanatiques pays protestants ; la protection accordée à un professeur niant la divinité de Jésus-Christ, et scandaleusement réintégré dans son cours public; la spoliation des États de l'Église, spoliation sacrilège , bien plus l'œuvre de l'astucieuse politique française que celle de la rapacité italienne qui eût été impuissante sans l'appui de la France; l'érection d'une statue nouvelle au pati'iarche de l'impiété , à celui qui a eu l'impudence d'écrire, en parlant du christianisme : (( Écrasons l'infâme, » en fallait-il donc davantage pour armer le bras vengeur de Dieu , méconnu et audacieusement défié ? Dans la France d'où partaient jadis des milliers de croisés qui, à la suite d'un saint roi, allaient répandre leur sang pour délivrer le tombeau du Dieu-Sauveur; dans cette même France, on a vu un prince du sang, choisir le Vendredi-Saint pour outrager les plus respectables traditions de son pays. Tout chrétien, en ce jour mémorable, parcourt, dans la solitude de son àme émue de reconnaissance , la douloureuse voie
du Calvaire. Il médite attendri, sur le prodigieux événement dont ce jour rappelle la pieuse mémoire. Eh bien, en ce même jour, un prince du sang, entouré de convives libres-penseurs comme lui, parmi lesquels un sénateur grassement rétribué avec les deniers du peuple , ose en plein Paris , profaner par une sacrilège gloutonnerie le chemin sacré du Golgotha. Et depuis cette infâme inauguration de l'insulte publique faite au Dieu du Calvaire, chaque année, une tourbe de petits crevés de la libre pensée , renouvelle au grand jour, avec un scandaleux luxe de programmes, et un fracas d'invitations bruyantes, Fimoble saturnale des insulteurs du divin Crucifié. Ah ! nous croyants , nous nous indignons des crachats des Juifs. Quelle ne doit pas être notre horreur pour ces lâches persécuteurs du Christ couronné d'épines, ces tard-venus dans le cortège de ses bourreaux. Nous le savons, la pure et sereine figure de F Homme- Dieu , à travers les siècles , a été en butte à bien des sortes d'outrages , mais la France, Paris lui a réservé, le jour consacré à la pieuse mémoire de la rédemption du monde, la nouvelle et sanglante injure des banquets 2)itbïics de chcircuteriel
Il nous revient en mémoire un autre festin également sacrilège : Balthasar voulut boire, à la fin d'un banquet, dans les vases sacrés du temple de Jérusalem. Mais soudain une main formidable et mystérieuse traçait, sur les murs de la salle du festin, des mots prophétiques... Et Babylone tombait au pouvoir de l'ennemi.
En face des insultes prodiguées à la religion , le gouvernement français se drapant dans sa fausse sécurité, a souri devant cette infamie, comme devant tant d'autres violations du respect public, et il a laissé faire.
Nous avons vu sa fm. Hélas ! quel subit effondrement! Jamais Thistoire n'a offert un spectacle plus étonnant. Ce redoutable empire français, qui en avait imposé si longtemps à la diplomatie européenne, disparaît comme la feuille sèche emportée par l'aquilon. C'est le cas de répéter ces paroles du Dieu vengeur qui frappe l'impie orgueilleux. « Je n'ai fait que passer, il n'était déjà plus. )) Ce régime, qui présidait aux destinées de la fdle aînée de l'Église, a forfait à sa mission sacrée. Il a laissé insulter publiquement le Christ , le Roi universel des âmes. Les Juifs insultaient aussi le Christ attaché à sa croix d'ignominie. Ils le croyaient alors impuissant. Et il secoue la terre, déchire le voile du temple et fend les rochers.
Dieu est patient à l'égard des individus, parce qu'il est éternel. 11 suspend les coups de sa justice souvent jusqu'au moment de la mort en faveur de l'homme pécheur, fût-il un grand criminel. Il veut le salut de tous, et attend en bon père le retour de l'enfant égaré. Si le coupable s'obstine à suivre les voies qui conduisent aux abîmes, l'éternité est là, et, à son seuil, sera réglé le terrible compte du prévaricateur impénitent.
Mais les peuples , comme nations , n'ont point réternité. Leurs destinées sont confinées dans les limites du temps. Les individus, et non les peuples, paraîtront au tribunal du Souverain Juge.
