TROISIÈME CONCILE ŒCUMÉNIQUE
LE CONCILE D'ÉPHÈSE , L'AN 431 , CONTRE L'hÉRÉSIE DE NESTORIUS.
Voici quelle était la nouvelle doctrine que cherchait à propager cet hérétique. Par les deux natures en Jésus-Christ, il fallait entendre que Jésus-Christ n'était véritablement qu'un pur homme , uni au Verbe, et rempli de la vertu divine à un degré plus éminent que tous les saints. Il s'en suivait ceci : Le Verbe , bien qu'uni à l'homme , ne s'était pas fait homme, il n'était point né de la Vierge et n'était point mort, et la Vierge n'était point mère de Dieu , mais mère de l'homme, ou comme il l'appelait , mère du Christ, voulant que ce mot de Christ marquât non un Homme-Dieu, mais un homme uni à Dieu. 11 consentait toutefois, à cause de cette union, que l'on pût donner à Jésus-Christ la qualité de Dieu, l'adorer même, lui accorder les autres titres glorieux mentionnés dans l'Écriture et la Tradiction , mais il voulait que ce fût dans un sens impropre, comme lorsque dans les Livres saints. Moïse est appelé le Dieu de Pharaon. Il permettait môme de donner à
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la Vierge la qualité de mère de Dieu , en admettant que c'éîait dans un sens figuré , et seulement parce que Jésus-Christ était le temple de Dieu. Pour répondre aux objections dirigées contre son système, le Verbe il le distinguait, du Fils de Dieu. Selon lui, Jésus-Christ est Fils de Dieu et Emmanuel, mais il n'est pas le Verbe ; il avait reçu la divinité par un progrès dans la grâce et par les immenses miérites de sa vertu. Le fonl de son système aboutissait à cette conséquence : le Fils de Dieu s'est uni au fils de l'homme , mais ne s'est pas fait fils de l'homme.
Tout d'abord Nestorius ne présenta sa doctrine que sous une forme obscure et pleine d' ambiguïtés. Il évitait de se déclarer ouvertement contre la croyance commune de l'Église. Il espérait, en sa quahté d'évêque de Gonstantinople, obtenir assez de crédit pour faire triompher son sentiment. Son orgueil était extrême. Au témoignage de Vincent de Lérins, il se vantait d'être le premier et le seul qui comprit l'Écriture , prétendait que ceux qui avaient vécu avant lui, soit docteurs, soit évoques, soit martyrs, tous n'avaient été que des hommes enveloppés dans les ténèbres de rignorance.
Après avoir glissé son hérésie , d'une manière subtile et comme cachée sous un voile dans ses sermons nombreux, il crut le moment venu de l'étaler au grand jour. Le prêtre Anastase, son syncelle, homme connu par son audace, prêchant un jour
dans l'Église , proféra ces paroles : « Que personne n'appelle Marie mère de Dieu : elle était une femme et il est impossible que Dieu naisse d'une femme ! » Le trouble général que suscita ce passage , n'intimida point Nestorius. Dans ses sermons, il confirma la doctrine d'Anastase , déclarant ouvertement que nommer la Vierge mère de Dieu, ce serait justifier la folie des païens, qui donnaient des mères à leurs dieux.
Nestorius ne s'en tint point aux discours, il chercha à imposer sa doctrine par les moyens les plus violents. Un simple laïque, que l'on croit être Eusède de Dorilée, éleva contre ces nouveautés étranges les plus courageuses protestations. « Le même Verbe né du Père avant tous les siècles, s'écria-t-il, était né une seconde fois de la Vierge selon la chair. » Cette énergique résistance fit une profonde sensation parmi le peuple. Nestorius n'y répondit que par des injures.
