‹ Les Doctrines catholiques; ou, exposition des vérités enseignées dans l'église réunie, depuis Nicée jusqu'à la ive session du VatinChapitre 7 sur 98 · QUATRIÈME CON'CILE ŒCUMÉNIQUE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME CON'CILE ŒCUMÉNIQUE

CONXILE DE CHALCÉDOINE, EN 451, CONTRE LES EUTYCHIENS ET LES NESTORIENS.

Entichés, prêtre et Abbé crun monastère situé près de Constantinople, n'admettait qu'une seule nature en Jésus-Christ. Eusèbe, évêque de Dorylée avait voulu l'enoaQfer à rétracter sa doctrine devant un Concile de trente-trois évêques et de vingt-trois Abbés ; mais Entichés s'obstina dans son erreur. Il fut condamné et retranché de la société des fidèles. Alors il s'adressa au Pape saint Léon : il implora sa protection, et lui transmit une profession de foi captieuse, promettant qu'il se soumettrait au jugement du Souverain Pontife. Saint Léon, ainsi prévenu par Entichés, écrivit à saint Flavien de Constantinople. Pi lui exprima son étonnement au sujet de la condamnation d'Eutichès. Saint Flavien exposa au Souverain Pontife la doctrine d'Eutichès. Elle soute nait, qu'avant Flncarnation de Jésus-Christ, il y avait deux natures , la nature divine et la nature humaine , mais qu'après l'union, une seule nature subsistait. Saint Flavien exhorta le Pape à confirmer, par son

propre témoignage , la condamnation d'Eutichùs. Saint Léon pariaitoraent informé du sens des doctrines professées par Entiches, approuva la condamnation du nouvel hérésiarque.

Marcien devenu empereur, tous les obstacles que saint Léon, avait rencontrés pour convoquer un Concile furent levés , et une des principales conséquences de la mort précipitée de Théodose, fut la punition de Chrisaphe, qui dominait ce faible prince. Dès lors, le crédit d'Eutichès et de Dioscore fut perdu. Marcien, prince vraiment chrétien, n'eut pas de plus ardent désir que de voir ses sujets constitués dans la sainte unité d'une même foi. L'impératrice Pulchérie, princesse d'une grande piété, seconda les nobles aspirations de Marcien et écrivit à saint Léon pour l'assurer que ses vœux les plus chers étaient de rétablir la paix dans l'Eglise catholique, d'en faire disparaître toutes les erreurs, et pour cela, de convoquer un Concile œcuménique.

Marcien et Pulchérie rappelèrent les évêques exilés. Entichés fut éloigné de Constantinople. Ces mesm^es politiques produisirent un heureux résultat dans la Syrie et dans tout l'Orient. On adhéra dans toutes les provinces de l'empire , à la lettre de saint Léon et à la condamnation de Nestorius et d'Eutichès. Les vérités apostoliques furent prêchées partout et avec la plus complète liberté. L'erreur, si longtemps favorisée et encouragée , n'osa plus dès lors s'étaler au grand jour.

4J2 LES DOCTRINES CATHOLTQEES.

Cependant le Pape saint Léon envoya , à Constantinople, en qualité de légats, Lucentius et Basile, afin d'examiner avec Anatole de Constantinople la cause des évêques qui avaient secondé les violences de Dioscore. Saint Léon ayant proposé à Marcien la réunion du Concile général, celui-ci fut d'abord fixé à Nicée. L'empereur adressa une lettre aux métropolitains pour les inviter à se rendre au Concile et à y amener les évèques de leur province, ainsi que les ecclésiastiques les plus distingués par leur érudition. Il leur donna l'assurance que les troubles et les factions seront bannis de cette assemblée à laquelle il promettait d'assister en personne.

Comme les circonstances ne permettaient pas à saint Léon de se rendre au Concile , il voulut néanmoins le présider par l'intermédiaire de ses légats , et il députa à cet eiïet Pascasin et Boniface pour y assister avec les légats envoyés auparavant à Constantinople. Il leur donna des instructions pleines de sagesse en vue de rétablir la paix dans tout l'Orient. Il leur enjoignit d'accepter la réconciliation des évèques, qui, quoique ayant adhéré à l'erreur, témoigneraient du regret de leurs fautes ; mais il ordonna de déposer ceux qui s'obstineraient dans l'hérésie.