Et cependant il est des crimes collectifs, sociaux. Tout crime aura son expiation. Celui qui est la justice et la sainteté même ne peut laisser sans expiation les fautes collectives, les forfaits publics, solidaires , et si je puis ainsi parler , les prévarications nationales. Dieu donc les punira par le châtiment social des nations coupables. Quand la mesure de la miséricorde est comble, la justice exerce ses droits. Dieu alors déchaîne, contre la race qui a provoqué ses justes colères, les grands et formidables fléaux , instruments vengeurs des iniquités sociales. Parmi ces fléaux, la guerre est sans contredit le plus terrible. IMais ce châtiment est aussi le plus expiatoire de tous. La guerre est un holocauste. Après le sang versé par le chrétien pour affirmer sa foi, je ne vois rien de sublime , comme le guerrier qui donne sa vie sur un champ de bataille , pour obéir au devoir, à l'honneur et à la voix de la patrie en danger. Sur un champ de bataille, la mort a quelque chose de mystérieux. L'héroïsme, ce saint mépris de la vie , l'abnégation de toutes les affections, cela n'impose-t-il pas le respect à nos âmes? N'est-ce pas là une oblation noble, généreuse, digne d'être offerte au ciel? Ailleurs, la mort est communément la peine devant laquelle l'esclave
s'incline, enchaîné par une impérieuse nécessité. Le sang versé pour la patrie est un sacrifice expiatoire, c'est une immolation sociale, c'est une expiation nationale. Ce sang apaise la justice de Dieu.
0 justice de Dieu ! Le sang généreux d'une nation catholique a coulé par torrents, pardonnez Seigneur. Elle sera purifiée, et elle poursuivra le cours de ses antiques et saintes traditions dont elle avait tant dévié. La bénédiction du repentir n'est-elle pas descendue sur elle par le châtiment?
Les peuples , nous l'avons dit , n'ayant qu'une existence temporaire , Dieu les punit ou les récompense dans ce monde. La paix, la tranquillité, l'indépendance, la liberté, l'abondance, l'accroissement, le règne de la justice , voilà les récompenses d'une nation fidèle à sa mission. « La justice élève les nations. » Justitia élevât gentes \ Les révoltes, les séditions, l'oppression, le despotisme, les pestes, les famines, les guerres, sont les châtiments d'un peuple coupable.
Le châtiment social de la guerre , étant une expiation nationale , une sorte de sacrifice expiatoire qui rachète les iniquités des peuples , il repose sur le même principe que le dogme mystérieux de la chute originelle et de la réversibilité des peines. C'est une rédemption où le juste satisfait pour le coupable. Ah ! nous le savons, la guerre frappe aussi les innocents , et c'est là la consé-
' Prov. 14. 24.
2i LES DOCTRINES CATHOLIQUES.
quence de sa vertu essentiellement satisfactoire. Si le sang innocent du divin Pœdempteur a été la rançon de l'humanité, l'holocauste, offert par les innocentes victimes de la guerre, est comme le cri du pardon qui monte vers le ciel en faveur d'une nation coupable.
Les annales des peuples sont là pour nous montrer cette vertu expiatrice dans la guerre. L'histoire des Machabées , celle des martyrs de l'Église , celle du peuple de Dieu tout entier, celle de chaque grande commotion sociale , attestent l'existence de ce fait mystérieux.
Écoutons le langage des Livres saints : In me et in fratibiis meis desinet omnipotentis ira^ quœ super omme genus nostrum superducta est\
Le paganisme même en avait conscience : le dévouement de Décius était considéré comme ayant été digne d'apaiser la colère des dieux. Decius piaculum omnis deorum irœ -.
Il est des crimes sociaux qui semblent ne pouvoir être lavés que par le sang et dans le sang. Les iniquités qui tendent directement à ébranler les bases de la société, comme la persécution rehgieuse , les outrages favorisés ou tolérés par les dépositaires du pouvoir contre la morale publique ; la rébellion contre l'autorité légitime ; la violation du droit des gens, ce sont là autant de forfaits qui ont toujours provoqué le châtiment social de la guerre.
' Mach, 7. 38.