Cependant son hérésie faisait de rapides progrès. Ses nombreuses homélies la répandaient partout. Les échos de cette doctrine erronée, parvinrent jusque dans les déserts habités par de saints solitaires, et suscitèrent, dans les âmes, des doutes dangereux sur les mystères. Ce fut alors que saint Cyrille, patriarche d'Alexandrie, pour s'opposer aux envahissements de l'erreur, écrivit sa lettre aux solitaires. Elle contient, entre autres choses, ce remarquable passage : « Je m'étonne comment on peut mettre en question
si la sainte Vierge doit être appelée mère de Dieu ; car si notre Seigneur Jésus-Christ est Dieu , comment la sainte Vierge n'est-elle pas mère de Dieu? C'est la foi que les apôtres nous ont enseignée, quoiqu'ils n'aient pas employé ce mot. Vous direz peut-être : « La Vierge est-elle donc mère de la divi- » nité? » Nous répondons , qu'étant mère de l'homme uni personnellement avec le Verbe, elle doit être appelée mère de Dieu, quoiqu'elle ne soit point mère de la divinité. Xestorius, pensant détourner l'orage que son impiété avait déchaîné, fit tenir un conciliabule contre ses adversaires où il déposa divers ecclésiastiques comme sectateurs des impiétés des Manichéens. Après leur avoir fait subir toute sorte de mauvais traitements, il les envoya en exil. Il se montra très irrité de la lettre de saint Cyrille aux solitaires; mais ce grand évêque, qui avait pris en main la défense de la foi catholique , était résolu de soutenir la vérité jusqu'au dernier moment. Il écrivit à l'empereur Théodose une lettre, dans laquelle il réfute les erreurs qui jusqu'alors s'étaient produites sur l'Incarnation ; il expose ensuite la foi de l'Édise contre ceux dont la fausse doctrine aboutissait à diviser Jésus-Christ , c'est-àdire, contre Nestorius quoiqu'il ne soit pas nommé. En outre, pour arrêter les progrès de l'erreur, il assembla à Alexandrie un Concile composé des évêques d'Egypte , leur communiqua les lettres écrites par lui à Nestorius et celles qu'il en avait
reçues. Les éveqaes décidèrent que saint Cyrille écrirait en leur nom au Pape Célestin. C'est le sujet de la lettre célèbre qui a été conservée, et qui fut vivement approuvée par le Souverain Pontife.
L'empereur jugea nécessaire de convoquer un concile général, poui' apaiser les troubles dont on lui avait fait croire que saint Cyrille était le principal auteur. En conséquence, une lettre circulaire de convocation est adressée à tous les métropolitains et à leurs sulfragants , désignant la ville d'Éphèse pour la réunion du Concile. Le souverain lit écrire jusqu'en Afrique, aiin que cette province considérable, sur laquelle le génie de saint Augustin jetait un si vif éclat, prît part à l'intérêt commun de l'Église. Il adressa sa lettre à l'illustre docteur ; mais l'orsqu'elle arriva à Carthage, le saint évêque d'Hippone était parvenu à la fin de ses travaux : il était allé se reposer dans le sein de Dieu.
Le Pape Célestin, approuvant la réunion du Concile, envoya trois légats, Arcade et Projectus, évêques, et Philippe, prêtre,
Nestorius se présenta un des premiers. Il arriva avec une suite nombreuse et accompagné du comte Irénée, son ami et son protecteur. Celui-ci l'avait suivi sans aucun ordre de l'empereur. Saint Cyrille ne se fit point attendre, ainsi que Juvénal de Jérusalem, qui avait amené les évêques d'Egypte au nombre de cinquante. Memnon d'Éphèse avait assemblé plus de quarante prélats de sa juridiction.
Le nombre des Pères s'élevait au moins à deux cents. Gandidien fut envoyé au Concile par l'ordre de Théodose, pour maintenir la li-anquilîité et protéger la liberté des Pères, afin que chacun pût prononcer la sentence qu'il jugerait à propos. Candidien rempht bien mal sa mission , car il parut toujours favoriser Nestorius.
Le Concile s'assembla dans la grande église d'Ephèse, qui portait le nom de la mère de Dieu. Saint Cyrille, avant l'arrivée des légats, le présida comme tenant la place du Pape. Le Concile même l'appelle le chef de tous les évoques réunis. Après lui venaient Juvénal de Jérusalem , Flavien de Philippes , Firme de Césarée , Memnon d'Éphèse , Acace de Melytène, Théodote d'Ancyre et les autres selon leur rang et leur dignité ; la plupart de la Grèce, de l'Asie mineure, et de FÉgypte. Les livres des saints Evangiles étaient placés au milieu de l'assemblée.