Pendant que les Pères s'assemblaient à Nicée, des troubles éclatèrent en Illyrie , et empochèrent Marcien de s'éloigner de Constantinople. Il transféra le Concile à Chalcédoine, séparé de la capitale seulement par le Bosphore, et écrivit aux évêques pour

les prier de se rendre dans cette dernière ville. Ils y arrivèrent vers la fin de septembre en trèsgrand nombre. On en compte communément jusqu'à six-cent-trente, tous de l'empire d'Orient, à l'exception des légats du Pape. On y remarque trois prélats célèbres , Maxime d'Antioche ordonné par Anatole et à qui saint Léon avait accordé sa communion ; Eusèbe de Darylée , que le conciliabule d'Epbèse avait déposé; Théodoret, rappelé d'exil par l'empereur, et rétabli dans sa dignité par saint Léon, prélat, dit Tillemont,le plus illustre, le plus savant et peut-être le plus saint qui fut alors dans l'Église. L'empereur, pour suppléer à son absence, députa au Concile les principaux officiers de l'em.pire ; c'étaient le patrice Anatole, Pallade, préfet du prétoire ; Tatien , préfet de Gonstantinople ; Vincomale, maître des offices ; Sporace, capitaine des gardes. Il s'y trouva aussi plusieurs autres personnes illustres,

Saint Léon, dans sa lettre au Concile, se considérait comme présidant Fauguste assemblée dans la personne des légats , et il manda nommément à Pascasin de le représenter.

Première Session. — Le Concile s'assembla le 8 octobre dans l'église de sainte Euphémie. Les officiers de Fempereurse placèrent au milieu; du côté de FÉpître étaient les légats du Pape, Anatole de Constantinople , les évoques d'Antioche, de Césarée en Cappadoce et les prélats des diocèses de FOrient,

du Pont, de l'Asie et de la Thrace. A la gauche se trouvaient Dioscore, Juvénal, Tholassius de Gésarée^ et les évêques de TÉgypte, de la Palestine, derillyrie^ dont la plupart avaient assisté au brigandage d'Éphèse. Lorsqu'on eut ouvert la séance, les légats du Papa proposèrent de faire sortir Dioscore, ou sinon de se retirer eux-mêmes. Les officiers s'informèrent de quoi il était accusé. Les légats répondirent qu'ils demandaient son éloignement à cause de la conduite in^ digne tenue par lui à Ephèse. Les officiers ordonnèrent aussitôt à Dioscore de quitter son rang et de s'asseoir au milieu de rassemblée en qualité d'accusé. Sur la demande d'Eusèbe de Darylée, on lut la requête qu'il avait présentée à l'empereur contre Dioscore. Par cette requête, Eusèbe sollicitait une juste réparation des torts que Dioscore lui avait faits subir ainsi qu'à saint Flavien. 11 l'accusait d'avoir , en toutes choses , favorisé Eutichès , d'avoir employé la violence et les moyens les plus iniques pour extorquer l'absolution d' Eutichès. 11 demandait en même temps qu'on lut devant l'auguste assemblée les actes du faux concile d'Ephèse, afin de rendre notoire l'injustice de Dioscore. Les actes furent lus. On commença par la lettre de Théodose ; et, comme il y était fait mention de Théodoret d'une manière injurieuse , les officiers le firent entrer dans l'assemblée. La lecture des actes fut quelquefois interrompue. Les Orientaux se plaignirent vivement des violences qu'ils avaient eu à soufTrir de la part

de Dioscore. Celui-ci voulut s'excuser, allégant que l'assemblée d'Éphèse avait approuvé sa conduite. Les Orientaux s'écrièrent : on nous a fait violence, nous avons été frappés, et on nous a menacés de nous conduire en exil; des soldats nous ont repoussés avec leurs épées ; nous avons souscrit un papier blanc, on nous a retenus , jusqu'au soir, enfermés dans l'église.

Eusèbe , accusateur d'Eutichès , exposa qu'on lui avait refusé l'entrée dans les réunions d'Éphèse. Ensuite lecture fut faite des actes du Concile de Constantinople , actes qui avaient été insérés dans ceux du conciliabule d'Éphèse. Il fut donné connaissance de la seconde lettre de saint Cyrille à Nestorius , et de celle que le saint patriarche avait écrite aux Orientaux. Tous les évêques s'écrièrent : « C'est là notre foi et notre doctrine. » Saint Flavien avait approuvé ces deux lettres dans le Concile qu il avait convoqué de Constantinople. Les légats et Maxime d'Antioche , Eustathe de Bérythe jugèrent la doctrine de Flavien conforme aux règles de la foi et aux lettres de saint Cyrille. Les Orientaux proclamèrent d'une voix unanime que P'iavien, le martyr, avait parfaitement expliqué la foi de l'Eglise. En même temps les évoques de Palestine passèrent du côté droit au côté gauche, où étaient les Orientaux, témoignant par là qu'ils abandonnaient les opinions des Égyptiens. Le parti de Dioscore ne compta désormais que très peu de partisans, tout au plus douze évêques. L'innocence

