‹ Les doctrines d'Israel: sermonsChapitre 11 sur 27 · U LA MISSION DO RABBIN · texte numérisé non relu

U LA MISSION DO RABBIN

« Que l'Éternel fasse luire sa face sur vous et vous soit favorable !

« Que l'Éternel tourne sa face vers vous et vous accorde la paix !... »

Amen !

LA PIÉTÉ CHEZ LA FEMME

LA PIETE CHEZ LA FEMME

Premier jour de Fessach 5642

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: C'est au mérite des femmes pieuses qui vivaient à celte époque qu'Jsrael a dû d'échapper à la persécution égyptienne, n.

(Solah, XI, b.i

Mes Frères et mes Moeurs,

L'intervention courageuse de Moïse et d'Aaroo en faveur des Israélites opprimés, loin d'adoucir leur situation, n'avait fait que l'aggraver. Pharaon, attribuant uniquement à la paresse la demande que lui adressaient de pauvres esclaves d'obtenir quelque répit pour adorer leur Dieu, leur avait imposé une corvée double de celle qui pesait auparavant

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sur eux. Non seulement ils continueraient à fournir le nombre (le briques qu'ils livraient chaque jour pour la construction de ces nécropoles fastueuses, de ces pyramides géantes qui subsistent aujourd'hui encore et nous rappellent tout un temps de despotisme et de servage, mais ils se procureraient encore toute la paille nécessaire à la fabrication de ces hriques. Et comme ils ne pouvaient satisfaire à de telles exigences, ils étaient, de la part de leurs surveillants, l'objet des traitements les plus iniques. Aussi l'enthousiasme avec lequel ils avaient accueilli les messagers du Seigneur, venant leur parler d'une prochaine délivrance, s'était-il peu à peu refroidi. « Que l'Éternel vous regarde et vous juge, leur disaient-ils, vous qui avez mis le glaive dans la main de Pharaon et de ses serviteurs pour nous faire périr (1) ». Et quand Moïse leur rapporte l'entretien qu'il a eu avec la Divinité, quand il leur redit que l'Éternel va les soustraire aux tribulations de l'Egypte et les conduire dans la terre de Chanaan, qu'il leur donnera en patrimoine, « ils ne l'écoutent plus, dit l'Écri-

(l) Exode, V, 21.

ure, découragés colla étaient par une oppression écrasante, rm ~jz~ -^rz S* "rz-c xi-*

ttîp rmstJI I] '. Peut-être même se seraientils portés a des excès contre leurs défenseurs

, comme nous le rapporte ia tradition, leurs vaillantes et pieuses épouses n'étaient venues relever leur courage et ranimer leur foi ébranlée. An milieu des persécutions indicibles qu'avait imaginées contre leur race un abominable tyran, elles n'avaient pas cessé un seul instant de croire en l'Éternel, en ce Dieu infiniment bon et puissant qui, naguère, avait protégé visiblement leurs ancêtres et avait tiré Joseph de la servitude pour le faire asseoir sur les marches du trône. Leur ferveur leur prêtait une force admirable d'abnégation. Elles se rendaient, dans la brûlante chaleur du jour, au milieu des champs où pei-

iaient leurs malheureux époux, leur apportaient des boissons rafraîchissantes, apprêtaient leur nourriture et dissipaient leur

nertume sous l'action d'un doux sourire et d'une parole réconfortante (2). Pharaon ordon-

(I) Etode, VI, 9.

£2) Talmud Solati, XI, b.

lia

V PIÉTÉ CHEZ H FEKHE

nait-il aux sages-femmes juives de faire périr les enfants mâles nouveau-nés, celles-ci trouvaient clans un pieux subterfuge les moyens d'éluder cet arrêt barbare : « Elles craignaient Dieu, nous dit la Bible, elles ne firent pas ce i[iie leur avait dit le roi d'Egypte et laissèrent vivre les garçons D'frwn ru* nnViOT ^ntivi ntî i"nm onre: "fia yrb* "o*T ic?H2 ltts nSï anS'n (i) ». C'est donc avec raison qu'un de nos docteurs attribue la délivrance de nos pères au mérite des femmes vertueuses qui vivaient de leur temps. C'est à elles surtout, a leur attachement aux antiques traditions, à leur confiance au vrai Dieu, dont la notion leur avait été révélée par les patriarches, qu'Israël a dû de devenir un peuple libre, de recevoir la mission spirituelle qu'il poursuit encore aujourd'hui, et de célébrer cette fête d'affranchissement qui nous réunit ici.

Vous montrer, par des exemples puisés dans notre histoire, que la femme juive est demeurée constamment, dans le passé, fidèle au noble rôle que nous venons de constater ; faire un retour sur le temps présent et nous

(1) Lxode,

demander si elle n'a rien perdu de cette ferveur, de cette piété" qui, durant toute l'époque biblique et le moyen âge, commandent l'admiration ; prouver enfin combien la foi lui est nécessaire, telle est la tâche que j'entreprends aujourd'hui. Puissent mes paroles faire surtout impression sur mes sreurs, auxquelles ce discours s'adresse spécialement. Amen !

