‹ Les doctrines d'Israel: sermonsChapitre 13 sur 27 · L* T1ÉTÉ CHEZ LA P · texte numérisé non relu

L* T1ÉTÉ CHEZ LA P

femme véritablement pieuse et pratiquante, s'écriait : « CWW80 pimi «se* 'n Vn ton .msn (1) La femme vaillante qui la rencontrera? Sa valeur surpasse celle des pierreries », combien cette parole est fie plus en plus d'application de nos jours ! Que de jeunes femmes, loin de réagir contre le courant d'indifférence qui entraine la génération contemporaine, deviennent de plus en plus étrangères aux vérités et aux traditions de la foi ?

Combien, en se mariant, au lieu de se montrer reconnaissantes envers le Dieu de bonté qui a béni leur union et présidé à leur bonheur, au lieu de l'adorer et de le servir, comme le faisaient, leurs aïeules et leurs mères, s'affranchissent des obligations de notre culte, ne font que de rares apparitions dans nos maisons de prières et ne permettent plus guère à la religion de s'asseoir à leur foyer, avec ses coutumes pleines d'idéal et de grandeur ! Et cependant plus que l'homme peut-être, dont le cœur est moins ouvert aux sentiments tendres et délicats, dont l'esprit plus raisonneur est plutôt porté vers la contradiction, la femme a

0) Proverbes, XXXI, l*.

besoin de croire et de prier. Que d'{ dans sa vie, que d'épines sur son chemin !

Dans la double tâche qui lui incombe comme épouse et comme mère, que de t'ois elle ressent la nécessité de recourir à Celui qui peut tout ; que àe fois elle doit lui demander de l'armer de fermeté et de résignation, de faire luire à ses yeux la divine étoile de l'espérance !

Il est dans les prophéties de Jérémie un épisode touchant qui nous prouve combien la confiance en Dieu est indispensable à la femme, combien elle peut rafraîchir son Ame brisée par la souffrance. C'était pendant la captivité de Habylone. Le pays d'Israël

• avait été dépeuplé ; la plupart de ses habitants, réduits en servitude , avaient été disséminés sur les terres du vainqueur. Et voici que tout d'un coup de longs gémissements se font entendre sur le chemin de Béthel, à Rama, où est enterrée Rachel, la compagne du patriarche Jacob. C'est cette bonne mère qui pleure sur le triste sort de ses enfants et ne veut pas se consoler, parce qu'elle les croit perdus nian ma h'j roic Sm

(1} Jèrèmie, XXXI, 15.

uam '3 waa Sv DninS (1). Mais Dieu lui-même la rassure : i Cesse de gémir, lui dit-il, sèche tes larmes, garde l'espérance dans l'avenir.

Tes enfants reviendront du pays de leurs ennemis et occuperont de nouveau la terre de leurs ancêtres (1) *.

Ah ! que de circonstances où la mère tremble pour son enfant, où ses yeux sont noyés de larmes ! Ce sont d'abord les maladies qui se glissent sournoisement h son berceau et menacent son existence ; ce sont ensuite les passions, ces adversaires non moins redoutables, qui cherchent à détourner le bien-aimé du droit chemin et à faire de celui qui doit être la joie et l'orgueil de la maison un objet d'opprobre pour ta famille. Ce sont, enfin, les nécessités de la vie qui obligent l'enfant à s'éloigner du foyer domestique. Quelle sera sa destinée? Qui sait si elle le reverra jamais? Mais une voix divine se fait entendre ; elle apaise ses douleurs, elle la rassure. C'est la voix de la religion qui, seule, peut nous procurer la confiance et la consolation. A la mère qui veille tremblante au chevet de l'enfant

(lj Jérùmie, XXXI, 16 et seq.

.alade elle répète : « Celui qui dispose de la vie et de la mort, celui qui a déconcerté tant de fois les prévisions humaines peut amener la guérison et sauver ton précieux trésor. Toi, pauvre martyre, qui as vu, avec une indicible douleur, ton fîls glisser sur la pente du mal et demeurer sourd à tes exhortations salutaires, ne désespère pas de son retour au bien. De plus coupables que lui ont ouvert les yeux à la lumière et se sont amendés. Toi qui crains de ne plus le revoir, confie-le à Dieu. Ses anges le protégeront , applaniront les difficultés devant lui et te le ramèneront. »

Qu'il faut plaindre, chers auditeurs, la femme frivole, légère, indifférente aux choses de la religion, et se privant elle-même de cette source de bénédictions qui se nomme la foi.