Première séance. — Dès que les évêques furent réunis, Candidien vint leur demander, avant de commencer les délibérations, d'attendre que les Orientaux fussent arrivés ; mais les Pères ne crurent pas devoir déférer à ses injonctions. D'abord lecture fut faite de la lettre par laquelle l'empereur avait convoqué le Concile. On communiqua la réponse arrogante donnée par Nestorius quand on lui intima l'ordre de comparaître devant le Concile : il avait dit qu'il viendrait s'il le jugeait nécessaire. Cependant , pour se conformer aux canons et avant de rédiger des pièces qui concernaient cette affaire, on députa trois évoques
à Nestorius pour Texhorter une seconde fois de se présenter à l'assemblée œcuménique ; mais les évêques faisant partie de la députation trouvèrent sa maison environnée de soldats armés; ils ne purent obtenir de lui parler. Nestorius les avait fait informer qu'il se rendrait au concile quand tous les évêques seraient réunis.
Une troisième citation lui est envoyée , et les délégués, après avoir attendu fort longtemps, furent traités sans nul égard. Nestorius avait donné Tordre de ne laisser entrer aucune personne envoyée par le Concile.
Voyant toutes leurs démarches échouer , les Pères ne songent plus qu'à défendre la foi et les canons. Ils font hre : 1° le symbole de Nicée comme étant règle de foi; 2^ La seconde lettre de saint Cyrille à Nestorius, à laquelle tous les Pères rendent un hommage éclatant ; 3° La réponse que Nestorius avait faite à cette lettre. Quant à cette pièce le Concile trouve qu'elle ne s'accordait point avec la foi de Nicée. 4° On lut vingt articles tirés du livre de Nestorius, contenant un recueil de ses sermons. Les Pères y découvrirent des blasphèmes horribles, ce sont leurs expressions , et ils s'écrièrent tous : Anathématisons l'hérétique Nestorius, et quiconque ne l'anathématise pas, qu'il soit anathème. 5° La dernière lettre de saint Cyrille à Nestorius, terminée par les deux anathématismes ; 6*^ On produisit divers passages des saints Pères pour démontrer leur doctrine sur l'Incarnation. Après quoi tous les membres
du Concile s'écrièrent : (( Ces paroles sont les nôtres : voilà ce que nous disons tous ; » 7^ On reçut les dépositions des évoques, qui avaient entendu de la propre bouche de Nestorius sa doctrine impie. Ensuite fut fulminée contre rscstorius la sentence suivante : « Notre Seigneur Jésus-Christ, que Nestorius a blasphémé , a déclaré, par ce saint Concile, que cet impie est privé de toute dignité épiscopale et retranché de toute assemblée ecclésiastique. » Cette sentence fut signée par cent quatre-vingt-dix-huit évêques , selon Tillemont, et par plus de deux cents^ selon Fleury. Elle fut aussitôt signifiée à Nestorius et affichée sur les places pubhques. La condamnation de l'hérétique causa une grande joie dans la ville d'Ephèse. On en informa par lettres le clergé de Constantinople.
Cependant Nestorius, ayant appris cette nouvelle, protesta contre toutes les décisions prises par le Concile, et Candidien envoya à l'empereur une relation de ce qui s'était passé, relation entachée de fausseté. Elle insinuait que saint Cyrille, Memnonetles autres Pères n'avaient pas voulu attendre les Orientaux ; qu'on avait agi dans cette assemblée avec des marques visibles de haine et de passion. Nestorius^ adressa dans le même sens une relation à l'empereur. Les Pères, pour justilier leur conduite auprès du souverain, jugèrent à propos d'expédier à Constantinople les actes mêmes du Concile ; mais les partisans de Nestorius, se trouvant en grand nombre dans cette
ville, le servirent si efficacement, que tout ce qui fut expédié de la part du Concile ne parvint point à l'empereur.
