‹ Les Doctrines catholiques; ou, exposition des vérités enseignées dans l'église réunie, depuis Nicée jusqu'à la ive session du VatinChapitre 85 sur 98 · AMERIQUE · texte numérisé non relu

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Archipels divers 6

Quelques signatures eussent suffi pour introduire cette cause devant le Concile. Mais parce que les débris du peuple d'Israël sont comme semés et dispersés à travers toutes les nations du globe, les deux apôtres de Tancien peuple de Dieu ont désiré que tous les pays personnifiés par les pasteurs de l'Église universelle , fissent entendre un cri universel de délivrance, et que ce cri partit de tous les lointains où gisent épars les restes des douze tributs.

Les deux frères Lémann ont été admis à l'honneur de déposer aux pieds du Vicaire du Messie le postulatum revêtu de cinq cents signatures que nous avons fait connaître. Pie IX, en recevant les deux zélés apôtres, leur a adressé ces touchantes paroles:

« Voilà les deux frères Israélites, les deux prêtres qui ont beaucoup de zèle pour le salut de leur peuple. Oui, mes enfants, vous êtes fils d'Abraham, et moi aussi!... Ah! pour recueillir toutes ces signatures, vous avez dû bien marcher, bien vous fatiguer. » Les deux frères répondirent : « Oui, Très Saint-Père, nous avons bien marché ; personnifiant en nous tout notre peuple , nous étions Juif-Errant , et le Juif- Errant a terminé ses courses en montant les escaliers de tous les évêques du monde réunis à Rome. A Rome nous avons fait une dernière fois le tour du monde. »

Et Pie IX reprit avec douceur : « Mes enfants , j'accepte \oire postulatum, je le remettrai moi-même au secrétaire du Concile. Oui , il convient , oui

il est bon d'adresser aux Israélites quelques paroles d'exhortation et d'encouragement. Votre nation a dans les Écitures des promesses certaines de retour. Si la vendange ne peut se faire encore tout entière, que le Ciel nous accorde au moins quelques grappes. » Puis le Saint-Père bénit avec tendresse les deux frères, leur adressant ces dernières paroles si pleines d'une douce espérance à laquelle s'associera sans doute tout le Concile :

« Vous travaillez pour votre peuple , c'est une vocation ; vous voulez pour eux ce qu'a fait Moïse , les délivrer ! ))

Si le Concile porte sa sollicitude sur la malheureuse nation juive , il ne négligera pas les grands intérêts de l'œuvre de la propagation de la foi. La mission de l'Église enseignante est de répandre les vérités qu'elle est chargée de se sauvegarder et de délinir. C'est pour le salut des hommes que la Révélation a été donnée par le Dieu-Pœdempteur. Mais comment les hommes connaîtraient-ils les doctrines de la Révélation si elles ne leur sont point annoncées? Fides ex aucUtu. Pénétrés de cette vérité et connaissant les besoins immenses où se trouvent les pays déshérités de la foi évangélique, les Évêques missionnaires ont adressé cette supplique à la congrégation des Pères chargés de recevoir les propositions ayant trait aux rites orientaux ainsi qu'aux missions catholiques :

Vénérables Pères,

Parmi les différentes œuvres pies qui, grâce à l'approbation du Siège apostolique et à la faveur des Évéques , soutiennent nos missions par les prières et les aumônes des fidèles, celle qui porte le nom d'Œuvre de la Propagation de la foi obtient sans contredit le premier rang.

C'est d'elle, en effet, que nous recevons, à peu près tous, sans aucune acception de nalion ou de personne, la nourriture et le vêtement j ce dont l'apôlre saint Paul déclarait que doivent se contenter les ouvriers évangéliques ; c'est par ses secours que s'établissent et se développent ces institutions catholiques et ces œuvres de miséricorde qui annoncent si éloquemment le Seigneur Jésus aux yeux des peuples qui ne le connaissent point et qui sont plongés dans l'erreur : ces œuvres et ces institutions sont autant de signes éclatants qui nous font reconnaître pour les véritables disciples du vrai Dieu , malgré toute notre indignité.

Profitant donc de l'heureuse et sainte occasion qui nous réunit tous, des régions les plus lointaines de l'univers , aux pieds du Pasteur suprême , nous avons le désir unanime de manifester l'immense reconnaissance qui remplit nos cœurs pour cette œuvre pieuse , nourrice et presque mère de toutes les missions. Nous avons à cœur de la recommander aux vénérables Prélats qui siègent dans ce saint

Concile , et particulièrement au Chef de tous les Prélats et de toute TÉglise , au Souverain Pontife Pie IX, dont tant de fois déjà nous avons éprouvé la paternelle bienveillance.