Dépouillez-la du brillant diadème de la piété, c'en est fait de sa dignité, de sa grandeur, elle reparait dans toute sa faiblesse native. N'avoir point de religion , c'est pour une femme déchirer ses titres de noblesse. Croyezyous que l'épouse demeurera fidèle à son serment si elle renie le témoin tout-puissant devant lequel elle l'aura prêté? Croyez-vous qu'elle remplira ses devoirs maternels, si elle

se montre ingrate envers le protecteur suprême qui lui a donné ses enfants ? Non, non, mes sœurs, la religion vous est nécessaire et. vous lui êtes indispensables ; sans vous elle périclite ; sans elle vous manquez à votre mission. Mères, elle vous demande des enfants élevés dans la crainte de Dieu; épouses, elle exige que vous exerciez en sa faveur la puissance que vous possédez sur le cœur de vos époux.

Je vous ai rappelé, chers auditeurs, cette pensée du Talmud : « C'est à la vertu des femmes qui vivaient à l'époque de !a délivrance, qu'Israël a dû d'échapper à la persécution égyptienne ; » je vous ai démontré qu'en tout temps la femme israélite a prêté à notre sainte religion l'appui de sa piété ' ardente; qu'il en soit de même aujourd'hui.

Que grâce à la ferveur de l'épouse, de la mère, nos maisons redeviennent des temples où l'on se sente sous le regard du meilleur des pères, de l'ami, du protecteur que l'on aime, que l'on révère, auquel on cherche à complaire en remplissant sa volonté ; que, grâce à elle, le judaïsme recouvre de nouvelles forces et brille d'une éternelle jeunesse, que chacune d'entre

LA PIÉTÉ CHEZ LA FEMME 127

vous, mes sœurs, remplissant la mission religieuse qui lui incombe, mérite l'éloge par lequel Salomon termine le portrait de la femme vertueuse : « Ses fils se lèvent et célèbrent ses mérites ; son époux la loue en ces termes : Beaucoup de femmes ont effectué des actions d'éclat, mais toi, tu les surpasses toutes ; la grâce est trompeuse, la beauté n'est que vanité, mais une femme qui vénère l'Éternel sera glorifiée ton igin Sam ]nn ipur

.(1) « SSnnn *on " nxv

Amen /

(1) Proverbe», XXXI, 30.

Premier jour de Bosch- Haschana 5644 (20 septembre 1884)

« Levez les yeux vers les hauteurs et regardez : qui a créé tout cela ? ».

(Isaïe, XL, Î6).

Mes Frères,

Un des caractères essentiels et distinctifs du judaïsme, c'est d'avoir des principes d'une universalité telle qu'ils s'adressent à tous les habitants de la terre aussi bien qu'à l'israélite auquel ils ont été primitivement révélés. Ce caractère se reflète non seulement dans sa doctrine et sa morale, maïs aussi dans ses fêtes et ses cérémonies religieuses.

A coté du souvenir purement national qu'évoquent nos trois grandes solennités de réjouissances, Pàque, Pentecôte, Tabernacles,

Ml

ne sont-elfes pas aussi trois fêtes agricoles destinées à rendre grâce à Dieu des bienfaits qu'il ne cesse de prodiguer à tous ses enfants en bénissant les travaux du laboureur, et ne peuvent-elles pas, à ce litre, être célébrées par les croyants de tous les cultes V Roschilaschana aurait droit plus encore d'être observé par tout le genre humain, car il nous rappelle la création du monde qSvj mn avn et la première apparition de l'homme sur cette terre qu'il était appelé à peupler et à gouverner. On célèbre, dans les familles, l'anniversaire du jour où un être aimé vint élargir le cercle des affections, dans les nations, celui de l'événement mémorable qui leur permit de s'affirmer et de prendre rang dans le concert des puissances-, nulle religion, si ce n'est la nôtre, n'a songé à remonter jusqu'à l'origine des temps et à évoquer, à une date fixe, se renouvelant annuellement, le plus important des souvenirs, celui de la genèse du monde et de l'humanité. Et cependant, cette commémoration est si féconde en enseignements qu'on se demande pourquoi les croyances issues du judaïsme n'ont point étendu à la fête de ce jour les emprunts qu'elles lui ont faites. Ne

peut-on pas, en effet, déclarer sans exagération que toutes les vérités de la foi sont intimement liées à cette affirmation par laquelle s'ouvre le Livre par excellence: nu dtiSn nii n^œttis tpwn nm D'Dïrn « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre?» Nier cette affirmation, prétendre que le monde existe de toute éternité, qu'il «st le produit de forces physiques et chimiques, agissant automatiquement et sans la volonté d'un créateur intelligent et libre, c'est porter atteinte aux croyances les plus antiques et les plus saintes de l'humanité : Dieu, l'âme, l'immortalité. En vous exposant aujourd'hui les vérités qui découlent d'un dogme que le judaïsme a placé i tête de ses articles de foi, en vous démontrant les conséquences déplorables qu'entraîne, à tous les points de vue, la négation de ce dogme, ne vous semblerai-je pas, mes frères, accomplir une tache superflue? Votre présence en ce Temple ne prouve-t-elle pas que, loin de vous laisser entamer par les théories du matérialisme qui, de nos jours, causent tant de ravages dans la société, vous avez conservé pleine et entière votre foi en un Dieu parfait, Créateur tout puissant, et que les souvenirs,