2 Tite Live.
Le poëte a dit avec raison :
C'est le courroux des rois qui fait armer la terre, C'est le courroux des cieux qui fait armer les rois.
Et chose digne de nos profondes méditations , la guerre , malgré ses horreurs réelles, est souvent moins un mal qu'un remède. Dans maintes circonstances, elle est un châtiment de la miséricorde divine qui veut corriger et non perdre une nation. (( Toute victoire, dit saint Augustin, par une disposition des décrets de Dieu , humilie les vaincus et le châtiment les purifie de leurs péchés. » Omnis Victoria clivino judicio victos humiliât , vel emendans peccata, velpimiens \
L'orage , qui agite l'atmosphère , la purifie et la débarrasse des miasmes mortels : la guerre houleversant une nation, plongée dans le matérialisme et la corruption, suscite les grandes et héroïques vertus capables de régénérer un peuple penché vers Tabîme.
De nos jours, on a beaucoup parlé de la supériorité des nations germaniques sur les nations latines. Ce jugement a été accrédité par les récents et merveilleux succès de la Prusse. L'histoire nous apprend, disent certains écrivains, et surtout ceux d'outre-Rhin, que les peuples comme les individus ont leur période de croissance, de maturité et de déclin. Ils subissent la loi £^énérale des êtres organisés : ils sont comme le végétal qui croît, grandit et meurt.
' Civit. Dei.,L. XIX, 15.
Les races latines ont apparu à l'horizon de la civilisation avant les peuples germaniques. Elles étaient à leur période de parfaite maturité , alors que les peuples du Nord se trouvaient encore à rétat d'enfance. L'Espagne, il y a trois siècles, était à la tète des nations ; et, avant le colossal empire de Charles-Quint, les florissantes républiques de la péninsule italique avaient rayonné d'un vif éclat. La France sous Louis XIV était la reine du monde.
A l'heure présente semble voilé , Téclat qui pendant tant de siècles, a environné les peuples latins. Mais cet état d'obscurcissement est-il l'effet de la décadence radicale de cette antique et forte race , ou estce la conséquence d'une crise passagère, d'un mal momentané? La vieillesse et la décrépitude, je le sais , sont irréparables ; mais la force d'un tempérament généreux triomphe souvent de la plus violente crise. Et la crise une fois passée, la santé réapparaît avec une nouvelle énergie.
Ce qui avait fait les nations latines grandes, puissantes , c'est la relii^ion. L'incrédulité comme un chancre destructeur les a envahies. Elles sont devenues languissantes. Elles ont perdu les saintes et fortes convictions ; le principe d'autorité s'est affaibli. La révolution, cette fièvre des nations latines, a produit l'instabilité de Tordre social et a tout désagrégé. Les guerres intestines ont engendré un marasme ([ui a paralysé l'épanouissement de la force parmi
ces peuples turbulents, s'épuisant dans des luttes fratricides.
Mais est-ce à dire que le mal dont ils souffrent en ce moment soit incurable? Nous n'oserions l'affirmer. Les États païens ont disparu sans espoir de retour, parce qu'ils ne portaient pas en eux-mêmes le principe de leur résurrection ; mais les peuples chrétiens sont marqués au front du signe de la régénération : ils sont doués d'une inépuisable vigueur. Leur jeunesse se renouvelle comme celle de l'aigle'. Le christianisme a en lui des énergies égales à toutes les plaies.
Si des jours de faiblesse et de prévarication, ô malheureuse France, ont pu provoquer la justice et le châtiment divins, des siècles de lidélité à Dieu et de dévouement à l'Église méritent le pardon. Purifiée et régénérée parles épreuves, tu reprendras le cours de tes destinées glorieuses. Dans un avenir que nous ne croyons pas éloigné, ton courage, retrempé dans la foi de tes pères , enfantera de nouveaux croisés du Christ et de la vérité ; tu feras briller à l'horizon de l'histoire une ère prochaine de gloire et de grandeur morale ; tu resteras au milieu du monde le soldat de la Providence, l'apôtre de la foi, l'ange de la charité, le champion de la civilisation chrétienne. Maint peuple opprimé se tournera vers toi, et, épiant sur tes lèvres magnanimes le signal de la délivrance , demandera à ton épée
« Prov. CIL 5.
chevaleresque le triomphe des saintes et nobles causes.
