DEUXIÈME CONCILE ŒCUMÉNIQUE
CONCILE DE CONSTANTINOPLE l'AN 381.
Les principaux motifs qui provoquèrent la réunion de cette assemblée furent la confirmation de la foi de Nicée et le choix d'un évêque pour le siège de Gonstantinople. Les Pères y vinrent de toutes les provinces de l'Orient, à l'exception de l'Egypte. On en compte cent cinquante, selon l'opinion la plus commune. Les souscriptions marquent les noms de cent quarante deux. Les plus renommés étaient saint Mélèce d'Antioche , saint Grégoire de Nysse , saint Pierre de Sébaste son frère, saint Amphiloque , saint Pelage de Laodicée, saint Euloge d'Edesse, saint Cyrille de Jérusalem , Hellade de Gésarée en Gappadoce, Diodore deTharse, Acace de Bérée. Il n'y a point eu de Goncile dans l'Église , dit ïillemont , où Ton trouve un plus grand nombre de saints et de confesseurs.
On ne voit point qu'il y ait eu ni lettres, ni députés envoyés de la part de Damase et des autres Occidentaux. Toutefois, ce Goncile ne se réunit pas sans Tautorisation du Souverain Pontife qui,
Tannée précédente, avait prié Théodose de le convoquer *.
Saint Mélèce présida d'abord cette illustre assemblée ; mais ses infirmités l'obligèrent souvent de s'absenter. Cle qui intéressait l'Église de Constantinople fut d'a'bord examiné. Maxime, nommé le cynique, fut déclaré évêque intrus ; son ordination et ses prétendus actes épiscopaux furent jugés nuls et illégitimes. Il fut considéré comme usurpateur du siège de Gonstantinople. Saint Grégoire de Nazianze fut élu à sa place ; mais il fallut faire violence à sa modestie. Malgré ses gémissements et ses représentations 5 il se vit obligé d'accepter le siège de Gonstantinople. Sur ces entrefaites, Dieu rappela à lui saint j*Iélèce au milieu de ce grand nombre d'évêques, édifiés par sa piété et ses vertus.
Après la mort du patriarche d'Antioche, saint Grégoire de Xazianze présida le Goncile. Ge grand évêque fit alors tous ses efforts pour qu'on laissât Paulin gouverner l'Église d'Antioche , et cela en vue d'éteindre le schisme qui divisait cette Église ; mais ce fut en vain. Les évêques d'Egypte et de Macédonie firent échouer ces bons desseins. Se posant comme les adversaires de saint Grégoire , ils attaquèrent son élection sous prétexte qu'étant évêque d'un autre siège , on l'avait transféré sur celui de Gonstantinople. Gette opposition porta saint Grégoire
' Epist. synod. ad Damasum.
à l'action la plus héroïque. Il supplia les Pères de lui permettre de quitter son nouveau siège si sa démission devait contribuer à pacifier les esprits. On mit à sa place Nectaire. Dans cet intervalle , Théophile d'Alexandrie présida le Concile. Plusieurs écrivains afhrment qu'il fut élu par le parti des évoques qui avaient montré le plus de passion contre saint Grégoire. Quoiqu'il en soit, Nectaire eut la présidence du Concile immédiatement après avoir été choisi pour le siège de Constantinople. On travailla à réunir les Macédoniens, et on leur proposa de reconnaître les décrets de Nicée ; mais ils persistèrent dans leur opposition et les Pères les déclarèrent hérétiques. On fit ensuite plusieurs canons. La même assemblée renouvela , par son second canon , l'ancienne loi ecclésiastique , autorisée par les quatrième , cinquième et sixième canons de Nicée, laquelle voulait que les élections des évoques de chaque province se fissent par ceux de la province môme et par les prélats voisins , que les premiers voudraient appeler. Ce même canon donne à l'Église de Constantinople la prérogative d'honneur ou le premier rang après celle de Rome , par cette seule raison que Constantinople était la nouvelle Rome. Aussi ce canon a-t-il suscité de e^randes difficultés. Les suites en ont été fort graves ; car au lieu de voir là une simple marque d'honneur pour le siège de Constantinople, les Orientaux voulurent bientôt en faire découler une juridiction très étendue.