134 U (hïitios

évoquas par le Nouvel An, exercent encore sur

vous tout leur prestige? Mes frères, il n'est jamais inutile de bien se prémunir contre les attaques possibles d'un ennemi d'autant plus à redouter qu'il prétend puiser toute sa force dans la science et n'admettre comme vrai que ce qui tombe immédiatement sous les sens.

C'est surtout notre jeunesse, si prompte â se laisser séduire par des raisonnements captieux, si encline à croire à la parole de quelques sophistes qui, sous prétexte d'affranchir ia pensée, ne lui offrent que des doctrines desséchantes et démoralisatrices, c'est notre jeunesse qu'il importe de préserver de toute atteinte. C'est en elle surtout qu'il faut entretenir, par la comparaison des effets que produisent sur l'esprit et le cœur les vérités de la religion révélée ou les arguments de la négation, cette flamme divine de la foi sans laquelle la vie perd son charme, sa signification et son but. Amen !

Nous avons dit, mes frères, que tous les principes essentiels du judaïsme sont compris dans le dogme de la création. L'Écriture ne confirme-t-elle pas cette vérité, quand au lieu de débuter par des démonstrations philoso-

phiques sur l'existence et les attributs de Dieu, elle nous le montre, faisant, par le seul t de sa volonté, jaillir l'univers du néant et. produisant, non par nécessité, mais par amour, le plus merveilleux des chefs-d'œuvre? La création, avec ses splendeurs infinies, est le premier livre dans lequel la religion nous

Ï invite à lire pour croire à une cause première : rhu tra na'wil na^ïr min inïïj » Levez les yeux, nous dit Isa'i'e, et voyez: qui a créé tout cela? Acceptons l'affirmation de la religion et non seulement nous sommes amenés à croire en Dieu, mais nous nous formons de son essence et de ses qualités l'idée la plus haute et la plus digne d'un être aussi parfait. Ce n'est pas une divinité abstraite, indifférente aux autres, inutile à elle-même, c'est la sagesse,

Ila puissance, la bonté suprême, toujours en éveil, toujours agissantes, c'est, un foyer de charité, d'indulgence, de justice, c'est une douce providence qui, après avoir créé le monde, le surveille et le gouverne. Au milieu des richesses de la création, au sein de ce monde immense qu'embellissent des merveilles de toute espèce, apparaît l'homme, doué d'une parcelle de l'essence de son divin

auteur. Tenant à la terre par son corps, il peut, par son âme, communiquer directement avec Celui qui lui a donné la vie, le servir et l'adorer. Supérieur par son intelligence à tous les autres êtres de la nature, il s'en distingue plus encore par sa liberté. Seul il possède la faculté de choisir entre le bien et le mal, et, responsable de ses actes, reçoit la récompense due à ses mérites ou, comme le démontre le récit de la cbute d'Adam, succédant à celui de la création, le châtiment qu'entraînent ses méfails. Cette rémunération ne s'effectue pas toujours sur cette terre où il ne fait qu'un rapide séjour. Créé à l'image de Dieu, il participe de son immortalité et c'est dans un monde meilleur, qu'après avoir rempli ici-bas sa tâche de perfectionnement, il goûtera, un jour, la félicité que Dieu réserve à ses élus.

Voilà déjà, mes frères, de nobles et fortifiantes vérités ; mais là ne s'arrêtent pas encore les bienfaits du dogme de la création. Issus du Seigneur, ayant tous une origine commune, nous avons tous les mômes droits ; tous, nous sommes soumis aux mômes devoirs.

User des uns et les respecter en autrui,.

iccomplir les autres, telle est notre mission. Pouvons-nous en rêver de plus belle et de plus glorieuse? Passer sur cette terre en pratiquant e bien, en enrichissant notre âme de mérites oujours nouveaux, témoigner à Dieu et à nos semblables les sentiments qui sont dus aux êtres auxquels nous appartenons par les liens les plus étroits, vivre d'affection, de concorde, inge continuel de services reçus et rendus, quelle enviable destinée et comme au doux -ayonnement de ces célestes clartés, l'existence s'illumine et acquiert une haute importance ! douleur elle-même, inhérente à notre nature fragile et peceable, perd à la lumière de cette doctrine bienfaisante, son amertume, ■on acuité ; ce n'est plus qu'un instrument de 'égénération, un accès ouvert à la voie qui mène à la perfection.

