ION DES OFFENSES
jamais réjoui du malheur de mon adversaire, dit. Job, ai-je tressailli d'allégresse quand le mal venail l'accabler |1| * ?
Quels plus beaux exemples de magnanimité que ceux que nous fournissent Joseph, d'une part, et David, de l'autre? Certes, les griefs que Joseph, se faisant reconnaître par ses frères, pouvait articuler contre eux, étaient bien puissants. Ni la douleur incurable qu'ils allaient infliger à leur malheureux père, ni la jeunesse, la vertu, les larmes d'un enfant n'avaient pu désarmer leur haine, excitée par un vil sentiment de jalousie. S'ils lui avaient fait grâce de la vie, ne l'avaient-ils pas condamné à subir, avec toutes les tristesses de l'exil, la honte de l'esclavage, supplice plus amer pour le libre fils de Chanaan que celui de la mort, elle-même? Et maintenant, il les lient en son pouvoir. Va-t-il leur rendre souffrance pour souffrance ? Loin de là ! Sa générosité naturelle, sa vieille affection ont étouffé en lui le moindre sentiment de rancune, la plus légère velléité de vengeance. Pour ne pas obliger les coupables à rougir devant eux, il éloigne d'abord les gens de sa
(I) Job, XXXI, S9,
RÉPAIMTION ET PAMUUN DES OFFENSES ICI
maison; puis, d'une voix pleine de larmes, il s'écrie : <i Je suis Joseph, mon père vit-il encore? » Au lieu de reproches, de tendres paroles de consolation: « Ne vous affligez pas, c'est Dieu qui m'a amené ici pour vous sauver tous de la famine n dtSn unScJ ninnb 13 m'asb (1). Et quand, plus tard, à la mort de leur père, il les verra troublés et inquiets, craignant que la réconciliation ne soit pas entière et définitive, il les rassurera de nouveau par ce noble et généreux langage:
N'ayez point de peur.; suis-je donc à la place de Dieu? Le mal que vous aviez médité contre moi, Dieu l'a changé en bien, il m'a appelé ici pour sauver un peuple tout entier ; je vous entretiendrai vous et vos enfants (2) » !
David qui, dans les psaumes, s'écrie: «O Éternel, si j'ai jamais rendu le mal à celui qui m'en causait, si j'ai dépouillé celui qui me haïssait à tort, que mon ennemi me poursuive et m'atteigne (3} !» ne le cède nullement à Joseph en esprit de support et de pardon. Saiil,
1[l) Genèse, XLV, s.
[2) Ibid. L, 1S el seq.
[3) Psaume», VU, & et 6.
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excité par une basse jalousie, a conçu contre lui une haine violente. Sa victoire sur Goliath, au lieu d'inspirer au roi de l'affection et de la reconnaissance, le rend tellement envieux qu'il cherche à le tuer. Il l'oblige à prendre la fuite, le poursuit de toutes parts et, ne pouvant l'atteindre, se venge lâchement de lui faisant périr ceux qui lui ont offert l'hospitalité. A deux reprises différentes, David a tenu son adversaire entre ses mains ; il l'a surpris dans son sommeil, et il aurait pu, obéissant non à un désir de représailles, mais à un simple sentiment de légitime défense, se défaire de lui. Mais une telle pensée est loin de son esprit : a Que Dieu me préserve, dit-il à ses serviteurs de porter la main sur l'oint du Seigneur ! » E s'adressant à Saûl : « Pourquoi, s'écrie-t-il écoutes-tu ceux qui te disent : David cherche à te faire du mal ; voici, tes yeux ont aujourd'hui que Dieu t'a livré en mon pouvoir et qu'il m'eût été facile de te tuer; mais je m'en suis bien gardé; je me suis contenté de couper un pan de ton manteau pour te prouver que je n'en veux pas à ta vie et que je ne mérite pas que lu me poursuives ainsi. Que Dieu juge entre toi et moi; qu'il épouse ma querelle e
a sauve de ta main. » — Et Saiil, vaincu par ant de noblesse, éclate en sanglots : « David, ■ mon fils, s'écrie-t-il, tu es plus juste que ii. Tu ne m'as fait que du bien et je ne t'ai ■endu que du mal nnt* n 'jon nntt pny inn -priSos ijhi naiwi ^nbni (t) ».