Jean d'Antioche arriva enfin à Ephèse , le 26 juin, suivi de vingt-sept évêques et escorté de soldats . Offensé de ce qu'on ne l'avait point attendu, il manifesta vivement son dépit. Il commença par se rendre inaccessible aux députés envoyés par le Concile pour lui faire part des décisions prises à l'égard de Nestorius. Il fit repousser brutalement ces évêques de l'entrée de sa maison par ses soldats. Pour comble de dérision, il tint un prétendu concile avec Nestorius et ses Orientaux. C'est-à-dire , comme remarque Tillemont , que quarante évêques entreprirent d'en juger deux cents, le tout sans accusateur, sans citation, sans examen, sans aucune formalité. Ces soi-disants juges improvisés déposèrent saint Cyrille et Memnon, comme auteurs des troubles, et ils séparèrent de la communion tous les autres évêques.
Cependant Jean d'Antioche , ayant concerté son plan de résistance dans son conciliabule, consentit enfin à recevoir les députés du Concile d'Ephèse. Mais aussitôt que ceux-ci lui eurent exposé le sujet de leur ambassade , ils furent accablés d'injures par lui et ses partisans. Les députés ainsi maltraités allèrent faire leur rapport auConcile. Les Pères, surpris d'une conduite si indigne , séparèrent Jean d'Antioche de leur communion en attendant qu'il vint se justifier. Mais Nestorius et les Orientaux n'écoutant que leur res-
sentiment, adressèrent plusieurs lettres à la cour pour pallier leurs torts. L'empereur, prévenu par Candidien, écrivit aux Pères d'Ephèse qu'il désaprouvait la déposition de Nestorius , et déclarait qu'il ne permettrait à aucun évêque de sortir d'Ephèse avant que le point de doctrine fût décidé. Les Pères firent une réponse à la lettre de l'empereur, dans laquelle ils justifiaient leur conduite et se plaignaient des faux rapports de Candidien.
Les Orientaux, enhardis par la lettre de l'empereur, voulurent consacrer un nouvel évêque pour le siège d'Ephèse. Mais aussitôt que leur dessein fut connu, on fit fermer les portes de l'église, et de cette sorte ils furent forcés de se retirer pleins de confusion. Quoique les partisans de Nestorius missent tout en œuvre pour cacher à l'empereur leurs intrigues, par un heureux stratagème , une lettre écrite d'Éphèse pervint aux évèques et aux moines qui étaient à Constantinople. Elle fut bien vite répandue. Tous les moines quittèrent aussitôt leurs monastères, et se rendirent en grand nombre auprès de Tempereur. A leur tète était Dalmace. Depuis quarante-huit ans, ce religieux n'était pas sorti de son monastère. La lettre fut présentée à l'empereur, et le saint Abbé lui exposa ce qui s'était passé à Éphèse , et lui fit voir comment on avait surpris sa bonne foi. Théodose éclairé , approuve les décisions du Concile et remercie Dieu de lui avoir fait connaître la vérité.
Informé de ces bonnes dispositions, le Concile
députa quelques évêques à l'empereur. Les Orientaux de leur côté engagèrent le comte Irénée à aller trouver le souverain, et lui remirent plusieurs comtnunications.
Saint Dalmaceet le clergé de Constantinople écrivirent une lettre aux Pores du Concile. Elle fut pour eux une sorte de consolation, au milieu de leurs douloureuses épreuves. Par cette adresse, le clergé leur témoignait la joie que lui causait la déposition de Nestorius. Il les suppliait de travailler à rétablir Tordre et la paix dans l'Église de Constantinople.
Mais les opérations du Concile furent encore quelque temps entravées par l'arrivée du comte Irénée à Constantinople. Comme il était entièrement vendu au parti de Jean d'Antioche et de Nestorius, le rapport qu'il fit à l'empereur confirma ce prince dans ses premières préventions contre le Concile ou plutôt le rendit indécis et flottant. Ainsi, sans discerner de quel côté était la justice , il ratifia la déposition de Nestorius , faite par les Pères du Concile, et celle de saint Cyrille et de Memmon, exigée par les Orientaux. Il s'opposa aux décisions arrêtées entre les deux partis, et envoya à Éphèse le comte Jean, pour régler toutes choses selon le bon plaisir de ce représentant, connu par son hostilité envers les Pères du Concile.