Ces principes qui nous grandissent à nos propres yeux, Rosch-Haschana, en évoquant le louvenir de la création, nous les remet en mémoire. Il nous invite d'abord à nous •approcher de l'Être divin qui nous a donné l'existence et à qui nous devons amour et obéissance ; il nous engage ensuite à comprimer en nous l'égo'isme, à nous dévouer et à

nnus donner à autrui ; il nous exhorte enfin, en nous rappelant qu'il est au-dessus de nous « un œil qui voit, une oreille qui entend IWDTO i"îni rmn T<y il) », à obéir désormais à la voix de la conscience que, durant l'année, nous avons trop souvent méconnue, et à faire un digne emploi de la liberté qui nous est octroyée. Et maintenant, mes frères, écoutons un instant le langage des matérialistes. « Le monde, disent-ils, n'a jamais été créé, car il est impossible que quelque chose de palpable sorte du néant ; il a toujours existé, il est éternel. Le Dieu dont vous nous parlez n'est pas, car nous ne l'avons jamais vu et nous ne croyons qu'à ce que nous voyons ; le vrai Dieu c'est la nature, oit, pour mieux dire, la matière. C'est elle qui a donné naissance à cette variété infinie d'êtres que nous connaissons; c'est elle qui, après des transformations successives, a produit l'homme qui n'est qu'un animal perfectionné; son intelligence n'est qu'un phénomène organique, sa pensée une sécrétion du cerveau. L'âme, nous ne l'apercevons pas; donc nous ne l'admettons pas plus

(I) Pirké Aboth, T[, I.

a'un Dieu pur esprit; l'homme n'est qu'un orps qui naît, grandit, vieillit et meurt. Point d'autre vie que celle-ci, tout finit avec la ;ombe. Le devoir, la vertu, la conscience, ne lont que des termes de convention, des expressions dépourvues de sens ; liberté et ■esponsabililé, effets d'imagination; l'homme est soumis aux lois fatales de la matière, il obéit à des nécessités inéluctables et ne doit pas plus répondre de ses actes que la plante ou l'animal. »

Tel est, en quelques mots, mes frères, le .ème des matérialistes, système qui, s'il a trouvé de notre temps de trop nombreux adeptes, n'est cependant pas bien nouveau. Il ■ a fort longtemps déjà que l'écrivain sacré s'écriait: « D'CiSh j>« nSa Su idk L'impie dit dans son cœur: il n'y a pas de Dieu (1) ». Et l'on tient ce langage, ajoutait le Psalmiste, parce qu'on est corrompu, parce que l'on ne veut pas pratiquer le bien rMy inynn -ininurn 2iia pwy p*. L'idée d'un être suprême, qui surveille les hommes, recommande la vertu et réprouve le mal, est importune, il faut la

[[) Psaumes, XIV, l.

HO

chasser de son esprit; Dieu gêne, il faut le supprimer. Je ne vais pas jusqu'à prétendre que tous Ses matérialistes soient nécessairement des gens corrompus ; je fais à ces adversaires de toute religion positive l'honneur de croire que d'autres motifs que celui de se débarrasser de toute obligation morale peuvent les amener à leurs tristes théories.

C'est tantôt le découragement que provoque le spectacle des maux et des injustices apparentes ou réelles dont souffre l'humanité, tantôt un certain sentiment de vanité qui pousse l'homme à se conférer une sorte de supériorité sur ses semblables en combattant des idées reçues depuis des milliers d'années, des convictions qui ont formé de tout temps le patrimoine de l'humanité. Etrange vanité, pour le dire en passant, que celle de se croire supérieur en se ravalant volontairement, en s'abaissant au niveau d'un être purement corporel et périssable. Sans m'attarder, mes frères, à réfuter de point en point les arguments des matérialistes, à nous demander comment la matière, de son essence immobile et inerte, a pu se communiquer à elle-même la vie et le mouvement, comment elle a pu douer l'homme de cette

faculté de penserdont elle est privée elle-même, .sse immédiatement aux conséquences de leur système, je les compare à celles de la doctrine religieuse qui nous a été révélée et je vous demande de décider vous-mêmes laquelle deux théories mérite le mieux de triompher.

Les matérialistes, en niant Dieu, enferment l'homme dans ce monde visible et le rivent brutalement à la terre. Pour eux, le but suprême de la vie c'est de jouir, non de ces satisfactions spirituelles et morales que procure la culture de l'esprit et du cœur, mais de ces plaisirs grossiers et sensuels qui ne laissent après eux qu'amertume et regrets : « irren Sisn nie: *rra 13 Hâtons-nous, disent-ils, de manger et de boire, car nous mourrons demain (1) ».