Cet aveu, mes frères, que David arrache à iaûl, n'est-il pas l'auguste triomphe de la ■ertu ? Ah ! quelle belle victoire nous rempor- ;ons sur nos adversaires, en répondant à leurs [flaques par des bienfaits, et quel plus (datant témoignage de l'amour que nous professons pour nos semblables que de nous prêter de bonne grâce à un rapprochement avec eux et que de leur accorder sans réticences le pardon demandé. Je l'avoue, nulle vertu ne nous parait plus difficile que l'oubli des injures. Ce triste sentiment d'orgueil qui parfois empêche l'offenseur de reconnaître ses forts est aussi le grand obstacle qui, chez l'offensé, s'oppose à l'indulgence et à l'oubli. Que dira le monde qui sait que mon semblable m'a nui ou m'a outragé, et qui, cependant, me verra, comme autrefois, entretenir avec lui
(1) 1. Samuel, XXIV.
RlfAlUTION ET PARDON DES
des relations cordiales? Ne pourra-t-il pas supposer que son injure était justifiée, ou bien que je redoutais de sa part de nouvelles attaques, et ma mansuétude ne sera-t-elle pas considérée comme une faiblesse de caractère ou une ratification de sa coupable conduite?
Et que vous importera l'opinion du monde, quand vous aurez pour vous l'approbation de votre conscience, quand vous jouirez des douceurs de la concorde et de la paix, quand enfin vous aurez accompli la volonté de ce bon Père qui n'est heureux qu'en voyant ses enfanta vivre en bonne harmonie entre eux nu :
trp-aa DTtx raui d'ï: noi (1) ? = Quelle salisfaction intime que celle de pouvoir se dire que l'on n'a autour de soi que des amis, que celuilà môme qu'un dissentiment d'un instant avait éloigné de vous vous estime et vous aime d'autant plus qu'il a reconnu l'élévation de votre âme et la générosité de vos sentiments! Que sont les quelques révoltes de Tamour-propre à côté de la quiétude parfaite qui succède dans l'àme au malaise, à l'agitation qu'y entretenait le ressentiment?
(1) Psaumes, CXXX1II. 1.
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hépàiution et pardok des orratSEB 165
Et puis quel bonheur ineffable que celui de savoir que nous avons complu à notre divin Créateur, que nous avons imité ses exemples, que, comme lui, nous nous sommes montrés miséricordieux et cléments. Lui, la grandeur suprême, la perfection infinie, supporte nos offenses et les absout ; il tend les bras aux cou- .btes, les invite à revenir à lui et les accueille vee joie dans son sein. Et nous, pauvres pécheurs, qui avons tant besoin de rémission et d'oubli, nous nous montrerions intraitables, nous refuserions aux autres ce que nous demandons constamment au ciel pour nousmêmes ! Mais de quel front, mes frères, oserions-nous encore nous adresser à Dieu et lui dire: « Absous-nous, » quand nous répondrions par un refus à celui qui sollicite de nous le pardon? « Pardonnez, nous disent nos docteurs, et il vous sera pardonné » Taynn S= vytts Ss Sy "fc ^t3ïd vmTG Sy (1). Et ils ajoutent: « Si vous implorez le pardon de votre prochain que vous avez offensé, essayez jusqu'à trois fois de le fléchir; mais, si après ces tentatives réitérées, il refuse encore de se
(1) Rosch Hasch., 17,
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réconcilier, vousavez rempli tout voire devoir, et c'est votre prochain qui se met dans son
tort. •■
Mes frères, il y a dix jours, résumant en deux mots les obligations que nous imposait la fête de Rosch-Haschana, nous vous disions:
Souvenons-nous! Cette recommandation, je vous la répète, en cette sainte soirée de Kol- Nidré. Souvenons-nous des moindres fautes que nous avons commises envers nos semblables et cherchons à les réparer. Souvenons-nous que Dieu souhaite avant tout voir ses enfants s'aimer mutuellement et dissipons avec soin les moindres nuages qui ont pu s'élever entre ses créatures et nous. Souvenons-nous que la vie est courte et bannissons-en, par une recherche constante de l'union, tout ce qui peut l'assombrir et la troubler. Mais, en même temps, oublions! Oublions les offenses que nous avons subies; ne laissons point subsister dans notre cœur le moindre levain de rancune et de haine. Que notre oubli soit sincère et complet; qu'il se manifeste par la délicatesse des procédés dont nous userons envers celui qui fut jadis noire adversaire. Et Dieu, qui est justice et bonté, Dieu qui récompense chacun
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selon ses œuvres, daignera, lui aussi, se souvenir et oublier. Il oubliera nos erreurs, et, suivant la belle expression de l'Écriture, versera sur notre âme ses eaux bénites et la purifiera de toute souillure ; il se souviendra de toutes nos bonnes actions, des sentiments de charité et d'indulgence que nous aurons manifestés, et il nous inscrira, mes frères, dans le livre de la vie, dans celui de la bénédiction et de la paix Dibun nm 0"n ison !
Amen!
POURIM
ET