Mes Frères,

Dès les premières pages de la Genèse, la Bible, en nous retraçant, dans des tableaux pleins de poésie et de fraîcheur, la vie de nos iatriarcb.es, nous montre, dans leurs compagnes, des auxiliaires aimantes et dévouées, pénétrées de la crainte de Dieu, se plaçant directement sous la protection du Tout-Puissant, l'invoquant dans la mauvaise comme dans la ionne fortune. Sarah, nous dit le Midrasch ji] . secondait activement Abraham dans la mission qu'il avait entreprise de faire connaître à ■ous la vérité ; elle instruisait les femmes en uème temps que son époux éclairait ses con-

(II Miilrasuli Habita, Gen. XÏXIX.

Mï LA WBTÉ CHEt Là FEMME '

temporains. Elle avait, comme lui, quitté son pays, sa famille, pour complaire au Seigneur ; comme lui, elle avait affronté sans hésiter tous les dangers de l'inconnu, toutes les douleurs de l'exil. Rebecca, l'épouse de son fils Isaac, la remplaça dignement sous la tente; elle le consola par ses vertus de la mort de sa mère. Éprouvait-elle quelque inquiétude, quelque nuage venait-il assombrir son existence, elle élevait sa pensée vers Dieu, elle l'interrogeait, elle l'adorait " nu umb -jbni (1). Uachel et Léa, les deux compagnes de Jacob, se distinguent, à leur tour, par leur foi ardente en leur divin Père. C'est Dieu qui leur permet de goûter les joies ineffables de la maternité.

Aussi donnent-elles à leurs fils des noms qui, dans leur signification hébraïque, sont autant d'actions de grâces envers le Ciel. Types parfaits de dévouement conjugal, de haute piété, les saintes femmes dont nous venons de rappeler le souvenir sont demeurées, pour Israël, des sujets de vénération, et, aujourd'hui encore, quand nous étendons les mains sur la tète de nos filles bien-aiméus, quand nous în-

(I) Genèse, XXV, Ï2.

voquons pour elles les faveurs divines, faveurs qu'elles n'obtiendront que par une vie vertueuse et pure, prononçant l'antique formule que nous ont transmise les générations antérieures, nous exprimons ce vœu touchant :

« Que le Seigneur, mon enfant, te rende semblable à Sarah, Rebecca, Rachel et Léa hnSi Sm npa-i mu» dtiSn -pic ».

Vous avez entendu tout à l'heure combien les femmes hébraïques, qui vivaient à l'époque de la sortie d'Egypte, alimentaient dans leur cœur le feu sacré de la foi et conservaient vivace cette confiance en Dieu qui les soutenait dans l'épreuve. C'est à leur mérite qu'avait été due la délivrance; c'est à leur pieuse influence que l'Éternel aura recours pour assurer la pratique et la propagation de sa loi. Avant de descendre sur le Sinaï, il dit à Moïse :

« Smibp »saS TJrn apy maS -otn ro Ainsi tu parleras à la maison de Jacob et tu déclareras aux enfants d'Israël (1) ». La maison de Jacob, disent nos sages, ce sont les femmes [21 ; Dieu ordonne à Moïse de leur parler tout d'abord

k(() Exode, XIX, 3.

[2] MrchilLa Ysroh.

Ml Lit i'iêtê chez Li mur.

parce qu'il connaît leurs sentiments religieux et sait d'avance qu'elles tiendront leurs promesses plus fidèlement que les hommes. Et, en effet, après s'être opposées, dans la mesure de leurs' forces, au crime du veau d'or [1), elles s'empresseront bientôt après, pour faire oublier ce moment d'égarement, de se dépouiller, en l'honneur du vrai Dieu, de leurs bijoux les plus précieux ; elles travailleront, en outre, avec un zèle infatigable, à la fabrication des riches tentures, des Lines broderies qui orneront le Tabernacle du Seigneur.

Ri, maintenant, poursuivant notre course à travers l'histoire, nous passons à la période de Josué et des Juges, époque Iroublée qui s'étend de la mort de Moïse à l'avènement de la monarchie, nous voyons au milieu des défaillances regrettables dont les hommes donnent le triste spectacle, en imitant les peuples idolâtres qui les entourent, nous voyons la femme juive, résistant à l'influence délétère du milieu dans lequel elle vit, demeurer la conscience, la lumière, l'appui, l'espoir d'Israël. C'est d'abord la prophétesse Débora, cette héroïne inspirée,

(1) Midrasch Tanehouma.