Et si ces jouissances viennent à lui manquer, ou bien, si après avoir vidé jusqu'à la dernière goutte la coupe de ces plaisirs, l'homme les prend en dégoût, que lui reste-t-il sur terre ? Rien qu'une profonde lassitude, un affreux découragement, l'horreur de cette existence qui ne lui parait plus qu'un fardeau insuppor-

(1) l.-tï:.'. XXII, 13.

liï LA CMATIO!»

table, parce qu'elle est dépouillée de tout ce qui la rehausse et l'ennoblit. Eu supprimant l'idée de Dieu, le matérialisme enlève à l'homme toute aspiration vers le ciel, c'est-àdire vers tout ce qui élève, console, fortifie. La prière, cette conversation sublime qui permet au fils croyanl et respectueux de s'entretenir avec son père céleste, la prière, celte ressource infaillible de la créature pliant sous le poids des joies terrestres comme sous celui de la douleur, le matérialiste ne la connaît pas ; il la rejette comme inutile, la fatalité à laquelle il croit n'ayant ni oreilles pour entendre, ni entrailles pour s'émouvoir et s'attendrir. Mais à quel appui aura-t-il donc recours dans les jours sombres de l'existence? Le spectacle des souffrances humaines, celui des injustices dont ce monde est le théâtre l'ont révolté, et, dans son impuissance de tout s'expliquer, il a nié la Providence. Mais n'est-ce pas précisément l'idée d'un Dieu parfait, d'un Dieu d'équité et d'amour qui frappe mais qui guérit, qui éprouve parfois sa créature pour accroître ses mérites, mais ne laisse jamais le mal impuni, n'est-ce pas elle qui seule peut procurer à notre âme attristée la consolation

là création 143

et l'espérance ? L'espérance ! N'est-ce-pas là encore un de ces trésors précieux dont l'incrédule se prive volontairement? Espérer quoi ? Que le bien triomphera, que le devoir accompli apportera avec lui ses joies et ses compensations? Mais la vertu, le bien, le devoir, n'ayant point en Dieu leur sanction suprême, ne sont à ses yeux que des chimères, des illusions, à quoi bon les pratiquer et se dévouer pour eux? Que nous reverrons un jour ceux que la mort a arrachés à notre tendresse? Mais l'homme n'a point d'âme; donc, point de survivance, point de réunion par delà le tombeau. Sans Dieu, point de société possible. Sur quoi repose en effet, la société ? Sur l'amour et sur le droit. Mais comment aimer d'un amour sincère, profond,

s êtres qui ne sont que matière, qui n'ont de commun entre eux que l'argile dont ils sont pétris, qui vivent par hasard un moment auprès de nous et qui disparaissent bientôt sans nous laisser l'espoir de les retrouver dans le sein d'un créateur commun?

Et le droit, comment subsistera-t-il dans une société purement matérialiste? S'il n'a point

1 principe en Dieu, s'il n'est point comme

lui, immuable, éternel, s'il n'est que le résultai du consentement d'une nation, il variera suivant les latitudes, suivant les caprices de la foule, et, dès lors, il ne sera plus le droit, car si la foule est injuste, intolérante, oppressive, sa législation reflétera ses sentiments et sera, à son tour, vexatoire et inique.

Ainsi, mes frères, l'homme réduit à l'état de machine, obéissant non à l'impulsion de sa volonté libre, mais à eelle d'une fatalité aveugle, l'homme condamné à mener ici-bas une existence purement végétative, à donner satisfaction aux instincts les plus bas, aux appétits les plus violents, l'homme faisant, spontanément la nuit autour de lui, se dégradant à plaisir, s'interdisant toute échappée vers l'infini, l'idéal, le divin, voilà ce que nous donne le matérialisme. Ah 1 si par malheur c'était à ce résultat négatif, à cette conséquence avilissante que devrait aboutir la science, nous serions tenté de la maudire et de lui crier: « Laisse-nous notre ignorance «.

Mais, grâce au ciel, le matérialisme n'est pas la science ; ses affirmations ne sont que des hypothèses, ses négations que des impossibilités. Quoi que disent et quoi que fassent ses

adoptes, ils ne parviendront point, à arracher à la conscience universelle cette foi en un Dieu suprême, source de toute puissance, de toute perfection, cette croyance en un créateur antérieur à la matière qu'il a tirée du néant, qu'il a façonnée avec une sagesse merveilleuse, en un Dieu pur esprit qui a communiqué à l'homme une étincelle de son essence céleste. Les découvertes de la vraie science, impartiale et éclairée, loin d'affaiblir cette notion, ne feront que l'agrandir et la fortifier; elles nous permettront d'admirer de plus en plus l'intelligence suprême qui se manifeste aussi bien dans le plus infime des êtres que dans le plus vaste des mondes. Sans doute, il est des mystères qu'il ne lui est pas donné d'expliquer, des limites qu'il lui sera impossible de franchir. Dieu lui-même l'a déclaré â son prophète :

* Aucune créature vivante ne peut m'apercevoir vn dikh ^.vii-nS '3 (il ». Mais si nous ne pouvons contempler Dieu face à face, nous pouvons toujours le reconnaître et le bénir dans ses œuvres; n'est-ce pas là un privilège assez glorieux, une suprématie incon-

(0 Esoilt, XXXïIt, 20.

