I.i PIÉTÉ CHEZ LA l'EMME
eurs parents, se rejetèrent dans les flammes, ne voulant pas survivre au prix d'une abjuration à leurs illustres morts. A Troyes eut lieu, vers la fin du xin" siècle, un effroyable autodafé où expirèrent treize malheureux Israélites, parmi lesquels la femme et la bru d'un pieux docteur, Rabbi Isaac. Deux élégies, retrouvées, récemment, dans les archives du Vatican, exaltent la fermeté stoïque de ces deux filles d'Israël. On y lit : a Saisie par la main du bourreau, dans sa piété éprouvée, la femme de R. Isaac, après avoir vu mourir son époux dans les flammes, ne détourna pas la tête. Elle ordonna qu'on la saisît : « Is'e retiens pas ta main !» On la fit monter sur le bûcher,
• on la brûla. En vain la foule engageait la bru à adopter un culte étranger; l'enfant juive a refusé de se soumettre, et sa belle âme s'est élancée, épurée par le martyre, vers le trône de l'Éternel (1) ».
ICes faits qui se multiplièrent de toutes parts prouvent combien, depuis la dispersion, la foi était restée vivace dans les cœurs. Plus les malheurs s'abattaient sur leurs tètes, plus
(l) ffomania, t. III, ùtude d'Arsène Darmcslcter.
nos pères redoublaient, d'attachement à cette doctrine de vérité qui leur coûtait tant de sang et de larmes. Chacune de leurs demeures était un sanctuaire dont la femme se constituait la prêtresse ; elle y conservait avec «ne scrupuleuse conscience toutes les antiques traditions du culte ; elle initiait de bonne heure ses enfants aux principes sublimes de la religion et donnait aux moindres pratiques un charme, une poésie particulière. Grâce à elles, le Sabbat et les grandes solennités de l'année, admirablement observés, n'étaient pas seulement des moments de repos offerts aux travailleurs fatigués par le labeur opiniâtre de la semaine ; c'étaient des sources de réjouissances intimes, des heures de douce béatitude où toute la famille respirait dans une atmosphère de calme, de piété, de pureté. Dès la veille, la maison prenait un air de fête ; bien des heures avant la tombée de la nuit toute occupation profane avait cessé ; l'aïeule, la sainte aïeule venait pieusement allumer cette lampe antique dont la joyeuse lumière brillait, dans la chaumière du pauvre comme dans le palais du riche. Et que de préparatifs à l'approche de cette fête de Pâques que nous celé-
LA PIÉTÉ CHE7 LJL FttME
hrons aujourd'hui! Comme déjà, un mois à l'avance, la ménagère se préoccupait de remplir mimi lieu sèment les prescriptions de la A quelles rigoureuses investigations ne se livrait-elle pas pour enlever de la maison i moindre élément de levain ! On peut l'aflirmer, et pour cela nous n'avons qu'à consulter nos souvenirs d'enfance et à remonter i nos ancêtres immédiats, la religion remplissait autrefois toute la vie des femmes Israël. Dieu occupait constamment leur >ensée ; elles ne songeaient qu'à le servir et i complaire.
En est-il de même aujourd'hui? La foi a-t-elle conservé sur les âmes son antique puissance ? Mes frères, gardons-nous d'un pessimisme exagéré. S'il n'est malheureusement ;ue trop vrai que le sentiment religieux de notre temps, beaucoup affaibli, nous comptons néanmoins encore dans notre bon nombre de sœurs vertueuses ot croyantes qui pratiquent scrupuleusement le oulte d'Israël et savent en apprécier les joies et les bienfaits. Mais si , de son temps déjà, l'auteur des Proverbes, jugeant à sa valeur |e mérite rare et exceptionnel de la