Cette paternelle bienveillance et la vôtre, Vénérables Pères , paraît aujourd'hui d'autant plus nécessaire au développement de cette œuvre, que déjà, depuis plusieurs années les aumônes qu'elle reçoit pour la propagation de la fui, au lieu de croître comme autrefois, demeurant stationnaires, ou même, comme cela est arrivé cette année, ont couru le risque d'une diminution.

De là vient que , d'un côté , l'Œuvre de la Propagation de la Foi se voit dans l'impossibilité de soutenir convenablement toutes les missions dont le nombre s'est accru , tandis que , de l'autre , les ministres des sectes protestantes , dans une grande partie des régions commises à nos soins , prodiguent des sommes immenses , dont le chiffre augmente chaque année , pour pervertir les âmes ou plutôt pour les acheter par un marché sacrilège.

Un extrême danger menace donc nos missions , et, pour l'écarter , il est nécessaire d'inspirer aux fidèles une nouvelle ardeur , afm que , rappelant son antique énergie , cette grande Œuvre fasse toujours de nouveaux progrès.

Et nous avons la confiance qu'un seul mot du Saint-Siège et du Concile œcuménique produirait un résultat si désirable et si avantageux pour la

propagation du nom chrétien dans tout l'univers.

Appuyés sur ces motifs sacrés, Vénérables Pères, nous demandons humblement que, parmi les décrets relatifs aux missions catholiques qui doivent être présentés au saint Concile œcuménique du Vatican, il en soit ajouté un par lequel l'Église accorde à l'Œuvre de la Propagation de la Foi une consécration solennelle et une nouvelle recommandation.

Nous ne pouvons douter, en effet, qu'une semblable décision ne soit propre à animer les directeurs si catholiques de cette œuvre pieuse , et à inspirer aux fidèles un zèle soutenu dans les lieux où il a peut-être semblé languir.

Voilà donc la grâce. Vénérables Pères, que nous vous demandons humblement, ainsi qu'au Concile œcuménique , en nous glorifiant de nous dire

Vos très-humbles et très-dévoués serviteurs et frères.

(Suivent les signatures de cent cinquante-un Evêques missionn aires) .

Le 13 mai, a commencé l'importante discussion du projet de décret relatif à la primauté et à l'infaiUibilité du Pape.

Le grand débat a été ouvert par le remarquable et savant rapport de Mgr Pie, évoque de Poitiers.

Beaucoup de préjugés nourris par l'esprit de parti, s'étaient accrédités au sein de la société civile, relativement au projet de définition du dogme de

l'infaillibilité pontificale. Afin de chercher à dissiper toute espèce de malentendus , le cardinal Antonelli avait adressé à son Excellence Mgr Ghigi, nonce apostolique à Paris, une lucide et victorieuse argumentation sur cet important sujet * :

Depuis le 13 mai , les congrégations générales se sont succédé pour ainsi dire chaque jour. De nombreux orateurs ont pris la parole. On a entendu les représentants des Églises de France, d'Espagne, d'Italie , d'Angleterre , de Belgique , d'Allemagne , de Suisse. Les évêques d'Orient ont mêlé leurs accents aux évêques d'Occident.

Au début de chaque séance , un des membres de la commission de Fide a été désigné pour répondre aux objections et difficultés proposées.

Comme les débats sur la question du Souverain Pontife tendaient à se prolonger outre mesure, et que le Concile se jugeait suffisamment éclairé, la clôture de la discussion générale a été demandée par cent cinquante Pères, et elle a été adoptée , le 3 juin , à une très-grande majorité.

D'après le règlement du Concile, la clôture d'une discussion peut être réclamée par dix Pères , et la majorité de rassemblée a le droit de la prononcer.

Les deux congrégations générales du 6 et 7 juin ont été consacrées à l'examen du préambule et des deux chapitres des matières de foi.

' Voir Tappendice II à la fin du livre.

Le 8 juin, on a abordé la discussion du troisième chapitre, et le 14 juin elle a été close.

Dès le 15 juin a commencé, dans la congrégation générale, le débat sur l'infaillibilité du Souverain Pontife.

La discussion de ce décret s'est poursuivie longuement et lentement dans une grande série de congrégations générales.

Nous résumerons, en quelques lignes et sans commentaires , les principaux faits qui ont précédé le vote de Tinfaillibilité pontificale.

Le 13 juillet, le Concile dans une congrégation générale a procédé au premier scrutin sur cette grave question.

La formule proposée par la commission de la foi a été acceptée par quatre cents cinquante-une voix. Il s'est trouvé soixante-deux Pères qui l'ont admise avec la restriction juxta modiim. Le grand nombre des Pères qui ont voté juxta modum, étaient des membres appartenant à la majorité : ils jugaient la rédaction du décret de l'infaillibilité comme trop peu accentuée. Ils voulaient que la définition fût formulée en termes plus explicites.

Quatre-vingt-huit Pères ont voté contre la formule proposée. Voici la liste de ces Pères :

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