A C*ɻTK>N

testable sur toutes les autres créatures ï N'y a-l-il pas là de quoi satisfaire nos ambitions les plus élevées?

Félicitons-nous, mes frères, d'appartenir à une religion dont les principes éminemment spiritualisfes sonl en contradiction complète avec la triste doctrine que nous venons de combattre. Grâce à elle, nous possédons désormais les secrets de la vie avec ses joies et ses douleurs, ses droits et ses obligations. Envoyé ici-bas par le meilleur des pères, pour perfectionner, par la pratique du bien, l'âme qu'il lui a conflée, l'homme, cette créature de prédilection, a devant lui les plus belles, les plus consolantes perspectives. Son existence terrestre n'est qu'une minute dans l'éternité du temps, mais cette minute bien employée suffit pour lui assurer l'immortalité heureuse. Ah I que le sort du croyant comparé à celui du négateur est digne d'envie I Marchant à l'ombre du Tout-Puissant, prenant pour idéal la vérité, la justice, le dévouement, la droiture, sainteté, il secoue les liens de son enveloppe corporelle pour s'élever, sur les ailes de :

prière, de la foi, vers les régions célestes. De ces hauteurs divines, combien tout ce que le

matérialiste encense et adore lui parait mesquin et misérable! La force n'est plus que de la faiblesse, le plaisir, désenchantement et mensonge; au lieu du désespoir, la confiance, au lieu de la fatalité, la liberté et l'espérance I Mes frères, en cette sainte journée de Rosch-Haschana, souvenons-nous! souvenonsnous de notre divin Créateur pour l'aimer et le servir, et, si nous l'avons offensé, pour rentrer en grâce et ne plus jamais l'irriter. Souvenonsnous de nos semblables, de nos frères en Dieu, pour nous dévouer, les chérir comme nousmêmes et travailler d'un commun accord à faire de l'humanité une seule et même famille. Souvenons-nous des êtres bien-aimés que le Ciel a placés auprès de nous et, remerciant la Providence de les avoir conservés à notre tendresse, demandons-lui de continuer à répandre sur eux ses bénédictions. Souvenonsnous de nos chers morts, de ces anges adorés qui, du séjour mystérieux qu'ils habitent et au sein de la félicité dont ils jouissent, veillent sur nous et nous protègent. Souvenons-nous aujourd'hui et chaque jour de notre auguste patrie, de notre France à laquelle nous souhaitons bonheur et prospérité et qui ne les

obtiendra qu'à la faveur des doctrines que nous avons préconisées. N'oublions pas enfin ces négateurs, ces sceptiques que nous plaignons d'autant plus qu'ils se mutilent de leurs propres mains. Prions pour eux ; que les erreurs dans lesquelles ils sont plongés se dissipent et que Celui qui rend la vue aux aveugles, anyig npiE, déchire les voiles qui leur dérobent la vérité et les éclaire de sa divine lumière !

Amen .'

REPARATION ET PARDON DES OFFENSES

REPARATION ET PARDON DES OFFENSES

Veille de Kippour 5644 (29 septembre 1884)

,WDJ dtin naiu din toi aïo nn run

Qu'il est beau, qu'il est agréable de voir des frères vivre en bonne harmonie entre eux ! »

(Psaumes, CXXXÏII, 1.}

Mes Frères,

De toutes les faveurs dont le Ciel daigne nous gratifier, il n'en est pas de plus importante, de plus précieuse que la pais. Elément indispensable et constitutif du bonheur humain, elle est, suivant l'opinion de nos docteurs, une des hases fondamentales sur lesquelles repose le monde social D'p oSirn onrr nwSor Sy nïSitfn Syi -pin Sm no»n Sy (1). « Quand l'Éternel voulut bénir Israël, nous dit la tra-

it) Abolh I,

«mmtion m p**do\ ue» orras»

dition, il ne trouva pas à lui faire de présent plus riche en bénédictions que celui de la paix, ■ qui est pour le monde ce que le levain est pour le pain noV) ^inu» ymS aiSum (1) ».