Mais revenons , après une digression relative aux grands événements contemporains , revenons pour la terminer , à notre esquisse des bienfaits opérés par Tinfluence de3 Conciles.
Pour ne pas entrer dans de plus longs détails, nous ajouterons seulement que les Conciles ont été la providence des pauvres , des malades et des malheureux. Ils ont favorisé le développement des grandes institutions de charité; élaboré de sages règlements pour la bonne administration des hôpitaux, des monts-de-piété et de tant d'autres établissements créés pour soulager le malheur et l'indigence ' ; rendu d'immenses services à la liberté , en exerçant une suprême judicature contre les pouvoirs prévaricateurs et en protégeant la dignité des peuples contre la tyrannie des potentats de la terre '. Dans les nombreuses croisades , en armant les rois et les peuples chrétiens contre les farouches Musulmans, ils ont sauvé la civilisation européenne, menacée par les envahisseurs asiatiques ^
Cette sublime institution, de Nicée au Vatican, pendant plus de quinze siècles, a abrité sous son ombre tutélaire , les intérêts les plus sacrés de l'humanité.
^ Concil. Vienn., Concil. Tiidenl. Sess. VII, Cap. XV. — Sess. XXV de Refor., Cap. VIII.
^ Concil. de Lyon, ann. 12i5.
^ Concil. de Vienne, de Latran, de Lyon.
Le Concile du Vatican projettera sa bienfaisante lumière sur le déclin du XIX<^ siècle.
Les Pères du XIX.^ Concile œcuménique, dans leur lll^ session, ont déjà vengé la vérité dogmatique contre les erreurs contemporaines ; et, dans leur IV^ session, ils ont resserré les liens qui unissent les enfants de la grande famille catholique, en les groupant avec amour et confiance aux pieds du Saint-Père, le docteur universel, l'infaillible vicaire de Jésus-Christ. Ils achèveront leur mission sacrée. Les évêques , représentant deux cent millions de fidèles épars sur le globe, proclameront encore une fois l'éternelle vérité et l'éternelle justice. Ils montreront le port du salut aux multitudes jetées sur la mer du monde contemporain, bouleversé par de frémissantes tempêtes et attristé par de bien désolantes doctrines.
Parmi toutes ses tristesses , le XIX^ siècle en a une dont la cause est effrayante. Il a vu apparaître un phénomène monstrueux que le monde n'avait point encore connu et dont l'antiquité païenne eût été révoltée : des hommes sans Dieu, sans autels , sans adorations , sans prières , sans culte, se traînent mélancoliquement sur les chemins de la vie , sans se soucier de ce qu'il y a au terme de la route. Et ce floi de tristesse envahit de plus en plus les âmes où n'habitent ni la foi, ni l'espérance. Les saintes joies n'épanouissent jamais des cœurs dont les aspirations ne s'élancent plus par
delà les étroits horizons de cette vallée de larmes.
Ce marasme enfante la cruauté sanguinaire. L'homme sans Dieu descend au niveau de la bête féroce. L'instinct de la destruction devient son grand mobile. Et notre siècle, prétendu si éclairé, a vu sortir de son sein de modernes Vandales , versant un feu destructeur sur des monuments enfantés par le génie de nos pères !
Mais les peuples , fatigués de leurs longs errements, ne viendront-ils pas bientôt se réfugier dans l'arche sainte de l'Église, seule capable de les sauver du naufrage et de les conduire à leurs providentielles destinées ?
DOCTRINES CATHOLIQUES EXPLIQUÉES ET PROMULGUÉES PAR LE PREMIER CONCILE ŒCUMÉNIQUE.
COiNCILE DE NICÉE.
On compte dix-neuf Conciles généralement reçus comme œcuméniques.