Le sixième canon , qui ne se trouve point dans le recueil de Denis le Petit, a trait à la discipline de l'Église, et veut que toutes sortes de personnes soient admises à accuser les évoques et les autres ecclésiastiques des torts , qu'elles prétendront en avoir reçus. Quant aux matières ecclésiastiques , il statue qu'on ne doit point recevoir comme accusateurs ni les hérétiques , ni les schismatiques , ni les personnes excommuniées , déposées ou accusées de quelque crime avant de s'être justifiées. Le septième canon règle la manière dont les hérétiques seront reçus dans l'Église. Le Concile avait en vue divers hérétiques. Au premier rang étaient les Ariens, les Macédoniens , les Novatiens , les Quatordécimains et les Appolinaristes. Ensuite venaient les Simomiens, les Montanistes, les Sabelliens. Pour ce qui a rapporta la foi, le Concile condamne les Ariens et Eunomiens combattant la divinité du Verbe , les Macédoniens refusant de reconnaître celle du Saint-Esprit et les Apollinaristes dont la doctrine détruisait le dogme de l'Incarnation. Les uns et les autres avaient déjà été fulminés dans divers conciles particuliers.
L'assemblée décréta : 1° que le Saint-Esprit est consubstantiel au Père et au Fils ; 2° elle confirma le Concile de Nicée et anathématisa par écrit toutes les nouvelles hérésies ; S^ après avoir approuvé les sages décisions des autres Conciles, elle fit une profession de foi plus étendue , renfermant le symbole que l'Église latine et l'Église grecque chantent à la
messe. Il comprend celui de Nicée auquel sont faites quelques additions, les unes touchant le mystère de rincarnation, pour prémunir les fidèles contre les erreurs des Appollinaristes , et les autres relativement au Saint-Esprit contre les Macédoniens. Ainsi, après ces mots du symbole de Nicée : Il s'est incarné, le Concile de Gonstantinople ajoute ceux-ci : Par le Saint-Esprit et de la Vierge Marie.
Le symbole de Nicée s'exprimait ainsi : Il a souffert, est ressuscité le troisième jour, est monté aux deux et viendra juger les vivants et les morts.
Le symbole de Gonstantinople ajoute : // a été crucifié pour nous sous Ponce-Pilate ; il a souffert et a été enseveli , il est ressuscité le troisième jour , suivant les Écritures; il est monté aux deux, il est assis à la droite du Père , et il viendra encore avec gloire juger les vivants et les morts; son royaume n'aura point de fin.
Le symbole de Nicée disait simplement : Nous croyons aussi au Saint-Esprit , et ne parlait point de l'Église.
Celui de Gonstantinople ajoute : Nous croyons aussi au Saint-Esprit , Seigneur et vivifiant , qui procède du Père , qui est adoré et glorifié avec le Père et le Fils , qui a parlé par les Prophètes. Nous croyons en une seule Eglise, sainte, catholique et apostolique ; nous confessons un baptême pour la rémission des péchés; nous attendons la résurrection des morts et la vie du siècle futur. Amen.
Le commencement du symbole de Constantinople est le même que celui de Nicée. C'est ce symbole de Constantinople que l'Église universelle répète dans sa liturgie eucharistique. Les Pères firent ces additions pour affirmer et proclamer avec précision les articles attaqués par les hérétiques et rejeter les fausses interprétations d'Appollinaire , de Valentin et de Macédonius. Par ce moyen, dit un grand historien, ce symbole si sage, si salutaire, si digne de la grâce de Dieu qui le produisait, fut suffisant pour nous instruire parfaitement de la véritable foi touchant le Père, le Fils et le Saint-Esprit et le mystère de l'Incarnation.
Le Concile dit seulement que le Saint-Esprit procède du Père. Les Latins y ont ajouté dans la suite et du Fils. Celte addition fournit plus tard un prétexte aux Grecs de s'insurger contre les décisions de FÉdise.