C'est le signe de l'alliance de Dieu avec les hommes diScj wma m iS in: «an (2), et sa haute valeur est si bien comprise que nos prières les plus importantes se terminent loutes par le même vœu : « Que Celui qui établit l'harmonie dans les régions célestes nous accorde la paix, à nous et à tout Israël

"*o hy\ vbs aibw mm mvi iront» mSw mzny

SmiiP ! » Eh bien, mes frères, la solennité sainte qui nous réunit aujourd'hui dans la maison du Seigneur peut surtout contribuer à nous faire acquérir ce trésor par excellence. « ntwan » ton nipSi pimS whw. Que la paix soit avec celui qui s'est éloigné de moi, comme avec celui qui s'en est tenu rapproché, dit le Seigneur, je désire le sauver (3) », tel est le souhait que nous trouverons exprimé dans la Ilaftara de demain et. qui se réalisera si nous

fi) Devarim Raliba, (ï) Nombres, XXV, (3) Isaïe, LVIIj 19.

P. Michpatim ci Mas. Dèrech Ere

RÈPARATIOK ET PAHMS PES OITENSES ISS

avons obéir aux exhortations île cette sainte journée du Pardon. Notre âme est, en ce noment, anxieuse et troublée ; pauvres pécheurs que nous sommes tous, nous avons, durant l'année, offensé plus d'une fois notre divin Créateur; nous lui avons refusé les hommages qui lui sont dus, nous nous sommes écartés de ses saintes prescriptions. Comment nous rapprocher de ce foyer de toute perfection? Et la voix de nos prophètes vient calmer nos appréhensions; elle nous montre le chemin à suivre pour recouvrer cette paix de l'âme que

> péché a compromise. Parlant au nom du Seigneur, elle nous dit: « Revenez à moi et je reviendrai à vous. Regrettez vos erreurs ; si grandes qu'elles soient, elles n'atteignent pas l'immensité de ma clémence. Si votre

■epentir est sincère, si, comme des enfants aimants et respectueux, vous désirez de tout cœur rentrer dans la maison paternelle, je suis prêt à vous y recevoir avec amour, et vos péchés s'effaceront comme un nuage qui se dissipe yi\xw\ jjstsi -pye?s a« trnrra |i) ». Mais là ne se bornent point les bienfaits de

(I) Isaïe, XLIV, 22.

Kippour; il ne lui suffît point de rétablir la bonne entente entre le père et ses enfants; il veut encore que les enfants se réconcilient entre eux, qu'ils fassent tous leurs efforts pour mettre finaux querelles qui ont pu les séparer; il demande que la paix succède à la guerre, l'amour à la haine, l'union à la discorde. Mais ici, mes frères, il se montre avec raison plus exigeant. Pour les fautes commises envers Dieu, nous n'avons qu'une réparation bien faible à offrir : des larmes de repentir, une résolution parfaite de ne plus retomber dans les mêmes égarements, des supplications que le Seigneur daigne exaucer, car il est souverainement bon et magnanime. Il ne saurait en être de même des offenses faites au prochain. Celles-ci réclament une réparation effective, et que nos torts aient été graves ou légers, prémédités ou irréfléchis, ils ne peuvent nous être pardonnes par notre Père céleste qu'autant qu'ils l'ont été préalablement par celui de nos frères qui est en droit de se plaindre de nous : ■nrran " i;sS DD-rixcn bsn n>iïv p ttïSn m «m nreos isso omsw dt Dipcb dtn paw mins ranii» tj issd D'ilSWl av ym inanS dtn ysv ,rwan nu. Voici ce qu'enseignait Rabbi Eléazar

fils d'Àzaria : * Il est écrit : en ce jour, vous vous purifierez de toutes vos fautes en face de l'Éternel; tous les péchés commis contre Dieu sont effacés par le Kippour, mais nos torts envers le prochain ne nous sont remis qu'autant que nous les avons pleinement réparés (Il ».

Et, en effet, mes frères, comment oser demander à Dieu de les oublier, quand nous tes laissons subsister? N'est-ce pas les affirmer audacieuse ment en face du ciel et des hommes que d'en refuser réparation? « En vain, nous dit le Talmud, l'offenseur offrirait, sur l'autel du Seigneur, en expiation de ses fautes envers le prochain, tous les moutons de l'Arabie, il n'obtiendra l'absolution divine qu'après avoir demandé pardon à la personne lésée ou offensée. » Nous le savons : rien ne nous est plus pénible que de nous reconnaître coupables; notre amour-propre en souffre, notre orgueil st blessé. Plutôt que de subir cette prétendue humiliation, nous cherchons à nous justifier à nos propres yeux, à rejeter les torts sur notre semblable. Mais en quoi, je vous le

(l) Talmud, traité Yoma, 85, b.

demande, notre dignité peut-elle être compromise à déclarer loyalement que nous regrettons mm erreur, que nous voulons réparer une faute, et regagner, par une explication sincère, un aveu franc et sans détours, le cœur que nous nous sommes momentanément aliéné?