L* PIÉTÉ CHEZ U FEMME 115

i mère de son peuple, comme elle se nomme elle-même Snibj'2 dn Trapu? iTttïi 'ncpcr TS (1), qui communique à ses frères opprimas l'ardeur et le courage qu'elle puise dans sa foi. « Si tu te mets à notre tête, lui avait dit le général israélite, nous irons à l'ennemi, sinon, nous ne marcherons point (2)! Et, prête à donner sa vie pour le triomphe de la religion et le salut de son peuple, Débora ose se mesurer avec le tyran chananéen. Une glorieuse victoire couronne ses efforts, et. la' vaillante femme, reportant à son Dieu tout le mérite de son succès, célèbre, en un cantique d'un souffle puissant, d'une majesté incomparable, la protection visible dont il l'a entourée. C'est ensuite la douce et pieuse Anna demandant à son amour de Dieu la force de supporter les humiliations que lui inflige sa compagne Penina. Écrasée sous les dédains d'une orgueilleuse rivale, la pauvre femme éprouve une de ces douleurs que Dieu seul peut apaiser. Prosternée dans le sanctuaire de Siloh, elle supplie l'Éternel de lui accorder un fils. Elle prie à voix basse ;

(1) Juges, v, 7.

(2) Ibid. IV, 8.

k l'ISTÈ CHEZ 1.A ir.MMt.

son âme soupire des paroles qu'interpivte seul le mouvement de ses lèvres. Quelle ferveur, quel intime abandon, quelle sainte émotion !

Le grand-prêtre s'y méprend et elle de répondre : « Je ne suis pas celle que tu suppôt ïS, je viens de répandre mon âme devant l'Éternel h i:sh 'U?S3 un •jpttn'i (lj ». Et, au bout d'un an, Anna avait un (ils dont elle n'hésitait pas à se séparer pour le consacrer au service du Très-Haut. Dieu avail exaucé son vœu le plus cher, elle donnait à Dieu ce qu'elle possédait de plus précieux au monde : Samuel, son premier-né.

Sous la monarchie comme pendant l'exil, la femme juive perpétue les traditions de piété, de dévouement au Ciel que lui ont léguées les siècles précédents. La loi avait, en Juda, subi parmi les hommes une longue éclipse ; sous le règne de Josias, la Thora oubliée avait été retrouvée dans le Temple. Effrayé à la lecture des châtiments qui menacent ceux qui enfreignent la Loi, le roi désire consulter l'Éternel ; il s'adresse à une feuime animée de l'esprit divin, à la prophétesse Houlda, qui répond à,

U PIÉTÉ CHEZ U FEMME fil

ses messagers : « Ainsi a parlé le Dieu d'Israël : Dites à l'homme qui vous a envoyés vers moi : je vais déchaîner sur cette ville et ses habitants toutes les malédictions contenues dans le Livre qu'a lu le roi de Juda..., mais toi, roi, tu t'es humilié, tu as déchiré tes vêtements et tu as pleuré devant moi, tu mourras en paix et tes yeux ne verront pas les malheurs que j'annonce (1) ». Et après cette prophétesse, qui est le guide d'un monarque, qui le ramène à Dieu et le maintient dans le droit chemin, 3 pouvons-nous pas citer cette autre bienfaitrice d'Israël, cette Esther, qui, au péril de sa vie, sauve son peuple de la destruction dont le menace l'astucieux Aman, et, par son éloquence et ses larmes, empêche Assuérus, son royal époux, de commettre un abominable forfait ?

Vous rappellerai-je, chers auditeurs, une grande et sublime figure, une femme incomparable qui, durant la guerre d'indépendance, entreprise par les Hasmonéens, montre jusqu'où peut s'élever l'amour divin, quelle puissance de sacrifice il prête à ceux qu'il en-

(1J 11, Rois. XXII, 15 et seq.

H* LA FTÉTt CHK L* Tt*Mt

flamme ? La mère des Macchabées a vu successivement .ses sept fils iomher sons la hache des bourreaux ; elle les a exhortés à BObir le martyre plutôt que de violer notre sainte loi, et, inébranlable dans sa foi, heureuse d'aller rejoindre dans un monde meilleur ces glorieuses victimes rlu fanatisme, elle succombe, à son tour, sur les cadavres de ses enfants, bravant jusqu'à son dernier soupir la rage impuissante d'un indigne tyran.

Et cet exemple d'abnégation et d'héroïsme s'est reproduit plus d'une fois durant cette longue et sombre période du moyen âge où l'histoire de nos pères, dispersés de tous côtés, n'est plus qu'un lugubre martyrologe.

Que de mères, semblables à celle des Macchabées, engagèrent leurs enfants à mourir plutôt que de les laisser apostasier. Dans les affreuses persécutions qui signalèrent, le passage des croisés à travers l'Alsace et l'Allemagne, les femmes surtout se distinguèrent par l'exaltation de leur foi. A Spire, une juive se poignarda pour ne pas tomber aux mains des convertisseurs. A Strasbourg, plusieurs jeunes filles, arrachées par des bourgeois compatissants au bûcher où avaient déjà péri

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