Le premier fut convoqué à Nicée , en 325 , pour apaiser les troubles suscités par l'hérésie d'Arius. On vit se réunir dans cette ville trois cent dix-huit évoques et un grand nombre de prêtres et de diacres. Le Pape saint Sylvestre , ne pouvant s'y rendre à cause de son grand âge, y envoya en qualité de légats , deux prêtres , Vite et Vincent. Baronius affirme que le célèbre Osius tenait la place du Pape , et , en cette qualité , présida l'auguste assemblée. Son nom figure, en effet, le premier parmi les souscriptions du Concile. « Saint Alexandre, évoque d'Alexandrie, y assista avec toute l'autorité due à la grandeur de son siège et à celle de son mérite : il avait amené avec lui saint Athanase, son diacre , dont il appréciait les sages conseils, quoiqu'il fût encore fort jeune. Saint Eustathe, évêque d'Antioche , et saint Macaire de Jérusalem,
furent comme les chefs et les Pères du Concile. Après eux les évêques les plus célèbres de toute la chrétienté , composaient cette illustre assemblée , et la rendaient comme une image des apôtres. On y vit les évêques d'Egypte et du patriarchat d'Antioche parmi lesquels étaient saint Paphnuce, évêque dans la haute Thébaïde , saint Potamon d'Héraclée, Aselépe de Gaze , saint Paul évêque de Neocésarée, saint Jacques de Nisibe, saint Amphion d'Epiphanie , Léonce métropolitain de Gésarée en Cappadoce , appelé l'ornement de l'Église par les auteurs contemporains, saint Hippace évoque de Gangres , dont la vie fut consommée par le martyre, saint Alexandre de Bysance, Protogènes, évêque de Sardique , Alexandre de Thessalonique et autres. Parmi ce grand nombre d'hommes illustres, les uns étaient remarquables par la sagesse de leurs discours , les autres par Taustérité de leur vie et par leur patience dans les travaux : il y en avait beaucoup qui étaient relevés par des grâces apostoliques : beaucoup portaient sur leurs corps des marques des souffrances de Jésus-Christ. On en voyait, qui avaient les deux mains estropiées, comme Paul de Neocésarée dans la persécution de Licinius : d'autres , à qui on avait brûlé le jarret : d'autres avaient l'œil arraché , comme saint Paphnuce. On y trouvait en un mot, un grand nom.bre de confesseurs et de martvrs ; et Constantin, en convoqant ce Concile, fit qu'on vît rassemblé, dans une seule église, tout ce que les Églises de
l'Europe, de l'Afrique et de l'Asie avaient de plus grand : c'était en quelque sorte comme une couronne de paix , qu'il offi'ait à Dieu en actions de grâces de tant de victoires, qu'il lui avait accordées. '»
Mais à côté de ce grand nombre de saints , il se trouvait plusieurs évoques qui avaient des sentiments bien difïérents. Dissimulant fort adroitement leurs erreurs, ils soutenaient le parti d'Arius. Les plus connus sont Eusèbe de Césarée en Palestine, Théodote de Laodicée , Paulin de Tyr, Grégoire de Berythe, Aëce de Lydde, Theognis de Nicée, Eusèbe de Nicomédie, Maris de Chalcédoine etc.
Le Concile commença le 19 juin. Les premiers jours , il discuta les matières afm de les décider solennellement en présence de Constantin. Il examina les questions touchant la foi. Pour constater le vrai sens de la doctrine que professait Arius , on fit comparaître l'hérésiarque au milieu de l'assemblée; il ne rougit point de soutenir que le Fils de Dieu avait été tiré du néant, et, comme conséquence de sa liberté , qu'il était capable d'actes bons et mauvais ; qu'il était une créature et l'ouvrage de Dieu. En entendant de tels blasphèmes , les Pères du Concile décidèrent d'un commun accord de les anathématiser.
Constantin arriva à Nicée le 3 juillet. Le lendemain, les évêques s'assemblèrent au palais du souverain, dans une salle qui avait été préparée pour la réunion du Concile. L'empereur s'y rendit, revêtu
' TiLLEiMONT.
de la pourpre , mais sans gardes , accompagné seulement de ses ministres. Il témoigna un grand respect pour les évêques, dit Tillemont, adoucissant, parla modestie de ses regards, l'éclat de la majesté impériale. Un des Pères lui adressa un discours , dans lequel il rendait grâces à Dieu pour les biens dont il avait comblé ce prince. Constantin y répondit en exprimant, selon Eusèbe, la joie qu'il éprouvait de se voir dans cette assemblée , exhortant les Pères à mettre tous leurs soins à apaiser les troubles de l'Église. Ensuite il déclara n'avoir voulu se trouver au milieu du Concile que pour s'y comporter comme un simple fidèle. Il laissait aux évêques toute la liberté de discuter les questions de foi.