Entre la vanité aveugle qui persiste dans la division et la haine et la droiture chevaleresque qui vient à l'offensé lui offrir les réparations et les excuses qui lui sont dues et reconquérir ainsi ses sympathies et son estime, il ne devraitpointyavoird'hésitation possible. D'un côté, entêtement et étroitesse d'esprit, de l'autre, noblesse de caractère et grandeur d'âme; ici, les suggestions malsaines de la passion, delà colère, là, les sages conseils de la raison, de la conscience. J'admets que la démarche nous en coulera, qu'elle exigera de nous un puissant effort de volonté, qu'elle nous obligera à dompter les révoltes d'une fierté mal entendue, mais n'est-ce pas dans ces difficultés que consistera précisément l'expiation? Et que seront tous ces sacrifices en regard de ce double résultat: réconciliation avec les autres, réconciliation avec soi-même ? 'nNi=rra uni iun ':iy'3 « Dussé-je en souffrir,

lit le Psalmisle, j'avouerai franchement mes .orts |1| i.

Ainsi, mes frères, au retour de cette grande solennité du Pardon, nous devrions toujours rechercher avec soin si, volontairement ou non, nous avons lésé notre semblable, et. user de tous les moyens en notre pouvoir pour rétablir entre nous et lui la bonne entente et l'union. Hais trop souvent nous manquons à ce devoir >érieux, nous remettons au lendemain ce u'il nous serait loisible d'effectuer !e jour ie, et tout d'un coup la mort survient, nlève de ce monde celui qui est en droit de se plaindre de nous et nous demeurons pour le •este de notre vie en proie aux regrets et aux ■emords. Regrets stériles, remords impuisants, car l'être que nous avons offensé n'est plus et ne peut plus nous pardonner. Je me trompe, mes frères; il est dans noire religion ne antique tradition que vous connaissez tous et qui a donné naissance à un noble et touchant usage, celui de la demande en pardon ou Hechila. Avant de se séparer a jamais d'un défunt, ses parents et tous ceux qui ont eu

(I) Psaumes, XXXVIII,

'ÀKDON DES OFFENSES

quelques rapports avec lui, se réunissent, une dernière fois, autour de ses restes mortels. Kl là, avant le suprême adieu, d'une voix entrecoupée de sanglots , ils demandent à celui qu'ils ne reverront plus que dans un autre monde d'oublier tous les chagrins et les ennuis qu'ils ont pu lui causer. Et l'âme du défunt descend de nouveau sur la terre pour écouter les amis et les adversaires, pour bénir les uns et pardonner aux autres. Que cette coutume est émouvante, mes frères ! Mais suffit-elle pour nous absoudre vis-à-vis de nous-mêmes des fautes commises? J'en laisse juges ceux d'entre vous qui ont dû recourir à cette réconciliation tardive.

Mais s'il est du devoir du coupable de réparer ses torts, il n'est pas moins ordonné à la personne offensée de se montrer miséricordieuse et d'accorder généreusement le pardon demandé. C'est notre sainte doctrine qui, quoi qu'on en dise, a, la première, recommandé le pardon des injures, elle qui, la première, a exhorté l'homme à bannir de son cœur tout sentiment de haine, de rancune, tout désir de vengeance et à rendre à son ennemi le bien

pour le mal. rravi rein -i:

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Hvn vhs Mian hVï -jmDsr nx " Ne hais pas ton frère en ton cœur, réprimande-le et tu n'assumeras point de péché à cause de lui, * et aussitôt après: « Ne te venge point, ne garde point de rancune, aime ton prochain comme toi-même (1) ». Et ailleurs : « Si tu trouves le bœuf de ton ennemi ou son âne égaré, ramènele lui; si tu vois l'âne de ton ennemi pliant sous sa charge, garde-toi de l'abandonner ; travaille avec lui à le décharger (3] ». Cet esprit d'indulgence et de pardon anime non seulement le Pentateuque, mais la Bible tout entière de son souffle bienfaisant ; il inspire à l'auteur des Proverbes d'admirables accents : a Si ton ennemi a faim, donne-lui à manger, s'il a soif, désaltère-le (3) ». — Quand ton ennemi tombe, ne te réjouis point, et quand il chancelle, que ton cœur n'en soit pas heureux; (4) ». — « Ne dis pas : Je rendrai le mal. Espère en Dieu et il te sauvera ;5) >, — « Me suis-je

(0 Lëvit. XIX, 17, (î) E*ode XXIII, 4,

(3) Proverbes XXV,

(4) lbid. XXIV, 17.

(51 IbiJ. XX, 21.

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