Sur ces entrefaites, les députés du Saint-Siège arrivèrent à Éphèse.
11^ et III^ séances. — Les Pères s'assemblèrent SOUS la présidence des légats. On lut la lettre que le Pape saint Gélestin adressait au Concile. Elle portait, qu'il envoyait des légats pour faire exécuter ce qu'il avait ordonné , l'année précédente , dans le Concile de Rome. Les Pères adhérèrent de grand cœur à cette communication du siège apostolique ; ils rendirent compte aux légats de leurs décisions. Elles furent jugées conformes aux règles canoniques. Ensuite les légats confirmèrent au nom du Pape, la condamnation et la déposition de Nestorius.
IV^ séance, iô juillet. — Le Concile reçut la requête de saint Cyrille et de Memnon, par laquelle ils demandaient justice de la sentence rendue contre eux par Jean d'Antioche et les Orientaux. Le Concile ordonna à ces derniers d'avoir à comparaître devant lui; mais les évêques chargés de cette communication furent insultés et repoussés par des soldats. A la seconde citation, Jean leur fit dire, qu'il n'avait point de réponse à transmettre à des gens déposés et excommuniés.
V^ séance, il juillet. — Il fut décidé d'envoyer une troisième citation à Jean d'Antioche. Les députés, chargés de transmettre ces ordres, rapportèrent que Nestorius leur avait fait dire par son archidiacre qu'il ne reconnaissait point le Concile et qu'il attendait la décision de l'empereur. Sur le rapport de ses députés , le Concile prononça une sentence contre Jean d'Antioche et ses complices , au nombre de
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trente-trois, parmi lesquels était compris Théodoret. Celte sentence les retranchait de la communion de l'Église. Le Concile ajoutait que s'ils ne reconnaissaient pas leur faute, ils s'attireraient la dernière condamnation.
Il faut rapporter à cette séance du 17 juillet les canons contre les Orientaux et contre Nestorius. Ce sont les seuls qui subsistent du Concile d'Éphèse, du moins selon le témoignage de Raronius. Au reste, ils ne contiennent rien qui regarde la discipline générale de l'Église. Le Concile informa le Pape des décisions prises contrôles pélagiens: ces hérétiques étaient venus à Constantinople, en 429, appuyés par le crédit de Nestorius ; mais Théodose les fit chasser de la ville. Le Concile réitéra la condamnation portée en 418 par le pape Zozyme.
VI^ séance. 22 Juillet. — Saint Cyrille la présida comme délégué du Pape. Le Concile condamna un symbole de Théodore de Mopsueste , sans nommer cet évêque, et défendit à quiconque de composer ou de faire signer à ceux qui rentreraient dans l'Église nulle autre profession de foi que celle de Nicée , sous peine de déposition pour les ecclésiastiques et d'anathème pour les laïques.
A ce sujet, il estbon de faire remarquer qu'Eutychès, lors du brigandage d'Ephèse et les évêques d'Egypte dans celui de Chalcédoine , abusèrent de cette ordonnance , qui ne doit pas être prise dans un sens rigoureux. Ils s'en servirent pour se couvrir sous
la Qiénéralité des termes du Concile de Nicée et rejeter ce qui avait été ajouté par le Concile de Constantinople. On objecta cette même ordonnance à saint Cyrille , parce qu'il avait reçu d'autres professions de foi de quelques évèques soupçonnés d'avoir adhéré auNestorianisme ; mais il répondit que ce décret du Concile d'Ephèse , quelque saint qu'il fut , n'empêchait point que quand des personnes étaient supposées ne pas bien entendre le symbole de Nicée , elles ne dussent déclarer leurs sentiments par des paroles plus expresses. De là il est aisé de tirer cette conclusion générale : quand l'Eglise a à combattre des hérésies , que le symbole de Nicée ne condamne pas formellement , elle a droit d'y ajouter ce qu'elle juge être nécessaire pour l'éclaircissement de la vérité ; et c'est ce que le Concile de Constantinople avait déjà fait, et ce que d'autres assemblées œcuméniques ont encore fait depuis.