Dans les séances suivantes on s'occupa de l'hérésie
qui agitait l'Église. L'impiété arienne fut examinée. L'empereur, spectateur de ces imposants débats, écoutait avec attention les discussions des évêques. Saint Athanase, simple diacre, excita l'admiration du Concile. La sagacité de son esprit lui fit bien vite découvrir les artifices des hérétiques. Il résista à Eusèbe, à Theognis et à Maris, les trois principaux sectateurs de Tarianisme. Le Concile rejeta une profession de foi présentée par Eusèbe de Nicomédie. Cette profession ne condamnait que les blasphèmes les plus grossiers d'Arius , sans toucher aux autres points de sa doctrine. Les Pères, après avoir examiné avec beaucoup de soin les mesures à prescrire contre cette nouvelle impiété, et consulté TÉcri-
LES DOCTRLNES CATHOLIQUES. 35
ture et la Tradition, formulèrent la vraie doctrine de l'Eglise. Ils définirent que Jésus-Christ était vrai lils de Dieu, égal à son Père , et vrai Dieu comme lui. Et pour se prémunir contre toutes les subtilités ariennes , le Concile crut devoir exprimer , par le terme de consuhstantlel , l'unité indivisible de la nature divine dans la Trinité des personnes. Tous les évêques , à l'exception de dix-sept, adoptèrent le terme de consuhstantiel. On dressa ensuite la célèbre profession de foi, connue depuis sous le nom de Symbole de Nicée. Saint Athanase dit expressément que les articles furent rédigés par Osius, et que lui-même y prit une grande part. Elle fut écrite par Hermogènes , évêque de Césarée en Cappadoce. Les Pères, à l'exception d'un petit nombre d'Ariens, la souscrivirent. Pour ôter tout subterfuge auxEusébiens, — on appelait ainsi les sectateurs de l'hérésie arienne à cause d'Eusèbe de Nicomédie qui en était considéré le chef — et rejeter toutes les fausses significations qu'ils prétendaient trouver dans le terme de consuhstantiel, l'assemblée œcuménique déclara n'exprimer autre chose, sinon que le Fils de Dieu n'avait aucune similitude avec les créatures : il ne ressemblait en toutes manières qu'au seul Père qui Tavait engendré de toute éternité, et il n'était d'aucune autre substance , il était seulement de celle du Père.
Les Ariens, intimidés par le crainte de l'exil, anathématisèrent les erreurs condamnées et souscri-
\drent la foi de la consubstantialité. Mais ce ne fut là qu'une feinte, comme la suite le fit voir.
Cependant Arius fut banni par Tordre de Constantin et relégué en Illyrie avec les prêtres de son parti. Il ne fut rappelé que cinq ans après. Ses autres écrits, surtout sa Thalie , ouvrage impie et infâme, furent également condamnés.
Les Pères de rassemblée avisèrent aux moyens de faire cesser le schisme des Méléciens. Depuis longtemps ce schismie divisait l'Egypte. Le Concile conserva à Mélèce le nom et la qualité d'évêque dans la ville de Lycopolis en Egypte , mais lui interdit toutes fonctions. Ceux que cet évêque avait élevés aux dignités ecclésiastiques furent admis à la communion de l'Église, mais ils devaient avoir rang seulement après ceux qui avaient été ordonnés jusqu'alors dans l'Église et étaient demeurés dans la communion de saint Alexandre. Il décida, que la fête de Pâques serait célébrée dans toute l'Église le dimanche, après le quatorze de la lune de mars, et il décréta que ce serait là une nouvelle règle disciplinaire. On fit d'autres règlements, confirmés par vingt canons, qui sont venus jusqu'à nous. Ils furent promulgués pour rétablir l'ancienne discipline, tendant à s'affaiblir. Entre autres choses , on défendit d'ordonner des néophytes. Il y est fait mention de différents degrés de pénitence , des auditeurs , des prosternés et des consistants. Il fut interdit de rebaptiser ceux qui gardaient la forme du baptême reçue dans l'Éfrlise.