de Flavien fut enfin reconnue, ce qui emportait la condamnation du faux concile d'Éphèse. Tous les évêques , qui avaient pris part aux délibérations arrêtées dans cette tumultueuse assemblée, ne cherchèrent point à se justifier.

Bien que tout le monde se déclarât pour saint Flavien , Dioscore s'obstina dans son orgueil. Il parla avec hauteur et arrogance. Il prétendit n'être ni du parti d'Eutichès, ni de celui d'aucune autre personne. Il se jugeait sohdement attaché à la foi catholique et apostolique. Les hommes, dit-il, lui importaient peu : il n'avait en vue que Dieu seul.

Le passage extrait du faux concile d'Éphèse , où Eustathe de Bérythe avait affirmé reconnaître non point deux natures en Jésus-Christ, mais une seule nature incarnée , fut mis sous les yeux des Pères. Tous s'écrièrent que ces paroles étaient dignes d'Eutichès et de Dioscore.

On lut la confession d'Eutichès, approuvée par Dioscore et son conciliabule. Elle exprimait deux natures avant l'union seulement. Aussitôt tous les Pères lancèrent l'anathème à ces paroles. On lut ensuite la sentence qu'Eutichès avait eu l'audace de prononcer contre saint Flavien , et l'hérésiarque fut anathématisé. Les Pères demandèrent que Dioscore, Juvénal de Jérusalem, Thalassius de Césarée, Eusèbe d'Ancyre, Eustathe de Bérythe, Basile de Séleucie, qui étaient à la tête du brigandage d'Éphèse, fussent dépouillés de la dignité épiscopale.

Le Concile examina ensuite quelques points relatifs à la foi catholique. On lut les symboles de Nicée et de Gonstantinople , puis la lettre de saint Léon à Flavien où la doctrine sur l'Incarnation était développée avec beaucoup de solidité. Envoie! les points principaux. « La nature divine et la nature humaine, dit ce grand Pape, demeurant chacune en son entier, ont été unies en une seule personne , afm que le même Médiateur pût mourir , étant d'ailleurs immortel et impassible... Une nature n'est point altérée par l'autre. Le même est vrai Dieu et vrai homme... Le Verbe et la chair gardent les opérations qui leur sont propres. L'Écriture prouve également la vérité des deux natures. Il est Dieu puisqu'il est dit : « Au com- )) mencement était le Verbe , et le Verbe était Dieu » ; il est homme, puisqu'il est dit : « Le Verbe a été fait )) chair et il a habité parmi nous. » Gomme homme il est tenté par le démon ; comme Dieu il est servi parles anges. Gomme homme il pleure Lazare mort ; comme Dieu il le ressuscite. Gomme homme il est attaché à la croix ; comme Dieu il fait trembler en mourant toute la nature. G'est à cause de l'unité de personne, que nous disons que le fils de l'homme est descendu du ciel, et que le fils de Dieu a été crucifié et enseveli, bien qu'il ne l'ait été que dans la nature humaine. » Tous les évêques approuvèrent la doctrine de ce saint Pape, et ils s'écrièrent : c'est la foi de nos pères : nous croyons tous de même :

anathème à qui ne croit pas ainsi. On lut les passages des saints Pères cités par le Pape.

Les évêques d'Illyrie et de Palestine sollicitèrent avec instances le pardon des chefs du faux concile d'Ephèse. Les Orientaux passèrent sous silence les associés de Dioscore , mais quant à celui-ci qui avait été le principal instigateur de la révolte, ils demandèrent son exil, le déclarant hérétique.