VII^ et dernière séance, 31 Juillet. — Réginus, évêque de Constantia dans Tile de Chypre, présenta en son nom et en celui de deux autres évèques une requête au Concile. Elle exposait, que l'évêque d'Antioche empiétait sur les droits dont ils étaient en possession, et que ce prélat prétendait s'attribuer la faculté de faire les ordinations, contre les canons et contre la coutume établie.
Peu de temps après cette séance, Théodose envoya à Éphèse le comte Jean , qui communiqua aux Pères du Concile la lettre de l'empereur, ordon-
nant la déposition de saint Cyrille , de Memnon , comme celle de Nestorius. Les Pères ne voulurent point souscrire à la déposition des deux premiers. Nonobstant cette opposition, tous les trois furent arrêtés. Nestorius fut placé sous la garde du comte Candidien, son ami; saint Cyrille et Memnon furent gardés fort étroitement. Le comte Jean tint les Pères enfermés à Ephèse comme dans une prison, et leur fit subir toutes sortes de vexations, les priva de toute communication avec n'importe quelles personnes. L'empereur, espérant pouvoir opérer la fusion des deux partis, voulut forcer les orthodoxes à communiquer avec les Orientaux; mais les Pères du Concile protestèrent encore. Ils d'éclarèrent ne jamais consentir à aucun rapprochement , si les Orientaux ne rétractaient pas les mesures prises contre saint Cyrille et Memnon , et s'ils n'anathématisaient pas, par écrit, les doctrines de Nestorius. Enfin les Orientaux , revenus à de meilleurs sentiments , consentirent à se soumettre à l'Église , et, après une longue discussion, ils souscrivirent une profession de foi sur l'Incarnation et sur la sainte Vierge. Elle fut jugée conforme à la saine doctrine. Cette formule contribua puissamment à pacifier les esprits. Ensuite les Pères du Concile écrivirent à l'empereur en faveur de saint Cyrille et de Memnon ; ils lui représentèrent l'injustice avec laquelle on avait traité le Concile ; et, pour détruire les fâcheuses impressions que pouvait avoir faites dans l'esprit
de Théodose la relation infidèle de son ambassadeur, ils expédièrent un compte rendu exact aux prêtres orthodoxes de Gonstantinople. Ceux-ci n'hésitèrent point à se déclarer hautement pour les évêques persécutés , et adressèrent à l'empereur , au nom de tout le clergé , une protestation pleine de force et d'énergie. Elle renfermait, entre autres choses, ce passage : a Comme la religion chréc( tienne oblige les sujets à obéir à leurs princes )) elle commande aussi, dans le cas qu'on ne puisse » leur obéir sans blesser son àme, de leur parler » du moins avec la liberté et le courage d'un enfant de Dieu. » Elle disait , en outre, qu'en condamnant saint Cyrille et Memnon, sous un faux prétexte de paix , on mettrait la division dans toute l'Église , et qu'en déposant Nestorius d'une part, et tous les évêques catholiques de l'autre, en la personne de saint Cyrille , ou laisserait les Ariens et les Eunomiens libres d'étaler leurs fausses doctrines. Tous affirmaient être prêts à subir les plus grands maux, le martyre même, avec ceux qui ont la même foi qu'eux. L'empereur, touché des nobles sentiments exprimés dans l'adresse du clergé de Gonstantinople, consentit <à accueillir une députation composée de membres pris dans les deux partis. La députation , par l'ordre de l'empereur, se rendit à Chalcédoine , situé vis-à-vis de Gonstantinople, de l'autre côté du Bosphore. Ce fut là que les discussions soulevées au concile d'Ephèse
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se lermirièreiiL enfin , à rhoiniein^ et à la gloire de l'Église.
L'empereur mieux éclairé, rendit justice à la vérité. De retour à Gonstantinople , il invita , par une lettre , les députés catholiques à venir dans cette ville pour y ordonner un nouvel évéque comme successeur de Nestorius, à qui il avait fait déjà signifier l'ordre de sortir d'Ephèse et de se retirer dans un monastère près d'Antioche. Enfin il permit à tous les évêques , môme à saint Cyrille et à Memnon , de retourner dans leurs diocèses. Ainsi finit le célèbre Concile d'Éphèse.