Dioscore, invité plusieurs fois à se rendre devant le Concile pour prendre connaissance des griefs portés contre lui, refusa opiniâtrement d'ohéir. Les députés firent leur rapport. Les légats exposèrent en peu de mots à l'assemblée , les crimes dont Dioscore avait été reconnu coupable : il était le principal auteur des troubles dont l'Église avait eu à souffrir. Accusé de plusieurs autres crimes , il avait refusé de venir se justifier, quoiqu'il eût déjà été cité trois fois. Ils ajoutèrent que Dioscore s' étant condamné lui-même en violant, à tant de reprises, les saints canons, le Pape Léon le dépouillait par eux et par le Concile de la dignité épiscopale. Ensuite , ils prièrent le Concile de statuer selon les règles canoniques. Tous les évêques condamnèrent Dioscore de vive voix, ensuite par écrit, et signèrent sa déposition. Le nombre des signatures s'éleva à trois cents. C'est ainsi que le coupable fut dépouillé de l'habit et de la dignité de pasteur , dont il avait démenti Pun, et déshonoré l'autre. Un acte fut rédigé qui notifiait à Dioscore la sentence rendue

contre lui, et le Concile écrivit une lettre à Marcien, développant les raisons, pour lesquelles on avait été obligé de déposer cet hérétique.

Dioscore se montra, après sa déposition, aussi audacieux qu'avant; il répandait partout la nouvelle qu'il serait rétabli dans sa dignité. Pour dissiper ce faux bruit, le Concile fit afficher un acte adressé aux fidèles de Constantinople et de Chalcédoine. Par cet acte, les Pères déclaraient que la déposition était irrévocable. Dioscore fut rélégué à Gangres dans la Paphlagonie où il mourut trois ans après. Les Pères demandèrent à l'unanimité l'absolution de Juvénal, de Tholassius , d'Eusèbe , de Basile et d'Eustathe, qui assuraient reconnaître la doctrine du Concile. Ils furent considérés comme n'ayant point agi par leur propre impulsion , mais en quelque sorte comme forcés par la violence de Dioscore. Ils furent admis dans l'assemblée.

V^ Session, le 22 octobre. — Les Pères du Concile décidèrent de porter un décret dogmatique qui fut en même temps une condamnation de la doctrine d'Eutychès. Il fut convenu de soumettre la définition à une commission composée de vingtdeux membres. Ceux-ci s'assemblèrent dans l'oratoire de sainte Euphémie. La définition dressée par la commission fut jugée , par plusieurs évoques , imparfaite et insuffisante. Elle contenait bien que Jésus-Christ était de deux natures, et non en deux natures, comme l'avait exprimé saint Léon. Quoique

cette définition ne renfermait rien qui ne fût vrai, elle ne disait rien non plus que les Eutychéens ne pussent recevoir aussi bien que les catholiques. Après maintes discussions, on convint de suivre en tous points la lettre de saint Léon, et le décret contenant la définition de foi fut modifié pour le faire agréer par tout le monde. Ce décret n'est point un svmbole court et abré<?é ; c'est un document assez étendu. Les symboles de Nicée et de Gonstantinople y sont insérés et reconnus pour règle de foi. On y joignit les deux lettres de saint Cyrille contre Nestorius et celle de saint Léon à Flavien condamnant les erreurs de Nestorius et d'Eutychès.

Le Concile fit un abrégé du dogme de l'Incarnation. En voici les articles les plus essentiels : (( Nous déclarons d'un commun accord que Ton doit confesser un seul et même Jésus-Christ, notre Seigneur, le même parfait dans la divinité et parfait dans l'humanité, vraiment Dieu et vraiment homme, le même composé d'une âme raisonnable et d'un corps ; consubstantiel au Père selon la divinité et consubstantiel à nous selon l'humanité ; en tout semblable à nous hormis le péché ; engendré du Père avant les siècles selon la divinité ; et dans les derniers temps, né de la Vierge Marie, mère de Dieu , selon l'humanité , pour nous et pour notre salut ; un seul et même Jésus-Christ , Fils unique , Seigneur en deux natures, sans confusion , sans changement , sans division , sans séparation , sans

que l'union ôte la différence des natures : au contraire la propriété de chacune est conservée et concourt en une seule personne , et en une seule hypostase, en sorte qu'il n'est pas divisé ou séparé en deux personnes ; mais que c'est un seul et même Fils unique , Dieu , Verbe , notre Seigneur Jésus-Christ. » Les évoques s'écrièrent : C'est la foi des Pères. Ce décret fut reçu de tous les Pères qui étaient au nombre de trois cent cinquante-six. Le Concile défend à quiconque d'enseigner ou penser autrement, sous peine pour les évoques et les clercs d'être déposés, et pour les moines et les laïques d'être anathématisés. L'auguste assemblée rendit en outre divers décrets disciplinaires qu'il serait trop long de rapporter.

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